• « Est-il pire de ne pas avoir de principes, ou d'avoir des principes qu'on n'est pas à même de défendre ? »

    La Dernière Fugitive ; Tracy Chevalier

    Publié en 2013 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Last Runaway

    Editions Folio

    392 pages

    Résumé :

    1850. Après un revers sentimental, Honor fuit les regards compatissants des membres de sa communauté quaker. Elle s’embarque pour les États-Unis avec sa sœur, Grace, qui doit rejoindre son fiancé. À l’éprouvante traversée s’ajoute bientôt une autre épreuve : la mort de Grace, emportée par la fièvre jaune. Honor décide néanmoins de poursuivre son voyage jusqu’à Faithwell, une petite bourgade de l’Ohio. C'est dans cette Amérique encore sauvage et soumise aux lois esclavagistes, contre lesquelles les quakers s’insurgent, qu’elle va essayer de se reconstruire.

    Portrait intime de l'éclosion d'une jeune femme, témoignage précieux sur la vie des quakers et le chemin de fer clandestin -ce réseau de routes secrètes des esclaves en fuite-, La Dernière Fugitive confirme la maîtrise romanesque de l'auteur du best-seller La Jeune Fille à la Perle

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1850, la jeune Honor Bright, qui vient de vivre une déception amoureuse -le jeune homme qui lui était plus ou moins promis depuis l'enfance vient de partir avec une autre-, décide de tout abandonner et de suivre son aînée, Grace, qui part vers les Etats-Unis, l'Ohio, plus précisément, où elle doit se marier avec un homme issu de leur communauté quaker du Dorset mais qui a émigré vers le Nouveau Monde plusieurs années plus tôt. N'ayant rien à perdre, Honor s'en va, espérant trouver une vie meilleure de l'autre côté de l'Atlantique.
    Mais les épreuves vont se succéder : après une traversée cauchemardesque de l'océan, voilà que Grace contracte la fièvre jaune qui l'emporte. Se retrouvant seule dans un pays dont elle ne connaît ni les lois, ni les usages, ni les habitants -les Anglais et les Américains ont beau parler la même langue, Honor se rend bien vite compte que cela ne fait pas tout pour se comprendre-, elle est alors contrainte à prendre des choix précipités et qu'elle ne manque pas de regretter...ainsi de son mariage rapide avec Jack Haymaker, jeune fermier de Faithwell. Rejetée par la famille de son mari, Honor se lance alors dans une activité aussi périlleuse que dangereuse : l'aide aux esclaves en fuite, dont les chemins détournés passaient par l'Ohio. Les esclaves qui remontaient des plantations du Sud vers le Canada, où l'esclavage était interdit, passaient en effet par des routes et des villes où ils étaient sûrs de rencontrer des personnes susceptibles de les aider. Rapidement, Honor, dont le passé n'avait jamais été confronté à l'esclavage, se heurte aux convictions implacables de sa belle-mère, Judith Haymaker qui refuse catégoriquement d'aider les esclaves. Et Honor se rend compte qu'il est, même pour une communauté quaker censée condamner ce genre de traitements, difficile de s'opposer en bloc l'esclavage, les plantations de coton ou de cannes à sucre du Sud fournissant tout le pays et même l'Europe : ainsi, Jack essaie de faire comprendre un jour à sa jeune épouse que, même s'il désapprouve les traitements des planteurs sur leurs esclaves et qu'il défend l'égalité entre les êtres, ils ne peuvent pas échapper aux produits issus de cette main d'oeuvre et que même le coton qu'elle a emporté avec elle d'Angleterre a peut-être été récolté par des esclaves, quelque part aux Etats-Unis. Muselées par les lois fédérales, les communautés quakers, malgré leurs convictions religieuses, se trouvent donc dans l'impossibilité, parfois cruelle, d'apporter de l'aide à leur prochain. De jour en jour, Honor déchante mais, pour autant, la perspective d'un retour en Angleterre se fait de plus en plus ténue et la jeune femme décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et d'assumer ses convictions profondes.
    Avant d'entrer un peu plus dans le vif du sujet, si nous disions quelques mots sur ce mouvement religieux dont font partie les quaker ? Méconnu en France car issu de l'Eglise anglicane, le mouvement quaker apparaît au XVIIème siècle et est fondé par des dissidents de l'Eglise d'Angleterre. Le véritable nom de ce courant religieux est le suivant : La Société religieuse des Amis. Ses membres en sont donc appelés quakers mais, entre eux, ils se nomment Amies ou Amis. Le nom de quaker -littéralement trembleur en anglais-, fut utilisé pour la première fois en 1650, à l'occasion du procès de George Fox pour blasphème. Selon le journal de l'accusé, c'est le juge devant il comparut, Gervase Benson, qui donna aux adeptes de la Société religieuse des Amis le surnom de quakers, car il lui avait « dit de " trembler " au nom du Seigneur ». Le terme pourrait aussi venir des tremblements de ferveur observés chez certains adeptes lors des réunions du culte. C'est donc de ce mouvement dont fait partie Honor et avec lequel sa nouvelle vie se heurte de façon brutale.

     

    Le patchwork (les couvertures ainsi réalisées sont appelées « quilts »), activité très usitée des femmes quakers


    La Dernière Fugitive est un roman facile à aborder et très agréable à lire. Si vous connaissez un peu Tracy Chevalier, vous allez retrouver son univers bien particulier dans ce roman, son style, travaillé et posé, d'une qualité certaine. Je dois dire que ce n'est pas mon préféré mais j'ai quand même apprécié de me plonger dans l'ambiance si particulière de ce roman, qui se passe dans un état encore sauvage des Etats-Unis, au milieu de XIXème siècle. On s'attache vite au personnage d'Honor et on adhère bien évidemment à son combat. On se rend compte également combien les Européens, à cette époque-là, pouvaient ignorer la dure réalité de l'esclavage. Certes, on commençait à prendre parti : l'intrigue du roman se passe au début des années 1850. En 1848, la France, emmenée par Victor Schœlcher, a, par le décret du 27 avril, aboli l'esclavage. L'esclavage devenait, dans une société qui gagnait en modernité et s'émancipait de plus en plus des anciens systèmes et des anciennes croyances, un sujet tabou et qui dérange. Mais, les habitudes ont la vie dure et les Etats-Unis, surtout les états du Sud, dont l'économie reposait en grande partie sur les plantations de coton et sur la production de sucre, n'étaient alors pas prêts à abandonner un mode de vie qui les avait façonnés et qui leur permettait de subsister. Pour autant, Honor se rend compte avec horreur mais lucidité qu'elle-même a, par le passé, profité de ces produits issus du travail et de la production d'hommes et de femmes pour qui le mot liberté n'existe pas. Peut-être avec une volonté inconsciente de se racheter mais surtout, une conscience aigüe du genre humain, de ses souffrances et de la charité que les privilégiés peuvent dispenser à ceux qui ne le sont pas, Honor se lance donc sans réfléchir dans une activité qui pourrait avoir des répercussions, tant sur sa propre existence que sur celle de sa belle-famille et de son mari qui, elle l'apprendra plus tard, tentent de se reconstruire dans l'Ohio à la suite d'une tragédie familiale. C'est cependant sans porter de jugement, avec le recul que l'on possède aujourd'hui que Tracy Chevalier nous livre sa propre vision de l'Ohio sauvage du XIXème siècle, plaque tournante pour les esclaves en fuite vers le nord mais aussi pour les colons blancs venus de l'est, avec en tête le doux rêve d'aller coloniser l'ouest mystérieux, le fameux Far West. Parce que les mentalités des contemporains n'étaient pas les mêmes que les nôtres, il est évident que le système esclavagiste, bien ancré dans les habitudes et dans le quotidien de chacun, ne choquait pas ou bien, si cela advenait, les tentatives de réforme étaient rapidement étouffées. Ce n'est pas pour autant que l'auteure ne condamne pas, bien au contraire. Le personnage d'Honor, charitable et touché par la condition de ces hommes et de ces femmes dénués de tout et même de la considération dont tout être humain est méritant, en est un bon exemple. Mais Tracy Chevalier s'attache aussi à représenter la société de l'époque de la façon la plus fidèle possible, société esclavagiste et implacable représentée notamment par Donovan Mills, le chasseur d'esclaves, censé traquer les fuyards avant de les ramener à leurs maîtres.
    Comme toujours, La Dernière Fugitive est un beau portrait de femme, mais aussi d'une époque et d'un pays bien définis et toujours si bien décrits qu'ils deviendraient presque chers au lecteur. Une bonne découverte, car parvenir à intéresser avec un sujet comme le patchwork, il fallait le faire ! Mais c'est un pari osé et réussi ! ! 

     

    En Bref :

    Les + : l'héroïne, Honor, mais aussi le style de l'auteur...il n'y a bien que Tracy Chevalier pour captiver le lecteur avec une intrigue tournant autour du patchwork et des quilts ! !
    Les - :
    le rythme peut-être un peu plus lent que dans les autres romans, menés de façon un peu plus rapide et énergique.


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  • « Les gens heureux n'ont pas d'histoires, c'est un dicton bien connu. »

    Les Enfants du Pas du Loup ; Marie-Bernadette Dupuy

    Publié en 2015

    Editions Pocket

    288 pages

     

    Résumé :

    En 1863, à Saint-Simon, petit port au bord de la Charente. Louise rêve, au bord de l'eau, au retour d'Hugo. Depuis des années, elle ne pense qu'à lui. Mais Hugo, de huit ans son aîné, ne voit en elle qu'une enfant. C'est au Pas du Loup, au bord du fleuve, qu'il lui a confié ses espoirs : posséder sa propre gabare, et retrouver un jour Alexandrine, une voisine de rivage, rencontrée dans une autre ville, il y'a longtemps...                                                                                                                                       Pourtant, les chemins d'Hugo et de Louise ne cesseront de se croiser. Et de courtes joies en terribles épreuves, les caprices du destin feront prendre à leur vie un étonnant chemin.   

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans les années 1860, le petit port de Saint-Simon, en Charente, est un point d'ancrage pour les gabares qui remontent en direction du littoral : Tonnay, Jarnac, Saintes, La Rochelle, Rochefort, les îles d'Oléron, de Ré,d'Aix, sont leurs destinations. C'est dans ce petit bourg campagnard qu'ont grandi Hugo et Louise. De huit ans l'aîné de la jeune fille, Hugo n'a jamais vu les sentiments qu'elle éprouvait pour lui. D'abord mousse sur le bateau de ses oncles, il aspire à devenir son propre patron et à posséder sa gabare. A Tonnay, il a rencontré une jeune femme de son âge, Alexandrine, dont il est tombé amoureux. Il ne pense pas à Louise, restée au pays et qui l'attend désespérément, malgré tout.
    C'est, paraît-il, grâce à une histoire vraie, un secret de famille qui lui fut une fois confié, que Marie-Bernadette Dupuy a tissé l'intrigue des Enfants du Pas du Loup. Histoire d'amour mais aussi histoire d'un pays, l'Angoumois, qui vivait à l'époque du commerce fluvial. Car l'histoire d'Hugo et Louise, qui se trouvent, se retrouvent, se perdent et se perdent encore, est inscrite dans la jolie description de cette Charente, terrestre ou fluviale, où prennent racine les sentiments des héros. L'intrigue court des années 1860 jusqu'au début du XXème siècle, quand la banalisation du trafic ferroviaire, aura signé l'arrêt de mort du trafic fluvial, des gabares et des gabariers, qui écumaient les fleuves jusqu'à l'océan. Entre-temps, les personnages auront traversé la tragédie de 1870, le départ de Français mal préparés vers l'est, où ils seront taillés en pièces par les troupes de Bismarck, la chute de l'Empire, l'avènement d'une nouvelle république, la troisième, cette fois. Et au milieu de cela, les héros de l'histoire des Enfants du Pas du Loup continuent de vivre, de grandir, de connaître des joies et des peines, des désillusions comme de grands espoirs. Louise est devenue une femme, une toute jeune femme mais qui sait ce qu'elle veut et qui n'aura de cesse d'attendre Hugo, le grand frère qui s'est peu à peu mué en amoureux secret dans son cœur.

    Les Enfants du Pas du Loup ; Marie-Bernadette Dupuy

    Vue ancienne du village de Saint-Simon

    L'intrigue est belle, émouvante, vraiment digne d'intérêt. C'est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis plongée dans ce petit roman d'un peu moins de 300 pages. Dès les premiers moments de lecture, j'avoue que j'ai été un peu gênée par la simplicité du style. Certes, un style un peu trop élaboré, alambiqué peut parfois s'avérer compliqué à lire mais j'avoue que, parfois, certaines tournures de phrases m'ont gênée, alors qu'il aurait été facile de les améliorer un peu. Il m'a semblé que les dialogues, en général, étaient de meilleure qualité que les parties narratives. A part cela, j'ai trouvé ce petit roman plutôt rafraîchissant, quoique pas forcément très léger. Marie-Bernadette Dupuy évoque, sans niaiserie, une histoire d'amour, avec ses hauts et ses bas. Et on se rend compte que, parfois, même si deux personnes s'aiment d'un amour fou et qu'ils croient indestructible, vont connaître plus de bas que de hauts. Ce sera le cas pour Louise et Hugo qui devront notamment affronter les horreurs de la guerre de 1870 contre la Prusse. La jeune femme connaîtra l'attente, l'indécision, la peine. Et on se rend compte aussi, à travers ses pages, combien une histoire amoureuse, aussi anodine et banale soit-elle puisqu'en général, tout le monde en connaîtra une dans sa vie, plus ou moins tard, peut forger, modeler les caractères et les existences. Comment deux êtres peuvent s'avérer finalement indispensables l'un à l'autre, comme le furent Louise et Hugo.
    A travers cette histoire d'amour entre les deux personnages principaux, c'est aussi toute l'histoire d'un pays, la vie quotidienne de la campagne française au XIXème siècle qui est décrite par l'auteure. Elle nous fait découvrir ce monde du commerce et du transport fluvial, si important encore à l'époque, le labeur des petits commerçants de province : boulangers, mercières, couturières...La fin du XIXème siècle est une période transitoire, une période charnière entre deux époques. L'industrialisation bat son plein depuis des décennies, l'ancienne industrie se voit bientôt remplacée par une nouvelle, plus performante, qui permet aux hommes d'aller toujours plus vite, toujours plus loin, au détriment de certaines professions, à l'instar de celle des gabariers, qui disparaissent progressivement. Et, au milieu de cela, sujet ô combien universel, des humains naissent, vivent et meurent et surtout, aiment, pendant une longue période de leur vie. Parce qu'ils sont simples et qu'on peut facilement s'identifier à eux, Louise et Hugo, nos deux amoureux, deviennent des héros attachants.
    Un avis en demi-teinte, donc, pour Les Enfants du Pas du Loup. L'histoire est simple, belle et délicate mais desservie par un style parfois trop épuré, jusqu'à la simplicité, ce qui est dommage. Pour autant, on se laisse vite emporter et c'est avec une certaine émotion que l'on ressort de cette lecture.

    En Bref :

    Les + : une jolie histoire et des personnages émouvants.
    Les - :
    un style un peu trop simple, dommage.
     


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  • « Seuls les serpents peuplent désormais Pondichéry, m'a-t-on affirmé. Là-bas, il me faudra sans doute me méfier de mes peurs autant que de mes illusions. »

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Publié en 2014

    Editions J'ai Lu

    475 pages

    Second tome de la saga De Tempête et d'Espoir

     

     Résumé :

    Juillet 1763. J'ai traversé les océans, survécu aux caprices de la mer, laissant Saint-Malo à des milliers de lieues derrière moi. Ma quête commence ici, sur le sable brûlant des côtes indiennes. Comment retrouver mon frère Jean dans ce pays immense dont nul ne saurait dessiner la carte ? Vers qui me tourner, sous ces cieux où la vérité se compose de mille facettes, où tout droit peut signifier n'importe quelle direction ? Les ruines de Pondichéry, l'opulente Madras, Calcutta, les fameux diamants de Golconde, d'indices ténus en bribes de réponses, je suis la trace de Jean. Le reverrai-je un jour ? En ces terres écrasées de chaleur, où le parfum des épices renverse l'âme, où les dieux dansent et où les rêves rendent fou, moi, Anne de Montfort, resterait-je fidèle à ma devise, Non Mudera, je ne changerai pas ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1763, après de longs mois de navigation qui l'ont emmenée de Saint-Malo aux côtes indiennes, Anne de Montfort, vingt ans, débarque à Pondichéry. La ville, prise en 1761 par les Anglais, a été rasée par lord Pigott et il n'en reste que des ruines. Les comptoirs français aux Indes sont alors au plus mal et Pondichéry en est le plus flagrant exemple.
    Malgré cela, Anne, toujours aussi déterminée va, avec l'aide de ses compagnons de voyage mais aussi des autochtones et des Européens et Arméniens installés en Inde, partir sur la trace de son frère, Jean. Disparu sans laisser de traces depuis plusieurs mois, il n'a plus donné de nouvelles aux siens, restés en France et Anne, qui, après la perte de leurs parents, n'a plus que lui, va se lancer dans une quête effrénée, sollicitant même l'aide des Anglais, pour avoir des informations sur Jean...est-il vivant ? Mort ? Enrôlé dans les troupes anglaises de l'East India Company ou bien au service d'un nabab ou d'un roi hindou ?
    C'est dans un pays aux mœurs radicalement différents du sien, à l'exotisme et aux traditions marquées, qu'Anne débarque en une époque critique. Elle va découvrir ce qu'est la vie des Européens expatriés, Portugais, Anglais, Français mais aussi Néerlandais et, plus surprenant Arméniens, installés aux Indes pour fuir les persécutions des Perses et vivant majoritairement des échanges commerciaux avec les colonies et les métropoles. Mais, au travers de sa petite servante, Amrita, des Hindous croisés au cour de son voyage, entre Calcutta, Hyderabad, Madras, Mahé, Goa, et du séduisant Haydar Sahib, Anne va aussi découvrir le mode de vie de ces gens issus de cette terre. Terre de métissage, l'Inde n'en est pas moins au pays aux traditions et coutumes très importantes, une terre dépaysante avec ses jungles humides, ses rizières, ses grands fleuves sacrés, son panthéon religieux composé de millions de divinités, ses pagodes, ses riches maisons aux inspirations diverses, son peuple chaleureux et accueillant, son paysage changeant, tantôt hostile, tantôt luxuriant. Dans cette nouvelle contrée, Anne va apprendre à en connaître les us et coutumes mais elle va aussi apprendre à se connaître. Sa quête pourrait être ainsi résumée par la prophétie d'un sâdhu rencontré au cours de son long périple : « Ce que tu cherches, tu ne le trouveras pas, mais ce que tu trouveras, te comblera ». Anne, en Inde, connaîtra des déceptions, de cruelles désillusions mais elle connaîtra également de grandes joies.
    Pondichéry est donc le second tome de cette saga, De Tempête et d'Espoir, écrite par la bretonne Marina Dédéyan, qui clamait, dans Saint-Malo, tout son amour pour sa région de naissance. Ici, avec Anne, nous partons plus loin, nous découvrons ces Indes fantasmées, ces Indes qui habitèrent pendant des siècles l'imaginaire des Européens et leur firent, en quelque sorte, découvrir les Amériques, puisque c'était pour rallier l'Inde et ses richesses, minières, alimentaires et autres, que les explorateurs se lancèrent à corps perdu vers l'ouest. L'Inde était un pays riche en diamants, en épices, fort prisées en Europe comme le poivre, le girofle, et, au XVIIIème siècle, les Européennes raffolaient de ces sublimes toiles que l'on a tout simplement baptisées indiennes. Les Indes furent au centre des préoccupations des Anglais comme des Français, des Portugais comme des Néerlandais et de véritables dynasties d'expatriés grandirent alors sur ce sol étranger.

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Les ruines de Pondichéry (gravure française de 1769)


    Au travers de la quête effrénée d'Anne, nous découvrons donc un pays, encore pour nous, à l'époque de la mondialisation, méconnu et dépaysant. L'Inde a gardé une identité très forte et, finalement, ce que nous décrit Marina Dédéyan dans Pondichéry ne diffère pas beaucoup de l'image que l'on peut avoir du pays et de ses habitants quand on se représente l'Inde en pensée. On découvre également -même si on le savait depuis le premier tome, déjà-, l'amour fou de cette jeune femme orpheline et seule au monde pour son frère aîné, ce sens inné de la famille issu de leurs illustres ancêtres -en effet, Anne et Jean, nés de Montfort sont apparentés à la famille ducale de Bretagne et donc, par là, à Anne de Bretagne, qui fut deux fois reine de France. On sent le besoin d'Anne de se raccrocher à la dernière figure vivante de son ancien monde, alors qu'il vient de s'écrouler, on sent aussi son besoin irrépressible de comprendre, de trouver une réponse à ses questions, de connaître enfin la vérité. Et, même si cette dernière peut s'avérer parfois terrible, elle est toujours préférable à l'ignorance.
    Roman d'aventures à la Rani, mais aussi roman initiatique -Anne, la catholique fervente, un temps promise au couvent, découvrant qui est elle au milieu de coutumes et d'une religion très différentes des siennes-, Pondichéry est mené tambour battant et se lit de même. Plus captivant que Saint-Malo, j'ai terminé celui-ci en quelques jours tant je me suis sentie emportée par l'intrigue. Même si l'héroïne, m'a parfois un peu tapé sur les nerfs, j'ai quand même admiré sa détermination, son grand courage et sa loyauté filiale. Il fallait être d'une trempe hors du commun pour oser ainsi, en plein XVIIIème siècle, non seulement braver les mers mais aussi les dangers d'un pays inconnu, surtout quand on est une femme.

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Vision idéalisée de Pondichéry avec son port et ses magasins de la Compagnie des Indes, afin d'attirer commerçants et fournisseurs (gravure française du XVIIIème siècle)


    Le style ne diffère pas beaucoup de celui du premier tome et on retrouve donc une certaine trame linéaire entre les deux romans. La forme de Pondichéry serait peut-être un peu plus facile à suivre que celle de Saint-Malo. En effet, dans ce dernier, on suivait deux récits, menés de front et racontés tous deux par Anne à deux années de différence. Ici, la voix de la jeune femme, qui reste l'un des narrateurs principaux, se mêle aussi à celle de son frère, Jean, sous la forme d'extraits d'un carnet rédigé par le jeune soldat français pendant ses pérégrinations indiennes. Histoire très riche que celle de Jean depuis son arrivée aux Indes, jeune noble ruiné, dans les rangs des armées du général Lally-Tollendal et particulièrement touchante également.
    Cette saga, enlevée, rythmée, aventureuse, plaira certainement aux amateurs du genre et à ceux qui aiment les romans historiques bien documentés : en effet, on sent que le récit est assis sur des bases et des recherches solides de la part de l'auteure et j'ai apprécié le petit glossaire en fin d'ouvrage qui reprend les mots indiens et créoles qui émaillent le récit et peuvent parfois nous paraître un peu flous. Je me suis parfois un peu perdue au milieu des titres et distinctions des dignitaires et grands personnages hindous mais, dans l'ensemble, même sans une très très bonne connaissance de l'histoire des Indes et du contexte historique de l'époque, on arrive à suivre le récit sans trop de problèmes puisqu'il est surtout centré sur une histoire personnelle et sur la quête d'Anne. On le referme avec les yeux pleins d'exotisme et oui, un peu d'émotion, aussi.

    En Bref :


    Les + :
    une intrigue pleine d'aventures, de risques, menée tambour battant.
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever lors de cette lecture...je n'ai pas donné le nombre d'étoiles maximum au livre à cause d'un ressenti personnel mais je n'ai pas forcément relever de choses très gênantes au cours de ma lecture, bien au contraire.

     

    De Tempête et d'Espoir, tome 2, Pondichéry ; Marina Dédéyan

    Pondichéry de nos jours 


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  • « Il est moins douloureux de se détacher de ce que l'on a aimé quand on est déjà au loin. »

    De Tempête et d'Espoir, tome 1, Saint-Malo ; Marina Dédéyan

    Publié en 2013

    Editions J'ai Lu

    470 pages

    Premier tome de la saga De Tempête et d'Espoir

     

    Résumé :

    Saint-Malo, automne 1760.
    Anne de Montfort, dix-sept ans, se retrouve orpheline et sans le sou. Élevée au couvent, elle se destine à la vie monacale. Pourtant, le souvenir de son frère aîné Jean, parti aux Indes et dont elle est sans nouvelle, la hante sans cesse. Est-il tombé dans cette guerre qui oppose Louis XV au roi d'Angleterre ? Croupit-il dans les geôles de Madras ? A-t-il choisi de chercher fortune comme mercenaire ? Anne décide d'embarquer sur le prochain navire pour les Indes. Mais comment faire quand on est une femme ? Quel qu'en soit le prix, elle retrouvera son frère, quitte à embarquer clandestinement...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A l'automne 1761, la jeune Anne de Montfort, future couventine aux Ursulines de Dinan, se trouve brusquement orpheline. Issue d'une très prestigieuse et ancienne famille bretonne, dont serait d'ailleurs issue, comme s'en targuait son père de son vivant, la lignée ducale de Bretagne et donc la duchesse Anne, deux fois reine de France, la jeune femme de dix-huit ans a un nom mais pas d'argent. Réduite à la misère, sa famille s'était d'ailleurs vue obligée, quelques temps auparavant, à vendre l'ancestrale demeure familiale. Anne, qui n'a aucune chance de faire un beau mariage est donc promise au couvent et à devenir moniale tandis que son aîné, Jean de Montfort, s'est enrôlé dans les armées du roi pour aller combattre aux Indes.
    Il faut en effet remettre le livre dans son contexte : nous sommes au tout début des années 1760 et le traité de Paris, qui mettra fin, en 1763 au conflit que l'Histoire a retenu sous le nom de Guerre de Sept Ans, n'a pas encore été ratifié par les grandes puissances européennes. Traité particulièrement tragique pour la France, qui se voit alors amputée de plusieurs de ses plus importantes colonies d'outre-mer. Mais ceci est une autre histoire. Pour le moment, c'est avec angoisse que l'on suit les événements indiens, avec, notamment, la chute du comptoir de Pondichéry, en janvier 1761. La France a essuyé une grande défaite contre les Anglais et le frère d'Anne est porté disparu. Est-il mort, ce que tout le monde est enclin à penser ? Est-il prisonnier des Anglais ou bien a-t-il fui ? Ne supportant pas de rester dans l'ignorance, Anne va alors décider d'en avoir le cœur net et se montre prête à tout pour embarquer sur un prochain bateau en partance pour les Indes orientales. Au prix de grands sacrifices, la jeune femme va quitter Saint-Malo pour partir sur les mers, en direction de ce pays lointain où elle est déterminée à retrouver son frère.
    Voilà, en quelques lignes, comment on peut résumer ce premier tome de la saga De Tempête et d'Espoir. Nous faisons donc la connaissance de l'héroïne, Anne de Montfort, qui est aussi l'une des narratrices du récit. Anne, jeune aspirante moniale au début du récit et qui se mue, au fil des pages, en véritable aventurière. Nous faisons également connaissance avec une ville à l'identité très marquée : Saint-Malo. A l'instar de Lorient, Rochefort, Nantes, Bordeaux, Saint-Malo est une ville qui, à l'époque, vit de la mer et du commerce maritime. Si Nantes et Bordeaux ont surtout fait commerce grâce au commerce triangulaire, Saint-Malo est, comme Lorient, connue pour ses chantiers navals et ses célèbres armateurs, les Malouins, qui vivent fastueusement et arment les navires qui vont ensuite voguer sur toutes les mers du globe. Ce sont les Surcouff, les Duguay-Trouin, pour citer les noms les plus connus...Ville fortifiée par Vauban au siècle précédent, Saint-Malo, comme ses habitants, vit par et pour la mer. C'est dans cet univers qu'ont grandi Anne et son frère Jean et c'est pourquoi la jeune femme ne voit que cette solution pour retrouver ce frère qu'elle aime tant et qui reste désormais sa seule famille : c'est par la mer, malgré les horribles conditions de voyage, la longueur de ce dernier également, le changement radical, qu'elle va pouvoir, enfin, entrevoir un début de réponse. 

    Le roman est plutôt bien fait, bien que la chronologie soit parfois un peu brouillonne, avec beaucoup de retours en arrière : normal, me direz-vous, puisque le récit est narré à la première personne et donc, rien de plus anodin qu'un esprit qui divague et revient sur ses souvenirs. Certes, mais il arrive parfois qu'on se perde un peu dans les dates, d'autant plus que deux récits sont menés de front et que l'on trouve des flash-back DANS les flash-back ! ! Je m'explique...

    De Tempête et d'Espoir, tome 1, Saint-Malo ; Marina Dédéyan

     Une Malouinière, demeure de ces armateurs enrichis de Saint-Malo (ici, Malouinière de La Chipaudière) 


    Le récit est en fait découpé en deux parties bien distincte : l'une se passant en 1763, alors qu'Anne a embarqué à bord du navire qui la conduit vers Pondichéry et rédigée, en quelque sorte, en forme de journal de bord ; l'autre, où il est question des mois, entre l'automne 1761 et l’automne 1762, du récit de son combat pour parvenir à embarquer enfin sur un navire de commerce en partant pour l'Orient. La forme, bien qu'intéressante et originale peut dérouter un peu au premier abord, notamment par rapport aux points soulevés plus haut. Il faut donc être assez vigilant aux dates que l'on lit, histoire de ne pas se trouver complètement perdu. Autre bémol, qui n'arrange pas cette confusion de la chronologie, malheureusement, une coquille qui s'est glissée sur la quatrième couverture de l'ouvrage paru aux éditions J'ai Lu : il est dit que l'intrigue commence en 1760, alors qu'Anne a dix-sept ans, ce qui n'est pas le cas, l'histoire débutant réellement en septembre 1761, alors que la jeune femme en a dix-huit.
    A part ce petit point négatif, je dois dire que le roman est plutôt intéressant et vraiment très très bien documenté. On sent que l'auteure a vraiment fait des recherches solides sur l'époque, le contexte historique, le mode de vie des Malouins et le commerce maritime au XVIIIème siècle. Deux trois petites erreurs historiques relevées au vol, au cour de la lecture, mais rien de grave dans l'ensemble -peut-être n'étaient-elles que des coquilles ? J'ai vraiment été époustouflée par les bases solides sur lesquelles repose le récit et surtout par le profond attachement de Marina Dédéyan cette Bretagne où elle est née. J'ai réussi à m'attacher au personnage d'Anne sans forcément l'aimer outre-mesure mais il est vrai que cette jeune femme déterminée, prête à quitter la sécurité d'un couvent pour s'embarquer au milieu de marins pour lesquels la présence de femmes est si incongrue sur leurs instruments de travail, les navires, force l'admiration. Anne est finalement, dans sa façon de penser, une femme moderne, en avance sur son temps mais aussi, un pur produit de ce siècle des Lumières en pleine expansion

    Ce premier tome, qui permet en quelque sorte de poser les bases de sa quête indienne, reste une lecture palpitante et que je conseille vraiment aux amateurs du genre. Pour ma part, je vais aller me plonger sans plus attendre dans Pondichéry...

     

    De Tempête et d'Espoir, tome 1, Saint-Malo ; Marina Dédéyan

     La cité historique de Saint-Malo, où se passe l'intrigue du roman

     

    En Bref :

    Les + : une bonne intrigue aux bases solides, un découpage un peu surprenant mais original, des personnages bien maîtrisés dans l'ensemble.
    Les - :
    une chronologie un peu brouillonne, dommage... 


    2 commentaires
  • « L'on doit faire abstraction de ses incertitudes et ne songer qu'au seul contentement de ceux qu'on aime. »

    Médiévales ; Maryvonne Noblet

    Publié en 2012

    Editions Michel de Maule

    284 pages

     

    Résumé :

    La France pendant la guerre de Cent Ans. Isabelle a 22 ans quand disparaît son époux François. En ces temps troublés, elle doit assumer seule la charge du fief de Beaurepaire ainsi que l’éducation de ses deux enfants Jeanne et Thibault. Femme courageuse et déterminée, elle croisera les grandes figures de son temps comme Yolande d’Aragon, Jacques Coeur, Agnès Sorel ou Louis de Beauvau, déjouera les plans machiavéliques de son beau-frère et vivra sa passion dans les bras du beau et courageux chevalier Pierre de Brézé.
    C’est à travers le regard fasciné du nain Triboulet que le lecteur accompagnera Isabelle dans les fêtes somptueuses des châteaux royaux comme dans l’accomplissement quotidien de ses devoirs de dame de Beaurepaire.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Médiévales est un roman relativement peu connu et je dois bien avouer que je ne nourrissais pas d'attentes particulières en le commençant...Cela dit, j'étais curieuse de le découvrir et je dois dire que j'ai été très agréablement surprise. Déjà, par le narrateur que Maryvonne Noblet a choisi pour son récit : il est écrit à la première personne et son personnage central n'est pas la dame de Beaurepaire, Isabelle, qui pourrait être l'héroïne, mais son nain, Triboulet. A l'époque, en effet, il n'était pas rare que rois et grands seigneurs possèdent un nain, ou plusieurs, d'ailleurs. Cette mode va perdurer jusqu'au XVIIème siècle puisque des reines comme Anne ou Marie-Thérèse d'Autriche eurent, dans leur ménagerie, des nains et naines qu'elles avaient parfois, notamment pour la seconde, amené d'Espagne -la présence des nains dans l'entourage des Habsbourg était alors très forte.
    Triboulet est le nom général que l'on donnait aux nains à l'époque. Il y'en eut ainsi plusieurs : on peut retenir le Triboulet du roi René d'Anjou, qui fut dramaturge mais aussi le plus célèbre, Nicolas Ferrial, qui fut le bouffon des rois Louis XII et François Ier et portait également ce sobriquet. Cela dit, la présence des nains ou des fous n'est pas nouvelle, puisque c'est une pratique courant depuis l'Antiquité. On s'entourait de ces êtres humains présentant des malformations physiques ou des retards mentaux -les fous, donc, d'où le nom de fou du roi-, ces monstres -on les appelait ainsi puisqu'on était souvent incapable d'expliquer d'où venaient les maux dont ils souffraient-, avant tout pour se divertir. Ainsi, la naissance d'un enfant nain, si elle pouvait inquiéter, parce que toute malformation faisait peur, elle pouvait aussi devenir une bénédiction pour la famille, si elle trouvait à placer son enfant dans l'entourage royal ou auprès d'un grand seigneur : certains parents n'hésitaient d'ailleurs pas à céder leur enfant.
    C'est le cas du Triboulet d'Isabelle de Beaurepaire, rencontré par le père de cette dernière alors qu'il mendiait et que son père laissa sans hésiter aux soins du seigneur. Par la suite, le jeune homme, qui a été instruit avec la fille du domaine, s'attache à sa suite et devient son confident lorsqu'elle se marie et de vient la dame de Beaurepaire. Ainsi, à travers les yeux de ce personnage pour le moins inattendu mais très attachant, c'est la chronique d'un domaine seigneurial à la fin du Moyen Âge mais aussi d'une époque très troublée qui se déroule sous nos yeux. En effet, la décennie de 1430 touche doucement à sa fin et le roi Charles VII continue de reconquérir pied à pied son royaume sur les Anglais. On s'achemine doucement vers l'issue de cette guerre qui dure depuis 1337 mais aussi vers la fin d'une époque...Le Moyen Âge tardif connait ainsi des évolutions qui préfigurent la Renaissance toute proche mais la France se trouve encore déchirée entre Français et Anglais qui se disputent ses plus riches régions, saignée aux quatre veines également par les bandes de routiers qui ont repris du service depuis le début du siècle après avoir matées par Bertran du Guesclin.
    En Anjou, où se déroule l'intrigue de Médiévales, la vie y est relativement plus douce qu'ailleurs. Sous l'impulsion de souverains aussi intelligents que raffinés, comme Yolande d'Aragon ou son fils, René d'Anjou, la région se développe et surtout, semble plutôt à l'abri de ces sanglants combats qui continuent d'opposer Charles VII et son cousin, le roi britannique. Isabelle, dont Triboulet nous raconte l'existence, est veuve depuis quelques années et se consacre à la gestion du domaine que lui a laissé son époux et à l'éducation de ses deux enfants, Jeanne et Thibault. Mais c'est aussi la vie d'une cité en général que Triboulet nous conte, à travers un récit plein de tendresse pour ses protagonistes.
    Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce roman, c'est, avant tout, le narrateur. Le parti-pris est franchement original mais très bien trouvé ! Choisir un nain, c'était assurément innover et personnellement, j'ai vraiment beaucoup aimé parce que je me suis tout de suite attachée à ce personnage haut en couleur, malgré sa taille et plein d'affection et de reconnaissance envers son entourage. Triboulet est lucide sur son sort : il sait que, si, alors qu'il était enfant, le père d'Isabelle, le seigneur du Plessis-Coudray ne l'avait pas recueilli et proposé à son père de le prendre auprès de lui, il aurait connu une existence malheureuse faite de mendicité et d'indigence. Il sait que l'époque n'est facile pour personne et encore moins pour les personnages souffrant, comme lui, de différences, qu'elles soient physiques ou mentales. Alors il décrit sa vie relativement confortable, comparée à d'autres, dans le giron de cette veuve érudite et déterminée qu'est dame Isabelle, personnage qui suscite aussi beaucoup d'affection chez le lecteur. 

    Médiévales m'a un peu fait penser à La Chambre des Dames, la fameuse saga de Jeanne Bourin, les lourdeurs de style en moins. Comme chez Jeanne Bourin, nous sommes ici dans une peinture exhaustive et sincère d'une époque, d'une façon de vivre. Et même si nous sommes là chez des nobles et non pas des bourgeois, des provinciaux et non pas des Parisiens, au milieu du XVème siècle et non pas au XIIIème, on retrouve un peu l'ambiance des romans médiévaux de Jeanne Bourin dans l'ouvrage de Maryvonne Noblet. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, j'ai été complètement surprise par ce petit roman rafraîchissant finalement et très bien documenté, si bien documenté qu'on a vraiment l'impression d'amorcer un retour dans le temps ! Maryvonne Noblet a fait plus de dix ans de recherches afin de se lancer dans l'écriture de son livre : ça se sent. Les informations, faits et dates sont là et un véritable effort est fait pour intégrer la petite histoire au contexte plus général du royaume de France en ces années cruciales. 
    Un roman à conseiller aux amoureux du Moyen Âge et aux autres aussi, rien que pour l'originalité du récit mais aussi, toutes ses autres qualités, à commencer par les personnages !

    En Bref :

    Les + : un personnage principal des plus inattendus mais très attachant, un récit pas forcément spectaculaire mais qui suscite l'intérêt.
    Les - :
    que le livre n'ait pas été un peu plus long.


    1 commentaire


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