• « Mais même à ce moment-là, les mots ne diront pas comment les choses se sont réellement passées. Car les mots ne sont pas toujours fiables : ils donnent forme trop facilement, trop superficiellement. »

    Les Graciées

     

     

      Publié en 2020 en Angleterre

     En 2021 en France (pour la présente édition)

     Titre original : The Mercies

     Éditions Pocket

     456 pages

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Norvège, 1617. Il a suffi d'une nuit, une nuit de tempête et d'horreur. Depuis que la mer a rendu, cadavre après cadavre, tous les hommes de Vardø, les femmes du village ont pris les choses en main. La pêche. Les travaux domestiques. Mais il était dit, même aux confins du cercle polaire, qu'on ne laisserait jamais les femmes en paix. En vertu du Décret sur la sorcellerie, fraîchement entré en vigueur, il est venu du continent un pasteur étranger : Absalom Cornet, inquisiteur fanatique et chasseur de sorcières. Pour Maren, Kirsten et les autres, toutes prisonnières chacune à sa manière, le bûcher est déjà dressé...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Norvège, 1617. La veille de Noël, une terrible tempête s’abat sur l’île de Vardø, dans l’extrême nord du pays. Une tempête aussi effrayante que brutale et meurtrière : en effet, ce jour-là, les hommes de Vardø devaient sortir en mer pour pêcher. Quarante d’entre eux disparaissent dans les flots déchaînés de la mer de Barents, ne laissant sur l’île que des jeunes garçons et des vieillards.
    Passés le premier choc et le deuil, les femmes vont devoir s’organiser. Dans ces territoires hostiles et froids une bonne partie de l’année, où la vie est rude, il faut réagir vite. L’une d’entre elles, Kirsten, qui a une âme de meneuse, décide d’organiser la pêche, enrôlant certaines autres femmes de Vardø, contre l’avis du pasteur de la communauté et de certaines autres femmes, les plus dévotes. Les habitantes de Vardø ne le savent pas encore mais cette tempête aura d’énormes répercussions, sur leur quotidien immédiat mais aussi à plus long terme. Jamais plus leur vie ne sera comme avant et l’arrivée d’un nouveau seigneur nommé par le roi Christian IV et d’un délégué arrivant d’Ecosse, Absalom Cornet, scellera leur destin. Et quand le mot de « sorcellerie » est prononcé, dans un XVIIème siècle pétri de dévotion, plus aucun moyen de faire marche arrière n’existe…
    Les Graciées est un roman très féminin et presque un huis-clos, à l'ambiance très vite angoissante et presque palpable. A l’exception de quelques chapitres qui se passent à Bergen, on ne fait que naviguer entre les limites de l’île de Vardø, dans un climat qui devient de plus en plus étouffant. Les femmes, d’abord toutes confrontées au même deuil (chacune a perdu un père, un fils, un frère, un mari ou un fiancé) et devant se soutenir, commencent à s’éloigner les unes des autres : haine, jalousies, médisances deviennent leur quotidien. La méfiance, aussi petit à petit, quand certains commencent à distiller l’idée que cette tempête n’avait rien de naturel,  qu’elle n’était pas même l’œuvre de Dieu mais peut-être bien…la volonté du Diable. Et sur cette île perdue à l’extrême nord de l’Europe, certes christianisée depuis longtemps mais où la religion voisine étroitement avec les croyances ancestrales et celles des Lapons, qui peuplent aussi ces contrées et ne sont pas chrétiens, la moindre étincelle peut allumer le pire des incendies. Posséder des figurines traditionnelles ou se livrer à des pratiques aux relents païens devient dangereux. Vardø va devenir le théâtre d’une véritable chasse aux sorcières, où aucune des habitantes n’est à l’abri, sauf peut-être les croyantes les plus fanatiques qui n’hésiteront pas à dénoncer leurs consœurs.
    Le roman est centré sur deux personnages en particulier : Maren, vingt ans, née à Vardø et Ursa, originaire de Bergen et épouse d’Absalom Cornet, qui arrive avec lui sur l’île lorsqu’il est nommé délégué. Elles sont radicalement opposées : Ursa a toujours mené une vie relativement tranquille et confortable, même si pas exempte de deuils et de tristesse. Quant à Maren, c’est la vie d’une sauvageonne qu’elle mène sur son île natale, pelée et battue par les vents, entre ses parents et son jeune frère Erik, dont elle est proche. Une vie rude dans ce pays hostile, où l’on a souvent faim et où l’on n’est pas propre tous les jours. Les habitants vivent essentiellement de la pêche, du troc, mangent la viande de leurs rennes et en tannent les peaux. Maren et Ursa ont donc mené une vie bien différente et pourtant, lorsque la jeune Madame Cornet arrive sur l’île, avec son désarroi et sa solitude, elles vont se lier d’une improbable amitié. Elles assisteront toutes deux impuissantes au procès qui va se mener à Vardø, orchestré par le seigneur Hans Koening et le mari d’Ursa, Absalom Cornet. Aucune des deux n’en sortira indemne et leur vie sera bouleversée à jamais…
    Les Graciées est certes une œuvre de fiction mais qui s’appuie sur un contexte historique avéré : les chasses aux sorcières se sont multipliées au XVIIème siècle en Europe et se sont même diffusées aux Amériques (les fameux procès de Salem, dans les années 1690). Les procès de Vardø eurent bien lieu, en 1621, entre 1651 et 1653 et en 1662 et 1663. 91 personnes y comparaîtront et seront condamnées. Parmi elles, soixante-dix-sept femmes et quatorze hommes. Des Lapons, condamnés pour s’être livrés aux rites et pratiques ancestraux de leur peuple mais aussi des Norvégiens, coupables de ne pas avoir respecté les lois édictées par le roi Christian IV. On estime que, dans le Finnmark, 140 procès en sorcellerie eurent lieu entre 1602 et 1692. A Vardø, une certaine Kirsten (ou Kristi) Sørensdatter sera condamnée : c’est l’amie de Maren, Kirsten dans le roman.
    Prenant exemple sur le roi Jacques VI d’Écosse, puritain convaincu (et devenu aussi roi d’Angleterre en 1603 sous le nom de Jacques Ier) auteur d’une fameuse Démonologie, véritable guide pour reconnaître une sorcière, le roi Christian IV de Danemark et de Norvège édictera pour son double-royaume des lois particulièrement rigoureuses et qui coûtèrent la vie à plusieurs de ses sujets. Sans doute dans les 91 personnes jugées à Vardø au cours du XVIIème siècle, la plupart étaient-elles innocentes – voire certainement toutes. Car au final, qu’est-ce que la sorcellerie et surtout, existe-t-elle seulement ?
    Le XVIIème siècle est réellement l’apogée des chasses aux sorcières, qui ont eu lieu tout au long du Moyen Âge et de la Renaissance, avant de décroître ensuite à la fin du siècle – même si des flambées d’intolérance persistent ensuite. Aujourd’hui, dans un contexte de féminisme grandissant, prenant le contrepied de ces fameuses chasses, la société tendrait plutôt à réhabiliter leurs victimes qu’à encenser leurs bourreaux.
    Je n’ai pas trouvé ce roman forcément facile d’accès. Beaucoup moins par exemple que Les Sorcières de Pendle, avec lequel je n’ai pu m’empêcher d’établir une comparaison (même époque, même sujet…). Il m’a fallu du temps pour entrer dans cette histoire, me sentir proche des personnages. D’ailleurs je me suis même demandé si ce n’était pas là un objectif de l’auteure : ne pas nous faire sentir proche de ses personnages. Que ce soit Maren ou Ursa, je n’arrivais pas à les apprécier réellement, j’avais juste l’impression de les suivre, sans être partie prenante, sans m’investir dans ma lecture. Pas forcément la sensation la plus agréable pour un lecteur, non ? Heureusement, elle s’est dissipée…pas tout de suite, à tel point que j’ai oscillé assez longtemps entre « j’aime ? » ou « j’aime pas ? » et au final, j’ai aimé ! J’en suis très contente, d’ailleurs. Je n’ai pas aimé autant que je le voulais ou du moins,  autant que je l’espérais (ah ce fameux succès des réseaux sociaux, ce phénomène littéraire qui est finalement à double tranchant) : Les Graciées ne sera pas un coup de cœur pour plusieurs raisons que je n’expliciterai pas forcément pour ne pas vous en dévoiler trop (un conseil : lisez ce roman, il n’y a que ce moyen de se faire un véritable avis constructif) mais après avoir été assez longtemps spectatrice de ma lecture, j’y suis entrée enfin pour ne plus en sortir. J’ai vu la montée en tension presque douloureuse, le drame se mettre en place. J’ai, à ma grande surprise, découvert le personnage d’Ursa, que j’avais trouvé si terne et si peu digne d’intérêt au départ. Je me suis fait la réflexion que ce roman était l’illustration parfaite de l’adage : « on ne peut se fier à personne ».
    Les Graciées est un roman révoltant même si, évidemment, en le replaçant dans son contexte, on ne peut s’empêcher de se dire que c’était malheureusement quelque chose de très banal à l’époque. Mais la charge féministe de l’auteure s’y lit clairement : certes, les « chasses aux sorcières » n’ont pas touché que des femmes mais c’était la majorité des condamnées. Ici, le patriarcat et la religion se liguent pour faire plier des femmes trop indépendantes, qui ont osé empiéter sur les prérogatives des hommes. Hommes qui, ne l’oublions pas, ont péri en mer, laissant leurs mères, épouses, filles dans un dénuement des plus complets. Notre esprit de lecteur du XXIème siècle ne peut s’empêcher de s’étonner voire s’indigner : « Mais c’est débile cette histoire, et que viennent faire Dieu et la religion là-dedans quand on sait que ces femmes seules sont obligées de prendre la mer, comme des hommes, pour se nourrir et nourrir leurs enfants ? » J’ai souvent pensé ça en me retenant de lever les yeux au ciel. Et pourtant, ce n’est que la triste réalité d’une époque et d’une société – pas si éloignée de la nôtre à bien des égards. 

    Les Graciées raconte merveilleusement cela. La grosse découverte de ce roman, c’est clairement la plume de Kiran Millwood Hargrave (certes au travers d’une traduction, mais quand même), son univers. C’était vraiment bien écrit, je me suis délectée de ses mots. Si j’ai eu un peu plus de mal à entrer dans l’histoire, j’ai tout de suite aimé l’écriture de l’auteure, vraiment très talentueuse et dont les mots soulignent avec une rare intensité ce récit vraiment particulier et qui a pour lui son caractère unique et sa force.

    En Bref :

    Les + : le style de l'auteure, le lieu également où l'histoire se situe. Découvrir cette Norvège historique était vraiment intéressant pour moi qui adore l'Histoire. 
    Les - :
    le début du roman qui n'est peut-être pas facile d'accès, l'ambiance qui a mis du temps à me convaincre aussi et m'a mise mal à l'aise de prime abord. Je précise évidemment que ce n'est là qu'un ressenti subjectif et personnel.


    Les Graciées ; Kiran Millwood Hargrave

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     

    • Envie d'en savoir plus sur Les Sorcières de Pendle de Stacey Halls, qui raconte un procès pour sorcellerie dans le Lancashire du début du XVIIème siècle ? Mon avis est à retrouver juste là.

     

     

     


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  • « Comme l'a fait remarquer si justement un homme perspicace : la meilleure cachette est celle qui vous crève les yeux. »

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            Publié en 2019 en Angleterre

       En 2019 en France (pour la présente édition)

       Titre original : Dark Queen Rising   

       Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

       306 pages

       Premier tome de la saga Margaret Beaufort

     

     

     

     

    Résumé :

    Mai 1471. La guerre des Deux-Roses atteint sa sanglante apogée. Edouard d'York revendique la couronne d'Angleterre, et ses partisans s'en prennent à tous ceux qui soutiennent la cause des Lancastre. Margaret Beaufort, mère d'Henri Tudor, dernier espoir de la maison Lancastre, est entourée d'ennemis mortels. Fragilisée mais déterminée à protéger son fils et à l'asseoir sur le trône, elle ne peut compter que sur Christopher Urswicke, un clerc qui réfléchit aussi brillamment qu'il manie la dague. Lorsque quatre fidèles des York sont retrouvés égorgés dans une taverne de Londres, Margaret est tout de suite soupçonnée d'être derrière le crime. Urswicke devra alors mobiliser toutes ses ressources pour enquêter, mais surtout pour intriguer dans un monde de complots et de manoeuvres, où chacun joue double jeu. Car c'est ainsi que chutent les royaumes, se renversent les trônes et tombent les couronnes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    La guerre des Deux-Roses fait rage en Angleterre : grosso modo, ce sont deux branches d’une même famille, les Plantagenêt (tous descendants du roi Édouard III qui a régné sur l'Angleterre au XIVème siècle) qui se font la guerre pour la possession de la couronne anglaise. Sur le champ de bataille de Tewkesbury, les York (la rose blanche) battent à plates coutures leurs cousins Lancastre (la rose rouge), mettant en déroute leurs troupes et prenant en otage la reine Marguerite d’Anjou et son fils le prince de Galles, le jeune Édouard.
    Mais, si le parti lancastre est décapité, il n’est pas complètement mort non plus : dans l’ombre veille Margaret Beaufort, vingt-huit ans, mère d’Henri Tudor et dernier espoir des Lancastre après l’arrestation du couple royal et l’emprisonnement d’Henri VI (devenu fou) à la Tour de Londres. La jeune femme, prête à tout pour défendre les intérêts de son fils, est cernée de loups et de dangers (à commencer par la famille royale qui la surveille étroitement) mais elle peut compter sur Christopher Urswicke, un clerc rusé qui ne cesse de jouer double-jeu, tantôt à son service et tantôt au service de George de Clarence, le cadet du roi Édouard IV, aux ambitions tout aussi démesurées que le danger qu’il représente. Dans ce monde où tout n’est que faux-semblants, l’homme lige de Margaret Beaufort file un mauvais coton, mais il le fait avec brio, comme un véritable agent secret avant la lettre. D’ailleurs, Urswicke (ou Urswick) a bien existé : né en 1448, prêtre et confesseur de Margaret Beaufort, il semble qu’il ait joué un rôle prépondérant dans l’accession au trône d’Henri Tudor, en 1485. Dans le roman, l’auteur le présente même comme l’un des premiers agents d’espionnage.

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Miniature médiévale représentant la bataille de Tewkesbury (4 mai 1471)


    Contrairement à ce que je pensais au départ, La reine de l’ombre n’est pas à proprement parler un roman policier - du moins ce n'est pas le ressenti que j'ai eu à sa lecture : certes, il y a des meurtres mais pas forcément d’enquête destinée à les résoudre ou du moins, je n’ai pas eu l’impression que celle-ci soit prépondérante, contrairement aux intrigues politiques, beaucoup plus présentes. Nous sommes plus dans un roman historique avec une légère touche de policier, écrit qui plus est par un historien (donc c’est très fiable et très précis et pour moi c’est un gros point fort) et situé dans un contexte riche et fort intéressant, celui de la guerre civile des Deux-Roses qui déchire le royaume jusqu’en 1485.
    On suit en plus un personnage intéressant, aussi charismatique que mystérieux, un clerc à l’esprit particulièrement tortueux qui peut rivaliser avec les plus sournois de la cour d’Édouard d’York, à commencer par son frère Clarence, qui ne vise rien moins que la place de son aîné et cherche par tous les moyens à nuire. On ne sait pas grand-chose sur Urswicke mais on admire son esprit délié et sa capacité à agir et à louvoyer dans un véritable nid de serpents où le moindre faux-pas peut vous envoyer à la mort.
    Sur le papier, il y avait donc tout pour me plaire dans ce roman et pourtant…il m’a manqué quelque chose. Ce petit je-ne-sais-quoi qui accroche et capte un lecteur. Je sors donc un peu mitigée de cette lecture, ni follement enthousiaste, ni vraiment déçue. J’ai traîné dedans : est-ce à cause de ça que je n’ai pas été embarquée ? Ou au contraire ai-je traîné parce que je ne me sentais pas hyper captivée ? Je n’en sais rien. Le début m’a semblé laborieux et je n’ai pas forcément aimé l’ambiance, il m’a fallu du temps pour m’y habituer. Et pourtant j’aime beaucoup la Guerre des Deux-Roses, une époque riche et qui inspire beaucoup les auteurs outre-Manche : Philippa Gregory (qui nous a imaginé notamment des fictions historiques tournant autour d’Elizabeth Woodville ou Anne Neville) ou encore Robyn Young et son personnage de Jack Wynter dans Les serpents et la dague. De Paul Doherty, connu pour ses nombreuses sagas historiques et notamment médiévales, j’avais lu la trilogie Mathilde de Westminster qui se passe à peu près à la même époque que Les Rois Maudits et j’avais trouvé cette saga sympa. Mais là, vraiment, je ne me suis pas sentie totalement partie-prenante de ma lecture, j’étais parfois un peu à côté. Dommage. Pas catastrophique non plus parce que ce roman a beaucoup de potentiel et que j’ai malgré tout envie de découvrir la suite. Le fait aussi que l’intrigue soit tournée vers Margaret Beaufort, que l’on voit souvent et surtout comme un personnage secondaire est intéressant.
    Bref, je suis sûre que si vous aimez les romans historiques avec une ambiance médiévale, des personnages assez fins et complexes (et pas manichéens) et une ambiance bien développée, vous pourrez sûrement apprécier pleinement et à sa juste valeur cette intrigue. Je regrette de ne pas avoir réussi à plus aimer alors que je ne demandais que ça.

    En Bref :

    Les + : un récit situé dans un contexte historique intéressant (bien que vu et revu dans les fictions historiques), les connaissances de l'historien mises au service d'un récit imaginaire, le personnage charismatique et mystérieux d'Urswicke, qui fait évidemment se questionner le lecteur.
    Les - :
    à titre personnel,  j'ai trouvé que l'ambiance au début du roman ne m'avait pas forcément aidée à apprécier pleinement cette lecture.


    La Reine de l'ombre ; Paul Doherty

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

    • Envie de découvrir mon avis sur d'autres romans de Paul Doherty ? Découvrez mes billets sur Mathilde de Westminster :

    Le Calice des Esprits, t1

    Le Combat des Reines, t2

    Le Règne du Chaos, t3

     

    • Les Romans de Philippa Gregory sur la Guerre des Deux-Roses (saga The Cousin's War) présentés sur le blog :

    La Reine Clandestine

    La Princesse Blanche

    La Fille du Faiseur de Rois

     

     


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  • « J'ai tout livré de moi, mon corps, ma mémoire, mes rêves d'avenir. Ma chair était sa terre où il venait se reposer, trouver son plaisir, jeter sa semence. Lui en moi, j'étais assouvie, invincible. M'imposer ? Jamais je n'ai su, jamais je n'ai pu. Dans mon palais d'amour, j'étais prisonnière. »

    Couverture Un amour fou

     

     

     

     

         Publié en 2021

      Editions Archipoche

      503 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    En 1509, à trente ans, Jeanne de Castille, fille d'Isabelle la Catholique et de Ferdinand d'Aragon, héritière du plus grand empire au monde, est enfermée dans la sombre citadelle de Tordesillas : elle y restera quarante-six ans au secret absolu. 

    Veuve de Philippe le Beau, souverain des Flandres, elle l'a aimé d'un amour fou. Qu'a-t-elle fait pour mériter ce châtiment ? Pourquoi son fils Charles Quint la surveille-t-il si étroitement ? On la dit démente : un prétexte pour la tenir éloignée du pouvoir ? 

    Catherine Hermary-Vieille s'est penchée sur le destin de cette reine d'Espagne, au temps de sa splendeur. Une multitude d'indices lui ont permis de donner une réponse à l'énigme de Tordesillas, un sens à l'existence de cette femme solitaire, amoureuse, abandonnée par son père, trompée par son mari et trahie par son fils en un siècle raffiné et violent : celui de l'Inquisition, de la colonisation des Amériques et de la Reconquista. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Jeanne de Castille a trente ans : elle ne le sait pas encore mais elle va passer les quarante-six années qui lui restent à vivre en captivité dans la forteresse de Tordesillas, où elle mourra en 1555 sans jamais avoir effectivement régné, victime des hommes, son père, son mari, son fils… L’Histoire a retenu une chose de Jeanne, sa « folie ». Ainsi on parle d’elle comme de « Juana la loca » ou Jeanne la Folle. Au mieux, on parle d’elle comme la fille de (Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon), l’épouse de (Philippe le Beau) ou la mère de (Charles-Quint) en oubliant que si ce dernier a un jour été à la tête d’un immense empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, de l’Europe aux Amériques, c’est en partie grâce à sa mère, qu’il a dépouillée de son héritage après son propre père, Ferdinand d’Aragon, qui l’a manipulée à l’envi.
    Tout commence pour elle relativement bien : née en 1479 à Tolède, elle est la fille du couple royal parmi les plus puissants de cette fin de Moyen Âge : Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon ont uni leurs deux royaumes et, ensemble, se consacrent à reconquérir les terres espagnoles en les arrachant aux mains des souverains musulmans. Le point d’orgue de cette « Reconquista » étant la prise de Grenade en 1492, à laquelle les enfants du couple royal assistent. Parmi eux, Jeanne, jeune adolescente secrète et débordante d’un amour un peu envahissant, notamment pour son père qui reste au mieux absent voire indifférent.
    En 1496, pour contrer l’influence française en Italie, les Rois Catholiques, après s’être alliés avec le Portugal via leur aînée, Isabelle, décident de marier Jeanne à l’héritier de l’Empereur Maximilien, Philippe dit « le Beau ». Ce mariage donne naissance à l’une des plus puissantes lignées régnantes de l’Europe moderne, les Habsbourg, possesseurs de l’Empire, de l’Espagne, de terres en Italie et surtout de l’Amérique espagnole dont on ramène chaque année des galions chargés d’or et de richesses. Jeanne et Philippe auront six enfants, dont le fameux Charles Quint qui, avec François Ier et Henry VIII, domine la scène politique au XVIème siècle.
    Dans les Flandres, Jeanne découvre une vie bien différente de celle qu’elle a connue en Espagne : loin de la chaleur et des palais de son pays natal, elle s’ennuie. Elle découvre sans intérêt les riches villes flamandes, Malines, Anvers, Bruxelles. La seule chose qui intéresse la jeune femme, c’est son époux, Philippe, un jeune homme sensuel et très beau auquel elle s’accroche immédiatement, d’un amour puissant, étouffant et exclusif. Jeanne est amoureuse de son mari mais surtout, dépendante de lui. Et plutôt que de lui attacher le jeune et trop volage Philippe, cette adoration le repousse. Jeanne tombe alors dans une spirale d’amour nocif et de jalousie qu’elle ne quittera jamais plus…même à la mort de son époux, qui la laisse démunie dans un monde de loups et de rapaces qui ne cherche qu’à manipuler et dépouiller cette femme trop fragile à la santé mentale chancelante. Trahie par tous les hommes de sa famille, de son père à son fils en passant par son époux, Jeanne meurt effectivement dans un état de déchéance physique et morale, oubliée de tous. Qui sait aujourd’hui qu’entre les Rois Catholiques et Charles-Quint, une reine légitime mais sans pouvoir a régné sur la Castille pendant cinquante ans ?
    Un amour fou est un titre particulièrement bien trouvé. On parle souvent avec légèreté d’un « amour fou », d’aimer quelqu’un « à la folie ». Pour Jeanne, malheureusement, c’est la réalité, la réalité de toute une vie et le point de départ d’une véritable descente aux Enfers.

    Illustration.

    Portrait de Jeanne de Castille par Jean de Flandres


    Étrangement, Jeanne n’est pas forcément attachante mais plutôt désarmante. On comprend sa détresse, sa solitude mais elle peut aussi parfois se montrer dure et cassante et déroute le lecteur. On découvre une jeune femme instable, que l’on prendrait peut-être en charge aujourd’hui mais qui, à l’époque, est taxée arbitrairement de folie parce que la médecine n’en sait pas plus et parce qu’on est démuni devant ces affections psychiques qui ne se manifestent pas toujours régulièrement et pas toujours pareil. Détentrice d’un pouvoir qui la dépasse mais suscite la convoitise de plus âpres au gain qu’elle, elle sera manipulée sans vergogne, son entourage ne cessant de jouer double jeu avec elle et de l’orienter selon les ambitions de chacun. Certes, Jeanne, drapée dans sa froideur, suscite peu d’empathie. Mais on ne peut pas rester sans pitié non plus, surtout devant l’amour sans bornes et si mal récompensé qu’elle nourrit, pour Ferdinand d’Aragon comme pour Philippe le Beau, aussi agréable physiquement qu’il peut être vain et superficiel.
    Et pourtant, on lit comme en apnée ce roman qui retrace un destin qui avait tout pour être flamboyant et ne sera finalement que vallée de douleurs et de larmes, de déceptions remâchées et de coups du sort.
    Catherine Hermary-Vieille signe ici un roman historique dense et bien documenté. J’ai retrouvé ce style que j’avais aimé dans La Marquise des Ombres, dans Les dames de Brières. L’Histoire, sous sa plume, devient accessible et ses personnages, familiers. J’ai aimé ce voyage dans le temps mais surtout dans des espaces dont on n’a pas forcément l’habitude : les Flandres, l’Espagne des Rois Catholiques, encore alanguie dans les beautés orientales. Je me suis sentie bien dans cette intrigue et j’ai trouvé que l’auteure s’était approprié avec habileté l’époque pour la transformer en récit romancé mais solide en même temps.
    Ce roman n’a rien à envier aux grandes fresques de Philippa Gregory et surtout, Catherine Hermary-Vieille nous prouve que le roman historique n’a pas eu besoin d’attendre ses grandes prêtresses contemporaines (Gregory, Chadwick, Halls et j’en passe) pour gagner ses lettres de noblesse. Bref, je n’ai pas vu passer les cinq cents et quelques pages de ce roman qui commence déjà à ressembler à une belle brique mais qui ne m’a pas ennuyée une seule minute. Bref, une agréable surprise !

    En Bref :

    Les + : un roman riche et bien documenté qui redonne une voix à une grande oubliée, Jeanne de Castille.
    Les - :
    aucun point négatif à soulever !


    Un amour fou ; Catherine Hermary-Vieille

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « La Cour était un grand théâtre où il fallait savoir garder sa place. La céder c’était se perdre. »

    Couverture La chambre des dupes

     

     

     

         Publié en 2021

      Editions Pocket

      528 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Septembre 1741. La favorite est morte, vive la favorite ! Marie-Anne de La Tournelle a pourtant d'autres ambitions que ses sœurs, qui l'ont précédée dans ce statut : vite prises, vite répudiées, vite oubliées...
    Elle se refuse donc au Roi pour mieux le subjuguer et lui arracher une place qu'aucune autre n'a encore jamais occupée auprès de lui. Maîtresse, conseillère, intrigante, négociatrice, elle est adoré de Louis XV, jalousée de la Cour, crainte des ministres et haïe par le peuple. 
    Lorsque son royal amant tombe malade, le pouvoir de Marie-Anne vacille. Devra-t-elle plier brusquement le genou face à l'Eglise et se soumettre à la raison d'Etat ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    1741 : Pauline de Vintimille, la maîtresse de Louis XV, meurt des suites de son accouchement. Objet de haine et de railleries, elle n'est guère regretté et n'est pleurée que du roi, qui se remet cela dit rapidement de cette perte, d'abord consolé par Louise de Mailly puis en lorgnant Marie-Anne de La Tournelle, une jolie veuve de vingt-quatre ans. La particularité est que ces trois jeunes femmes, Louise de Mailly, Pauline de Vintimille et Marie-Anne de La Tournelle sont...des sœurs, toutes trois issues de la très ancienne famille des Mailly-Nesle originaire de Picardie. Elles sont les filles de Louis III de Mailly-Nesle, prince d'Orange et de Armande Félice de La Porte-Mazarin, fille du duc de La Meilleraye et de Mazarin. Elles ont deux autres sœurs, Diane, duchesse de Lauraguais et Hortense, marquise de Flavacourt, qui serait la seule à ne pas avoir succombé au roi.
    Les trois premières vont se succéder dans le lit du roi, quant à la quatrième, Diane, ce sont apparemment des relations plus épisodiques qui vont l'unir à Louis XV. Mais celle qui bénéficie d'une véritable, éclatante faveur, c'est la jolie Marie-Anne, la plus ambitieuse aussi, qui n'hésite pas à supplanter sa sœur Louise dans le cœur de Louis XV, qu'elle sait fragile quand il est question d'amour. Elle est celle qui va véritablement tirer son épingle du jeu.
    Réputé comme son aïeul Louis XIV pour sa vie amoureuse bien remplie, Louis XV démarre cette dernière dans le scandale le plus complet et surtout, après une période relativement longue d'harmonie et de fidélité conjugales. Mais après de nombreuses grossesses rapprochées, la reine étant contrainte de fermer sa porte à son époux, celui-ci s'en va musarder ailleurs pour voir si l'herbe y est plus verte et le hasard fait qu'il tombera...dans le jardin des sœurs de Mailly-Nesle et que, s'y sentant bien, il fera successivement des plus offrantes ses maîtresses.
    Les courtisans suivent avec un amusement légèrement teinté d'indignation ce feuilleton familial tandis qu'il provoque un scandale dans le peuple et les chansonniers s'en donnent alors à cœur joie, ainsi de ce couplet qui raille l'ambition et la luxure des filles de Nesle : « L'une est presque en oubli, l'autre presque en poussière / La troisième est en pied, la quatrième attend / Pour faire place à la dernière / Choisir une famille entière, est-ce infidèle ou constant ? »
    D'abord, la jolie La Tournelle se fait farouche. Contrairement à sa sœur Louise de Mailly, qui a tout supporté, qui a présenté sa soeur Pauline à la Cour avant de se faire éhontément rafler son amant par celle-ci (et pourtant, Dieu sait que Pauline de Vintimille n'est pas jolie ni forcément très attirante, elle que les courtisans décrivent comme un grenadier velu et à l'odeur corporelle parfois franchement repoussante), qui a encore toléré de consoler Louis XV après la mort de Pauline avant de se voir de nouveau écartée sans pitié, Marie-Anne ne veut pas d'une fragile place de maîtresse royale, qui a tout d'un siège éjectable. Elle veut être une Montespan, ni plus ni moins, reconnue, titrée, dont les enfants seront légitimés le cas échéant. En somme, Marie-Anne veut tout, le beurre, l'argent du beurre et la crémière. A ces seules conditions, elle s'offrira au roi et Louis XV, amouraché, est prêt à tout pour faire céder les défenses de la belle marquise. Installée à Versailles, détentrice d'une charge de dame de palais auprès de la reine, titrée duchesse de Châteauroux, c'est effectivement la faveur triomphante qu'espérait la jeune femme que le roi lui offre. En ce milieu des années 1740, Marie-Anne de La Tournelle est toute-puissante et règne, avec son oncle Richelieu, sur un parti libertin s'opposant au clan des dévots, crispé autour de la reine, de certains princes du sang, prélats et ministres du roi. La faveur de la belle n'est plus simplement amoureuse, elle devient politique. Pour autant, elle sera aussi lumineuse et éclatante qu'une étoile filante : Marie-Anne ne règne sur le coeur du roi que deux ans, de 1742 à 1744. Et c'est le plus irrémédiable qui les séparera : la maladie, puis la mort.

    Les sœurs Nesle, favorites de Louis XV - Histoire et Secrets

     

    Ce tableau de Carl van Loo représentant les Trois Grâces aurait pour modèles trois des sœurs de Nesle


    Le titre du roman, La chambre des Dupes, fait référence à un autre épisode de notre Histoire : la Journée des Dupes qui, en novembre 1630, fait presque office de coup d'Etat, quand Louis XIII confirme dans ses fonctions son ministre, le cardinal de Richelieu, contre la parti de la reine-mère, alors frappé d'une disgrâce aussi violente que soudaine.
    Ici, il nous faut nous transporter à l'été 1744 : alors que la guerre contre l'Autriche s'enlise, Louis XV, âgé de trente-quatre ans, jeune roi dans la force de l'âge, décide d'aller lui-même prendre le commandement de son armée sur les fronts du Nord et de l'Est. Le voilà donc parti d'abord pour Lille, où il est rejoint par Marie-Anne au grand scandale de la Cour (mais le repos du guerrier, ça compte, non ?) puis pour Metz...Metz où, au début du mois d'août, le roi se trouve mal. Suffisamment mal pour faire craindre pour sa vie. Et quand un roi se trouve aux portes de la mort en état de péché, sans avoir communié, sans s'être confessé, alors qu'il est censé être le Roi Très-Chrétien, forcément, ça fait tâche. Ce que l'on a appelé l'épisode de Metz commence donc avec une maladie du roi, aussi soudaine et inexpliquée, une sorte de fièvre qui le fait souffrir atrocement et que ses médecins sont impuissants à soulager. Très vite, l'état du roi se dégradant, il faut lui parler de la mort, de l'extrême-onction, des derniers sacrements...or, Louis XV vit publiquement dans le péché avec sa maîtresse, Madame de Châteauroux, sous le nez des messins. On extorque alors au roi affaibli l'autorisation de chasser Marie-Anne, accompagnée de sa sœur Diane de Lauraguais. Son aumônier, l'évêque de Soissons, ira jusqu'à tirer du roi presque moribond une confession publique de ses fautes. Mais coup de théâtre, Louis XV se remet. La fièvre le quitte au bout de quelques semaines, le laissant épuisé mais bien vivant. Et la foudre du roi de France s'abat sur tous ceux qui l'ont humilié, des ministres aux princes du sang, en passant par l'évêque de Soissons. Ceux qui s'étaient crus, un instant, proches du pouvoir, qui n'attendaient que le dernier soupir du roi pour courir se prosterner aux pieds de son fils, le Dauphin, connaissent une disgrâce d'autant plus dure qu'elle était inattendue. Louis XV, aussi discret et timide que son aieul Louis XIII commet à son tour son propre coup d'Etat, un peu plus d'un siècle après la Journée des Dupes. Surtout, il rétablit dans ses prérogatives la belle Châteauroux, contrainte de se cacher à Paris. Pour peu de temps cependant puisqu'à la fin de l'année 1744, la jeune femme mourra à vingt-sept ans, sans avoir ou presque pu profiter de sa faveur retrouvée.
    Le vent de l'Histoire souffle décidément sur ce roman inspiré, exigeant et ambitieux, à l'image de son prédécesseur, L'été des quatre rois. Étrangement, alors que je m'étais plongée dans celui-ci sans difficulté (et pourtant le contexte historique traité, la révolution de 1830 qui met un terme définitif au règne des Bourbons en France ne me passionnait sur le papier que moyennement) et que je pensais que La chambre des Dupes ne me poserait pas de problèmes, j'avoue que le début m'a un peu déroutée. Découvrir cette intrigue a été fastidieux, je l'avoue. Et puis une fois familiarisée avec les lieux, les personnages, j'ai retrouvé ce que j'avais aimé dans L'été des quatre rois : la rigueur historique ne cède jamais le pas au romanesque et surtout, au fantaisiste. Pour cela, j'adore la plume de Camille Pascal, historien de formation et dont l'oeil scientifique transparaît sans cesse dans ses pages. Certes, La chambre des dupes est un roman, mais un roman qui s'appuie sur des bases historiques avérées et plus que solides. Et l'amoureuse du XVIIIème siècle que je suis n'a eu besoin que d'une cinquantaine de pages pour finalement tomber tête la première dans ce récit truffé d'intrigues, de jalousie, d'oisiveté et de méchanceté courtisanes, qui met en lumière le coup de force politique d'un jeune roi encore secret, que ses courtisans ont du mal à cerner et qui, jusqu'à récemment, se trouvait encore sous la coupe d'un mentor charismatique, le cardinal de Fleury. A l'instar du jeune Louis XIV annonçant à la mort de Mazarin son intention de gouverner seul, Louis XV, à la faveur de cet épisode de Metz, montre à tous qui est le maître et combien sa vengeance peut être impitoyable pour peu qu'on l'ait défié et surtout, qu'elle peut s'abattre sur n'importe qui : même sur les princes du sang, même sur les religieux, le cas échéant.
    Pour la petite anecdote, mon amour passionnel pour le XVIIIème siècle français m'est venu en lisant, il y'a cinq ou six ans, La Reine et la Favorite, de Simone Bertière. Et c'est en découvrant le destin de Madame de Châteauroux, notre Marie-Anne du roman, que j'ai commencé à m'intéresser à cette époque. Je ne l'ai plus jamais quittée et le XVIIIème siècle reste effectivement la période historique qui me passionne le plus, c'est un amour inconditionnel que je lui voue - puis mon intérêt pour le personnage de Marie-Antoinette est évidemment venu conforter tout ça : les personnages, la musique, le contexte, l'architecture, les arts...tout me plaît et me passionne dans cette époque si riche d'ambivalences et de paradoxes tranchés, aux travers qui pourraient parfois nous rappeler la nôtre. J'aurais donc été la première surprise si ce roman ne m'avait pas plu. Et ça n'a pas été le cas. Il m'a demandé pas mal de concentration mais, en contrepartie, m'a aussi fait palpiter et vibrer au rythme de ses pages. Que demander de plus ? Il n'y a rien à jeter dans ce livre, c'est passionnant, c'est grinçant et finalement assez jouissif pour nous, lecteurs. Jamais histoire amoureuse n'a été plus croustillante, ni plus scandaleuse. Jamais roman historique n'a été mieux tourné. On se régale de bout en bout et on ressort de cette lecture avec l'impression d'avoir pris une magistrale leçon d'Histoire. Je n'en demandais pas moins. 

                             Louise Julie de Mailly-Nesle — Wikipédia                                Image dans Infobox.

     

    Les quatre soeurs de Nesle à avoir bénéficié des faveurs de Louis XV : Louise-Julie de Mailly-Nesle, Pauline de Vintimille, Diane de Lauraguais et Marie-Anne de La Tournelle, titrée duchesse de Châteauroux par son amant

     

    En Bref :

    Les + : la rigueur de l'historien se marie ici à merveille à la plume d'un romancier de talent. C'est instructif tout en étant distrayant, on passe un excellent moment. 
    Les - :
    des chapitres d'ouverture un peu laborieux mais heureusement largement compensés par la suite du récit.

     


    La chambre des Dupes ; Camille Pascal

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     

    • Envie de découvrir Camille Pascal ? Mon avis sur L'été des quatre rois est juste ici

     

     


    4 commentaires
  • « Après tout, nous ne pouvions pas faire grand chose pour changer ce que Dieu nous réservait. »

    Couverture Un parfum de rose et d'oubli

     

     

     Publié en 2019 aux Etats-Unis 

     En 2020 en France (pour la présente édition)

     Titre original : Lost Roses

     Editions Pocket 

     656 pages 

     Fait partie de la saga Les Femmes Ferriday mais peut   être lu indépendamment 

     

     

     

    Résumé :

    1914. Si l'ombre noire de la guerre se déploie sur la vieille Europe, c'est une autre menace, rouge celle-ci, qui guette la sainte Russie. Dans le tourbillon révolutionnaire qui, bientôt, s'empare de Saint-Pétersbourg, trois femmes s'apprêtent à vivre les heures les plus tragiques de leur existence. Sofya l'aristocrate, dépouillée de tout et jetée sur les routes de l'exil. Eliza l'Américaine philanthrope, sans nouvelles de ses amis russes. Varinka la paysanne, au cœur lourd d'espoirs et de contradictions. 
    Entre ces trois femmes, un seul combat compte vraiment : il s'appelle Max, et c'est un enfant...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Début des années 1910. En Europe comme aux États-Unis, des rumeurs de conflit créent l’inquiétude. Pour autant, dans les hautes sphères, on continue de mener grand train. La New-Yorkaise Eliza Ferriday et son amie russe Sofya Streshnayva ne s'en doutent pas encore mais leur destin va être bouleversé tant par le conflit que par la révolution qui, en Russie, va renverser le régime tsariste et jeter sur les routes des milliers de réfugiés et d'émigrés. Parmi eux, Sofya qui, apparentée à la famille impériale, représente une cible de choix des bolcheviks. Le monde ne sera jamais plus comme avant : Sofya et Eliza non plus.
    Un parfum de rose et d’oubli est une saga de femmes et une grande fresque historique comme je les aime, qui nous emmène de Saint-Pétersbourg à Paris, en passant par New York et les petites villes pittoresques de la Nouvelle-Angleterre. Avec cette lecture je découvre l’univers de Martha Hall Kelly, connue notamment pour son roman Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux qui a été très bien reçu par les lecteurs ces dernières années. Chronologiquement, Un parfum de rose et d’oubli est antérieur mais se passe dans le même univers. Caroline Ferriday, qui se trouve au centre du récit du Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, est ici une jeune fille et on découvre sa mère, Eliza, qui va se battre pour les émigrés russes et surtout pour retrouver son amie Sofya.
    En plus de ces deux jeunes femmes, Martha Hall Kelly en met une autre sur le devant de la scène, la jeune Varinka, petite paysanne russe qui voit dans la révolution une manière de s’extirper de la condition modeste et dépendante dans laquelle elle se trouve. Et ces trois femmes vont se retrouver unies par quelque chose qui les dépasse, un petit garçon, Max, le fils de Sofya.
    Un parfum de rose et d’oubli est un roman efficace et qui se lit tout seul, les pages se tournent avec facilité. Et pourtant, j’ai trouvé le début un peu abrupt et laborieux : on est jeté dans l’intrigue sans forcément avoir eu le temps de s’y habituer, de se familiariser avec les personnages, l’univers. Heureusement cela se dissipe assez vite et malgré quelques inégalités j’ai trouvé que ce roman faisait « le boulot » pour présenter les choses de façon un peu triviale. Une fois qu’on a bien compris qui était qui, les liens entre les personnages, on découvre un univers d’une richesse incroyable. Martha Hall Kelly a su décrire sans surenchère les bouleversements du premier conflit mondial, les horreurs de la révolution russe, sans pour autant minorer les injustices et les violences du régime tsariste. Et, comme souvent dans ce type de romans, le souffle de la grande Histoire se mêle à de plus petites : celle d’une influente Américaine, celle d’une aristocrate russe qui s’apprête à tout perdre et celle d’une petite paysanne qui n’a rien et va commettre la pire des erreurs en tentant de se créer sa vie rêvée à la faveur de l’instabilité politique qui suit l’abdication de Nicolas II.
    Malgré les premiers chapitres qui ont peiné à me convaincre, je n’ai pas trouvé le reste du roman difficile à lire, bien au contraire. Finalement l’histoire est cohérente et coule relativement bien, elle est rythmée et on ne s’ennuie pas une seconde.
    J’ai beaucoup aimé les trois personnages féminins au centre du récit. Alors que Sofya et Eliza mènent grand train, vivent une existence privilégiée et absolument pas dans le besoin, on se sent malgré tout relativement proche d’elles : elles n’ont rien ni d’hautain ni de méprisant et le combat d’Eliza pour aider les réfugiées russes aux États-Unis malgré l’hostilité bien des Américains, comme celui de Sofya pour s’en sortir après avoir dû renoncer à tout forcent l’admiration. Quant à Varinka, c’est un personnage assez ambivalent qui pourrait susciter une réaction négative chez le lecteur : certains de ses choix sont clairement des erreurs mais sa naïveté et en même temps une certaine ténacité en font quelqu’un d’assez désarmant. Qui après tout peut se targuer d’avoir toujours pris les bonnes décisions, même si, je vous le souhaite, vos propres mauvaises décisions n’auront sûrement pas les mêmes conséquences que celles de Varinka.
    Bref, cette jolie brique d’un peu plus de 600 pages m’a convaincue et la surprise est d’autant plus agréable que j’ai cru au départ ne pas être convaincue. Je n’ai maintenant qu’une hâte, lire Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux et Le tournesol suit toujours la lumière du soleil qui va nous emmener au XIXème siècle à la rencontre des ancêtres féminines d’Eliza et Caroline, pendant la guerre de Sécession.

    En Bref :

    Les + : une saga familiale et historique rythmée et qui nous tient en haleine jusqu'au bout. La grande force du récit aussi, je pense, ce sont ses trois personnages, Eliza, Sofya, Varinka, très différentes mais qui apportent chacune un petit quelque chose.
    Les - :
    de premiers chapitres un peu abrupts, qui nous lancent tête baissée dans l'intrigue sans que l'on ait forcément toutes les clefs en main.  J'ai aussi remarqué une ou deux approximations dans la chronologie mais franchement, rien de grave. 


    Un parfum de rose et d'oubli ; Martha Hall Kelly

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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