• «  La vérité dessille les yeux et ouvre les cœurs. Un homme sans mémoire avance comme un aveugle et chaque obstacle qu'il rencontre le blesse davantage. »

    Couverture Marco Polo, tome 3 : Le Tigre des mers

     

     

     

         Publié en 2003

      Editions N°1/Stock

      368 pages 

      Troisième tome de la saga Marco Polo

     

     

     

     

    Résumé :

    Dans la Chine du XIIIe siècle, Marco Polo est au faîte de sa gloire. Le Grand Khan lui confie une mission secrète, la rédaction de l'Histoire de l'empire. 

    Alors que la secte du Lotus Blanc fomente complots et assassinats, un mystérieux incendie ravage tous les exemplaires du livre du Grand Khan et la mort inexpliquée de l'héritier du trône ensanglante la cour. 

    Le fils de Marco Polo se retrouve alors impliqué dans un complot contre l'empereur. Perdant ses illusions, le voyageur comprend qu'il sera toujours un étranger indésirable dans ce pays qu'il a tant aimé. La mort dans l'âme, il quitte la Chine avec toute sa famille. 

    Enfin de retour à Venise, nul ne croit aux récits de Marco. C'est en prison à la suite d'une guerre contre Gênes qu'il honorera enfin la promesse faite au Grand Khan. Le Livre des Merveilles restera l'ultime témoignage de son aventure fabuleuse. 

    De 1282 à 1324, le dernier épisode de la vie d'un homme devenu mythe, qui inspira les Grands Voyageurs, de Christophe Colomb à Magellan. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En cette fin du XIIIème siècle, cela fait près de vingt ans que Marco Polo vit en Chine. Mais son étoile pâlit, en même temps que le règne de son protecteur, l’empereur Khoubilaï Khan, s’achemine vers sa fin. Le Vénitien ne le sait pas encore mais son temps en Asie est compté ; bientôt, il va devoir envisager un retour vers Venise et vers l’Europe, quittées alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Mais avant cela, il va se voir confier une mission d’importance par le grand Khan, descendant du célèbre Gengis Khan : consigner son règne dans un manuscrit, qui sera ensuite diffusé dans tout l’Empire. Ce manuscrit, qui connaîtra bien des péripéties, poursuivi par la mystérieuse secte chinoise du Lotus Blanc, est à l’origine du fameux Livre des Merveilles ou devisement du monde, écrit par Polo à la fin de sa vie et qui raconte son voyage et sa vie en Asie.
    Marco Polo est probablement aujourd’hui l’un des Occidentaux les plus connus. Il n’est pourtant ni roi, ni prince, ni religieux, ni véritablement homme de lettres…rien ne le prédestinait à devenir aussi célèbre et pourtant : demandez à n’importe qui ce que le nom de Marco Polo et il évoquera Venise, la Route de la Soie, la Chine, la « légende » des nouilles rapportées par lui en Europe et popularisées par la suite.
    Né en 1254 à Venise, il est le fils de Niccolo Polo, marchand qui commerce régulièrement avec l’Asie. Le jeune Marco, élevé dans la cité lacustre avec sa mère, grandit dans le fantasme de ce père absent qui revient un beau jour, de manière inattendue et débarque non sans mal dans la vie du jeune Marco, alors adolescent. Celui-ci n’a pas vingt ans lorsqu’il est entraîné par Niccolo dans un périlleux voyage à travers le Moyen-Orient jusqu’en Chine, alors aux mains des empereurs mongols descendants de Gengis Khan. Marco ne sait pas encore qu’il passera presque vingt ans de sa vie là-bas, devenant un proche de Khoubilaï, ce qui, évidemment, ne se fera pas sans mal, l’Européen suscitant bien des jalousies. Louvoyant dans un monde inconnu mais avec lequel il va se familiariser, mettant à l’épreuve ses talents de diplomate, Marco Polo va se fondre dans l’Empire, sans jamais pourtant en faire partie intégrante. Et alors que Khoubilaï amorce doucement sa chute, dans l’ombre, on œuvre pour écarter le « favori » européen. La situation de Marco n’a jamais été aussi périlleuse.
    Dans une Chine secouée par les revendications de la population chinoise soumise avec difficulté à l’emprise des Khans (la dynastie mongole des Yuan a succédé à celle des Song, d’origine chinoise, qui a régné sur l’Empire du Milieu de 960 à 1279), Marco Polo va devoir la jouer fine pour conserver sa vie et sauvegarder celle de ceux qui lui sont chers, à commencer par son fils, l’imprévisible Dao Zhiyou, né de sa liaison avec la belle Noor Zade. Il va aussi devoir faire le deuil de la très belle et magnétique mais non moins ambitieuse Xiu Lan, qui ne veut pas se contenter uniquement d’être la maîtresse d’un conseiller européen, fut-il privilégié, mais vise l’empire, rien de moins.
    Ce troisième tome est le tome de la maturité, après un premier volume qui ressemblait à un roman d’apprentissage (La Caravane de Venise) et un tome intermédiaire (Au-delà de la Grande Muraille) racontant la force de l’âge. Ce tome est marqué du sceau des souvenirs et de la nostalgie. Pour la première fois depuis presque vingt ans, Marco doit envisager bien malgré lui de quitter la Chine où, tant bien que mal, il a fait sa vie. Le voyage de retour sera aussi éprouvant que le voyage de l’aller : alors que son premier périple suit le fameux tracé de la Route de la Soie, c’est par mer que Marco, son père, son oncle et son fils rentrent vers l’Europe, traversant la mer de Chine, longeant les côtes sauvages de Sumatra puis de Ceylan avant de remonter vers la Perse, porte d’une Europe qui a bien changé depuis que les Polo ont quitté Venise, vers 1271. Nous sommes alors dans les années 1290, à l’aube du XIVème siècle. Marco apprend avec stupeur que la Terre Sainte est tombée aux mains des musulmans, avec la chute d’Acre en 1291, il découvre la nouvelle monnaie frappée par Venise, le ducat, il retrouve une ville différente de ce qu’il connaissait et en même temps, qui éveille bien des souvenirs en lui…Marco, à la fin de sa vie, est un « déraciné », ni vraiment d’ici, ni de là-bas. Il est de nulle part. Considéré par les Asiatiques comme un étranger, un barbare venu de la lointaine Europe, il se rend compte que ses anciens compatriotes ne sont pas loin de penser la même chose de lui ! Et les Vénitiens de la fin du XIIIème siècle, fortement imprégnés de culture judéo-chrétienne et de religiosité ne peuvent admettre les récits de l’aventurier, qu’ils prennent pour des affabulations, ni plus ni moins. Personne ne sait encore et surtout pas le principal intéressé que quelques décennies plus tard, son Livre des Merveilles inspirera les grands navigateurs de la fin du Moyen Âge, de Magellan à Christophe Colomb.

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    Khoubilaï Khan, empereur de Chine d'origine mongole qui règne sur l'Empire du Milieu de 1271 à 1284


    Aujourd’hui, la communauté historique remet plus volontiers en question les récits de Polo, certains historiens vont même jusqu’à considérer que son voyage n’a peut-être jamais eu lieu. Preuve aussi que l’historiographie est peut-être plus nuancée qu’il y’a quelques années où les chercheurs osant remettre en cause le voyage vers la Chine de Marco Polo se voyaient systématiquement mis au ban de la communauté historique, on accepte aujourd’hui cette thèse et on peut même dire qu’elle est particulièrement répandue. Le Livre de Merveilles est-il effectivement un récit quelque peu romancé mais basé sur des événements avérés ou bien une totale invention ? Marco Polo a-t-il vécu en Chine, proche de l’empereur Khoubilaï ? Rien ne nous permet de le confirmer ni de l’infirmer. C’est cela aussi, parfois, le charme de l’histoire : on reste dans un prudent entre-deux qui permet d’imaginer bien des choses et aux romanciers de s’engouffrer dans la brèche. C’est ce que fait Muriel Romana, encore une fois avec beaucoup de brio. Je déplore vraiment que cette saga soit si peu connue et si difficilement trouvable ! Elle est pourtant bien écrite et richement documentée…entre parenthèses, quand on voit parfois ce qui est republié en poche, on se dit que cette trilogie l’aurait amplement mérité par rapport à d’autres histoires. Loin de moi l’idée de juger tel ou tel univers mais on ne peut s’empêcher d’en arriver à cette conclusion : peut-être que l’édition, parfois, n’est pas motivée que par la qualité. Auquel cas, cette saga aurait sûrement reçu bien plus de visibilité.
    Ce que raconte Muriel Romana dans cette trilogie est, dans la mesure du possible, avéré. Toutes ses descriptions sont le fruit de recherches finement menées. Des personnages fictifs se mêlent à des personnages ayant réellement existé, les jeux politiques et les ambitions de chacun sont très bien amenés. On vit en totale immersion à la Cour du Grand Khan, dans une Chine dépaysante , aux paysages sauvages spectaculaires et aux coutumes si différentes de celles de l’Europe de la même époque ! On voyage, on visualise les lieux, on en sent les odeurs, on en goûte les épices. Et, tandis que le deuxième tome nous avait emmenés jusqu’en Birmanie et en Annam, dans cet ultime tome, on voyage jusqu’aux forêts humides et luxuriantes de l’île de Ceylan.
    Bref, ce roman m’a beaucoup plu et ne m’a pas déçue, comme les deux précédents. J’ai encore une fois passé un bon moment, dans cette Asie médiévale que je connais peu mais bien mieux, je dois l’avouer, qu’avant de commencer cette saga.
    Une saga à lire et à relire si vous aimez les romans historiques teintés d’une pointe d’originalité. Vous ne serez probablement pas déçus !

    Image dans Infobox.

     

    Représentation de Marco Polo au XIXème siècle : il tient dans les mains son Livre des Merveilles

    En Bref :

    Les + : une fin de trilogie efficace et enthousiasmante ! 
    Les - :
    Aucun...le livre aurait été même un peu plus long que ça ne m'aurait pas dérangée !


     

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • «  Quelle que soit la force de notre volonté, le monde n'est pas tel que nous voudrions qu'il soit. »

     

     

     Publié en 1996 aux Etats-Unis

     En 2021 en France (pour la présente édition)

     Titre original : Pope Joan

     Editions Points (collection Grands Romans)

     572 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Le parcours ponctué d'aventures, d'amours, d'intrigues et de rebondissements d'une héroïne indépendante et résolument moderne. 

    Jeanne naît en 814. Elevée sous la férule d'un père autoritaire, elle s'insurge très tôt contre les préjugés et interdits qui pèsent sur les femmes. En secret, elle apprend à lire et à écrire comme ses frères, et se fait admettre à l'école de la cathédrale de Dorstadt...

    Ainsi débute l'histoire de cette héroïne surprenante qui, se faisant passer pour un homme, parviendra à atteindre les hautes sphères du Vatican. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Et si une femme s’était assise un jour sur le trône de Saint-Pierre ? Partant de ce postulat, une incroyable légende est née : celle d’une femme pape, qui aurait été élue à la titulature suprême au IXème siècle.
    Quand elle voit le jour en 814, à Ingelheim dans l’Empire, Jeanne a un destin déjà tout tracé. L’étude, le pouvoir, le savoir ne sont pas affaires de femme. Au mieux, elle épousera un homme pas trop vilain, qui ne la battra pas mais lui fera de nombreux enfants, l’accablant de grossesses régulières ; ou alors, elle deviendra religieuse. Au pire, elle sera livrée à un tyran domestique qui fera d’elle ce qu’il veut : dans une société profondément religieuse et misogyne, cela n’est évidemment pas choquant. En somme, Jeanne est une une future femme et bientôt, ne s’appartiendra plus, si tant est qu’elle s’appartienne un jour…
    Fille d’un chanoine d’origine britannique et d’une Saxonne qui ne s’est jamais vraiment convertie à la foi chrétienne, malgré les massacres perpétrés sur son peuple à l’époque de Charlemagne, Jeanne grandit écartelée entre la foi chrétienne d’un père autoritaire et les anciens Dieux de sa mère : ainsi, Jésus-Christ côtoie étroitement les légendes saxonnes et le panthéon germain, où le dieu vengeur Wotan tient une place centrale.
    Pour son père, Jeanne ne compte pas. Elle a deux frères aînés en lesquels son père fonde tous ses espoirs. Seulement, Jeanne ne veut pas se cantonner au rôle que la société franque du Haut Moyen Âge lui assigne : celui d’une mère et d’une épouse docile. Ce qu’elle veut, c’est apprendre, s’instruire. Elle y arrivera, au prix de bien des vexations et bien des renoncements. Elle devra surtout abandonner pour toujours son sexe de femme et le dissimuler sous des oripeaux masculins pour espérer connaître un jour le destin qu’elle-même veut se forger.
    D’Ingelheim à Rome, il n’y a cependant pas qu’un pas : il va falloir à Jeanne beaucoup d’années pour parfaire son savoir, supporter les vexations et le mépris d’hommes qui se croient spontanément plus intelligents qu’elle parce qu’elle est née fille, supporter aussi l’inimitié de ses consoeurs, les femmes qui se sont accommodées de leur destin et n’imaginent pas que certaines ne peuvent pas s’en contenter. Ses années de formation à Dorstadt l’emmènent ensuite, cachée sous la bure d’un moine, jusqu’au monastère de Fulda où, auprès du vieil apothicaire, Jeanne, devenue frère Jean, apprend la science médicale et le maniement des simples.
    C’est cette science médicale qui, lors d’un pèlerinage à Rome, fait basculer son destin. Approchant les souverains pontifes successifs, elle se hisse petit à petit à un rang qu’elle n’aurait jamais pu espérer en restant une femme. Proche des papes, de Serge II à Léon IV (le fameux pape qui fit construire une grande muraille autour de Rome, la « muraille léonine », pour la défendre contre les incursions sarrasines), Jeanne, connue à Rome sous le nom de Jean Anglicus, est élue pape. Mais Jeanne est une femme, une femme amoureuse qui, un jour, ne pourra plus cacher les conséquences de sa liaison : en 855, lors de la fête des Rogations, en pleine procession, le pape accouche, sous les yeux d’une foule médusée, d’un enfant mort-né et meurt après. Elle aurait régné deux années sur Rome (entre 853 et 855 ; d'autres sources avancent les dates de 855 à 858), sans que personne jamais ne découvre la vérité sur son sexe.
    La légende de la Papesse Jeanne est tout bonnement incroyable ! Comment cette femme, au IXème siècle, parvient-elle à la dignité religieuse suprême sans que personne ne soupçonne jamais sa véritable nature ? Son savoir, sa capacité exceptionnelle de raisonnement, son talent pour les langues et l’exégèse ont-ils pu tromper tout le monde, même les plus intolérants ? Aujourd’hui, à cause de nombreuses incohérences, les historiens tendent à penser que l’histoire de la papesse n’est qu’une légende, qui sera d’ailleurs reprise à des fins polémiques à des époques où l’Eglise de Rome est fortement remise en question : lors du concile de Constance au début du XVème siècle par exemple, les partisans de Jan Hus useront de cette légende, tout comme les protestants anglais pendant la Réforme. Et même s’il semble que Jeanne soit mentionnée dans Le Liber Pontificalis, le livre des Papes qui, commencé en 500, comporte des biographies des pontifes jusqu’à Pie II, en 1464, chronologiquement, son règne ne parvient à s’intercaler nulle part même si, au vu des dates, on pourrait le situer entre la mort de Léon IV en 853 et l’usurpation du trône de Saint-Pierre par l’antipape Anastase le Bibliothécaire (que l’on croise d’ailleurs dans le roman à plusieurs reprises).

     

    L'accouchement de la papesse Jeanne en pleine procession religieuse


    Bien que basé sur des faits qui ne sont pas vérifiables, ce roman est absolument fascinant ! Quelle force et quelle intelligence que cette Jeanne, née dans les confins de l’Empire de Charlemagne, le jour même de la mort du grand Empereur ! Quelle persévérance aussi est celle de cette petite fille puis jeune femme qui refuse de s’assujettir aux injonctions de son époque : la minorité perpétuelle des femmes, la férule du père, des frères puis du mari, la dépendance féminine à la toute-puissance masculine. Avant-gardiste, refusant de se donner à un homme mais expérimentant malgré tout les tourments de l’amour, Jeanne est un personnage complexe qui peut, plus de mille deux cents ans plus tard, nous paraître très actuel. Ce qu’elle revendique, n’est-ce pas ce que tout femme, aujourd’hui, souhaite pour elle ou pour ses filles ? Heureusement, même s’il y’a encore du chemin à faire et que la misogynie tue encore de nos jours, nous n’avons plus besoin de nous cacher pour nous instruire, nous avons accès à l’éducation, aux études, à des postes à responsabilités (même si, je vous l’accorde, on n’a toujours pas vu de femme pape). Pour autant, on se sent proche de cette femme, de son combat, on se sent réellement de tout cœur avec elle. Cette jeune femme si érudite et en même temps si incomprise, si frustrée dans son envie d’apprendre, a vraiment quelque chose de touchant.
    Et en même temps, Jeanne ne pourra pas tout maîtriser dans sa vie : si elle parvient à dissimuler sa nature de femme, jusqu’à ses manifestations physiques, en cachant habilement sa poitrine et ses menstruations, elle sera un jour trahie par un corps qui ne sera jamais celui d’un homme et qui a le pouvoir de porter la vie. Un pouvoir qui se retournera contre elle. Elle sera aussi un jour trahie par son cœur, qu’elle ne pourra, même au prix d’une grande volonté, juguler. Quand Jeanne tombe amoureuse, irrémédiablement, c’est son destin qu’elle condamne, même si elle ne le sait pas encore. La légende de la papesse, se terminant dans les affres de l’enfantement, acte éminemment féminin, n’illustre-t-elle pas finalement la faiblesse du personnage, comme le péché originel condamne irrémédiablement Eve à une réputation de concupiscence ? Jeanne, bien que voulant être homme, étant homme dans tous les aspects extérieurs de sa vie, n’en est pas moins une faible femme incapable de résister à l’amour d’un homme et à se donner à lui. Regardez, semble dire cette légende, cette femme qui a voulu être plus que ce que Dieu avait choisi pour elle, qui a renié sa nature et est démasquée alors qu’elle accouche en pleine procession, portant tous les insignes du pape, premier évêque de la Chrétienté ? Regardez comme cette femme qui a eu la prétention de se mesurer aux hommes ne peut finalement pas résister et cède à la faiblesse de son tempérament, en se donnant à son amant ?
    Et pourtant ! La Jeanne de Donna Cross est tout sauf faible ! Son amour pour son amant n’est pas une faiblesse, bien au contraire car Jeanne saura lutter contre lui. Toute la vie de Jeanne n’est qu’une lutte, parce qu’elle choisit finalement de suivre une voie que l’on peut quasiment considérer comme « contre nature » à l’époque carolingienne.
    Féministe, la papesse de Donna Cross ? On pourrait presque le penser, si on oublie l’aspect totalement anachronique du terme à l’époque. Et en même temps, être féministe, c’est se battre pour l’égalité des femmes avec les hommes : en cela, Jeanne est alors totalement féministe et très moderne, finalement assez intemporelle. On peut aisément se retrouver en elle, s’identifier, alors qu’elle a vécu à plus d’un millénaire de nous, dans un monde tellement opposé et différent du nôtre.
    J’ai trouvé ce roman passionnant. Les descriptions du Haut Moyen Âge sont fines, on ressent bien l’époque, les coutumes, Donna Cross décrit aussi la vie des plus modestes que des plus grands (la famille de Jeanne, par exemple, qui vit pauvrement, les grandes familles nobles romaines, descendantes pour beaucoup des grandes lignées impériales, les descendants de Charlemagne se côtoient dans ce roman qui décrit une société en pleine mutation et en plein essor). Le personnage de Jeanne est aussi très intéressant, dans sa dualité, obligé de cacher son essence même sous un costume qui n’est pas le sien.
    Je ne sais pas si je m’attendais à un roman aussi riche, aussi dense. Je ne l’ai pas lu au rythme où je l’espérais, j’ai été plus lente que d’habitude mais je crois que ce livre le méritait. J’ai finalement quitté à regret Jeanne et les autres personnages du roman, avec l’impression d’avoir lu une histoire folle, certes légendaire mais qu’on aimerait authentique. Et je n’ai pu m’empêcher de me demander si d’autres femmes, que l’histoire a peut-être oubliées, mais qui seraient bien réelles, celles-là, n’ont pas fait le même choix que Jeanne, mettant leur vie en danger pour défendre juste une chose : leurs propres droits. N’est-ce pas un sujet de partout, de nulle part, d’hier comme d’aujourd’hui ? Assurément, si. 

     

    Représentation de la papesse en Grande Prostituée, montée sur la Bête de l'Apocalypse 

    En Bref :

    Les + : un roman passionnant et riche, où la légende vient se mêler habilement à l'authentique pour donner une fiction historique cohérente et qui saura passionner tous les amoureux du Moyen Âge, sans aucun doute. 
    Les - :
    vraiment, aucun point négatif à soulever !


    L'Indomptée : la papesse Jeanne ; Donna Cross 

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Mon illusion, mon désir de percevoir le moindre détail de cette femme aboutissent à la constatation qu’aujourd’hui elle n’est présente nulle part en dehors de mon imagination. »

     

    Couverture Le coeur converti

     

     

         Publié en 2016 en Belgique

      En 2020 en France (pour la présente édition)

      Titre original : De bekeerlinge

      Editions Folio

      416 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Je voudrais pouvoir la mettre en garde contre ce qui va lui arriver. Passe ton chemin, jeune fille, choisis un autre homme, échappe à ce sort, fuis ce qui t'attire. »

    Par amour pour David, la belle Vigdis renonce à ses privilèges de jeune noble chrétienne et se convertit au judaïsme. Mais en cette fin de XIe siècle en France, leur union fait scandale. Pour vivre librement, tous deux s'enfuient et trouvent refuge dans un village du Sud. Alors qu'ils se croient saufs, les croisés, de plus en plus nombreux sur la route de Jérusalem, sèment mort et destruction dans leur sillage...
    Inspirée de faits réels, cette histoire d'amour tragique est aussi un grand roman contemporain : celui d'une femme en exil guidée par l'espoir.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand Stefan Hertmans s’installe à Monieux, petit village des monts du Vaucluse, il ne sait pas que ce sera pour lui le point de départ d’une formidable quête. Celle-ci, démarrée en 1994, terminée vingt-deux ans plus tard, en 2016, donne naissance à ce roman : Le cœur converti.
    Ce roman est inclassable : ce n’est pas un roman historique, pas un roman contemporain non plus. C’est plutôt le récit de cette quête qui anime l’auteur et qui l’emmène jusqu’en Egypte et à Cambridge, en passant par Rouen et la Sicile, dans les traces d’une prosélyte juive de la fin du XIème siècle : Sarah Hamoutal, dont le destin a été fixé il y’a près de mille ans dans des documents retrouvés par le plus grand des hasards dans la génizah du Caire et étudiés notamment par l’érudit juif Shelomo Dov Goitein. Dans certains de ces textes, aujourd’hui conservés à l’université de Cambridge, est retracé le destin d’une jeune femme, appelée Hamoutal, qui vécut à la fin du XIème siècle et qui aurait passé plusieurs années, en compagnie de son époux et de ses enfants, dans le petit village de Monieux, aujourd’hui dans le Vaucluse et appartenant à l’époque au Saint Empire romain germanique.
    Mais Hamoutal n’est pas née juive. Elle voit le jour probablement aux alentours de 1070, à Rouen : par son père, Gudbrandr, elle descend des Vikings qui ont peuplé la Normandie environ deux siècles plus tôt. Par sa mère, elle est d’origine flamande. Elle reçoit comme noms de baptême Vigdis et Adélaïs, un nom viking et un nom franc, témoins du mélange de sang noroît et du sang franc et chrétien qui coule dans ses veines. Vigdis n’est pas issue du peuple : son père est un petit seigneur normand qui semble avoir assez de moyens pour faire vivre sa famille à l’aise. Elle reçoit même une éducation soignée.
    La jeune fille est adolescente (même si le terme n’existe pas au Moyen Âge) quand sa vie est bouleversée par une rencontre : à Rouen au XIème siècle, les lieux de culte juifs et chrétiens sont proches les uns des autres. Cela ne veut pas dire que les deux communautés vivent en bonne intelligence mais toujours est-il que la synagogue et la yeshiva (l’école juive) de Rouen ne sont pas loin de l’église où Vigdis va prier, avec sa mère ou avec sa gouvernante. Un jour, aux abords de la yeshiva, elle croise le regard d’un jeune homme : arrivé du sud, David est le fils de Richard Todros, grand rabbin de Narbonne. Son destin bascule : Vigdis et David tombent amoureux, même s’ils n’en ont pas le droit. Au XIème siècle, une femme de la bonne société ne choisit pas son époux. A moins qu’elle ne fasse le choix d’entrer dans les ordres et d’épouser le Christ, c’est à son père ou, le cas échéant, ses frères, de choisir son futur mari. Vigdis va s’affranchir de cette condition, en choisissant David. Elle enfreint en cela tous les codes de la société de l’époque et plus encore puisqu’elle, jeune femme chrétienne de bonne famille, abandonne tout pour un juif. Pour Vidgis, dès lors que la décision est prise, aucun retour en arrière n’est possible : elle va devoir fuir Rouen, ne jamais revoir les siens, sous peine d’être condamnée à mort. A dix-neuf ans, la jeune femme quitte tout et laisse derrière elle tout ce qui faisait sa vie d’avant pour se jeter sur les routes avec David. Le voyage à travers la France d’alors sera long, fastidieux, plein de dangers, pas exempt de doutes non plus mais de toute façon, il n’est pas possible de regretter et de faire marche arrière. A Narbonne, Vigdis devient Sarah, elle entre dans la communauté juive, découvre une nouvelle vie, se marie. Pourtant, son père a lancé à leurs trousses des chevaliers, bien décidés à ramener Vigdis à Gudbrandr. Richard Todros prend alors la décision d’envoyer son fils et sa belle-fille à Monieux, alors en terre d’Empire.
    Monieux, aussi appelé au Moyen Âge Moniou, tire son nom d’une appellation latine : Mons Jovis, le « mont de Jupiter ». C’est un endroit rude, isolé, enclavé dans les préalpes, où les étés sont aussi arides et chauds que les hivers y sont longs et rigoureux. Bâti au bord des gorges de la Nesque, Monieux est aujourd’hui un petit village pittoresque du nord du Vaucluse, non loin du Lubéron et du Mont Ventoux, une région qui évoque le soleil, l’été, l’odeur du thym et le chant des cigales. Au XIème siècle, c’est un petit bourg où la vie n’est pas douce, bien au contraire. Les hommes doivent composer avec une nature hostile et dangereuse, coupés du monde de longs mois lorsque la neige envahit les cols. Pourtant, à Monieux, Hamoutal et David semblent couler de belles années…jusqu’à l’appel à la croisade par Urbain II en 1095, jusqu’au passage de troupes armées dans la petite vallée…et plus rien ne sera jamais comme avant.
    De Monieux, Stefan Hertmans va partir sur les traces de David Todros et de son épouse chrétienne (appelée « prosélyte ») dans les textes de l’époque. Dans les pas de ces personnages qui ont réellement existé il y’a près de mille ans, il va littéralement remonter le temps, au plus près des sources et des lieux, n’hésitant pas, par exemple, à parcourir de nombreux kilomètres au fin fond de la France rurale pour essayer d’établir le plus précisément possible l’itinéraire qui a ramené Vigdis dans le sud. Petit à petit, Stefan Hertmans va reconstituer la destinée de cette femme, à qui il redonne vie : il va la poursuivre jusqu’en Egypte où il semble que Vigdis ait vécu également, dans la ville de Fustat (Le Caire). Il la retrouve même en Espagne, quelques années avant sa mort, où elle semble échapper de justesse à un lynchage en règle. Il semble en tout cas que le destin de Vigdis Hamoutal ait totalement basculé après un pogrom perpétré à Monieux par des armées croisées en 1096. Basculant lentement dans la folie, on perd sa trace au tout début des années 1100.
    Au départ, j’ai eu l’impression de lire l’histoire d’Héloïse et Abélard transposée quelques décennies plus tôt dans la communauté juive : Vigdis est une Héloïse normande, David un Abélard juif de Narbonne, deux êtres qui se rencontrent, se trouvent et s’aiment et prennent le risque de tout laisser derrière eux pour vivre leur amour, à une époque où cela ne va pas de soi. On sait comment cela se termine pour Héloïse et Abélard, pourtant tous deux de confession chrétienne : parce qu’il n’a pas supporté le déshonneur qui frappe sa nièce, le chanoine Fulbert n’hésitera pas à faire châtrer Abélard et Héloïse finira sa vie au couvent, d’abord au Paraclet puis à Argenteuil. On peut alors aisément imaginer le cataclysme que crée dans la société médiévale extrêmement religieuse le choix de cette jeune femme, qui au mépris de toutes les convenances, n’hésite pas à défier son père et à se marier selon son goût et surtout, à un juif. L’antisémitisme est violent au Moyen Âge, récurrent aussi et ne disparaît jamais vraiment. S’il est parfois en sommeil, il ressort plus virulent que jamais au moment des crises : la grande Peste du XIVème siècle en est un bon exemple et, à l’époque de Vidgis, la première croisade prêchée par le pape lors du concile de Clermont, est aussi un point de départ à une flambée des violences et à de nombreux pogroms. La yeshiva de Rouen, dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges, est d’ailleurs incendiée en 1096 et la communauté juive de la ville quasiment toute exterminée. Vigdis et David deviennent les ennemis numéro un, dès lors qu’ils disparaissent ensemble. Et, de même, dans la communauté juive, Vigdis devra affronter la méfiance de ses nouveaux coreligionnaires. A partir du moment où elle se convertit, Vigdis vit dans un entre-deux flou et indistinct, ne faisant finalement plus partie d’aucun peuple ni d’aucune religion, tiraillée entre un passé chrétien qu’elle ne parvient malgré tout pas à oublier et un avenir juif, le sien, celui de ses enfants, qu’elle n’arrive pas à s’approprier.
    Cette histoire aurait pourtant pu bien finir : ne dit-on pas que l’amour triomphe de tout ? Apparemment, ce ne sera pas le cas. Vidgis aura son content de deuils et de peines. De violences, aussi.
    Ce roman ne nous épargne rien. Il n’est pas beau, au sens premier du terme. Il est au contraire dur, brutale, violent, sale aussi par moments. Je dirais même que certaines descriptions sont dantesques, quasi apocalyptiques. La quête de Vigdis au Proche-Orient se fait par exemple dans des villes sales, au milieu de personnages répugnants vivant dans une misère noire. La violence est partout, omniprésente, contre les plus faibles, contre les femmes, contre ceux qui sont isolés et n’ont aucun moyen de défense. Et parfois, si une éclaircie semble vouloir se lever, ce n’est jamais pour bien longtemps. Le contraste avec le Monieux tranquille que Stefan Hertmans arpente à l’été 2015 et celui du XIème siècle, le contraste aussi entre les villes surpeuplées de l’Egypte contemporaine et celles sales, boueuses, limoneuses du Moyen Âge, sont saisissants. On se captive néanmoins pour la quête de l’auteur, qui le pousse à mettre ces pas là où Vigdis Hamoutal a peut-être posé les siens, plus de neuf cents ans plus tôt. Difficile de retrouver les lieux qu’une femme des années 1090 a pu voir, elle aussi, de ces yeux. Beaucoup de bâtiments, de construction, ont disparu… Les paysages ont changé : quand Vigdis arrive par exemple à Alexandrie en 1097, elle peut encore voir le fameux phare, construit sur une île au large de la ville et considéré pendant l’Antiquité comme l’une des merveilles du monde. Des vestiges de l’Egypte de Cléopâtre existent encore. La Narbonne de Vigdis est un ville encore enveloppée dans son passé romain tandis que Rouen, cité portuaire à l’embouchure de la Seine, peine à se débarrasser de son aspect rude et viking, hérité de ces Normands qui ont fondé le duché en 911. Rien à voir avec les villes contemporaines que Stefan Hertmans découvre à son tour. Quant aux paysages, aujourd’hui barrés de chemins, de routes, d’autoroutes, ils sont bien évidemment radicalement différents de ceux vus et traversés par Vigdis et David. Et pourtant, parfois, un vestige apparaît : dans la yeshiva de Rouen, retrouvée lors de travaux dans les années 1960, Stefan Hertmans expérimente la sensation étrange du poids du passé, passe ses doigts sur des murs vieux de mille ans ou presque et qui ont peut-être connu David, qui ont peut-être aussi été témoins des premiers regards entre le fils du rabbin et la beauté normande aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Avec des mots justes, une plume d’une finesse rare, il nous emporte et nous captive.
    Comme je le disais plus haut, ce roman n’est pas beau au sens premier du terme, il n’est pas beau parce qu’il raconte ne l’est pas. Il n’est pas lisse non plus. Mais la forme est d’une beauté rare, d’une beauté pure. Si le fond est noir parce que l’Histoire le veut, Stefan Hertmans redonne vie à l’histoire hors du commun de David Todros et de son épouse rouennaise, Vigdis Hamoutal.
    C’est effarant, presque excitant de se dire que la destinée de ces deux personnages aurait pu rester entièrement inconnue : des anonymes engloutis dans le magma des siècles. Il aura fallu la découverte, à la fin du XIXème siècle, de la génizah de l’ancienne synagogue Ben Ezra du Caire pour faire ressortir à la lumière les destinées de ces deux personnages. Il aura fallu les travaux de Shelomo Dov Goitein, enseignant à Princeton, qui consacra sa vie à l’étude des documents retrouvés au Caire et publia en 1967 les premiers volumes de son énorme étude A Mediterranean Society. The Jewish Communities of the Arab World as Portrayed in the Documentation of the Cairo Geniza qui compte en tout six volumes (dont deux parus après sa mort en 1985).
    Ces documents composent un trésor inestimable, jalousement conservé aujourd’hui dans les archives de la bibliothèque de Cambridge : écrits entre 870 et 1880, ces 200 000 manuscrits couvrent plus d’un millénaire d’histoire juive. Ecrits en araméen, en hébreu, en arabe, en judéo-arabe, sur des supports aussi variés que le vélin, le papier, le tissu ou le papyrus, ils auraient pu disparaitre à jamais. Au contraire, comme les manuscrits de Qumrân, ils ont été retrouvés, exhumés, étudiés, ont passionné des chercheurs du monde entier, ont captivé des auteurs à l’imagination fertile, comme Stefan Hertmans, qui n’hésitera pas à s’approprier, d’une certaine manière, l’histoire de David Todros et de Vigdis Hamoutal. Surtout, ils ont un intérêt historique certain et peuvent nous éclairer sur l’Histoire sociale et économique des communautés juives du bassin méditerranéen des débuts du Moyen Âge jusqu’au XIXème et sont également particulièrement importants pour l’étude de la pensée religieuse de l’époque. En somme c’est un véritable trésor qui a été découvert là, dans les années 1880. Cest fou d’ailleurs de se dire que sans cette découverte jamais, probablement, nous n’aurions entendu parler de ces personnages dont, grâce à quelques fragments de vieux documents, Stefan Hertmans a pu, à force de recherches et d’immersion, reconstituer le destin. Certes, la limite est ténue dans ce livre entre l’authenticité historique et l’imagination de l’auteur. A partir de quand s’arrête la source et commence l’extrapolation romanesque ? On finit par ne plus le savoir réellement, par ne plus vouloir le savoir, d’ailleurs. La communion avec les personnages est parfaite, on se glisse, captivé, dans leurs pas.
    J’ai été passionnée par ce roman, émue aussi…voir revivre cette femme que personne ne connaît et qui est morte aux alentours de l’année 1100 est une drôle d’expérience. C’est si loin…et pourtant, Vigdis Hamoutal semble si proche de nous. Stefan Hermans a vraiment écrit ici un roman d’une rare beauté, sans épargner le lecteur pour autant : c’est une société violente et rude qu’il nous décrit, que ce soit celle d’Orient ou d’Occident. A l’aube du Moyen Âge central, qui sera considéré par bien des historiens comme une période flamboyante de renouveau et d’essor culturel, à l’opposé des noirceurs d’un Moyen Âge obscurantiste et superstitieux, l’époque a pourtant du mal à se défaire des limbes du Haut Moyen Âge, où faide royale, raids vikings et règlements de compte sont monnaie courante.
    Le Cœur Converti est un roman trop peu connu. Si je n’avais pas été interpellée par sa superbe couverture (cette jeune femme en chemise grise, une épaisse tresse auburn passée sur l’épaule est magnifique, non ?), je ne l’aurais peut-être jamais découvert et ça aurait été regrettable. Quelle magnifique découverte ! Un roman qui fera sûrement écho en moi plusieurs années.

    En Bref :

    Les + : une superbe histoire, inclassable...ce n'est ni un roman historique à proprement parler, ni même un roman contemporain. Mais c'est peut-être justement pour cette raison que ce roman est aussi captivant : parce qu'il est unique.
    Les - :
    pour moi, absolument aucun.


     

        Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Sommes-nous en guerre ? Ou ne le sommes-nous pas ? Une atmosphère de conflit fluctue autour de nous. Nous vivons dans une illusion de paix ou une alternative de guerre. Les Tricastins en cette année 1424 savent qu'ils sont anglais, mais l'Anglais, lui, ne sait plus qui il est ! De régence en régence, nous flottons sur la vague incertaine de pouvoirs illusoires. »

    Couverture Mémoire, tome 2 : Mémoire d'encre et de cendres

     

     

        Publié en 2019

       Editions Pocket 

       400 pages 

       Deuxième tome de la saga Mémoire Froissée

     

     

     

     

     

    Résumé :

    1424. La guerre de Cent Ans fait rage. Le Dauphin Charles VII, qui a succédé à son père, s'est replié à Bourges, où il compte peu d'amis. Et l'Anglais multiplie les assauts... Séparée de son fils, Anne, la jeune herboriste, met ses compétences au service de la Duchesse de Bourgogne. C'est dans le sillage de cette puissante Dame, et grande conspiratrice, qu'elle entendra pour la première fois le nom de Jehanne. Une pucelle de Lorraine qui tiendrait dans ses mains le salut du royaume. Mais comment convaincre le Dauphin de cette fable divine ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Ce deuxième tome de la saga Mémoire Froissée, de Christine Machureau, nous ramène à l’époque de la Guerre de Cent Ans, à Troyes. Nous sommes exactement en 1424 quand démarre l’intrigue de ce deuxième tome et qu’Anne Chauverson, herboriste et libraire à Troyes, est sollicitée par la duchesse de Bourgogne, Marguerite de Bavière. A Dijon, Anne se rend compte qu’elle est entraînée dans une affaire qui la dépasse et pourrait bien concerner l’avenir du royaume de France.
    Avant d’aller plus loin, je vais vous parler en quelques lignes du premier tome de cette saga qui en compte 5 (pour le moment, seuls trois sont publiés chez Pocket) et nous emmène au cœur du XVème siècle français, dans le sillage d’Anne Chauverson et de ses descendants. Pour faire court, le premier tome s’ouvre à la fin du XIVème siècle, en Touraine, où la jeune Anne est herboriste. Petite, elle a vu sa mère, elle-même herboriste, arrêtée par l’Inquisition et ne jamais revenir. A Bourgueil, où elle a toujours vécu, Anne tente de construire sa vie et de perpétuer l’œuvre de sa mère Fleurine. Mais lorsqu’elle se voit confier un mystérieux livre, Anne prend la route vers les Flandres. Elle ignore alors que le voyage qui doit l’emmener vers l’Europe du Nord va s’arrêter bien avant, dans la ville de Troyes. Anne ne rentrera jamais en Touraine. En Champagne, dans cette ville opulente qui vit des foires annuelles, Anne va recréer son univers, s’entourer de nouveaux amis, rencontrer l’amour, mettre au monde son fils Rémy. Sa vie quotidienne se mêle à la grande Histoire, car les contemporains de ce début de XVème siècle vivent une époque bien aventureuse, alors que le royaume de France est déchiré par une guerre civile et le conflit avec les Anglais, qui s’éternise.
    Ce deuxième tome nous fait retrouver Anne, toujours à Troyes. Après la mort de son mari, elle a repris la librairie Chauverson, qu’elle dirige. Le temps de la maturité est arrivé pour Anne, qui a vu partir son fils Rémy vers d’autres contrées, poursuivant son rêve : devenir architecte. Et c’est sous les cieux déjà teintés de Renaissance de l’Italie que le jeune homme se forge son expérience. Temps de la maturité donc, pour Anne, mais sûrement pas du repos car elle est soudainement mandée auprès de la duchesse douairière de Bourgogne, Marguerite de Bavière. Celle-ci, mère du duc Philippe et veuve de Jean sans Peur, demande à Anne de la rejoindre sans lui donner plus amples explications. A la cour de la duchesse douairière, Anne découvre alors un « complot » qui la dépasse et qui semble menacer tous ceux qui sont dans le secret. Ambiance ! Sur fond de Guerre de Cent Ans, d’instabilité politique, d’indécision et de prophétie ancestrale, l’épopée johannique se prépare : le royaume de France est en train de basculer, la roue de la fortune tourne et il semblerait qu’elle soit de moins en moins favorable aux Anglais, dont le propre pouvoir est fragilisé par une double régence (Henry V étant mort en 1422, c’est son jeune fils Henry VI qui « règne », supervisé par deux régences, à Paris et à Londres).
    Anne se retrouve embringuée, c’est le mot, dans un vaste complot qui semble remonter à la nuit des temps et dans lequel elle n’a évidemment aucune envie de prendre part. En quoi est-elle concernée, elle, libraire sans histoires de Troyes, par l’histoire de cette gamine de Lorraine, Jehanne, censée sauver le royaume et redonner tout son pouvoir à Charles VII, dépouillé de son héritage par le traité de Troyes et qui, replié au sud de la Loire, peine à s’entourer d’alliés sûrs ? Et pourtant…dans le sillage de Marguerite de Bourgogne et de la confidente de cette dernière, Willemine von Hennenberg, Anne découvre les arcanes obscurs du pouvoir, sur fond de prophétie ancienne et de guilde occulte et vengeresse.
    Comment démêler le vrai du faux dans cette histoire ? Il est clair que l’intrigue de Mémoire d’Encre et de Cendres s’appuie sur un récit où l’imaginaire a une bonne part. Mais il ne faut pas oublier le contexte historique, bien restitué par l’auteure, qui s’est bien documentée et fournit d’ailleurs en fin de volume une biographie plutôt détaillée. Si Christine Machureau invente (c’est le propre du romancier, après tout) elle n’extrapole pas non plus. Toujours crédible, toujours plausible, la trame de Mémoire d’Encre et de Cendres est plutôt captivante ! Cette atmosphère de secret, cette confrérie occulte qui s’en prend à ceux détenteurs de la prophétie, cela a forcément de quoi piquer la curiosité. J’ai eu l’impression que ce deuxième tome se focalisait moins sur la vie quotidienne : elle y a toujours une bonne place, mais Anne se retrouve soudain investie d’une mission bien lourde pour ses épaules qui n’aspirent qu’à la paix et surtout qui vient bouleverser son quotidien relativement peu enlevé. Que faire quand on se retrouve entraîné dans une histoire aussi invraisemblable et surtout, quand on a rien demandé ? Comment réagir quand on n’a pas les armes des puissants pour répondre aux intrigues qu’eux-mêmes fomentent et pour s’en défendre ? Ce deuxième tome prend des allures d’épopée médiévale dans la France du XVème siècle, que j’ai trouvée plutôt plaisante à suivre. Dans le même temps, Anne doit faire face, l’âge venant, aux disparitions de ceux qui lui sont chers, elle doit aussi composer avec le manque de son fils unique, qui poursuit ses rêves puis se marie, a des enfants à son tour. J’ai apprécié finalement que ces préoccupations que l’on peut considérer comme mineurs ou lambda, se mêlent à quelque chose de bien plus romanesque, à une intrigue qui sert de trame de roman et qui explique, à sa manière, l’épopée de Jeanne d’Arc.
    Le XVème siècle est une époque passionnante à bien des égards et c’est cela qui m’a fait choisir cette saga : ce n’est pas l’époque dont on parle le plus dans les romans et pourtant ! Il y’a tellement matière. Trait d’union entre le Moyen Âge et la Renaissance, le XVème siècle commence à l’époque médiévale et s’achève dans l’essor de la première Renaissance et des Grandes Découvertes. C’est juste une époque extraordinaire ! Ainsi, dans le roman, se côtoient les chevaliers et les guerriers de la Guerre de Cent Ans et Brunelleschi. On a vraiment l’impression d’assister à la naissance d’une nouvelle ère, qui sera bien différente de celle qui s’achève et pourtant celle-ci, ensanglantée par une guerre interminable, semble ne jamais vouloir finir.
    Mémoire d’Encre et de Cendres m’a donné l’impression d’être plus dense que son prédécesseur, d’avoir plus de teneur. La chronologie, très floue dans le premier tome (ce qui m’avait gênée, d’ailleurs) est beaucoup plus fluide ici, plus linéaire et un peu moins présente (ce que je préfère, à la limite, à une chronologie qui serait bien là, mais pas facile à comprendre). En tout cas, ce deuxième tome vient à merveille compléter le premier et j’ai compris finalement que Mémoire Froissée venait surtout poser une intrigue, un univers, des personnages. Les choses sérieuses commencent réellement ici, dans ce second volume, qui étaye donc le premier et annonce déjà la suite, avec notamment l’apparition de Clara Chauverson, petite-fille d’Anne et qui va devenir un personnage important dans la suite de la saga, au vu des résumés des tomes 3, 4 et 5. Est-ce que je les lirai ? Oui, bien sûr ! Cette saga n’a pas recueilli que de bons avis, c’est même en général des impressions mitigées que j’ai lu ici ou là… personnellement, mon avis va totalement à l’encontre de cela et l’agréable surprise du premier tome n’a fait que se confirmer ici. J’apprécie beaucoup l’histoire d’Anne Chauverson, personnage assez symbolique de son époque (bourgeoise d’une ville opulente qui vit du commerce) et qui, si elle mène une vie somme toute relativement convenue, se trouve parfois bien malgré elle mêlée au tourbillon et aux dangers de la grande Histoire qui s’emballe

    En Bref :


    Mémoire Froissée, tome 2, Mémoire d'Encre et de Cendres ; Christine Machureau  

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Elle suivit le chemin qui contournait cette colline boisée, sorte d'écrin derrière lequel dormait le château des Hautefort. Il lui apparut en même temps que les maisons du village qu'il dominait comme un parent protecteur. Ses inquiétudes s'apaisèrent, elle était de retour chez elle. »

    La Demoiselle de Hautefort ; Isabelle Artiges

     

     

     

     

        Publié en 2016 

      Editions De Borée 

      336 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Soeur Constance a décidé de consacrer sa vie aux pauvres. Volontaire pour travailler à l'hôpitl de Hautefort, elle s'emploie à soulager, grâce aux plantes médicinales, es maux du corps, et parfois de l'âme. 
    Alors que la révolte gronde à Paris, que le peuple se soulève pour l'abolition des privilèges et des impôts, l'inquiétude monte au château des Hautefort. La fièvre vengeresse de certains gardes nationaux les pousses à des exactions qui n'épargnent personne. 
    Outre les difficultés à surmonter pour que l'hôpital continue de fonctionner malgré le chaos, Dieu semble avoir mis sur le chemin de Constance une épreuve supplémentaire : ses sentiments pour Martial... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au XVIIIème siècle, la jeune Constance, contre l’avis de ses parents, choisit de devenir religieuse au sein de la congrégation de la Charité des Sœurs de Nevers plutôt que d’accepter le « beau » mariage choisi par son père. Son choix l’amène à devoir quitter sa région natale pour le Périgord, où elle devient soignante à l’hôtel-Dieu de Hautefort, un village aux confins du Périgord et du Limousin. Là, Constance découvre sa vocation : celle de faire don de sa vie aux autres, par la charité, le soin aux indigents et aux malades. C’est son travail à l’hôtel-Dieu qui la conduit à rencontrer la jeune Manon, fille de métayers du village, qui vient un jour pour la consulter pour sa mère. Par le biais de Manon, Constance fait aussi la rencontre de son frère aîné, Martial, qui est loin de la laisser indifférente.
    La Demoiselle de Hautefort démarre en 1787. Autrement dit, nous sommes à l’aube de la Révolution, ce n’est plus qu’une question de mois… En Périgord comme ailleurs, un vent de révolte souffle, attisé parfois chez certains par le découragement de voir les récoltes perdues plusieurs saisons de suite. Dans un pays essentiellement rural, où la population paysanne est majoritaire, le désarroi est grand quand un printemps pourri noie les jeunes plantations, quand un hiver trop rigoureux et des gelées trop dures anéantissent les vergers et les récoltes de noix et de châtaignes, sur lesquelles la population compte pour passer l’hiver. On assiste à la montée des idées nouvelles, dans un pays éloigné de la capitale certes mais qui n’en est pas moins ignorant : les cahiers de doléances, les premiers extrémistes qui prônent des idées radicales et incitent à la haine contre les grands bourgeois ou les nobles.
    Hautefort, en Périgord, est un village un peu à part : fief ancestral de la famille du même nom, érigé en marquisat en 1614, les habitants nourrissent un respect sincère et réel pour la famille et pour son château, qui domine leur paysage depuis son promontoire rocheux. Si les idées nouvelles circulent, elles vont vite se heurter à des populations qui refusent de détruire le château des seigneurs ou de donner la chasse à ces derniers. Elles vont se heurter aussi au bons sens pratique paysan : finalement, les grandes idées, les grandes réformes, elles sont peut-être salutaires mais elles n’empêcheront pas les hivers trop froids, les printemps trop pluvieux ou les étés trop chauds. On voit finalement apparaître une Révolution unilatérale, faite par les bourgeois et les lettrés de Paris et qui laisse sur le bas-côté la majorité de la population française de l’époque : les ruraux, les paysans qui ne voient finalement rien changer à leur situation ni à leur quotidienY'aura plus de gelées, après ça ? » lance un paysan lorsqu'on leur fait part de la décision de supprimer les girouettes, symboles seigneuriaux). Les provinces lointaines ne seront cependant pas épargnées, le Périgord non plus : il verra ainsi son clergé démantelé en 1791 lors du vote de la Constitution civile du clergé, décision qui prend forcément une part non négligeable dans la vie de Constance, religieuse, dont l’activité dépend du clergé, dont les subsides dépendent des hiérarchies religieuses pour prendre soin des pauvres, des malades, des enfants abandonnés. Rien ne sera plus jamais comme avant pour elle. Déliée de ses serments, rendue brutalement à la vie civile, devant faire tout ce qu’elle peut avec des bouts de ficelle, Constance se retrouve soudainement démunie et surtout, face à ses démons : l’attirance sans cesse croissante qu’elle ne cesse de ressentir envers Martial et qu’elle parvenait jusque là à maîtriser en se cachant derrière sa condition de religieuse.

    MUSÉE D'HISTOIRE DE LA MÉDECINE - Mairie de Hautefort

    L'hôtel-Dieu de Hautefort (aujourd'hui musée de la médecine) et le château en surplomb du village


    La Demoiselle de Hautefort est un roman tourbillonnant, une grande fresque historique sur fond de roman de terroir : très ancré dans une région (le pays d’Ans, région industrielle du Périgord qui se développe au XVIIème siècle avec ses forges qui alimentent les armées de Louis XIV et de ses successeurs) et dans un village, racontant l’histoire de la famille Montagnac (la famille de Manon et Martial), de la famille de Hautefort (la comtesse Camille et sa jeune nièce Amélie) et de la courageuse et déterminée Constance, qui se révèle petit à petit. En filigrane, on découvre un pan important de notre Histoire : la Révolution qui éclate en 1789 et bouleverse irrémédiablement la France. C’est tellement intéressant de quitter un peu le prisme de la Révolution parisiano-parisienne. C’est malheureusement encore l’angle de vue le plus répandu parce que, oui, la Révolution s’est faite à Paris. Mais on oublie souvent que les provinces ne sont pas restées en arrière, certaines se sont enflammées pour la Révolution, d’autres, comme la Vendée, sont restées fidèles à l’ordre ancien et au roi, mettant le feu aux poudres d’un véritable conflit civil qui tombe dans les pires horreurs et les pires bassesses. Il est intéressant de voir comment chaque province, de part son histoire, de part sa situation géographique, a réagi à cet immense bouleversement. J’ai aimé découvrir les réactions des personnages : celles du mari de Manon, Antoine, exalté par ces idées nouvelles qui nourrissent et étayent la haine viscérale qu’il ressent contre les nobles ; celles de Constance, qui est déterminée à continuer de soulager, par charité et par bonté, quitte à devenir contre-révolutionnaire et risquer sa propre vie ; celles de la garde nationale de Hautefort, qui obéit mais sans aucune conviction.
    La littérature du terroir, que l’on appelle aussi littérature régionaliste, souffre bien souvent d’une mauvaise image, d’une réputation de sous-littérature un peu bas de gamme. C’est dommage parce que, comme dans tout genre littéraire, il y’a de tout, du bon et du moins bon aussi parfois. Mais si vous aimez les romans historiques et authentiques, des portraits vivants de la France d’antan, alors vous pourrez certainement y trouver votre bonheur.
    La Demoiselle de Hautefort se passe dans ma région et ce fut un plaisir de me projeter dans ces paysages si familiers plus de deux cents en arrière, de découvrir (ou redécouvrir) l’histoire de ce petit coin de Périgord au passé si riche.
    J’avais lu il y’a quelques années Les Petits Mouchoirs de Cholet, d’Isabelle Artiges, qui a été une excellente surprise : j’avais beaucoup aimé la trame de ce roman se passant pendant la Première guerre mondiale et qui abordait notamment l’espionnage des princes de Parme pour le compte de leur beau-frère l’empereur Charles d’Autriche. C’était un sujet peu abordé dans les romans historiques et j’avais beaucoup aimé ce parti-pris. La Demoiselle de Hautefort n’a pas été un coup de cœur, même si j’ai vraiment beaucoup aimé l’histoire de Constance et de tous les autres personnages qui gravitent autour d’elle et représentent chacun à leur manière leur époque. Le petit bémol que je soulèverais ici, c’est le style de l’auteure qui ne m’a pas forcément séduite. Pour autant, il est juste, j’ai trouvé qu’Isabelle Artiges parvenait à raconter avec nuance et justesse une époque complexe, troublée, où de nombreuses idées, de nombreuses fidélités se mêlent et s’entrecroisent.
    Vous l’aurez compris, globalement, ce roman a été une bonne surprise. Je l’ai trouvé agréable à lire et les personnages y sont attachants et pleins de relief, peut-être beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais, il est vrai.

    En Bref :

    Les + : une vision nuancée d'une époque complexe mais fondatrice, des personnages avec beaucoup de relief. 
    Les - :
    une plume qui n'est pas toujours parvenue à me séduire.


     La Demoiselle de Hautefort ; Isabelle Artiges  

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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