• « Tel est le paradoxe du Temps : nous croyons qu'il avance ou se déroule, quand il se borne à être simultanément, passé, présent et futur éternellement confondus. C'est au demeurant sa seule borne. »

    Le Chemin de Nostradamus ; Dominique et Jérôme Nobécourt

     

    Publié en 2007

    Editions JC Lattès

    523 pages 

    Résumé : 

    En 1533, à tout juste trente ans, Michel de Nostradame est un médecin et astrologue réputé. Suspecté d'hérésie, il doit trouver refuge à Saint-Rémy-de-Provence auprès de son grand-père Jean, maître en sciences occultes. Le répit est de courte durée : Ochoa, un inquisiteur, parvient à les rattraper et à blesser mortellement Jean. Avant de mourir, ce dernier révèle à Michel l'origine de sa famille : ils descendent de la Tribu d'Issachar, gardienne des arcanes de la destinée humaine. Leur nom secret témoigne de cette mission : Nostra Damus, « nous donnons ces choses que nous possédons». 
    Michel se rend à Paris où il perfectionne ses connaissances en sciences occultes et légales. Il se lie avec Jacques de Saint-André, proche de la famille royale, qui l'introduit auprès des puissants, notamment de la toute jeune Catherine de Médicis. Il tombe aussi éperdument amoureux de Marie, fille du baron d'Hallencourt qui mène la chasse aux hérétiques. Cependant, fort de sa passions et de ses précieux soutiens, Michel ne voit rien des périls qui le guettent. Il ignore que c'est seul, blessé, et en fuite, que toute la puissance de son don se manifestera. Après de longues années d'errance, il reviendra à Paris, auréolé de gloire. 
    Une très belle fresque historique sur le plus grand mage de tous les temps et l'auteur des fameuses Centuries et Pronostications

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1533, le pape lance contre Michel de Saint-Rémy un inquisiteur fanatique. Contraint de fuir la Provence, Michel s'enfuit avec son grand-père Jean, un mage puissant et détenteur d'un savoir millénaire.
    Ancien médecin, celui qui n'est pas encore Nostradamus trouve refuge à Paris, où il devient un parfumeur renommé et apprécié des dames. Il profiter de cette couverture pour parfaire ses connaissances et devenir à son tour un grand magicien comme son aïeul, qui n'a pas survécu à leur échappée mais lui a révélé tout son savoir avant de mourir.
    À Paris, Michel découvre la flamboyante Cour de François Ier : la France connaît alors une émulation sans précédent, nous sommes en pleine Renaissance et si le basculement religieux menace, il n'a pas encore eu lieu. En 1533, le Roi-Chevalier est au sommet de sa gloire et vient de marier son cadet, Henri d'Orléans, à la jeune nièce du pape, Catherine de Médicis. Michel découvre un autre monde, où luttes, rivalités et hypocrisie sont legion et où chacun se cache derrière un masque de fausseté pour mieux frapper.
    De là va alors se dérouler une grande fresque dans laquelle se mêlent grande et petite Histoire. Alors que le royaume, après l'Affaire des Placards (1534), bascule petit à petit dans le fanatisme et la rigueur religieuse et que les relations au sein même de la famille royale se dégradent doucement, opposant de plus en plus le Dauphin François à son jeune et ambitieux frère Henri, Michel de Saint-Rémy, appelé aussi Michel de Nostredame est devenu un véritable magicien, médium et maîtrisant autant la médecine, la science des plantes que l'alchimie ou l'astrologie. Tombé amoureux fou d'une jeune femme, il doit en même temps échapper une nouvelle fois à l'Inquisition et quitter Paris et ceux qu'il aime.
    Le roman en lui-même est intéressant quoique pas du tout fiable historiquement. Si vous cherchez un roman qui colle au plus près à la vie de Nostradamus, passez votre chemin. Si les auteurs sont partis d'un point de départ vraisemblable et authentique, s'ils ont mis en scène des personnages ayant existé, en première lieu Nostradamus, Catherine de Médicis, François Ier ou encore Henri II, les auteurs ont brodé autour de ça une intrigue complètement romanesque. Passé le premier moment de surprise où je n'ai pas pu m'empêcher de penser : « mais qu'est-ce que c'est que ça ? » finalement j'ai trouvé que l'intrigue se tenait et que même si tout ou quasiment tout n'est pas vrai, ça fonctionne. J'aurais peut-être souhaité que les auteurs en fin de volume expliquent leur démarche. C'est peut-être une déformation d'ancienne étudiante en Histoire mais il est vrai que quand on joue avec les faits, si je ne suis pas foncièrement contre, j'aime bien qu'on explique pourquoi. Manque de sources ? Manque d'informations ? Ou alors, l'envie simple de laisser le romanesque et l'imaginaire prendre le pas, ce qui n'est pas, en soi, plus injustifiable qu'autre chose, surtout quand ça marche. Je préfère encore cela à un roman qui se veut historique mais s'avère bourré d'erreurs.
    Bref, si j'ai parfois trouvé que les auteurs forçaient un peu le trait, dans l'ensemble, j'ai été assez convaincue par cette histoire, entre thriller, science occultes et froideur politique.
    Cela dit, je n'ai pas réussi à me sentir pleinement convaincue. J'ai trouvé les premiers chapitres assez hermétiques et j'ai parfois décroché. Ma lecture n'a pas été fluide et je la décrirais comme ayant été en dents de scie ou en montagnes russes. Parfois j'ai été happée par ma lecture, mon intérêt remontait en flèche avant de dégringoler à nouveau et tout aussi en flèche ! J'ai mis du temps à lire ce roman parce que je n'ai pas réussi à me plonger intensément dans cette lecture. Parfois, il m'est arrivé de lire des passages mécaniquement et de devoir revenir en arrière ce que je déteste parce que cela est un signe pour moi de mon manque d'intérêt.
    Je ressors donc de cette lecture assez mitigée. D'un côté, j'ai trouvé que ce récit a beaucoup de qualités mais en même temps, il y'a trop de longueurs. Trop de longueurs pour ne pas lasser, trop de longueurs pour se sentir intéressé du premier chapitre au dernier et je le regrette parce que ça démarrait tellement bien ! Ce récit tournant autour de sujets fascinants comme la magie, l'alchimie, les sciences occultes mais aussi une science cartésienne en développement contre l'obscurantisme d'une Église toute puissante mais corrompue et indigne avait tout pour me plaire, j'ai trouvé le résumé vraiment intéressant. Dommage que le récit n'ait pas réussi à me convaincre.
    En tout cas, c'est bien la preuve que Nostradamus n'a pas fini de nous fasciner et que son aura a traversé les siècles. Il n'y a qu'à taper Prophéties de Nostradamus sur n'importe quel moteur de recherche et vous verrez que l'une des requêtes les plus demandées est : prévisions de Nostradamus pour l'année en cours. Il est finalement, dans l'imaginaire collectif, plus qu'un simple astrologue au service de Catherine de Médicis : après tout, les autres mages et astrologues de la reine n'ont pas marqué l'Histoire. Chez Nostradamus, le mage, le sorcier, le médium, le médecin se fondent les uns dans les autres pour créer un être un peu fou et fascinant, un personnage d'une puissance rare et un peu terrifiante.
    Si je ressors de cette lecture assez mitigée, malgré tout Jérôme et Dominique Nobécourt m'ont donné envie d'en savoir plus sur ce personnage qui fait partie de notre Histoire et qui est très familier mais qu'au final on ne connaît pas réellement : quel était l'homme derrière le mage ? Voilà une question qui me taraude maintenant et que je vais chercher à résoudre...  

    En Bref :

    Les + : une intrigue intéressante et plutôt bien menée, entre thriller, roman historique et alchimie, sciences occultes et magie. 
    Les - :
    une histoire un peu trop romanesque par moments et surtout, trop inégale. Je n'ai pas réussi à me sentir captivée.


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  • « La vie n'était souvent que la répétition des mêmes gestes dans un ordre différent, selon le jour qu'on était et l'endroit où on se trouvait. »

    A l'Orée du Verger ; Tracy Chevalier

     

    Publié en 2016 aux Etats-Unis ; en 2018 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : At the Edge of the Orchard 

    Editions Folio 

    400 pages 

    Résumé :

    En 1838, la famille Goodenough s'installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre ces cultivateurs de pommes. Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest et sa sœur Martha n'a qu'un rêve : traverser l'Amérique pour lui confier un lourd secret. 
    Des coupe-gorge de New York au port grouillant de San Francisco, A l'Orée du Verger nous plonge dans l'histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres, de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de Californie. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     A l'Orée du Verger fait partie de ces romans que je voulais lire depuis leur sortie, ce que finalement je ne fais pas, pour tout un tas de raisons, mais qui restent là, ancrés dans un coin de ma tête. Quand il a été édité en poche, je n'ai pas hésité et un peu plus d'un an après l'avoir ajouté à ma PAL, ça y'est, je l'en sors. Sa jolie couverture avec le bras de cette jeune femme tenant une pomme rouge et brillante m'évoque immanquablement la fin de l'été et le début de l'automne, quand les pommes mûrissent et commencent à tomber. Donc, logiquement, j'ai eu envie de lire A l'Orée du Verger en automne et c'est chose faite.
    Tracy Chevalier est de ces auteurs qui ne me déçoivent jamais : un peu comme Kate Morton, par exemple. Si, parfois, j'ai préféré certains romans à d'autres, ce qui est normal, en général, je n'ai jamais été franchement déçue. Chez Chevalier, ce que j'aime, c'est le côté un peu atypique des intrigues, l'impression que ce sujet n'aurait pu être traité que par elle, n'aurait pu germer que dans son esprit à elle.
    Comme beaucoup d'autres lecteurs, je l'ai découverte avec son fameux La Jeune Fille à la Perle, qui s'intéresse au célèbre tableau éponyme de Vermeer, en imaginant une identité et une existence au modèle -inconnu- du tableau. Ce roman a eu beaucoup de succès et a participé à faire connaître ce superbe tableau d'un des plus grands maîtres de la peinture néerlandaise. En ce qui me concerne, depuis que j'ai lu le roman, je ne peux m'empêcher d'appeler cette jeune fille inconnue Griet : Tracy Chevalier lui a redonné une existence, même si celle-ci est imaginaire. Par la suite, j'ai aussi beaucoup aimé La Dame à la Licorne, qui s'attache cette fois à un autre chef-d'oeuvre de notre patrimoine : la fameuse tapisserie du même nom et à ses commanditaires. Même bonne surprise avec Prodigieuses Créatures, La Vierge en Bleu ou, en 2017, avec La Dernière Fugitive, où il est question du Chemin de Fer Clandestin et des Quakers.
    Je me doutais que ce serait pareil avec A l'Orée du Verger et effectivement, je n'ai pas été déçue. Ce que j'aime avec Tracy Chevalier, c'est qu'on dirait qu'elle peut traiter de tous les sujets facilement, inventer des histoires toutes différentes les unes des autres mais qui ont toujours l'air d'être liées par un fil ténu mais bien présent, qui vous fait dire quand vous démarrez une lecture : « Ah oui, ça, c'est du Tracy Chevalier ! »  Dans ce roman, par exemple, j'ai beaucoup retrouvé La Dernière Fugitive, comme j'avais retrouvé La Jeune Fille à la Perle dans La Dame à la Licorne.
    Ici, elle nous emmène en 1838, dans l'Ohio, à la rencontre de la famille Goodenough. Plus précisément, nous sommes dans le Black Swamp, une région qui s'étend aux abords de la ville de Perrysburg et du lac Erié. Le Black Swamp, c'est une région aussi marécageuse qu'hostile et mortifère où Sadie et James Goodenough sont venus s'installer avec leurs enfants après avoir quitté le Connecticut. Seuls, isolés, ils doivent se battre pour domestiquer une nature rétive et dangereuse, où les marais, omniprésents, sont porteurs de maladies et de mort. Chaque année, les habitants du Black Swamp sont assaillis par les moustiques qui transmettent la fièvre des marais. Certains ont la chance de s'en sortir, d'autres en meurent irrémédiablement, surtout les enfants. Et, chaque année, le fond du verger des Goodenough se voit doté d'une petite croix de plus, une petite croix qui surmonte la tombe sommaire de l'un des enfants. Alors que le père, James, se jette à corps perdu dans la culture des pommiers, taillant, greffant, récoltant, domptant la terre, essayant d'en tirer le maximum comme pour s'en venger, la mère, Sadie, à l'esprit embrumé par l'alcool, parle à ses enfants morts et rudoie ceux qui lui restent. La vie est dure et rugueuse à l'image des habitants des marais.
    Après un drame, le benjamin, Robert s'enfuit et gagne l'ouest, encore sauvage en ces années 1840-1860 et fait la connaissance d'un agent horticole anglais, William Lobb qui prélève en Californie graines et plants de ces arbres millénaires et si impressionnants, les Redwoods et les séquoias, qu'il achemine ensuite vers l'Europe. Dans ce pays où tout est possible, où tout est à construire, où les Indiens côtoient les nouveaux arrivés, où l'on cherche l'or et où les villes poussent comme des champignons, dans ce Far West digne des plus grands westerns, Robert tente d'échapper à son passé et à ses meurtrissures d'enfant tandis que sa sœur Martha le recherche désespérément.
    A l'Orée du Verger est un grand roman, où les arbres ont autant de place que l'humain. Ils sont des personnages à part entière du récit, des petits pommiers des Goodenough qui, dans le Black Swamp, leur assurent une subsistance plutôt régulière, mais que, pour ça, il faut garder en vie quitte à se tuer à la tâche, jusqu'aux grands séquoias de Californie, témoins naturels des siècles passés, gardiens d'une terre encore préservée, patrimoine universel au même titre que nos plus beaux édifices.
    Si les premiers chapitres, par leur aspérité, leur rugosité, leur rudesse en un mot, m'ont un peu déroutée et parfois un peu choquée, ils sont cependant révélateurs de ce que peut être une vie qu'on n'a pas choisie, sur une terre inhospitalière où l'on ne se sent pas chez soi. Les Goodenough sont monstrueux et touchants à la fois, abandonnés dans un isolement qui les déshumanise peu à peu. A l'exception de Martha et Robert, chez qui l'on sent une humanité débordante, l'espoir malgré tout et chez le père James, que sa passion des pommiers maintient en vie, la famille plonge petit à petit dans une vie presque animale, violente, sournoise et dénuée de sentiments.
    Par la suite, après avoir été centré essentiellement sur les parents -Sadie, la mère, est d'ailleurs l'une des narratrices directe-, le récit se resserre sur Robert, le seul de la fratrie à avoir pu s'émanciper et s'extraire de la vie misérable dans le Black Swamp. Parti vers l'ouest, il a voyagé, découvert de nouvelles terres où tout est possible, expérimenté l'orpaillage puis, plus tard, la prospection horticole, qui, d'une certaine manière, le relie à son ancienne vie et à la passion qu'il partageait, enfant, avec son père, pour les pommiers.

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    Les superbes séquoias géants de Californie au Sequoia National Park 


    Certains lecteurs ont trouvé Robert un peu fade à la longue, alors que je l'ai apprécié de bout en bout : j'ai trouvé qu'il gagnait en teneur et en relief à mesure que l'on avance dans le roman. Enfant, il est trop mature pour son âge. Adulte, on sent chez lui une fêlure, une cassure qui le pousse à fuir en avant et sans jamais s'attacher, en le faisant jamais se sentir à sa place nulle part, mais la vie aura tôt fait de le rattraper et de le faire ralentir. Pour moi, il est un personnage intéressant et plein de courage, un être un peu cassé comme il y'en a tant et qu'on a envie de voir réparé. Finalement, les personnages féminins hormis Sadie, en début de roman -Sadie, pour laquelle j'ai oscillé entre répulsion et parfois compréhension, devant la détresse terrible que ce personnage cache sous sa violence et son comportement- sont peu présents. On suit longtemps Robert sans que ses relations avec les femmes ne soient vraiment présentes dans le récit. Puis on rencontre Molly, Molly qui sera en quelque sorte sa rédemption, sa guérison. On retrouve Martha, devenue adulte. On rencontre les femmes de San Francisco, une ville encore pleine de l'effervescence de la nouveauté, pleine de mineurs et d'orpailleurs où les femmes, à l'exemple de madame Bienenstock, sont obligées de se comporter comme les hommes.
    A l'Orée du Verger, c'est un portrait de ce grand ouest encore si sauvage au milieu du XIXème siècle. Comme Autant en Emporte le Vent a pu être un portrait du Grand Sud américain, Tracy Chevalier, elle, s'attache à nous faire traverser, dans les pas des pionniers et notamment de Robert, les grandes plaines et les déserts après les Rocheuses que l'on découvre alors avec émerveillement mais où la vie est rude et ne fait pas de cadeau.
    J'ai été captivée par ce roman. J'y ai retrouvé une Tracy Chevalier très en forme et toujours aussi talentueuse, j'y ai retrouvé un sujet plutôt passionnant -oui oui, même pour moi qui ne sais pas garder une plante en vie, même un cactus, ces Redwoods californiens ont quelque chose de fascinant et d'impressionnant- et je me suis laissée porter par ce récit formidablement porteur d'espoir. Si je ne m'attendais pas forcément à la dureté des premiers chapitres -qui m'ont notamment évoqué La Terre, de Zola ; tout du moins j'ai ressenti, en lisant A l'Orée du Verger, la même chose qu'en lisant La Terre, cette horreur mêlée d'une certaine fascination-, j'ai trouvé que la lumière pointait dans la deuxième partie comme au bout d'un tunnel, avec l'idée que, quoiqu'on traverse, il y'a toujours une place pour nous quelque part et que la lumière ne s'éteint jamais vraiment. Déshérités, les personnages de ce roman n'en perdent pas pour autant leur combativité et l'envie de s'en sortir. En un mot, ils gardent quoi qu'il arrive leur optimisme et l'envie d'aller de l'avant.
    J'ai refermé le roman un peu triste de quitter ces personnages, avec l'envie d'en avoir encore un peu plus. Le roman s'achève sur une note plutôt positive et laisse carte blanche à notre imaginaire : on est libre d'imaginer la suite de l'histoire et de bâtir pour Robert l'avenir qu'on lui souhaite. Pour ma part, je l'ai souhaité très positif et plein de bonheur.
    Je recommande très chaleureusement ce roman. 

    En Bref :

    Les + : une intrigue atypique, parfois dure mais toujours humaine et révélatrice. J'ai retrouvé avec plaisir le style inimitable de l'auteure.  
    Les - :
    aucun point négatif à soulever pour ma part ! C'était, encore une fois, un très bon Tracy Chevalier.


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  • « La liberté pouvait se trouver partout, même dans l'espace le plus restreint. Il y'avait mille façons de voyager. »

    Le Soleil sous la Soie ; Eric Marchal

     

    Publié en 2013

    Editions Pocket 

    922 pages 

    Résumé :

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans ce gros roman de plus de neuf cents pages que certains ont comparé d'emblée aux Piliers de la Terre de Ken Follett, Eric Marchal nous emmène, dans le sillage d'un chirurgien lorrain et au gré de ses pérégrinations, de Nancy aux steppes hongroises en passant par les citadelles impériales alors en guerre contre l'empire ottoman.
    Nicolas Déruet que l'on découvre au cours des années 1690, est chirurgien ambulant et sillonne les routes de la Lorraine occupée par les troupes françaises. Il est chirurgien, pas médecin, insistons bien là-dessus : si aujourd'hui les deux notions sont consubstantielles -ou presque- ce n'était pas le cas à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle, à tel point d'ailleurs que les médecins se posaient souvent en opposants farouches aux chirurgiens et inversement.
    A la suite d'une fausse accusation portée contre lui, Nicolas Déruet se voit obligé de quitter la Lorraine et de rejoindre les troupes ducales qui se battent en Hongrie. Là-bas, il va découvrir les horreurs de la guerre, la souffrance et la peur des soldats blessés, la mort, souvent atroce mais aussi expérimenter la camaraderie innée et indéfectible qui se tisse souvent entre le personnel soignant, confronté aux mêmes horreurs. De retour en Lorraine dans la suite du jeune duc Léopold, il exercera à Nancy son savoir-faire, à l'hôpital Saint-Charles, soignant les nantis comme les plus déshérités et sera un témoin de premier plan des soubresauts politiques et diplomatiques qui secouent le petit Etat lorrain, coincé entre deux géants, le Saint-Empire romain d'un côté et la France louis-quatorzienne de l'autre, qui ne veut qu'une chose : annexer la Lorraine. Entre les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, dans un contexte peu évident, Nicolas oeuvre cependant pour sa science tout en menant sa propre vie, une vie marquée par son écartèlement et son hésitation entre deux femmes importantes pour lui : Rosa, la marquise de Cornelli, intrépide et séduisante et Marianne, sage-femme de son état, plus modeste mais avec qui Nicolas a tissé des liens importants et qu'il n'avait quittée qu'à regret au moment de fuir en Hongrie.
    C'est vrai que Le Soleil sous la Soie est un grand roman, je ne peux pas dire le contraire. Mais il est loin d'être un coup de cœur et je vais vous expliquer pourquoi maintenant - tout en évitant, je l'espère en tout cas, de vous dissuader de le lire parce qu'il s'agit malgré tout d'une grande oeuvre historique qui n'usurpe pas sa comparaison avec le fameux roman-fleuve de Follett.
    J'ai évidemment trouvé beaucoup de points positifs à ce roman. Que la chirurgie soit au centre du récit, loin de me rebuter m'a plu, au contraire. Nicolas n'est pas un médecin de Cour, ridicule et inefficace mais un praticien, un homme de terrain qui connaît les corps, leurs affections et maux les plus divers et pratique, avec moins de technique et de matériel, des interventions assez semblables à celles d'aujourd'hui. J'ai aussi aimé tous les personnages qui sont, à leur manière, un reflet de la société de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème. Enfin, j'ai aimé que l'intrigue se situe en Europe de l'est et aborde une Histoire peu connue de nous mais aussi en Lorraine, un Etat à part entière à l'époque et subissant depuis plusieurs décennies les appétits expansionnistes du Roi-Soleil.
    Seulement, c'est un peu long. Comme je vous le disais plus haut, Le Soleil sous la Soie est un gros roman, de plus de neuf cents pages, c'est un pavé, on ne peut pas dire mieux. Souvent, ces romans ne sont pas exempts de longueurs et malheureusement, ce fut le cas ici. J'ai trouvé que le récit s'essoufflait un peu après avoir été plein de dynamisme. Je me suis laissée totalement emportée dans le tourbillon des batailles menées en Hongrie contre les Turcs, les sièges des citadelles spectaculaires dominant le Danube, les interventions d'urgence des chirurgiens tentant, parfois au péril de la leur, de sauver un maximum de vies. Et puis Nicolas revient en Lorraine et...c'est un peu plat. Je crois que c'est ce souffle qui manque soudainement qui a un peu influencé mon rythme de lecture : j'ai mis dix jours à terminer Le Soleil sous la Soie et je pense que ça vient de là, parce que j'ai eu du mal à me sentir complètement captivée par la deuxième partie du roman. J'ai parfois eu l'impression que ça partait un peu dans tous les sens, que l'auteur abordait plein de sujets mais sans se poser vraiment, on papillonne d'un événement à un autre, parfois drôle, parfois tragique, mais sans se poser un minimum et j'ai trouvé ça dommage parce que le roman est d'une grande qualité par ailleurs et il aurait pu l'être d'autant plus, sans ces quelques petits défauts.
    Ayant lu auparavant un autre roman d'Eric Marchal, La Part de l'Aube, un roman ambitieux mais qui avait su me séduire et me séduire agréablement, j'avoue que j'espérais retrouver le même souffle, le même style dans Le Soleil sous la Soie et ce ne fut pas le cas même si j'ai trouvé quelques points communs entre les deux, notamment les personnages qui m'ont évoqué ceux de La Part de l'Aube : ainsi, Nicolas Déruet, notre héros, m'a beaucoup évoqué Antoine Fabert, l'avocat lyonnais que l'on suit dans La Part de l'Aube, par leur passion et leur opiniâtreté essentiellement.
    Le roman ne m'a peut-être pas offert ce que j'attendais en l'ouvrant : je pensais vraiment qu'il serait beaucoup plus centré sur les conflits, la guerre en Europe centrale alors qu'au final, ce n'est pas le cas. Pour autant, il ne m'a pas déçue et je regrette seulement cette perte de rythme en milieu de roman, perte de rythme qui malheureusement n'est pas forcément compensée par la suite. J'ai retrouvé ici la fresque historique peinte à grands coups de mots que j'avais tant aimée dans La Part de l'Aube, un univers en clair-obscur où se côtoient les ors des palais et la boue des ruelles pauvres de Nancy. J'ai admiré le courage, le dévouement et l'abnégation de Nicolas et de ses collègues chirurgiens, luttant sans cesse pour sauver des vies et apaiser la souffrance.
    L'auteur, à la fin de son roman, espère qu'il a bien restitué ce que pouvait être la vie quotidienne entre les années 1690 et 1710 et je crois qu'il a réussi. Avec quelques petits anachronismes assumés, certes, mais dans l'ensemble, Le Soleil sous la Soie est un roman solide, on ne peut pas le nier. J'ai aimé le lire, j'ai apprécié de découvrir une autre Histoire grâce à lui, de voyager dans les steppes de Hongrie alors convoitées par les Turcs et défendues, on le sait peu, par des bataillons lorrains alors affidés aux Habsbourg de Vienne -pour la petite anecdote, d'ailleurs, le duc Léopold qui est l'un des héros du roman est le grand-père d'une future reine de France...Marie-Antoinette, dont le nom de famille était Habsbourg-Lorraine.
    Si, comme moi, vous êtes amateurs de romans historiques et que vous aimez cette époque, lancez-vous. Si vous êtes intéressés par la médecine, nul doute que vous y trouverez aussi votre bonheur. Personnellement, c'est une science qui me fascine assez, surtout à cette époque, quand on sait comment les praticiens procédaient, avec peu de moyens et souvent beaucoup d'ingéniosité -et non, tous n'étaient pas les charlatans incompétents, les Diafoirus décrits avec jubilation par Molière. Nicolas et ses compagnons en sont l'exemple même et leur modestie les honore.
    Le Soleil sous la Soie est un roman riche et dense. N'espérez pas le lire en quelques jours, il vous faut vous plonger dans son ambiance. Peut-être, comme moi, trouverez-vous des défauts mais qu'importe : l'important est que votre ressenti soit positif quand vous refermerez le roman et c'est ce que je vous souhaite. 

    En Bref :

    Les + : un roman historique dense et riche, comme je les aime, avec des personnages travaillés et une intrigue maîtrisée. 
    Les - : dommage que le récit s'essouffle en milieu de roman et peine à retrouver son rythme. J'ai trouvé que certains chapitres étaient peut-être un peu superflus et n'apportaient pas grand chose à l'intrigue. 


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  • « Tôt ou tard, les hommes doivent retourner dans l'arène s'il faut se battre. »

    Les Maîtres d'Ecosse, tome 2, Renégat ; Robyn Young

    Publié en 2012 en Angleterre ; en 2014 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Insurrection trilogy, book 1, Insurrection 

    Editions Pocket

    729 pages

    Premier tome de la saga Les Maîtres d’Écosse

     

    Résumé : 

    Et si son seul espoir, pour vaincre l'ennemi, était de lui jurer allégeance ? 

    Edouard Ier, roi d'Angleterre est prêt à tout pour unir les îles Britanniques sous une seule et même couronne. Cette campagne, inspirée de la prophétie de Merlin, est d'ores et déjà engagée avec la soumission du pays de Galles. Désormais, le roi doit mettre la main sur la relique sacrée de saint Malachie, symbole de la nation irlandaise, afin de parachever son implacable dessein. Un seul homme peut contrarier ses plans : Robert Bruce. Il a quitté son Ecosse natale dans ce but. Mais, pris dans un jeu de conquêtes, de pouvoirs et de trahisons qui le dépasse, celui-ci n'aura d'autre choix que d'abandonner ce qu'il a de plus cher... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Entre la fin du XIIIème siècle et le début du XIVème, Robyn Young nous plonge dans un tourbillon d'histoires et d'aventures, dans le sillage de Robert Bruce et de William Wallace.
    A cette époque, l'Ecosse n'appartient pas à l'Angleterre, au grand dam de son roi, Edouard Ier qui, s'appuyant sur une soit-disant prophétie écrite au temps du roi Arthur par l'enchanteur Merlin, tente d'annexer le Pays de Galles, l'Irlande mais aussi l'Ecosse. Pour ce faire, il doit réunir plusieurs reliques, comme la Pierre du Destin en Ecosse ou encore le Bâton de Malachie en Irlande, qui garantiront son pouvoir incontesté. Seulement, l'Ecosse est rétive et refuse la férule du souverain anglais.
    La révolte écossaise sous le règne d'Edouard Ier est avérée, historiquement. Robert Bruce a existé (1274-1329), tout comme le personnage de William Wallace, réputé pour son courage et sa bravoure sur les champs de bataille (Braveheart, vous connaissez ?). Ce que raconte Robyn Young est donc vrai, en partie, puisque l'auteure, en mêlant habilement fiction et réalité construit finalement un récit cohérent et vraisemblable mais où les lacunes des textes historiques et des sources laissent malgré tout une bonne place à l'imaginaire de l'auteure.
    Renégat est le deuxième tome d'une trilogie qui suit le parcours d'un jeune Écossais, Robert Bruce, de l'enfance dans les landes sauvages de son pays natal jusqu'à son accession au trône. Dans Insurrection, le premier tome, on découvrait le jeune Robert dans ce qui m'avait fait l'effet d'un roman d'apprentissage. On suivait sa formation de chevalier puis sa confrontation avec la politique violente et louvoyante de son époque, sans que le jeune homme, pourtant, n'ait abandonné l'idée de ceindre un jour la couronne d'Ecosse, que sa famille revendique.
    Dans Renégat, pour mener à bien son projet et alors que l'Ecosse est déchirée par les mésententes et dissensions de ses défenseurs, Robert passe à l'ennemi et fait amende honorable auprès du roi d'Angleterre, qu'il avait pourtant trahi une première fois. De retour dans l'entourage d'Edouard Ier, il doit faire face à l'hostilité de ses anciens compagnons, les jeunes Chevaliers du Dragon, qui ne lui font plus confiance mais aussi à celles de ses camarades écossais qui ne comprennent pas son revirement. Pourtant, dans l'ombre, Robert oeuvre pour revenir, plus puissant que jamais et en mesure de prendre le pouvoir.
    Des champs de bataille d'Ecosse, jusqu'aux landes irlandaises en passant par la Cour de Westminster, Robyn Young nous immerge complètement dans ce Moyen Âge britannique où l’identité de ce qui sera un jour le Royaume-Uni est en train de se forger dans la douleur et dans le sang.

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    Robert Bruce guidant ses troupes sur le champ de bataille de Bannockburn en 1314


    Est-ce que j'ai aimé ce roman ? Oui, même si j'ai trouvé qu'il était un peu lent à démarrer et à se mettre en place. La grande force de cette saga, pour moi, c'est qu'elle est très visuelle : je la verrais bien adaptée en série, par exemple, elle s'y prête parfaitement bien. On visualise parfaitement bien les différents lieux, les différents personnages parce qu'ils sont tous très bien travaillés et ont une consistance bien à eux. Si Robert est le personnage principal du récit, Robyn Young laisse aussi beaucoup de place aux autres et on alterne ainsi de point de vue : tantôt écossais, tantôt anglais.
    J'ai aussi beaucoup aimé le lien très fort qui unit son intrigue à la légende arthurienne, que je trouve fascinante et qui est, finalement, un mythe fondateur en Grande-Bretagne. Chaque chapitre s'ouvre avec une citation tirée de L'Histoire des Rois de Bretagne, par Geoffroy de Montmouth et Edouard Ier convoque souvent l'image du roi Arthur, dont il aimerait être l'héritier spirituel : clairement, c'est dans l'idée de devenir un nouvel Arthur que le petit-fils de Jean sans Terre cherchera, tout au long de son règne, à réunifier les différents peuples de l'ancienne Bretagne.
    Si au départ j'ai pensé que Robyn Young intégrait la geste arthurienne dans son récit par pur intérêt personnel, finalement, ce n'est pas le cas ou pas entièrement : Edouard Ier a bien, en effet, nourri un vif intérêt pour cette époque légendaire qu'il cherche à recréer. C'est sous son règne par exemple que furent réinhumés les restes d'Arthur et Guenièvre à Glastonbury et il se fit construire une Table ronde que l'on peut encore voir au château de Winchester. Finalement, si cela donne au récit un petit côté ésotérique, prophétique et légendaire -ce qui colle parfaitement à son ambiance médiévale, cela va sans dire-, ce n'est pas dérangeant au contraire et cela illustre bien aussi l'ambivalence d'une époque fortement christianisée mais encore sensible aux prophéties et légendes païennes.
    Ce qui m'a un peu gênée dans ce roman, c'est peut-être la multiplicité des lieux dans lesquels l'intrigue a lieu ; on ne s'arrête jamais et c'est parfois un peu difficile de suivre le rythme. Mais, dans l'ensemble, ce deuxième tome est très bien construit et j'y ai retrouvé ce que j'avais aimé dans le premier. Les personnages ont changé, à commencer par Robert, qui a grandi et est désormais un homme accompli de plus de trente ans, prêt à tout pour défendre ses convictions -même à retourner sa veste plusieurs fois- et qui poursuit son propre but.
    Même s'il est difficile de démêler le vrai du faux -et que je ne trouve pas toujours justifiées les libertés prises avec la chronologie-, cette saga est prenante et vraiment captivante. Si vous aimez les récits de chevalerie et le Moyen Âge, si vous aimez la légende arthurienne et que vous avez lu Chrétien de Troyes, vous trouverez sûrement votre bonheur dans la saga de Robyn Young. Ce qui est intéressant finalement, c'est de découvrir les mécanismes d'une annexion froidement pensée par l'Angleterre et son roi -dont on pense ce qu'on veut mais qui fut certainement un monarque charismatique et un roi chevalier, à l'opposé de son fils Edouard II- et qui a certainement modelé l'histoire future du royaume d'Ecosse et de la Grande-Bretagne en général. Le règne difficile de Marie Stuart au XVIème siècle, l'Acte d'Union de 1714, le soulèvement des Highlands au XVIIIème siècle, tout cela ne découle-t-il pas, finalement, de tous ces événements médiévaux que nous raconte Robyn Young dans Les Maîtres d'Ecosse ? Certainement. Et si on veut en apprendre un peu plus sur l'époque, pourquoi, après avoir lu Les Maîtres d'Ecosse ne pas se tourner vers des livres plus historiques ? Ce qu'on peut dire en tous les cas, c'est que l'auteure a fait un énorme travail de recherches pour asseoir son récit sur des bases solides. Les lacunes sont assez consubstantielles à une époque aussi lointaine et on pardonnera volontiers les interprétations que l'auteure se permet. Ce qu'on peut retenir de cette trilogie, c'est qu'elle est dynamique, toujours en mouvement, bien écrite, pleine de rebondissements et d'aventures. C'est parfois sanglant et violent mais c'est un Moyen Âge flamboyant et dans toute sa grandeur que l'auteure nous décrit, dans les paysages grandioses de l'Ecosse, ce qui ne gâche rien ! J'ai hâte de lire le troisième tome maintenant et de découvrir le règne de Robert sur l'Ecosse ! 

     Buste de Robert Ier au National Wallace Monument

    En Bref :

    Les + : un roman toujours très visuel, plein de souffle et de rythme qui ne nous laisse pas en repos un seul instant. C'est toujours aussi captivant. 
    Les - : un début un peu long à démarrer ; une multiplicité de repères spatiaux qui égarent un petit peu. 


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  • «   Lorsqu'on réalise un rêve, on est en paix avec soi-même. On peut ainsi regarder avec davantage de recul tout ce qui arrive aux autres, perdus dans la douleur et l'insatisfaction de la vie quotidienne. »

    Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes ; Antonella Cilento

     

    Publié en 2014 en Italie ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Lisario o il paciere infinito delle donne

    Editions Actes Sud (collection Lettres italiennes)

    384 pages 

    Résumé : 

    Devenue muette à la suite d'une opération ratée, Lisario Morales, à peine adolescente, lit en cachette Shakespeare et Cervantès et se confie par lettres à la Sainte Vierge. Pour fuir le mariage qu'on veut lui imposer, elle se réfugie, telle l'héroïne d'un conte de fées, dans le sommeil. 
    Jusqu'au jour où un médecin espagnol, qui aspire à se forger une réputation, trouve une thérapie pour le moins inattendue et transgressive...
    Situé dans la Naples du XVIIe siècle, celle des peintres caravagesques et de la révolution du plébéien Masaniello, le roman d'Antonella Cilento nous raconte, dans la plus pure tradition picaresque, l'éveil d'une jeune fille éprise de liberté, objet des fantasmes d'un homme qui rêve de percer à jour les mystères du plaisir féminin. Dans une ville où la révolte gronde, où les complots abondent et où la vie la plus rutilante côtoie sans cesse les ombres de a mort, Lisario ou le plaisir infini des femmes nous entraîne dans des aventures à rebondissements où les identités sexuelles se confondent, dans un jeu de miroirs et d'illusions digne des théâtres pour l'oeil de Jacques Colmar, peintre et scénographe -dont l'existence sera bouleversée par sa rencontre avec Lisario. Un livre, sous des dehors intensément romanesques, pose des questions brûlantes et étonnamment actuelles. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Alors, voilà... On y est... Il va falloir rédiger la chronique de ce roman et le moins qu'on puisse dire c'est que ça ne va pas être simple. Pourquoi ? Eh bien parce que quelques heures après l'avoir terminé, je suis toujours aussi en peine de vous dire si je l'aimé ou pas...
    On va donc commencer par le commencement. De quoi ça parle ? Déjà, c'est important de le savoir.
    Nous sommes dans les années 1640, à Naples, qui est alors une province espagnole. Dans le palais de Baia, où elle vit avec ses parents, Lisario Morales est devenue muette à la suite d'une opération ratée quand elle était enfant. Alors, pour tromper son ennui, elle lit - Cervantès, Shakespeare - et écrit à la Sainte Vierge, qu'elle appelle Ma Très Suave et qui est sa confidente.
    Quand son père décide de la marier à un vieux barbon qui la dégoûte, Lisario décide d'y échapper en s'endormant d'un sommeil dont on ne peut la tirer.
    Arrive alors à Naples le médecin Avicente Iguelmano, désireux de redorer son blason et qui, en examinant Lisario et en la guérissant, va devoir faire ses preuves. Commence alors un traitement étrange et subversif qui va amener le médecin à s'interroger sur les mécanismes du plaisir - surtout du plaisir féminin -, jusqu'à l'obsession, presque jusqu'à la folie. Et à une époque et dans un pays confit en une dévotion rigoureuse où la sexualité n'est que reproductive, où les homosexuels sont encore passibles de la peine de mort et les femmes à peine considérées comme des pouliches tout juste bonnes à faire des enfants voire comme des prostituées, Lisario devient la proie d'Iguelmano, de plus en plus investi dans une quête qui semble vaine et le fait devenir de plus en plus violent et exigeant envers Lisario, qu'il a guérie -ou soit disant- par des caresses pour le moins équivoques. Lisario qu'il a fini par épouser, ce qui la jette en pâture à ce pseudo-scientifique digne des pièces de Molière. Jusqu'à ce que la jeune femme croise un jour par hasard un scénographe français dont elle tombe follement amoureuse... et lui d'elle et cet événement amorce, pour Lisario, un tournant radical et la rapproche enfin d'une émancipation qu'elle appelle de tous ses vœux. 
    Dans une ville sale et dangereuse, alors en proie à une véritable révolution populaire emmenée par Masaniello (1647) se noue un drame dans lequel des destinées vont se retrouver étroitement mêlées : la jeune Espagnole, son médecin de mari, un peintre hollandais, un anatomiste allemand, l'amoureux venu de France se trouvent pris dans un tourbillon d'amours, de haines, de dangers en tous genres, dans une ambiance étrange et crépusculaire, qui met mal à l'aise et rappelle ces tableaux en clair obscur du Caravage ou des maîtres hollandais du XVIIème siècle. 

    Sur la quatrième de couverture, Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes est qualifié de roman picaresque : n'en ayant jamais lu, je dois dire que je n'ai pas d'éléments de comparaison et dois donc croire, somme toute, ceux qui savent mieux que moi. 
    Ce que je peux dire avec certitude, en revanche, c'est que ce roman est vraiment atypique. Historique ? Oui, sans nul doute. Mais pas que. Érotique ? Certainement, aussi, dans la mesure où le sexe n'y est pas toujours présent mais presque et où la quête d'Iguelmano tourne autour d'un seul et même sujet, presque innovant à une époque où on ne raisonne pas en ces termes, surtout pour les femmes : comment atteint-on le plaisir ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Le plaisir est-il le même pour les hommes et pour les femmes et, enfin, question éminemment importante : les femmes, qui, c'est bien connu, sont à peines dotées d'une âme, éprouvent-elles du plaisir, témoin d'un questionnement permanent sur les mystères de la Femme, de la sexualité à la conception. Enfin, on peut se demander aussi où s'arrête la science et où commence le péché mortel ? Et où la science finit-elle par être prise pour prétexte pour assouvir ses plus bas instincts ? 
    Toujours est-il que je ne m'attendais pas à ça en le commençant et c'est peut-être ça, finalement, qui m'a un peu déroutée et me fait donc ressortir de cette lecture avec un ressenti assez mitigé, ni bon ni mauvais...
    J'en ai apprécié certains aspects, notamment l'écriture de l'auteure et la découpe du récit, entre chapitres narratifs et lettres de Lisario à la Vierge, désarmantes de sincérité
    J'ai été rebutée par certains autres, notamment la grande trivialité que contient le récit : la sexualité des personnages n'y est ni belle ni amoureuse -ou très peu- mais animale et instinctive, la beauté voisine sans cesse avec la laideur ou la saleté, les bijoux parent des mains aux ongles sales, les perruques et les chasse-mouches des dames sont envahis de poux et autres vermines. 
    Bon d'accord, c'est sûrement conforme à une certaine réalité de l'époque mais, personnellement, en tant que lectrice, je n'en attendais ni n'en demandais pas tant.
    Clairement, je crois que l'ambiance du roman et l'absence de tout attachement pour les personnages - je me suis même demandé si ce n'était pas voulu par l'auteure d'ailleurs- m'ont mise mal à l'aise, m'ont vraiment gênée et m'ont empêchée de profiter pleinement d'un récit dans lequel, pourtant, j'ai décelé un vrai génie, une écriture superbe, travaillée et presque baroque -ce qui convient parfaitement à l'époque choisie.
    Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes est un roman assez inclassable auquel on adhère ou pas. Personnellement, je ne crois pas avoir été pleinement convaincue. Je l'aurais voulu mais ça n'a pas fonctionné avec moi. J'aurais en fait voulu aimer le récit autant que j'ai aimé l'écriture de l'auteure mais je n'y suis pas parvenue et cette lecture me fait dire aussi que la littérature érotique, décidément, n'est pas quelque chose qui me convient, mais alors, pas du tout.
    Ce roman trouble et qui fleure le scandale a quelque chose de pervers et d'attirant mais aussi de rebutant : c'est cru, c'est fort et c'est violent. Trop, peut-être, même si on n'évolue pas dans une époque douce et policée, effectivement. 
    Je ne peux pas vous déconseiller Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes. C'est un roman étrange et particulier qui fait réfléchir : sans nul doute, ce n'est pas une lecture anodine et peut-être aimerez-vous, ce que je vous souhaite. 
    Moi je crois qu'il va encore me falloir un petit moment pour digérer ce bouquin. Et peut-être que, dans quelques mois, je me dirais : au final, c'était un bon roman. Toujours est-il que je n'en ressors pas déçue et je crois que c'est l'essentiel.

    En Bref :

    Les + : si je devais mettre en avant un seul des points positifs de ce roman, je dirais, sans aucun doute, l'écriture magnifique de l'auteure, très bien retranscrit par la traduction fine et précise. J'ai eu l'impression de lire un tableau du Caravage ou des maîtres hollandais traduits en mots, finement choisis. 
    Les - : un peu trop de trivialité, des passages qui m'ont mise mal à l'aise et m'ont empêchée d'apprécier ce récit à sa juste valeur, malgré le génie qui point derrière chaque phrase. 

     


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