• «  Pour Milka, qui avait vécu presque toute sa vie derrière les grilles sculptées des fenêtre de la maison de Chernek, le Blecinga devint un pays enchanté où elle était entourée d'êtres dont elle n'avait jamais pu imaginer l'existence. »

    Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie ; Katarina Mazetti

     

    Publié en 2008 en Suède ; en 2015 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Blandat Blod 

    Editions Babel 

    304 pages 

    Résumé :

    Sur une île du Sud de la Suède au Xe siècle, un homme vit seul à la ferme avec ses deux fils. Le chemin de ceux-ci est tout tracé : naviguer au loin, pour guerroyer au-delà des mers à l'Ouest ou pour faire commerce sur les voies fluviales de l'Est. 
    De l'autre côté de la Baltique, à Kiev, vivent un marchand de soie et sa famille. Radoslav rêve de devenir soldat, sa sœur Milka est une jeune fille raffinée qui joue avec ses deux esclaves : Petite Marmite à la peau sombre et Poisson d'Or aux yeux bridés. Quand la belle ville d'Orient tombe aux mains des pillards, Milka et Radoslav trouvent refuge auprès de rustres navigateurs venus du Nord. Dès lors le destin des deux familles est à jamais mêlé. 
    Pour écrire ce roman historique plein de suspense, Katarina Mazetti s'est appuyée sur une documentation solide. Mêlant l'humour franc qu'on lui connaît à un goût pour la poésie et la légende qu'on lui découvre, elle réussit une enthousiasmante variation sur le choc des cultures. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au Xème siècle, quelque part sur une petite île de Scandinavie, Säbjörn est un modeste fermier et constructeur de bateaux. Il a deux fils, Svarte et Kåre qui, une fois adolescents, quittent la ferme paternelle pour parcourir le vaste monde. Svarte, le fils aîné, qui a hérité de la beauté de sa mère, devient commerçant tandis que son cadet s'embarque un peu par hasard et connaîtra bien des revers avant de pouvoir revenir au bercail.
    De l'autre côté de la Baltique, il y'a quelques comptoirs boueux avec lesquels les Vikings font des échanges. En descendant plus dans les terres, au sud, on découvre le territoire de la Rus et la richissime ville de Kiev, sur les bords du Dniepr. C'est là que Svarte va rencontrer la fille d'un marchand de soieries, Milka, une petite brune au teint pâle qui le séduit immédiatement et qui a donné son nom au roman : la fille de soie.
    Très superficiellement, ce qui m'a d'abord attirée dans ce roman, c'est son titre et sa très jolie couverture qui évoque un vitrail. Ensuite, le résumé a fini de m'intriguer et a emporté mes dernières hésitations : ce voyage dans la Scandinavie du Xème siècle et sur la route des Varègues, qui s'enfonce alors dans les territoires d'Europe de l'est, ne pouvait que me plaire. Pensant que l'auteure, Katarina Mazetti, écrivait surtout des romans contemporains -j'avais en tête Le Mec de la Tombe d'à côté, par exemple-, j'ai été surprise de voir que Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie était un roman historique mais cela n'était pas pour me déplaire, au contraire.
    Je m'y suis plongée avec, sinon beaucoup d'attentes, du moins beaucoup de curiosité. Je sais que certains lecteurs ont été déçus et j'ai l'impression que ce livre suscite des avis assez tranchés. On aime, ou pas. En ce qui me concerne, j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui n'est pas, pour moi, un roman historique comme les autres. Très onirique et dépaysant, ce roman est pour moi, un mélange entre une saga nordique et un conte oriental. Je me suis plongée dedans comme on s'immerge dans une histoire merveilleuse et, en même temps, Katarina Mazetti apporte un éclairage bienvenu sur la société de l'époque, ce qui est finalement typique du roman historique. Vous l'aurez compris, Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie est un livre hors normes et assez inclassable, à bien des égards. Pour autant, j'ai été absolument séduite par cette forme qui n'appartient finalement à aucun genre défini et qui nous fait naviguer un peu dans le flou. Et cela, finalement, correspond bien à une époque dont on ne sait que peu de choses et qui reste assez mystérieuse.
    Cela dit, c'est une société viking débarrassée de ses clichés que Katarina Mazetti nous présente, une société du début du Moyen Âge qui ne va pas tarder à se structurer et à se christianiser, notamment du fait des contacts nourris avec les peuples d'Europe de l'est, qui le sont déjà. Nous sommes dans les années 960-970 et à ce moment-là, en Occident, une dynastie d'origine scandinave règne sur la Normandie depuis 911. Les conquêtes s'arrêtent progressivement, les échanges commerciaux deviennent de plus en plus importants. En Scandinavie, les habitants ne sont pas tous d'imposants géants qui ne pensent qu'à se battre sur leurs drakkars, une hache à la main. On rencontre de modestes fermiers, qui cultivent leurs lopins de terre, des artisans, des marchands, des religieux (devins, prêtresses comme la mystérieuse Arnlög etc). La société viking n'est pas bien différente de celles des autres pays à l'époque, elle est en train de se développer doucement autour des mêmes couches sociales qu'ailleurs.
    Mais dans ce roman, fortement imprégné d'une culture et d'une époque, Katarina Mazetti aborde aussi des sujets bien plus universaux et qui ne concernent pas forcément les hommes du Xème siècle uniquement. Säbjörn le pauvre fermier doit faire face à l'absence de ses proches, parfois incomprise. Svarte et Kåre sont deux frères que la disparité d'affection des parents a fini par opposer, l'aîné cherchant à égaler le cadet qu'il sent plus choyé et plus écouté. Enfin, à travers les personnages de Milka et de ses deux petites esclaves, Petite Marmite et Poisson d'Or (qui sont respectivement originaires d'Afrique du Nord et d'Asie), le roman est l'occasion d'aborder l'arrachement à la terre natale et le manque que cela peut occasionner, le deuil pourrait-on dire, de ce qui a fait toute une vie et disparaît soudainement.
    Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie est un roman très vivant où tout un tas de cultures se rencontrent et se côtoient, loin de cet enclavement et de cette autarcie que l'on prête souvent au Moyen Âge. C'est aussi un roman bien plus universel qu'on ne pourrait le croire et qui peut trouver une certaine résonance chez nous, plus de mille ans plus tard, preuve que les préoccupations et les sentiments humains n'ont pas beaucoup changé depuis des siècles. C'est cela aussi qui m'a évoqué le conte, dans ce livre, l'impression qu'il a été écrit pour chacun d'entre nous tout en restant, aussi, un hommage à une civilisation qui a fini par se diluer progressivement dans une autre.
    Je peux comprendre que sa forme surprenne beaucoup et que le roman suscite des avis tranchés. On aime, ou pas mais l'essentiel est de le lire. Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie fera sortir chacun d'entre nous de notre zone de confort pour nous emporter dans un monde révolu mais que Katarina Mazetti, grâce à de longues et solides recherches, fait revivre dans ce roman. Pour moi, il est justement dosé, il n'en fallait pas plus, il n'en fallait pas moins et ce fut une bonne surprise, un point de départ, aussi : après cette lecture, j'ai très envie de découvrir les vraies sagas nordiques qui semblent avoir beaucoup inspiré l'auteure.
    Je peux donc dire que cette lecture a été une véritable réussite et ce n'est qu'à regret que j'ai quitté ses personnages et les paysages de cette Scandinavie très sauvage du début du Moyen Âge.

    En Bref :

    Les + : une histoire inclassable, pleine de magie mais en même temps appuyée sur des recherches historiques solides. 
    Les - : Aucun. 


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  • «  Le monde se remet toujours debout. Quoi qu'il arrive, il renaît de ses cendres. Les catastrophes ont été de tous les temps. »

    Les Nuits Blanches de Lena ; Madeleine Mansiet-Berthaud

     

    Publié en 2016

    Editions Presses de la Cité

    493 pages 

    Résumé : 

    A la suite d'une déception amoureuse, Lena décide de tout quitter : Paris, son métier d'infirmière à l'Hôtel-Dieu. Encouragée en cela par sa mère, d'origine russe, la jeune femme part pour Saint-Pétersbourg au printemps 1914. Dans la famille du prince Noboranski, où elle est préceptrice, Lena découvre le faste et la misère de la Russie des tsars. En même temps qu'elle éprouve une attraction croissante pour ce pays qui fut celui de son arrière grand-père cosaque, elle voit venir les troubles annonciateurs d'une révolution. La jeune femme est en proie à de nombreux doutes. Saura-t-elle résister au charme du prince, dont les sentiments se révèlent au grand jour ? Qui est ce mystérieux docteur Anton rencontré à l'hôpital, que l'on dit proche des bolcheviks ? Devrait-elle fuir ce vieux monde qui bascule sous ses yeux ? Le courage et l'amour vont lui apporter les réponses qu'elle attend...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au printemps 1914, Lena est une jeune parisienne, infirmière à l'Hôtel-Dieu. Elle fait la connaissance d'un jeune homme mais, suite à une déception amoureuse, la jeune femme décide, sur un coup de tête, de quitter la France pour la Russie, dont sa mère est originaire et qui a gardé une véritable nostalgie des années passées là-bas.
    A Saint-Pétersbourg, la capitale des tsars, Lena devient préceptrice auprès des enfants du ministre de la Justice, Boris Noboranski. Elle découvre un monde incroyable, figé dans des traditions et des convenances séculaires mais qui vacillent déjà depuis plusieurs années sur leurs bases, car le temps de la Russie des tsars est compté. Quelques mois plus tard, à la suite de l'attentat de Sarajevo, les puissances européennes sont entraînées par le jeu des alliances dans un conflit sanglant sans précédent, un conflit qui va fragiliser encore le grand empire des steppes jusqu'à conduire à une révolution dont le régime tsariste ne se relèvera pas et qui jettera des milliers de Russes sur les routes de l'exil, pour certains définitif.
    Mais lorsque Lena arrive en Russie, elle découvre un pays immense, grandiose, superbe, qui la séduit entièrement : les grandes étendues, les hivers spectaculaires, les étés où le soleil ne se couche pas (les fameuses nuits blanches), la grande ville du tsar Pierre Ier construite dans le delta marécageux de la Neva, les immenses palais aux façades colorées, les églises aux bulbes dorés...un pays où rien ne semble pouvoir changer jamais...
    Auprès des Noboranski, elle découvre le train de vie d'une famille princière russe au début du XXème siècle, une famille qui mène grand train et possède une flopée de serviteurs dévoués et de biens, une famille qui n'a jamais appris à compter parce qu'elle n'en a pas besoin et qui est proche de la famille impériale...une famille qui, malgré cela, a aussi connu les revers de ce bonheur qui semble complet, parce que Gricha, le petit héritier dont Lena devient la préceptrice, a hérité d'une maladie incurable qui obscurcit de culpabilité et de tristesse l'avenir de ses parents, Boris et Natalya. Petit à petit, Lena se fait une place dans cette famille, s'attache aux enfants et leur enseigne le français, l'écriture et les chiffres.
    Mais les nuages noirs s'amoncellent et bientôt, les Noboranski se trouvent à la croisée des chemins, obligés de faire un choix et de sauver leur peau, quand la Révolution bolchevique éclate au début de l'année 1917. Partir et risquer de ne plus jamais revoir la mère patrue ou rester et mettre en danger sa vie, voilà la douloureuse alternative de bien des familles bourgeoises ou nobles, prises dans un tourbillon qui les dépasse. Lena découvre alors les failles de ce grand pays qui l'a séduite, l'impuissance du tsar, la maladie du petit tsarévitch Alexis, la nationalité de l'impératrice, allemande de naissance, ce qui provoque une certaine crispation en pleine guerre contre l'Allemagne, la pauvreté du peuple et le dénuement des paysans, certes délivrés du servage depuis 1861 mais laissés pour certains livrés à eux-mêmes dans une extrême pauvreté et souvent tributaires de leurs maîtres malgré leur liberté toute neuve... un pays à bout de souffle et au système obsolète et gangréné par les revendications d'un peuple prêt à tout. Alors, bien que Française, Lena devra elle aussi faire des choix, soutenir les Noboranski auxquels elle s'est attachée, mais aussi se sauver elle-même, ce qui ne sera pas évident, d'autant plus qu'en Russie, elle a posé les yeux sur le séduisant docteur Anton, qui est loin de la laisser indifférente et qui, par son mystère savemment cultivé, ne cesse de la faire s'interroger...

    Résultat de recherche d'images pour "saint pétersbourg"

    La ville de Saint-Pétersbourg sous la neige. 


    Les Nuits Blanches de Lena est un roman extrêmement dépaysant qui nous emmène à la rencontre d'un pays sur le point de basculer radicalement, un pays fragile mais encore grandiose, qui parvient à sauver la face jusqu'au bout, derrière les riches façades de ses palais et à l'ombre de ses églises richement décorées. Dans le sillage de l'héroïne, vraiment attachante, on découvre la vie de ces grands aristocrates qui, pour la plupart, ne voient pas le cataclysme qui les menace ou, pour les plus clairvoyants, le pressentent tout en étant impuissants. Au sein de la famille Noboranski, Lena côtoie le prince Boris, ministre de Nicolas II qui assiste aux premières loges au naufrage du tsar, miné par la maladie de son unique fils, sous l'influence de Raspoutine et incapable de mener à bien des réformes dont le pays aurait pourtant grand besoin et qui s'enlise en plus dans un conflit hors normes ; elle a aussi l'occasion d'échanger avec la princesse douairière, Anna, particulièrement fine et qui, sentant approcher la catastrophe, tente comme elle peut d'accoutumer les siens à une vie bien différente de celle qu'ils ont menée jusque là.
    Avec ce roman j'ai littéralement voyagé et j'ai eu l'impression moi aussi de découvrir cette Russie si proche et pourtant si différente, aux coutumes et traditions marquées par l'Orient comme par l'Europe. C'était dépaysant et en cela, le roman comble parfaitement bien nos attentes.
    Les personnages eux aussi sont attachants... Lena m'a beaucoup plu même si ce n'était pas forcément évident au départ. Finalement, son caractère s'affirme au fur et à mesure que se développe le récit et on découvre une jeune femme équilibrée, qui sait ce qu'elle veut et prend les bonnes décisions au bon moment. Les Noboranski eux aussi sont attachants à leur manière, même Natalya qui peut parfois se montrer excessive voire désagréable...j'ai aimé le personnage de Gricha, qui a sept ou huit ans quand Lena arrive en Russie mais qui aborde déjà la vie du haut d'une maturité que lui confère sa maladie, qu'il sait incurable et qui le handicape quotidiennement. J'ai trouvé ce petit garçon vraiment touchant et il incarne bien l'injustice de la maladie touchant un enfant condamné à ne jamais connaître l'insouciance propre à cet âge de la vie. J'ai beaucoup aimé Anna également, cette femme d'une autre époque mais qui est la seule à s'efforcer de modifier son train de vie et ses privilèges, pressentant que la classe aisée n'en profite plus pour bien longtemps. Quant au prince Boris, il ne laissera assurément pas indifférentes les lectrices de ce roman, comme il attire vaguement Lena à son arrivée sous son toit.
    J'ai été un peu moins séduite par le style de l'auteure, surtout les dialogues. J'aime quand ceux-ci sont fluides ce qui n'est pas vraiment le cas ici...on ressent beaucoup trop qu'ils sont écrits et on peine à les imaginer dans la bouche de quelqu'un, ils ne sont pas vraiment naturels, ce qui est dommage parce que cela m'a empêchée d'apprécier d'emblée ma lecture. Il m'a fallu un petit moment avant de m'habituer et de passer au-dessus de cette petite faiblesse.
    Dans l'ensemble cependant, Les Nuits Blanches de Lena est un roman historique comme je les aime et qui a en plus eu le mérite de me faire voyager. On sent que Madeleine Mansiet-Berthaud s'est documentée et renseignée pour nous livrer la meilleure description possible de Saint-Pétersbourg et du mode de vie de ses habitants au début du XXème siècle et les faits historiques ne sont pas laissés de côté, loin de là. On les vit avec ferveur, aux côtés des personnages. Je ne connais pas suffisamment l'histoire russe pour savoir si l'auteure a pris quelques libertés -dans l'ensemble je ne crois pas, à l'exception du prince Noboranski, ministre du tsar, alors que c'est un personnage fictif- ou des raccourcis, mais j'ai trouvé que cela apportait un plus au récit, une teneur certaine et bienvenue qui l'empêche justement de tomber dans le gros cliché de la romance historique un peu trop évidente. Je ne vais pas vous cacher que les sentiments des personnages sont malgré tout au centre du récit, mais celui-ci ne tourne pas qu'autour de ça ce qui est malgré tout appréciable. Il aurait été dommage que l'auteure ne se serve pas du contexte riche dans lequel elle situe son intrigue et qui la sert parfaitement bien.
    Ce roman n'a pas été un coup de cœur, il m'a manqué d'être immédiatement séduite par la plume de l'auteure mais j'ai trouvé ce récit vraiment très beau, plein de souffle et de vie. Il nous fait passer par tout un tas d'émotions, du début à la fin et là où Madeleine Mansiet-Berthaud aurait pu céder à la facilité, elle ne le fait pas, ce qui est tout à son honneur. Pour moi, ce roman est une réussite malgré quelques petites inégalités. Si vous aimez les romans historiques, comme moi et si vous aimez vous dépayser, alors ce roman est fait pour vous.

    En Bref :

    Les + : une belle histoire, dans le sillage d'une héroïne attachante, Lena, attachée à deux patries et qui découvre, fascinée, la grande Russie des tsars. Le roman est dépaysant, plein de souffle et de vie. 
    Les - :
    des dialogues pas vraiment naturels, des passages un peu lourds...

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de décembre, « Voyage chez Baba Yaga », 12/12


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  • « Elle se redresse, toise ces hommes durant quelques secondes, savourant cette petite victoire sur la vie. Elle a triomphé des hommes. Elle peut enfin mourir par amour pour sa Reine. »

    Monsieur mon Amour ; Alexandra de Broca

     

    Publié en 2014

    Editions Albin Michel 

    233 pages 

     

    Résumé : 

    Princesse vertueuse totalement dévouée à Marie-Antoinette ou conspiratrice séductrice aux moeurs dépravées ? Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, fut en son temps l'objet des plus folles rumeurs. 

    Au fil d'une bouleversante correspondance imaginaire, Alexandra de Broca, l'auteur de La Princesse effacée, se glisse dans la peau de cette jeune aristocrate turinoise, veuve à dix-neuf ans du descendant d'un bâtard de Louis XIV, qui lui aura fait subir les pires affronts. Comme tant d'autres victimes expiatoires du régime de la Terreur, cette femme fragile, attachée à la famille royale au point de reprendre ses fonctions après la fuite du roi, connaîtra une fin atroce. 

    Du fond de la geôle parisienne où elle attend son jugement, Marie-Thérèse écrit chaque jour à Philippe d'Orléans, député et proche de Robespierre. Comme la vertu s'adresse au vice, elle commence ses lettres par « Monsieur mon Amour »...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1792, Marie-Thérèse de Lamballe est séparée de la famille royale emprisonnée au Temple et incarcérée à la prison de la Force. Elle commence alors à rédiger des lettres à l'attention de celui qui est son beau-frère et qui s'est rallié à la Révolution : le duc d'Orléans, cousin du roi et premier prince du sang, dont elle est secrètement amoureuse et qu'elle appelle dans ses lettres « monsieur mon Amour ». Alors qu'elle craint pour sa vie et que la capitale s'échauffe, dans la moiteur d'un été qui n'en finit pas, Marie-Thérèse entreprend de se raconter à celui qu'elle aime et qui, elle l'espère, parviendra à la faire libérer. De son mariage raté avec un descendant de Louis XIV et débauché notoire, le prince de Lamballe à son amitié indéfectible pour la reine Marie-Antoinette qui l'a pourtant bien mal récompensée, la pudique princesse se livre et se dévoile, n'hésitant pas à avouer son amour à Philippe d'Orléans et à confesser des épreuves qu'elle avait tues jusqu'ici...
    Si le roman d'Alexandra de Broca se base sur un fait avéré, la détention de la princesse de Lamballe à la fin du mois d'août 1792, l'auteure brode autour de ça et construit un récit totalement fictif : selon ce que l'on sait, Marie-Thérèse de Lamballe n'a pas entrepris de correspondance avec Philippe d'Orléans depuis sa geôle de La Force. Enfermée du 19 août au 4 septembre, elle sera jugée sommairement puis livrée à la vindicte de la foule qui la lynche puis promènera sa tête sur une pique jusqu'au Temple.
    J'avoue que, si l'idée d'une correspondance fictive mais basée sur des faits avérés ne m'a pas déplu au départ, je n'ai finalement pas été plus convaincue que ça. Peut-être un journal intime aurait-il mieux convenu... j'ai trouvé que les lettres avaient quelque chose d'un peu artificiel. Pourtant le récit que fait la princesse aux portes de la mort -elle ne peut s'empêcher d'espérer mais sait au fond d'elle qu'il y'a peu de chances que les révolutionnaires la laissent en vie- est touchant. Cette femme de quarante-trois ans, encore jeune, veuve depuis vingt ans d'un homme qu'elle n'a jamais aimé, confesse son amour à la seule personne qui ait fait battre son cœur et se raconte une dernière fois, cherchant de quoi elle est coupable et ce qui justifie le traitement dont elle a à souffrir derrière les murs de sa prison. Comme Marie-Antoinette qui dira, lors de son procès qu'elle a commis des erreurs mais non des crimes, on cherche ce que cette femme, princesse certes, mais vertueuse et bonne, a pu commettre comme crimes pour être jetée en prison puis massacrée par la folie collective de la foule. En fait, Marie-Thérèse paye sa fidélité au couple royal et notamment à la reine détestée, dont elle a été la confidente et même la Surintendante de sa maison avant d'être supplantée par madame de Polignac. Elle sera lynchée par les Parisiens qui voient en elle tout ce qu'ils haïssent de cette cour de Versailles désormais renversée, ils voient en elle l'amante d'une reine saphique à qui les pamphlets et libelles prêtent tous les méfaits. Mais ce qui est grand et digne chez cette femme, c'est le sacrifice qu'elle fera, en conscience, de sa vie : rien n'était écrit et elle avait fui. Elle est revenue. De l'inconscience folle ? En un sens oui mais surtout c'est la traduction de son amour et de sa loyauté indéfectible pour la reine et pour sa famille.

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, vers 1776


    Dans ce livre, on découvre aussi que Marie-Thérèse de Lamballe est une femme ambivalente et pas aussi lisse qu'on a bien voulu le dire. Discrète certes mais pas sotte, elle a des convictions mais semble en même temps être un personnage paradoxal, à l'image de son siècle : si certains de ses propos sont carrément féministes, si l'égalité entre les êtres va de soi pour elle, elle n'en est pas moins attachée à des principes religieux et traditionnels comme la monarchie de droit divin. Pour elle, il est inconcevable que le roi soit démis au profit d'une République... Elle fut intronisée en 1781 dans une loge féminine franc-maçonne tout en conservant une piété fervente.
    Marie-Thérèse de Lamballe est peu connue au final. On sait qu'elle est l'amie de cœur de la reine, une amie de cœur dévouée qui sera méchamment remplacée par une femme plus amusante mais qui n'hésitera pas à abandonner Marie-Antoinette dans la tourmente alors que la fidèle princesse de Lamballe sera là, jusqu'au bout, prête à tout pour sa reine, prête à endurer la prison, la peur, un jugement inique, la mort.
    Je crois que j'aurais pu la trouver encore plus attachante si je l'avais découverte autrement que par le biais de cette correspondance que j'ai trouvée un peu affectée... Marie-Thérèse de Lamballe, par les épreuves traversées, force de toute façon l'admiration. Victime à dix-huit ans d'un mariage arrangé qui ne lui donnera même pas d'enfants, moquée à la Cour par le clan des Polignac puis haïe par la Révolution, la vie de cette femme n'a pas toujours été rose. Parce que son rang la prédestinait à faire partie de la Cour, parce que son cœur l'a rapprochée d'une reine, méritait-elle cependant de mourir pour ça et de mourir comme ça ?
    Monsieur mon amour est un roman court qui se concentre sur la quinzaine de jours de détention de Marie-Thérèse et les lettres qu'elle écrit chaque jour au duc d'Orléans. Mais en même temps, parce qu'elle lui livre ses souvenirs, on la découvre à son arrivée en France, elle nous explique ses choix, elle se montre telle qu'elle est vraiment et non pas comme les courtisans la voient... Si le roman a peiné à me convaincre par sa forme, j'ai malgré tout vraiment apprécié cette lecture, la découverte intime de cette femme dont on parle peu, qui reste, dans l'Histoire, aussi discrète qu'elle l'était de son vivant.
    Je sais que certains lecteurs d'Alexandra de Broca lui reprochent des textes antirévolutionnaires (ce qui, d'ailleurs, n'a pas beaucoup de sens aujourd'hui, mais bon) : certes, mais de part les personnages qu'elle met en scène dans ses romans, elle ne peut faire autrement. Ne vous arrêtez pas à cela si je peux vous donner un conseil : La Princesse Effacée est un roman bouleversant et poignant.
    Je ne doute pas que Monsieur mon Amour plaise, lui aussi... Peut-être ne serez-vous pas gêné comme j'ai pu l'être par son aspect épistolaire. Quoi qu'il en soit, si vous aimez les romans historiques, ce livre vous plaira sans nul doute ! Le mérite d'Alexandra de Broca est d'avoir écrit un roman très personnel et d'avoir redonné une voix à un personnage oublié.

    La mort de la princesse de Lamballe par Maxime Faivre, 1908 (musée de la Révolution française de Vizille)

    En Bref :

    Les + : la confession de cette femme qui n'a plus rien à perdre et attend la mort est touchante et sans fard. Alexandra de Broca redonne une voix à ce personnage que l'on oublie trop souvent dans les limbes de l'Histoire.
    Les - :
    l'aspect épistolaire a peiné à me convaincre...


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  • « N'est-ce pas de la folie ? Je me nourris de ce qui me détruit. »

    Le Ciel de la Chapelle Sixtine ; Leon Morell

     

    Publié en 2012 en Allemagne ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Der Sixtinische Himmel

    Editions Pocket

    609 pages

    Résumé : 

    Au printemps 1508, le jeune Aurelio quitte la ferme de ses parents pour la plus belle et décadente ville du monde : Rome. Depuis qu'il est enfant, il n'a qu'un rêve, devenir sculpteur et travailler avec il gigante, le génie, Michel-Ange. Mais l'artiste a dû abandonner son art, contraint par le puissant pape Jules II à se consacrer à un autre projet, peindre le plafond de la chapelle Sixtine. Engagé comme modèle et apprenti, Aurelio assistera aux tourments quotidiens du maestro, aux terribles luttes de pouvoir qui agitent Rome et à la création du plus grand chef-d'oeuvre de la Renaissance. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1508, après la mort de ses parents, Aurelio quitte sa ville natale de Forli pour Rome. Son rêve est de devenir élève de Michel-Ange, sculpteur renommé à qui le pape Jules II vient pourtant de confier une tâche bien différente : celle de peindre le plafond de la chapelle Sixtine.
    On connaît tous cette oeuvre extraordinaire qui orne le plafond de la fameuse chapelle, à commencer par La Création d'Adam, où ce dernier tend la main vers Dieu. Mais le ciel de la Sixtine, ce n'est pas que ça : ainsi, Michel-Ange a fait s'y côtoyer plusieurs centaines de personnages, tous issus de la Bible ou de la mythologie mais représentés de manière particulièrement novatrice par celui qui, on l'oublie trop souvent, n'était pas peintre mais sculpteur.
    Auprès de lui et de ses compagnons, qui forment la bottega -l'atelier- de Michel-Ange, Aurelio, paysan modeste mais d'une grande beauté, qui sera employé comme apprenti mais aussi comme modèle, va apprendre l'art difficile de la fresque, la complexité de l'art en général et les contraintes du travail commandé, surtout quand il l'est par un mécène aussi exigeant que le pape Jules II. Aurelio va s'attacher à son maître, connu pourtant pour son caractère difficile pour ne pas dire irascible et va, dans son sillage, exercer son œil et sa main comme sa sensibilité, apprendre à analyser une oeuvre et à saisir tout ce qui peut échapper aux non-initiés.
    On découvre en même temps que lui le travail d'un atelier italien en ce début de Renaissance. L'émulation est sans pareille, la Ville éternelle est pleine d'artistes qui tentent de se concurrencer à coup d’œuvres ou techniques inédites et tentent d'en mettre plein la vue à leurs commanditaires. Ainsi, sur le chantier de Saint-Pierre alors en construction, Michel-Ange se trouve en compétition avec l'architecte Bramante et le talentueux Raphaël, à qui le pape Jules a demandé de décorer ses appartements, tandis que le sculpteur florentin est dépouillé de ses compétences premières pour devenir fresquiste, technique qu'il ne maîtrise pas et pour cause : travailler le marbre ou le bronze n'a rien à voir avec le travail a fresco, sur un plâtre humide et où la dextérité du peintre le dispute à la rapidité d'exécution. 
    On découvre le pénible travail des peintres, suspendus à plusieurs mètres au-dessus du sol, en équilibre sur des échafaudages de bois fixés dans les murs, la nuque pliée pendant des heures dans une position qui occasionne fatigue et maux de tête. Selon la période de l'année, s'il fait trop chaud ou trop froid, le plâtre ne prendra pas de la même façon, parfois même, on ne pourra pas le travailler... Les pigments risquent de se figer ou de se liquéfier, le plâtre peut moisir s'il fait trop humide... Quant aux repentirs et erreurs, ils sont inenvisageables : ils sont fixés pour toujours dans le plâtre et, à moins de détruire son travail, ils deviennent indélébiles.
    Le travail à la chapelle Sixtine a duré plusieurs années et le pape Jules, son commanditaire, a même failli ne jamais voir le chantier terminé. Mais on se rend compte en lisant ce roman du travail colossal effectué par ces peintres, avec tellement peu de moyens !

    L'ensemble de la voûte de la Sixtine, présenté comme « une réalisation artistique sans précédent » par Gabriele Bartz et Eberhard König dans Michelangelo (1998)


    Comme Michel-Ange et ses peintres, Leon Morell a mis plusieurs années avant d'arriver à bout de ce roman très riche, où se mêlent l'Histoire, les arts et aussi, une bonne dose d'imagination - Aurelio, par exemple et d'autres personnages encore, que l'on croise dans le récit, n'ont jamais existé.
    On comprend cependant pourquoi l'auteur a mis tant de temps avant d'arriver à bout de ce roman : parler d'art ne s'invente pas et lorsqu'on n'est pas du sérail, s'informer, se renseigner sur les différentes techniques, les décrire, amener le lecteur au plus près des peintres et leur faire partager le quotidien des artistes demande énormément de travail préparatoire. Cela dit, ce n'est pas barbant, au contraire et si l'on échappe pas aux termes techniques à de nombreuses descriptions, Leon Morell a su les intégrer à un récit humain où, au-delà de l'artiste torturé au mauvais caractère, on découvre chez Michel-Ange un homme en proie à ses démons, un artiste de grand génie, capable de réaliser une fresque à la qualité inestimable, considérée aujourd'hui comme un véritable trésor, sans être peintre de formation. On découvre un véritable génie et ce qui m'a finalement autant plu dans ce roman, c'est que Leon Morell, sans pédanterie, nous pousse, dans les pas d'Aurelio, à exercer notre œil et ajuster notre regard : il nous apprend tout simplement à appréhender l'art de Michel-Ange dans sa globalité, son étrangeté et toute sa subtilité, à dépasser le beau qui, après tout, est une notion bien subjective, pour découvrir derrière toute la grandeur d'une oeuvre qui a dépassé les siècles et suscite encore aujourd'hui l'admiration chez les milliers de pèlerins et visiteurs qui entrent chaque années dans le Sixtine.
    Si vous me suivez, vous savez que si j'aime énormément l'Histoire, j'ai aussi une passion pour l'Art. Je crois d'ailleurs que les deux vont de pair et que comprendre et connaître l'Histoire d'une époque passe aussi par l'étude de ses artistes et de son art. Et s'il y'a bien une époque qui en est riche, c'est la Renaissance italienne. Le XVIème siècle nous a laissé de grands artistes et de grandes œuvres : on peut penser à Michel-Ange évidemment mais aussi à Léonard de Vinci, Le Caravage, Le Tintoret, Titien, Raphaël, bien sûr et j'en passe. Personnellement, si la technique m'intéresse mais de manière assez limitée, j'aime les romans qui laissent une plus grande place à l'humain. Découvrir ces grands noms que l'on connaît surtout à travers une oeuvre majeure ou plusieurs, mais dont on délaisse souvent l'aspect plus intime, c'est dévoiler ce qu'ils étaient de leur vivant, ce qui a pu bien évidemment influencer leur manière de travailler, leur manière de traiter tel ou tel sujet.
    Le Ciel de la Chapelle Sixtine nous confirme que Michel-Ange était bien un génie mais aussi un homme en proie à des passions contradictoires, se débattant et luttant contre une sexualité refoulée, un homme qui doutait de lui et qui, s'il n'hésitait pas à se montrer provocant, n'était pas entièrement sûr de ses capacités. La Sixtine, dans ce roman, c'est un véritable travail dans le sens d'accouchement, la naissance d'une oeuvre qui ne se fait pas sans douleur et doit se transmettre du cerveau du maître à ses doigts et à ceux de ses compagnons ce qui est, on s'en doute, d'une difficulté hors norme.
    Enfin, ce que j'ai vivement ressenti dans ce roman, c'est l'amour : l'amour d'Aurelio pour l'art, un amour que son maître éveille et stimule, l'amour de celui-ci pour ses œuvres et son dévouement extrême à leur égard comme si elles étaient ses enfants, enfin, l'amour charnel, l'amour des hommes pour les femmes, des femmes pour les hommes ou des hommes pour d'autres hommes. Ce roman est porté par beaucoup de sentiments et d'émotions et si l'art en occupe la place centrale, Leon Morell fait toutefois une part belle à l'humain derrière les pinceaux et les pigments.
    J'ai trouvé ce roman extraordinaire. Il est plutôt dense mais je n'ai ressenti aucune lassitude. Je me suis perdue dedans et j'ai, au cours de ma lecture, plusieurs fois admiré cette couverture emblématique, qui reprend un détail de La Création d'Adam, ce fameux doigt tendu du premier homme vers son Créateur en ayant l'impression de la comprendre enfin, de la saisir dans toute son entièreté. J'en suis ressortie plus que satisfaite, avec l'impression de mieux connaître Michel-Ange et son oeuvre, de l'avoir vu, peut-être pour la première fois, dans son ensemble, peut-être comme Aurelio aurait pu le voir s'il avait existé. On entre dans l'intimité de cet homme et on s'attache à lui immanquablement, comme on s'attache d'ailleurs au jeune Aurelio, au passé pas évident comme c'est souvent le cas à l'époque -une famille dispersée, des parents morts jeunes, la pauvreté, les ravages de la guerre- s'éveille et s'éduque et devient riche non pas d'argent mais d'une connaissance qu'on ne lui enlèvera jamais ce qui est bien plus inestimable, au final, car si on peut perdre une richesse pécuniaire, on ne perdra jamais une richesse culturelle et intellectuelle. Sous nos yeux, Aurelio grandit et, sous l'influence de son maître, pour lequel il a un dévouement sans borne, devient à son tour un artiste accompli.
    Je me suis sentie investie dans ce roman jusqu'à ses dernières pages. Cette Rome pleine de violence et de religiosité m'a passionnée et j'ai passé un excellent moment de lecture, non seulement pour le récit mais aussi pour la plume de l'auteur, entièrement au service de ce qu'elle raconte.
    Si vous aimez les romans historiques et l'Histoire des Arts, je vous recommande chaudement ce roman. Cette plongée au coeur même de la bottega de l'un des plus grands artistes toutes époques confondues ne manquera pas, je pense, de vous séduire et de vous enthousiasme

    En Bref :

    Les + : roman dense et riche, Le Ciel de la Chapelle Sixtine est une superbe évocation de l'oeuvre de Michel-Ange et de sa grandiose réalisation à la Sixtine. Leon Morell a su saisir toute la complexité d'un homme mystérieux et de son oeuvre, finalement pas si connue que cela quand on prend le temps de lire entre les lignes. 
    Les - : il n'y a à redire, c'est juste passionnant ! 


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  • « Diane jouissait de toute la liberté du monde et à quoi l'employait-elle ? A faire courir des chevaux. Marcella, elle, faisait courir des empereurs ! »

    Rome, tome 3, Les Héritières de Rome ; Kate Quinn

     

    Publié en 2011 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Daughters of Rome 

    Editions Pocket 

    441 pages 

    Troisième tome de la saga Rome

    Résumé :

    En l'an 69, la splendeur de Rome appartient au passé et tous se disputent les restes de l'Empire. Surtout les Cornelii... 
    L'ambitieuse Cornelia s'imagine déjà à sa tête : l'empereur Galba a désigné son époux pour héritier. Et sa sœur, Marcella, passionnée d'histoire, a décidé qu'elle ne s'écrira pas sans elle. Mais un coup d'Etat meurtrier bouleverse leurs vies et laisse à Lollia, leur cousine, l'occasion de tirer son épingle du jeu - sa petite sœur Diane préférant les courses de char à l'agitation politique. 
    L'histoire est lancée au galop et emporte les quatre héritières. A la fin, il n'y aura cependant qu'un empereur...et qu'une seule impératrice... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 69, Néron est mort depuis quelques mois et s'ouvre à Rome une année troublée qui restera dans l'Histoire sous le nom de : « l'année des quatre empereurs ». Entre le mois de janvier et le mois de décembre de cette année-là, quatre empereurs vont revêtir la pourpre : Galba, Othon, Vitellius et Vespasien. Si le dernier régnera dix ans sur Rome, ses prédécesseurs, eux, ne resteront empereur que quelques mois avant de connaître une fin violente. Et, pour Rome en général, c'est une période d'incertitude et de trouble qui s'ouvre.
    Les filles de la famille Cornellii sont aux premières loges et assistent à cette valse des empereurs au cours d'une année qui les marquera à jamais : Cornelia, l'aînée, est l'épouse d'un proche de Galba, Pison, pressenti pour devenir son héritier ; sa sœur Marcella est l'historienne de la famille qui n'aime rien tant que ses rouleaux, ses calames et ses tablettes de cire sur lesquelles elle consigne tous les événements auxquels elle assiste en cette année agitée ; Lollia, leur cousine, que son riche grand-père marie au gré des alliances qu'il contracte et enfin, Diane, encore adolescente mais au caractère bien trempé et qui est une passionnée de courses en char, au point de rêver elle-même d'être aurige !
    En se basant sur une trame historique authentique -la succession d'empereurs après la mort de Néron qui aboutira à l'avènement de la dynastie des Flaviens- Kate Quinn brode un péplum efficace et dynamique qui nous fait retenir notre souffle et suivre les rebondissements qui émaillent cette année pas comme les autres d'un œil captivé de bout en bout. Si j'avais aimé lire La Maîtresse de Rome sans pour autant me débarrasser de la gêne que certaines incohérences avaient pu faire naître chez moi (notamment la relation entre Théa et Domitien) j'ai été beaucoup plus enthousiaste à ma lecture de L'Impératrice des Sept Collines l'an dernier et cette bonne impression s'est confirmée avec Les Héritières de Rome. Certes, l'auteure se fait plaisir et intègre beaucoup de romanesque et d'imagination à l'historique avéré mais j'avoue que cela ne m'a pas spécialement dérangée : peut-être parce que l'Histoire ancienne n'est pas ma période de prédilection et les petites approximations ou libertés prises me sautent donc moins aux yeux...Du coup, j'ai lu ce récit comme n'importe quel roman, m'affranchissant de cette manie que j'ai de tout pister, dans un roman historique, à la recherche de la moindre petite erreur !! Je n'y peux rien, je crois que c'est l'ancienne étudiante en Histoire qui prend le dessus dans ces moments là !
    Ce que j'aime aussi avec Kate Quinn c'est qu'elle prend le temps, à chaque fin de roman, d'expliquer ses choix. Je trouve cela intéressant et assez honnête avec le lecteur et j'apprécie de pouvoir démêler, malgré tout, le vrai du faux.
    Ceci dit, Les Héritières de Rome est un roman très cohérent et crédible : Kate Quinn joue avec ses personnages comme avec des pions sur un échiquier, les plaçant ici ou là au gré de ses envies mais c'est toujours sensé et j'ai l'impression que c'est plus fin aussi que dans La Maîtresse de Rome... disons, peut-être, mieux emmené, plus réfléchi.
    Je ne dirais pas que ce roman est excellent mais pour ma part, j'ai passé un très bon moment. J'ai dévoré les derniers chapitres en une journée et avec plaisir et intérêt. J'ai vraiment aimé suivre ces quatre jeunes femmes, si différentes, aux aspirations si différentes aussi, qui s'accommodent comme elles peuvent d'une époque pas évidente et pas forcément tendre pour les femmes. Je ne sais pas si on peut dire que Cornelia, Marcella, Lollia et Diane sont attachantes... Peut-être, chacune à leur manière... L'auteure a bien travaillé leur caractère, leur psychologie, elles sont toutes les quatre très abouties. J'ai beaucoup aimé Diane par exemple, pour sa fraîcheur, sa franchise et sa spontanéité ! J'ai trouvé Marcella plus difficile à cerner mais sa passion pour l'Histoire m'a parlé, évidemment, même si cette passion la pousse vers l'intrigue et se retourne assez cruellement contre elle. Lollia est provocante et extravertie mais cache en même temps une certaine fragilité derrière la bravade tandis que Cornelia est, en apparence, la plus lisse, la plus conventionnelle alors que ce n'est, au final, pas vraiment le cas.
    Vous l'aurez compris, Les Héritières de Rome m'a vraiment convaincue, que ce soit l'intrigue ou les personnages ! La Rome antique, c'est vraiment un monde étrange et extraordinaire que l'on découvre avec horreur parfois mais aussi parfois une certaine fascination. J'ai refermé ce roman, entre Histoire et péplum enlevé, avec un sentiment très positif et c'est tout ce qui compte ! 

    En Bref :

    Les + : même si l'auteure prend beaucoup de libertés avec l'Histoire, mêlant habilement romanesque et historiquement correct, on se prend au jeu. Les Héritières de Rome est un bon péplum et un portrait de cette époque violente et troublée qui est, je pense, fidèle à la réalité. 
    Les - :
     
    pas vraiment de points négatifs à soulever. En ce qui me concerne, j'ai passé un très bon moment avec cette lecture !

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème d'octobre, « SPQR », 10/12


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