• « La grandeur du conquérant se mesurait à l'aune de sa réussite. Et la gloire se mettait toujours du côté du vainqueur ! »

    Je Te Vois Reine des Quatre Parties du Monde ; Alexandra Lapierre

    Publié en 2013

    Editions Flammarion

    573 pages

    Résumé :

    Comme Christophe Colomb, Doña Isabel Barreto rêva de repousser les limites des mondes connus. Admirée - haïe aussi -, elle devint, au temps des conquistadors, la première et la seule femme amirale de la flotte espagnole. En 1595, elle part de Lima avec quatre galions en quête du cinquième continent : l'Australie. Elle traverse le Pacifique, couvrant près de la moitié du globe sur une route maritime inexplorée. Au fil de ses découvertes, elle va devoir affronter la violence et tenir tête à la mort. Elle aimera follement deux hommes qui partageront son ambition. Mais pour survivre, elle accomplira des actes qu'elle-même ne pourra se pardonner... Connue pour la rigueur de ses enquêtes, Alexandra Lapierre a suivi sa trace dans les bibliothèques d'Europe et d'Amérique du Sud, traquant de Lima à Séville tous les témoignages de cette existence passionnée. Par le souffle et la vivacité de son écriture, elle brosse de cette femme qui osa l'impossible un portrait baroque et puissant, à la mesure d'un destin sans égal.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Doña Isabel Barreto. Le nom est méconnu et pourtant, cette femme fut la seule amirale de l'Armada Espagnole à l'époque de la Conquista (XVIème siècle). D'origine espagnole, Isabel Barreto de Castro serait née vers 1567 en Espagne (à Pontevedra en Galice) ou, peut-être, comme dans le roman, à Lima au Pérou. Fille de Mariana de Castro, issue d'une bonne famille de la noblesse espagnole, des doutes persistent sur sa filiation paternelle : serait-elle la fille de Francesco Barreto, marin portugais et dix-huitième gouverneur de l'Inde portugaise (c'est-à-dire l'ensemble des possessions portugaises en Inde) ou bien, -c'est cette hypothèse qui est retenue d'ailleurs par Alexandra Lapierre dans son roman-, celle de Nuño Rodríguez Barreto, conquistador d'origine portugaise venu faire fortune au Nouveau Monde ?
    Le reste de sa vie est plus connue. Belle, déterminée, Isabel devient l'épouse du navigateur Alvaro de Mendaña, en 1585. Il avait vingt-quatre ans de plus qu'elle mais, contre toute attente, leur couple sera solide et uni et Isabel accompagnera son mari, Adelantado des Mers du Sud, dans son exploration du Pacifique et dans sa quête éperdue des îles Salomon, découvertes plusieurs années plus tôt et qui hantaient Mendaña depuis lors. Remariée ensuite à don Hernando de Castro, rencontré aux Philippines, Isabel l'aimera follement, d'une passion qu'elle n'avait pas éprouvée pour Mendaña mais décidera de poursuivre la quête de ce dernier. Elle connaîtra tout, les horreurs de la traversée, de la colonisation ratée sur l'île de Santa Cruz, les mutineries de son équipage, la faim, la soif, la saleté...et pourtant, Isabel ne faiblira pas, déterminée à être celle qui irait plus loin encore que Christophe Colomb...

    Je Te Vois Reine des Quatre Parties du Monde ; Alexandra Lapierre

    Isabel Barreto et Alvaro de Mendaña (portraits présumés)


    Les romans d'Alexandra Lapierre sont toujours des valeurs sûres. Je te vois reine des quatre parties du monde ne déroge pas à la règle. Historiquement exhaustif, très bien documenté, ce roman n'en reste pas moins un récit captivant, passionnant et passionné et, surtout, très touchant. Même si le personnage d'Isabel force le respect, elle n'en reste pas moins une femme, un être humain avec ses failles. Passionnée, elle aima deux hommes, provoqua le scandale en épousant Hernando de Castro seulement trois mois après la mort de son premier mari. Obstinée, elle n'aura de cesse de remettre à flot les bateaux commandés par lui et dont elle fut l'unique légataire à sa mort et de chercher ces terres qui avaient eu tant d'importance pour Alvaro. Aimée ou haïe, Isabel Barreto ne laisse, sans aucun doute, personne indifférent et c'est cela aussi qui fait la force du récit.
    Quant au style, rien à dire. J'ai retrouvé avec plaisir cette plume découverte dans L'Excessive ou Artemisia. Alexandra Lapierre, décidément, excelle dans la biographie romancée car, non seulement les informations sont vérifiées -on sent le travail de recherches en amont- mais on ressent aussi, d'autre part, la volonté de livrer un récit fiable tout en sacrifiant au travail du romancier qui est de doter ces personnages ayant réellement existé d'une psychologie et d'un caractère qu'ils eurent peut-être mais, aussi, qu'ils n'eurent peut-être pas, car il est bien difficile de se glisser dans le subconscient de personnes disparues depuis près de 400 ans ! Et pourtant, tout a l'air vrai. A partir des informations recueillies en Espagne -notamment à Séville-, mais aussi au Pérou, où l'auteur a visité le couvent de Santa Clara, couvent où la sœur aînée d'Isabel, Pétronille, a été religieuse et où l'Adelantada s'était elle-même retirée après son retour au pays, Alexandra Lapierre s'est attachée à nous livrer un récit romancé mais assis sur des bases solides, tant en ce qui concerne les dates que le vocabulaire spécifique à la navigation et au commerce de l'époque, qui est précis sans être incompréhensible non plus -un glossaire est disponible en fin d'ouvrage, ce qui est plutôt intéressant, surtout pour les termes typiquement espagnols qui peuvent parfois poser problème. Et, même si on ressort plutôt révulsé par les conditions de navigation de l'époque -rien de surprenant en soi mais lorsqu'on lit le récit de cette expédition catastrophique, on ne peut que se sentir impressionné et l'auteure restitue avec pas mal de brio les horreurs endurées par les équipages des navires de Mendaña -, on en ressort aussi avec un sentiment d'exotisme particulièrement présent. On découvre en même temps qu'Isabel cet archipel immense des Philippines, découvert par les Espagnols quelques décennies plus tôt et nommé ainsi en hommage au prince Philippe, fils de Charles-Quint et futur Philippe II. On découvre ce pays étrange, entre Asie et Amérique, perdu dans les eaux du Pacifique, peuplé d'Espagnols directement débarqués d'Europe mais aussi de Chinois ou de Japonais venus y faire du commerce et du troc. On vit avec elle toutes ses découvertes, ses joies et ses épreuves et c'est une plongée immédiate dans ce Nouveau-Monde fascinant des Grandes Découvertes. 

    Un roman intéressant à conseiller à tous les amateurs d'historique.

    Je Te Vois Reine des Quatre Parties du Monde ; Alexandra Lapierre

    Paysage des îles Salomon, aujourd'hui territoire britannique, découvertes pour la première fois par Mendaña au XVIème siècle

     

    En Bref :

    Les + : une biographie romancée qui tient la route. Captivante et bien écrite. 
    Les - : 
    Aucun.

     

     


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  • « L'habitude d'être l'autre plus que soi-même nous fait vivre ses souffrances comme si elles étaient nôtres et n'oublier nos malheurs que pour vivre les siens avec plus de force. »

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

    Publié en 2002

    Editions Folio

    467 pages

    Résumé :

    Car mon coeur n'est pas avec moi mais avec toi
    Et s'il n'est pas avec toi il n'est nulle part...

    Héloïse et Abélard, amants célèbres et malheureux... Notre mémoire des histoires d'amour commence avec cette histoire-là. Ce roman nous la raconte, non pas perdue dans l'obscurité d'un Moyen-Âge chargé de mystères et de psaumes, mais présente dans nos criset nos déchirements, nos trahisons, nos espoirs, notre obstination à dire ces mots étranges et dont le sens nous échappe, nous effraie, nous dépasse:  « Je t'aime » .

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Héloïse et Abélard...c'est sûrement l'histoire d'amour du Moyen Âge la plus connue, avec celle de Tristan et Yseult. Sauf que l'idylle de Tristan et Yseult n'a jamais existé, alors que celle d'Héloïse et Abélard, si.
    Déjà, reprenons quelques points d'Histoire (avec un grand H cette fois) car même si les noms des deux personnages sont relativement bien connus, Héloïse et Abélard restent tout de même méconnus en dehors de leur grande passion...Pierre Abélard serait né au Pallet, en Bretagne vers 1079, mort en Bourgogne, en l'abbaye de Saint-Marcel-les-Chalons vers 1142. Formé, comme tous les jeunes garçons de son milieu -Abélard était issu d'une famille noble, même si nous l'oublions souvent-, écolâtre, puis maître en l'école de Notre-Dame à Paris, il fut connu notamment pour ses théories radicales et innovantes sur la Sainte Trinité, qui lui valurent les foudres de saint Bernard de Clairvaux, son rival de toujours et du pape même, qui ordonna un jugement pour hérésie, ce qui n'était pas rien pour l'époque.
    D'Héloïse, nous savons peu de choses, hormis qu'elle serait née vers 1092...Issue d'une famille noble, elle est élevée à Paris par son oncle, le chanoine Fulbert, homme naïf qui va lui faire rencontrer Abélard. Connaissant le prestige du maître, le chanoine décide qu'il donnera des cours à sa nièce afin qu'elle devienne savante. Son plan se retournera contre lui puisque la jeune Héloïse va finalement tomber amoureuse de son maître. Ne se contentant nullement d'amour platonique, au risque de provoquer un scandale qu'elle assumera avec beaucoup de courage lorsque celui-ci éclatera, Héloïse s'offre à Abélard et lui donnera même un fils, qui naît en Bretagne et recevra l'étrange prénom de Pierre Astrolabe. Refusant de faire amende honorable, les deux amants suscitent la colère du chanoine Fulbert, l'oncle d'Héloïse qui ne supporte pas d'être ainsi bafoué par sa propre nièce et l'homme à qui il avait accordé sa confiance. Dans sa fureur, il ira jusqu'à faire châtrer Abélard par des hommes de main...Abélard fondera en Champagne le monastère de Paraclet tandis qu'Héloïse, enfermée au couvent d'Argenteuil (d'où son surnom d'Héloïse d'Argenteuil), apprendra à se faire aimer et respecter des autres moniales malgré sa vie passée et sera même élue abbesse...Bafouée par Suger, l'ambitieux abbé de Saint-Denis, qui sera conseiller du roi Louis VI puis de son fils Louis VII, Héloïse, entraînant ses soeurs dans sa fuite, doit quitter Argenteuil. Elle ira se réfugier à Paraclet, la maison de Pierre, dont il lui fait don et qui deviendra une abbaye de moniales. Héloïse survivra une vingtaine d'années à Abélard et mourra, vraisemblablement, en 1164. Elle reste, avec Hildegarde de Bingen, Marie de France, Christine de Pisan, l'une de ces rares femmes intellectuelles du Moyen Âge, qui marquèrent leur temps et l'Histoire, durablement.

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

    Héloïse et Abélard par Edmund Blair Leighton (XIXème siècle)


    C'est cette histoire-là qu'Antoine Audouard se propose de nous raconter, au travers des yeux de Guillaume d'Oxford, devenu, sur le tard, frère à Fontevrault, l'abbaye de Robert d'Arbrissel. Né en Angleterre, Guillaume, qui est le narrateur d'Adieu, mon Unique, a beaucoup voyagé, beaucoup appris avant de se fixer à Paris où il rencontre Abélard, qui devient en quelque sorte son maître, son mentor et son disciple. Unis par une amitié et une rivalité qu'ils ne peuvent arriver à contenir, Pierre Abélard et Guillaume ne se quitteront plus vraiment et le jeune homme sera le témoin privilégié mais malheureux de l'histoire passionnelle qui se noue entre Abélard et son élève Héloïse. Il trompera le chanoine Fulbert pour mieux aider ses deux amis, il fera tout pour les sortir du cercle vicieux dans lequel leur amour les a jetés...
    Je dois dire qu'en commençant ce roman, je ne m'attendais pas du tout à cela mais finalement, même si j'ai été un peu déroutée, j'ai été très agréablement surprise...Le récit est émaillé de nombreuses références bibliques et religieuses mais même cela ne m'a pas gênée car, finalement, ça s'inscrit très bien dans le contexte de l'époque relatée. Et vu la place que la religion occupa dans l'existence de Pierre Abélard et Héloïse, en bien ou en mal, d'ailleurs, je pense qu'il était tout à fait normal de ne pas la supprimer complètement du récit. Quant au style, il est vraiment de toute beauté et, rien que pour cela, ce livre mérite d'être lu à mon avis. Non seulement l'histoire d'Héloïse et Abélard est belle et émouvante mais le style lui apporte un plus certain. Leur histoire d'amour est magnifiée par la plume d'Antoine Audouard, qui parvient avec brio à relater la passion sans niaiserie ni mièvrerie et c'est un véritable plaisir de lire ses phrases poétiques et pleines de vérités.
    Bref, il me semble que Adieu, mon Unique est un roman à conseiller. On n'est pas là dans du roman historique lambda, il y'a autre chose, quelque chose de plus dans ce livre. A lire, à mon avis. Rien que pour le style et l'universalité de l'histoire d'amour. Quelque part, on est tous des Abélard et Héloïse et ce livre ne peut que résonner en nous d'une manière ou d'une autre.

    En Bref :

    Les + : une belle histoire, captivante et émouvante, servie par un style unique. 
    Les - : 
    Aucun.

     

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

     Coup de cœur


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  • « Tout ce que je peux vous dire, c'est que le bien que l'on fait aux autres nous revient presque toujours comme une bénédiction et que notre vie s'en trouve enrichie. »

    La Rebelle, Femme médecin au Moyen Âge ; Valeria Montaldi

    Publié en 2011 en Italie ; en 2013 en France (pour la présente édition)

    Titre original : La Ribelle

    Editions J'ai Lu

    507 pages

    Résumé :

    Au Moyen Âge, sous le règne de saint Louis, Caterina exerce la médecine à Paris, à l'Hôtel-Dieu. Lorsqu'elle tombe enceinte, elle découvre trop tard que son amant est marié et décide d'assumer seule son destin.

    A l'époque où la dissection des cadavres est interdite par l'Eglise, le groupe clandestin dont faisait partie la jeune femme est dénoncé, et ses confrères masculins n'hésitent pas à lui faire porter l'entière responsabilité du délit. Abandonnée par tous, Caterina parvient à s'enfuir en Italie où elle reprend son travail dans un nouvel hôpital. Mais l'obscurantisme de l'époque la contraint à mener chaque jour une lutte épuisante contre la jalousie et la misogynie de ses collègues. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Nous sommes en 1254, à Paris, sous le règne de Louis IX. Caterina de Colleaperto, jeune femme d'origine italienne, a obtenu une maîtrise de médecine à l'université très prestigieuse de Montpellier. Depuis, elle exerce dans la capitale du royaume de France aux cotés de l'homme qu'elle aime, Rolando Lafranchi. Devant sans cesse lutter contre les préjugés misogynes de l'époque, qui font des femmes des incapables à exercer la médecine -à l'exception des accouchements qui étaient souvent confiés à des femmes, accoucheuses ou sage-femmes-, Caterina se heurte autant à la méfiance des dirigeants de l'Hôtel-Dieu de Paris qu'à celle de ses collègues masculins voire clients, peu habitués à être soignés par une femme dont ils n'hésitent pas à remettre les compétences en doute. Un jour, alors qu'elle a été dénoncée après avoir assisté à une dissection, pratique vivement réprimée dans les pays chrétiens à l'époque, et qu'elle s'aperçoit qu'elle est enceinte d'un homme dont elle ne sera jamais l'épouse, Caterina décide de fuir et de refaire sa vie ailleurs, loin. Seule.
    Quand j'ai commencé La Rebelle, c'était avec un peu d'appréhension car j'avais lu pas mal de critiques sur des blogs et sites littéraires qui n'étaient pas spécialement très enthousiastes. Il était souvent reproché aux personnages du roman de n'être pas attachants et surtout, ce qui revenait dans presque toutes les critiques, c'était la trop grande modernité du récit. Modernité que j'ai cherchée, que j'ai trouvée, il est vrai, notamment dans le comportement de Caterina, qui n'est pas du tout celui d'une femme de cette époque-là, mais finalement, ça ne m'a pas gênée plus que cela. Peut-être y'en a-t-il eu, des femmes de cette époque, qui s'élevèrent contre les préjugés dont elles étaient victimes, mais comme il est très rare d'envisager l'Histoire du point de vue des femmes, peut-être n'avons-nous pas plus d'informations que cela...

    La Rebelle, Femme médecin au Moyen Âge ; Valeria Montaldi

    Représentation de l'anatomie humaine dans Les Très Riches Heures du Duc de Berry (XVème siècle)


    Ce que je reprocherais surtout au roman, bien plus finalement que cette modernité qui peut être assez facilement occultée, c'est le foisonnement des personnages, ce qui n'est pas spécialement nécessaire car, finalement, à part quelques exceptions, les interactions entre les différents protagonistes sont très rares, du coup, on ne comprend pas spécialement l'apparition de tel ou tel personnage à tel moment du récit pour finalement ne plus jamais le recroiser. Le style n'est pas folichon non plus, mais peut-être que cela est dû à la traduction.
    A part ça, La Rebelle reste un roman qui se laisse lire et je dois même dire qu'on est assez rapidement captivé. Même si la médecine n'a peut-être pas la place qu'on attend au vu du titre, j'ai trouvé particulièrement intéressant de me plonger dans le monde de Caterina et de découvrir sa vie, parce que je me suis sentie finalement assez proche d'elle. Alors si le monde de la médecine médiévale avait été un peu plus développé, avec du vocabulaire, des situations précises, je crois que j'aurais pu être encore plus captivée par ce roman car finalement, bien que férue d'Histoire, celle de la médecine reste relativement floue pour moi et j'aurais trouvé sympa d'en apprendre un peu plus sur les pratiques de l'époque par le biais d'un roman tel que celui-ci.
    Contrairement à d'autres lecteurs qui ne se sont pas du tout attachés au personnage de Caterina, personnellement, je l'ai trouvée, sinon attachante, du moins intéressante. C'est vrai qu'elle peut paraître froide voire très imbue d'elle-même dans les premiers chapitres mais les épreuves qu'elle va devoir affronter vont finalement lui donner une humilité tout à fait appréciable et on s'attache petit à petit à ce personnage au fond assez complexe mais qui reste quand même très humain, avec ses doutes, ses failles et ses blessures secrètes. Personnage digne d'intérêt également : Francesco Aicardo, le barbier-chirurgien qui sera le collègue de Caterina à Milan.
    Petit regret : Caterina aurait pu rencontrer Hersent -appelée Ersenda dans le récit-, femme-médecin de la seconde moitié du XIIIème, dont on sait peu de choses sinon qu'elle exerça son art à la cour du roi Louis IX de France, le futur saint Louis.
    La Rebelle reste un roman que j'ai pris plaisir à découvrir même si sa trop grande modernité empêche parfois de se plonger véritablement dans l'époque : encore une fois, ne vous arrêtez pas cependant qu'à cet aspect du récit. J'ai aimé suivre Caterina dans ses pérégrinations entre France et Italie. Femme déterminée, elle force le respect malgré tout.

    En Bref :

    Les + : un personnage principal intéressant et une intrigue relativement captivante.
    Les - : 
    un foisonnement de personnages qui nous fait parfois perdre le fil ; une grande modernité de style qui empêche parfois le lecteur de s'immerger totalement dans ce XIIIème siècle à la richesse certaine.


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  • « Qu'est-ce que l'art sinon l'écho de ce qui bruisse dans l'ombre, de ce qui palpite sous la terre ? »

    Le Temps des Femmes, tome 3, Oublier Marquise ; Emmanuelle de Boysson

    Publié en 2013

    Editions Flammarion (collection Romans Historiques)

    393 pages

    Troisième tome de la saga Le Temps des Femmes

     

    Résumé :

    1708. Mariée à Armand de Belle-Isle dont elle a deux enfants, Marquise rêve de devenir un peintre reconnu. Au cours d'une réception, elle tombe amoureuse d'un jeune artiste surdoué, fragile et irrésistible, Antoine Watteau. Ils s'aimeront à la folie. Il l'initiera aux fêtes galantes ; elle l'admirera et l'accompagnera jusqu'à sa mort prématurée, à trente-sept ans.
    Bâtarde secrète de Louis XIV, Marquise charmera le vieux roi : il la légitimera dans son testament. Devenu régent, le duc d'Orléans qui abusa d'elle, trahira les dernières volontés du monarque. Elle n'aura de cesse, dès lors, de se venger, ira jusqu'à conspirer avec la duchesse du Maine et une bande d'aventuriers. Complots, enlèvements, jeux de masques, elle ne reculera devant rien.
    Un roman illuminé par l'amour et le génie de Watteau.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Paris, début XVIIIème siècle. Nous sommes à la fin du règne du Roi-Soleil vieillissant. Marquise, âgée de trente-huit ans, mariée depuis de nombreuses années à Armand de Belle-Isle, dont elle a eu deux enfants, est une artiste qui se cherche encore. Fille illégitime du roi et d'une jeune comédienne, Blanche de La Motte, héroïne du tome précédent et qui dut s'exiler en Nouvelle-France pour échapper aux foudres de la Chambre Ardente à la suite du scandale de l'Affaire des Poisons, Marquise a hérité de la fibre artistique des femmes de sa famille. Sa mère fut comédienne chez Molière et Racine et sa grand-mère, la fameuse Emilie, qui commença sa carrière comme gouvernante chez la comtesse de La Tour, devint une précieuse renommée du Marais. Un jour, lors d'une réception, Marquise rencontre un jeune artiste prometteur qui arrive tout droit de Valenciennes. Il a pour nom Antoine Watteau, ne le sait pas, mais marquera, à l'instar de Chardin, Greuze, Boucher, Fragonard, la peinture française du XVIIIème siècle...Jeune homme torturé et malade, Watteau n'en est pas moins un génie de la peinture et il devient l'amant de la belle Marquise. Mais, bien vite, les anciens démons de la fille de Blanche et du roi vont la rattraper. A la mort de Louis XIV en 1715, sa famille illégitime, représentée par le comte de Toulouse et surtout le duc du Maine et sa femme, Bénédicte, surnommée la Grande Ludovise, va affronter la famille dite légitime et représentée notamment par le neveu du roi, Philippe d'Orléans, qui n'hésite pas à casser le testament du roi défunt pour devenir Régent durant la minorité du jeune Louis XV. Afin d'asseoir son autorité, il refuse aux bâtards du roi la reconnaissance officielle à laquelle ils aspiraient tous. S'alliant à celui qui est son demi-frère, le duc du Maine et sa charismatique épouse, Marquise va faire du combat des enfants de la Montespan le sien propre et décide de partir en croisade contre le duc d'Orléans, qu'elle hait depuis qu'il a abusé d'elle quelques années auparavant.

    Le Temps des Femmes, tome 3, Oublier Marquise ; Emmanuelle de Boysson

    L'Embarquement pour Cythère (Antoine Watteau, 1717)


    Voici pour les grandes lignes et le positionnement du contexte. J'ai commencé ce livre avec beaucoup d'attentes, malgré la déception certaine que j'ai pu ressentir à la lecture des deux premiers tomes, Le Salon d'Emilie et La Revanche de Blanche. J'en étais ressortie franchement pas emballée, c'est le moins qu'on puisse dire. J'attendais un peu plus de ce troisième tome dans le sens où j'adore l'art et Watteau fait partie de mes peintres préférés. J'adore la peinture du XVIIIème et surtout celle dite galante, représentée notamment par Watteau mais aussi Fragonard ou encore Boucher. Découverte à la fac, j'avais eu un vrai coup de coeur pour la peinture de Watteau, touchante, émouvante. Belle, en un mot, et très humaine aussi, peut-être de par le tragique destin de son auteur. Je me disais donc que, peut-être, ce tome-ci résonnerait un peu plus pour moi, dans le sens où est abordé dedans un sujet qui m'intéresse tout particulièrement. Et finalement...non. C'est catégorique mais l'exacte vérité. Non seulement j'ai traîné en longueur pour le terminer mais, en plus, je n'ai franchement pas été emballée : la fâcheuse impression que je traîne depuis Le Salon d'Emilie s'est malheureusement confirmée une troisième fois. Même si le personnage de Marquise m'a bien plus plu qu'Emilie et Blanche qui m'ont parfois franchement agacée. J'ai aimé ce personnage d'amoureuse finalement assez peu conventionnelle. Pour l'époque, une femme de quarante ans -et plus, puisque nous suivons Marquise sur une durée de plus de dix ans-, est déjà une femme mûre, parfois même une grand-mère : en cela, elle tranche radicalement avec ses deux aînées, présentées dans leur prime jeunesse, alors que nous découvrons Marquise comme une femme à la vie déjà bien installée et entrant doucement dans la maturité. Ceci serait d'ailleurs l'un des rares points positifs du roman, j'ai en effet apprécié de découvrir une héroïne murissante, parfois plus complexe qu'une plus jeune. Mais, ici, Marquise est une amoureuse, amoureuse de Watteau, amoureuse de la peinture. Une femme qui n'entre pas dans les normes de son temps et qui, en cela, est plutôt actuelle. J'ai également beaucoup aimé cette plongée dans l'univers torturé mais tellement onirique d'Antoine Watteau. Contexte historique relativement bien amené également et le style beaucoup moins monotone que dans les premiers tomes, c'est à noter.
    Pour le reste, eh bien je soulèverais un peu les mêmes critiques que pour les tomes précédents. Des personnages récurrents ou secondaires trop caricaturaux voire particulièrement détestables. Beaucoup de vulgarité...l'époque ne faisait certes pas dans la dentelle mais ce n'est pas une obligation d'en rajouter et d'exagérer dessus même si, je suis d'accord, il y'a matière. Le personnage de Philippe d'Orléans, le Régent, est particulièrement détestable et même s'il ne fut certainement pas un enfant de chœur, de là à en faire un personnage machiavélique, non.
    Bref, sans avoir été complètement rebutée par ce livre, je dois dire que je n'ai pas spécialement été captivée. Je ne me suis pas ennuyée mais je n'ai pas non plus réussi à entrer complètement dans l'intrigue et c'est dommage.

    Le Temps des Femmes, tome 3, Oublier Marquise ; Emmanuelle de Boysson

    L'Enseigne de Gersaint, dernière grande oeuvre de Watteau (1720)

    En Bref :

    Les + : le personnage de Marquise, attachant et la plongée dans le monde onirique de Watteau et de la peinture en général que nous propose l'auteure.
    Les - : 
    encore trop de caricature dans la description des personnages.


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  • « Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons dans la composition des remèdes. » 

    Le Temps des Femmes, tome 2, La Revanche de Blanche ; Emmanuelle de Boysson  

    Publié en 2013

    Editions J'ai Lu

    442 pages 

    Second tome de la saga Le Temps des Femmes

     

    Résumé :

     

    1664. Avant de mourir, Emilie révèle à sa fille Blanche de La Motte qu'elle a été bannie des salons littéraires parisiens. Blanche ne l'oubliera jamais. Elevée par Ninon de Lenclos, l'orpheline assiste à la représentation des Précieuses Ridicules. Une révélation : elle sera comédienne de la troupe de Molière. Volontaire et fragile, Blanche aimera trois hommes, dont Louis XIV. Jalousée, menacée, son amitié avec la sulfureuse Montespan l'entraîne au cœur des intrigues de la cour et de l'affaire des Poisons.

    Dans les coulisses de Versailles et du théâtre du XVIIème siècle, ce roman captivant mêle avec finesse le jeu des ambitions et les manœuvres de grandes dames fascinées par les pouvoirs occultes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans le second tome du Temps des Femmes, nous faisons la connaissance de Blanche de La Motte, la fille bâtarde qu'Emilie Le Guilvinec, héroïne du premier tome, a eu de ses amours avec le poète Ronan Le Guillou. Laissée enfant aux bons soins de la courtisane Ninon de Lenclos, Blanche ne reverra jamais ses parents. Partie rejoindre son amant en Nouvelle-France, Emilie y trouve la mort après avoir contracté une épidémie.
    Elevée à Paris auprès d'Antoine de la Boissière, fils que Ninon eut du marquis de Villarceaux, la petite Blanche se prend bien vite de passion pour le théâtre et intègre la troupe de Molière. Mais, bientôt, elle est introduite à la Cour, où elle se lie d'amitié avec la belle Athénaïs de Montespan et où elle devient suivante de la reine Marie-Thérèse. Et il se pourrait bien qu'elle ne laisse pas le jeune roi, Louis XIV, dont le sang est bouillonnant, indifférent...
    L'idée de départ est bonne, même s'ils sont nombreux, les auteurs qui nous ont brossé des portraits plus ou moins différents du Grand Siècle. Il faut dire que le siècle de Louis XIV est particulièrement inspirant, de part sa richesse en événements mais aussi, de part sa richesse culturelle et ses personnages marquants. Dommage qu'Emmanuelle de Boysson ne parvienne pas à nous captiver, car il y'avait de la matière ! Le style reste relativement monotone et terne, comme dans le premier tome et même si j'ai pris plaisir à découvrir le destin de Blanche, j'ai trouvé que certaines péripéties étaient quelque peu téléphonées et pas forcément très crédibles. J'ai trouvé également un peu dommage que la cour de Louis XIV soit dépeinte de façon si vulgaire...Alors certes, on était certainement bien plus trivial au XVIIème -quoique...- que de nos jours, mais je ne comprends pas l'intérêt de décrire la reine Marie-Thérèse comme une femme coléreuse et capricieuse, se bourrant sans cesse d'une nourriture qu'elle vomit à travers les portières des carrosses ! Certes la reine n'était pas gâtée par la nature mais à ce point-là...Idem pour le personnage d'Athénaïs. Si son côté hautain est relativement bien restitué, dans l'ensemble, c'est un personnage très vulgaire et un peu trop machiavélique qui est représenté dans le roman, au détriment de cet esprit que tous les historiens s'accordent à lui donner tant Madame de Montespan était connue pour ses réparties et ses bons mots. Quant au roi, sultan d'un harem de femmes alanguies bon...pourquoi pas ? mais bon, bien qu'aimant les femmes, Louis XIV était quand même loin d'entretenir un caravansérail pour autant !

     

    Le Temps des Femmes, tome 2, La Revanche de Blanche ; Emmanuelle de Boysson

    Molière et les sarcastiques de sa troupe (tableau d'Edmond Geoffroy, 1857)

    Quant au personnage principal de Blanche, malgré sa fragilité, j'ai eu énormément de mal à m'attacher à elle. Sans dire que je ne l'ai pas aimée, disons qu'elle m'a parfois tapé sur les nerfs. Puérile par moments, elle agace un peu, comme Emilie dans la première tome. Du coup, je me demande ce qu'il va en être de Marquise dans le tome 3. Sera-t-elle aussi agaçante que ses aînées ou un peu plus attachante ?
    Bon point, par contre, pour le contexte historique bien restitué. On suit avec plaisir le déroulement de cette sordide affaire qui marqua le règne de Louis XIV d'une tâche noire et qui est restée dans l'Histoire sous le nom d'Affaire des Poisons, affaire qui éclaboussa de nombreux grands noms et, parmi eux, celui de Madame de Montespan, favorite de Louis XIV ou encore, la comtesse de Soissons, nièce de Mazarin et ancien amour du roi. La complicité puis la rivalité latente qui opposeront Athénaïs et Françoise de Maintenon, gouvernante des bâtards royaux avant de devenir maîtresse puis épouse cachée du Roi-Soleil, est bien emmenée également, tout comme le monde du théâtre est relativement bien décrit : le théâtre du XVIIème siècle est peu exploité -bien que très connu et étudié- dans les romans et, comme dans Le Salon d'Emilie, l'auteure a au moins eu le mérite de baser son récit sur un sujet qui change de ce qu'on peut lire d'habitude. On suit la Cour de Fontainebleau à Saint-Germain et de Saint-Germain aux fastes dorés de Versailles et c'est particulièrement plaisant que de se replonger dans cette ambiance si particulière qui marque le XVIIème siècle et l'apogée du règne de Louis XIV, d'autant plus que la jeune Blanche, grâce aux caprices -chanceux ?- du destin, se retrouve souvent aux premières loges. Dommage que le style ne captive pas et que les personnages nous ennuient vite...

     

    Le Temps des Femmes, tome 2, La Revanche de Blanche ; Emmanuelle de Boysson

    La Voisin, l'une des plus célèbres empoisonneuses jugées pendant L'Affaire des Poisons

    En Bref :

    Les + : intéressante description du règne de Louis XIV. 
    Les - : des personnages trop caricaturaux et un récit encore trop monotone.


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