• « J'aimerais tant être là, avec vous. Ou que vous soyez là, à mes côtés. Cette guerre est si injuste de nous séparer des êtres que nous aimons, à la fois sur le sol américain et au-delà des mers. Puis j'ai pensé à nos braves petites lettres qui voyagent, les miennes vers vous et les vôtres vers moi, en rythme, comme pour entretenir le fil d'une conversation pressante et nécessaire. »

    Couverture Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles

     

     

         Publié en 2013 aux Etats-Unis 

      En 2015 en France (pour la présente édition) 

      Titre original : I'll Be Seeing You

      Editions Pocket 

      416 pages 

     

     

     

     

    Résumé :

    Etats-Unis, années 1940. Glory, enceinte et déjà mère d'un petit garçon, souffre de l'absence de son mari, parti au front, de l'autre côté de l'Atlantique. A des centaines de kilomètres d'elle, Rita, femme et mère de soldat également, n'a pour compagnie que la fiancée de son fils. 
    Une lettre, envoyée comme une bouteille à la mer, va les réunir. Entre inconnues, on peut tout se dire. Les angoisses, l'attente des êtres aimés, mais aussi les histoires de voisinage, les secrets plus intimes et les recettes de cuisine. Les petites joies qui font que, dans les temps les plus difficiles, le bonheur trouve son chemin. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1943, Glory et Rita deviennent correspondantes. Elles ne se connaissent pas et vivent à des kilomètres l'une de l'autre. Gloria Whitehall, surnommée Glory, est une jeune mère et épouse du Massachusetts, enceinte de son deuxième enfant. Elle a vu partir son mari Robert à la guerre.
    Marguerite Vincenzo (dite Rita, comme Rita Hayworth) vit à Iowa City. Elle a une quarantaine d'années et se retrouve seule après le départ de son mari, Sal, en Europe et celui de son fils Toby, engagé dans l'US Navy et qui se trouve quelque part dans le Pacifique sud.
    Une correspondance régulière s'établit alors entre elles et petit à petit, les lettres se font plus confiantes, plus intimes, Glory et Rita apprennent à se connaître et à s'apprécier sans s'être jamais vues. Elles se réconfortent mutuellement, se soutiennent, partagent leurs craintes et leurs angoisses mais aussi ces petites recettes de bonheur quotidiennes qui émaillent leurs correspondances : conseils, astuces en tous genres et de vraies recettes de cuisine que l'on retrouve au fil des lettres, ces recettes en temps de rationnement qui ont rendu les cuisinières très inventives !
    Le lecteur est aussitôt immergé dans cette correspondance, j'ai vraiment eu l'impression de faire partie intégrante de cette histoire qui évolue et s'étoffe au fil des mois. On voit les changements de ton à mesure que les liens se tissent entre Gloria et Rita, les confidences de plus en plus intimes, le partage de souvenirs et de conseils de plus en plus fort.
    J'ai remarqué qu'on parlait beaucoup de l'arrière pendant la Première guerre mondiale nettement moins pour la seconde alors que bien des femmes, épouses, mères, sœurs, fiancées ont vécu ces années dans la même angoisse, la même inquiétude, la même terreur de recevoir l'affreux télégramme de l'armée, comme leurs aînées... En cela, Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles est un roman très universel et qui peut parler à tout le monde : Suzanne Hayes et Loretta Nyhan sont américaines et ont choisi de mettre en scène leurs héroïnes dans le Massachusetts et l'Iowa mais Glory et Rita pourraient tout aussi bien être canadiennes, italiennes, françaises, britanniques, allemandes... ce que partagent ces deux femmes fut le lot commun des millions de personnes restées à l'arrière, partout dans le monde.
    Ce roman est extraordinaire, vraiment. Il est chaleureux, réconfortant comme un sourire échangé avec un inconnu dans la rue mais ne nous épargne rien pour autant. Le deuil n'en est pas absent, l'angoisse non plus... Rita et Glory ont appris à vivre avec, avec la peur permanente de recevoir le message qui leur annoncera la mort d'un mari, d'un fils... étrange époque où la vie quotidienne continue, en apparence inchangée mais tellement différente... Glory doit affronter la tentation, se poser les bonnes questions concernant les relations qu'elle entretient avec un ami d'enfance, Rita doit accepter que son fils Toby n'est plus un enfant et peut tomber amoureux, peut-être pas de celle qu'elle aurait souhaitée pour lui mais qu'il a choisie et c'est tout ce qui compte. Et puis il y'a la solitude, l'immense et terrible solitude qui s'ajoute à tout cela, la lassitude aussi...
    J'ai vraiment apprécié cette lecture, pour tout un tas de raisons : j'ai souvent souri, parfois je me suis attendrie aussi et j'ai ressenti beaucoup d'émotion en lisant les mots de Rita ou de Glory. Rien n'est jamais simple, la vie est infiniment complexe, mais elle nous surprend toujours, voilà ce qui ressort de ce roman : au milieu de l'horreur d'une guerre sans précédent, il y'a malgré tout la vie, qui vaut d'être vécue.
    Les auteures ont probablement mis beaucoup d'elles dans ce roman et c'est peut-être ce qui le rend si sincère et authentique : Suzanne Hayes et Loretta Nyhan ont écrit un roman à quatre mains sans jamais se rencontrer dans la vraie vie ! Elles se sont connues par le biais du blog de Loretta Nyhan mais il faut savoir qu'au moment de la sortie du livre, elles ne s'étaient encore jamais rencontrées. Peut-être cette propre expérience leur a permis d'écrire si facilement celle de Rita et Glory !
    Ces dernières années, un roman épistolaire qui se passe d'ailleurs un peu à la même époque a rencontré un franc succès, c'est même devenu un best-seller mondial : il s'agit du fameux Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Ce roman avait été un coup de cœur pour moi, d'ailleurs. En commençant Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles cela dit, je n'ai pas voulu tomber dans l'écueil de la comparaison : certes il y'a des points communs (l'écriture à quatre mains, l'époque choisie, sensiblement identique) mais ça reste deux œuvres, deux livres totalement différents et qui méritent tous deux d'être lus pour ce qu'ils sont. Le roman de Suzanne Hayes et Loretta Nyhan n'est pas un pendant américain ni une copie du roman de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Il y'a des ressemblances mais ce n'est pas du tout la même chose : un peu comme quand vous goûtez une recette préparée par deux personnes différentes. Chacune mettra sa patte, sa touche...eh bien là c'est pareil.
    C'est avec de la nostalgie que je quitte les personnages de ce roman, Glory et Rita en premier lieu mais pas seulement elles...il y'a aussi tous les personnages qui gravitent autour d'elles et qu'on apprend à connaître au fil de cette correspondance qui s'étire sur plus de deux ans.
    Vraiment une belle découverte, une bonne surprise pour ce roman qui peut nous parler à tous et évoquer des souvenirs finalement pas si lointains, ceux de nos grand-mères ou arrières-grand-mère !
    À lire si vous aimez les romans historiques qui se passent pendant la Seconde guerre mondiale et les romans feel-good car oui, je crois qu'on peut dire que ce livre a un petit côté feel-good plutôt bienvenu en cette période très morose. 

    En Bref :

    Les + : sans nous épargner l'angoisse, la tristesse, le deuil, les deux auteures sont parvenues à créer, avec cette correspondance fictive, une atmosphère réconfortante et chaleureuse. On s'attache vraiment beaucoup à Rita comme à Glory et on fait corps avec elles pendant toute notre lecture.
    Les- :
    aucun point négatif, vraiment. C'est juste extra, à savourer sans modération.

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème de novembre, « Je prends la plume », 11/12


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  • « A présent, je m'aperçois que tout homme est un faiseur de rois. Un trône n'est jamais sûr tant que quelqu'un est jugé digne de la couronne. »

    Couverture La fille du faiseur de rois

     

     

     

      Publié en 2012 en Angleterre

      En 2020 en France (pour la présente édition)

      Titre original : The Cousin's War, book 4: The        kingmaker's daughter 

      Editions Archipoche

      472 pages 

         Quatrième tome de la saga La Guerre des Cousins

     

     

     Résumé :

    1471. Mariée à 14 ans, Anne Neville -la fille du comte de Warwick, surnommé le « faiseur de rois » - perd successivement son époux et son père. 

    Elle ne doit son salut qu'au futur Richard III, le frère du roi, qu'elle épouse deux ans plus tard, même si elle devra pour cela affronter la puissante famille royale...dont la reine. 

    Cet épisode de la Guerre des Deux-Roses est ici raconté avec brio par l'une des plus talentueuses romancières du genre, qui choisit de faire parler les femmes que l'Histoire a trop souvent tendance à oublier. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    À la fin des années 1460, Anne et Isabelle sont deux jeunes sœurs d'une dizaine d'années mais n'ont jamais connu la réelle insouciance de l'enfance. Elles sont les filles du comte Richard de Warwick, surnommé le faiseur de roi. Elles sont nées et ont grandi dans le contexte violent et trouble de la guerre des Deux-Roses, que l'on appelle encore la guerre des Cousins et qui déchire depuis plusieurs années l'Angleterre, entre les Lancastre et les York : ils luttent à mort pour la possession du trône et tous les coups sont permis.
    La plus jeune des sœurs, Anne, est la narratrice de ce récit. On la suit sur plus de dix ans, de la cour d'Elizabeth Woodville, en passant par Calais et les châteaux du nord, avant de revenir dans son sillage à la cour de Londres où elle ceint à son tour une couronne pour laquelle son père s'est battu, pour laquelle il est même mort et, surtout une couronne qu'il aurait tant voulu voir sur la tête de l'une de ses deux filles. Anne sera reine d'Angleterre, mais une reine méconnue dont on se souvient peu : reine de 1483 à 1485, sans héritier, elle n'a pas laissé de traces ou si peu, éclipsée par les figures flamboyantes d'Édouard IV et de son épouse Elizabeth Woodville et par celle, plus sinistre, de son époux Richard III, que l'histoire retient comme un usurpateur et un tueur d'enfants. Sa sœur Isabelle n'a pas laissé non plus de souvenirs ou si peu, une dame de la noblesse parmi d'autres, comme il y'en avait tant à l'époque et qui furent progressivement englouties par les limbes de l'Histoire.
    Dans ce roman, Philippa Gregory renverse le prisme : alors qu'elle met en scène dans La reine clandestine et La princesse blanche Elizabeth Woodville (l'un de ses personnages historiques favoris, nous dit-elle dans la postface du livre) et sa fille, Elizabeth d'York (la mère du futur Henry VIII), elle prête ici sa plume à l'une des ennemies d'Elizabeth Woodville, Anne Neville qui, ironie du sort, lui succédera sur le trône. Et pourtant, au départ, Warwick n'est pas un ennemi des York. C'est même lui qui a renversé Henry VI, le roi fou, pour mettre à sa place son cousin et pupille Édouard d'York, lui valant le surnom révélateur de « faiseur de rois ». Mais quand Édouard s'entiche d'une veuve du parti Lancastre, Elizabeth Woodville, la fille d'un obscur baron anglais et que son ambition ne semble plus connaître aucune borne, Warwick retourne sa veste, entraînant dans sa rébellion sa femme et ses filles. Isabelle et sa cadette Anne seront des pions politiques, ni plus ni moins : Isabelle épouse Georges, le turbulent et influençable frère d'Édouard que Warwick retourne contre le roi. Anne, elle, sera mariée au fils d'Henry VI, Édouard, dont elle devient la veuve après le désastre de Tewkesbury en 1471. Quant à son mariage d'inclination avec Richard, le duc de Gloucester, il lui permettra d'accéder à la fonction suprême dont son père rêvait, mais à quel prix ?
    Pas évident d'écrire un roman dans lequel on met en scène de manière négative un personnage qu'on aime pourtant et pour lequel on éprouve de l'intérêt ! En cela, Philippa Gregory tire vraiment son épingle du jeu, prêtant sa plume souple à l'un ou l'autre parti, avec le même brio !

    Illustration.

    Représentation médiévale de Richard III et de son épouse Anne Neville


    Enfin, La Fille du Faiseur de Rois redonne une voix à une femme, à une reine que l'on a oubliée et qui s'est pourtant trouvée au centre d'une époque qui marque la charnière en Angleterre, entre l'époque médiévale des Plantagenêt et la Renaissance Tudor. Anne Neville a-t-elle eu exactement la vie que Philippa Gregory décrit dans ce roman ? On peut en douter dans la mesure où on ne sait quasiment rien d'elle. Fut-elle réellement considérée comme une opposante par la reine Woodville comme l'affirme l'auteure ? Son mariage avec Gloucester a-t-il bien été un mariage d'amour ? On n'en sait rien. Et c'est justement parce qu'on ne le sait pas que les romanciers peuvent se permettre de broder. Tant que c'est cohérent, moi, ça me va !!
    J'ai passé un excellent moment avec ce roman, je ne voulais plus le lâcher ! Alors que La reine clandestine et La princesse blanche (qui chronologiquement lui font suite, mais les romans peuvent être lus dans le désordre) m'avaient moins convaincue, par rapport à Deux sœurs pour un roi ou L'Héritage Boleyn que j'avais trouvés très bons, j'ai retrouvé ici la souffle épique et romanesque qui caractérise en général les livres de Philippa Gregory ! Ce roman, vous le commencez et vous tombez dedans ! Alors que l'utilisation peut-être un peu superflue du fantastique dans les deux romans consacrés à Elizabeth Woodville et à sa fille m'avait gênée, ici, rien de tout cela (la sorcellerie de la reine est évoquée mais de manière plus parcimonieuse et totalement en accord avec une époque qui croit encore aux sorcières, aux envoûtements et à la magie). J'ai eu l'impression de lire un roman historique comme je les aime : riche, dense, plein d'informations mais qui se lit avec une aisance folle. Ce roman, c'est l'envers de La reine clandestine, c'est l'autre côté qui est mis en lumière, celui qui s'oppose à la trop grande influence d'une reine et à l'ascendant d'une femme sur son mari, parfois jusqu'au point de non-retour, pour Warwick ou pour Georges de Clarence. C'est le roman de l'ambition et de batailles épiques. C'est aussi le roman de deux sœurs ballottées dans un monde démesurément grand pour elles, trop vaste et qui va les engloutir. Ni Isabelle ni Anne ne connaîtront jamais leur bonheur et leurs vies n'auront jamais été faites que de sacrifices et de peur. Il y'a franchement mieux comme destin, non ? Au moins Philippa Gregory nous permet-elle de les redécouvrir un peu et, peut-être, de ne pas les oublier.
    Ce roman, comme souvent chez Philippa Gregory, c'est un roman de femmes : ces femmes d'antan qui ne sont pas moins ambitieuses que les hommes, ces femmes qui n'hésitent pas à se battre pour ce qui leur tient à cœur, avec leurs propres armes, mais tout aussi bien que les hommes. Un roman sans concession, violent et tranchant comme le fil de l'épée !
    Anne Neville, comme sa soeur Isabelle d'ailleurs, eut un destin digne sacrifié d'une tragédie classique. Elle vécut à une époque qui n'était tendre pour personne et où l'adage préféré est certainement celui-ci : « la fin justifie les moyens ».
    Si vous aimez Philippa Gregory et l'histoire de l'Angleterre avant les Tudor, nul doute que vous aimerez ce roman très visuel et qui se déroule sous nos yeux comme un film.

    The white queen - La Reine blanche - Les Chroniques de l'Histoire

    Faye Marsay et Aneurin Barnard incarnent Anne Neville et Richard III dans la mini-série The White Queen

     

    En Bref :

    Les + : un récit au souffle épique qui met en scène des femmes dans la tourmente d'une guerre civile violente et dont seul les plus forts sortiront vainqueurs.
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever, même les petits arrangements avec la vérité ne m'ont pas dérangée !


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  • «  La confrontation avec nous-mêmes est une leçon de sagesse, entre infiniment petit et infiniment grand. Où faut-il s'arrêter ? Où le domaine de Dieu commence-t-il ? »

    Couverture La Mémoire froissée, tome 1

     

     

      Publié en 2019

      Editions Pocket

      528 pages 

      Premier tome de la saga Mémoire Froissée

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Quand les hommes de l'Inquisition, en cotte noir et rouge, ont emmené sa mère, Anne avait six ans. « Sorcière ! » ont-ils dit. Sorcière pour connaître les plantes ? Sorcière pour soigner les gens ? Désormais orpheline et forte d'un savoir ancestral, Anne décide de poursuivre l'oeuvre maternelle : elle sera herboriste. Alchimiste, peut-être...Dans un Moyen Âge soumis aux famines et aux épidémies, ses pas la mèneront de Touraine en Champagne, d'amours en deuils et d'échecs en renaissances...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A la fin du XIVème siècle, Anne Rameau est une jeune apothicaire tourangelle. Elle a repris l'activité de sa mère, accusée de sorcellerie alors qu'Anne était enfant. Une fois adulte, la jeune femme se fait une clientèle et soigne les maux des uns et des autres, parfois bien mieux que les médecins de l'époque, qui sont, au mieux des incompétents, au pire, des incapables.
    Un jour, Anne se voit confier un mystérieux livre par un vieux Juif de passage dans son village. Comprenant que c'est un trésor inestimable, même si elle ne parvient pas à le déchiffrer, Anne décide d'apporter le livre à la communauté juive d'Amsterdam, à qui il est destiné. Mais le voyage ne se passera pas exactement comme prévu et s'arrête finalement en Champagne, dans l'opulente cité de Troyes, où après un événement compliqué, Anne découvre la sollicitude et la chaleur d'un nouvel entourage.
    Entre les dernières années du XIVème siècle et jusqu'à la signature du traité de Troyes (signé en 1420), on suit Anne dans sa nouvelle vie, toujours rythmée par l'exercice d'une activité qu'elle aime et qui lui rappelle sa mère. On la suit sur près de vingt ans et on apprend à la connaître et à s'attacher à elle, d'autant plus que l'on entre vraiment dans son intimité (et le fait qu'elle soit le narrateur du récit n'y est certainement pas pour rien).
    Ce roman médiéval m'a, globalement, assez plu et j'ai beaucoup aimé le style de l'auteure, très travaillé...la qualité de la langue est là et c'est très agréable à lire. Ensuite, certains aspects du roman m'ont malgré tout posé un petit problème et empêché d'apprécier pleinement cette lecture...Déjà, j'ai trouvé que le résumé de la quatrième de couverture n'était peut-être pas si révélateur que cela, au final et surtout, la chronologie en début de roman était vraiment très très confuse. Peut-être que cela ne vous dérange pas mais, personnellement, j'aime bien savoir à quel moment exactement se situe l'intrigue que je découvre, éventuellement l'âge des personnages pour pouvoir ensuite me repérer... Et là, le roman s'ouvre sur une date qui ne correspond à rien ou du moins, il m'a fallu un petit moment avant de comprendre ce qu'elle faisait là... ensuite, par chance, ça allait mieux, et la relation des nombreux événements qui émaillent la régence d'Isabeau de Bavière au début du XVème siècle, époque que j'aime beaucoup, m'ont permis de me repérer sans problème. Tant mieux, parce que je n'aurais pas aimé rester sur une note décevante, d'autant plus que le roman a beaucoup de potentiel. Au-delà de la très belle écriture de la romancière, ce que j'ai aimé aussi dans ce premier tome de Mémoire Froissée, c'est que l'intrigue se concentre sur des personnages lambda, dirons-nous, du moins représentatifs de cette société médiévale si on sort du cliché seigneurs, chevaliers, rois, reines et princesses  : des bourgeois, des commerçants, qui mènent une vie normale et sans histoires, loin des horreurs qui se jouent à Paris et la lutte pour le pouvoir. C'est une vie médiévale quotidienne qui est décrite ici et agréable à découvrir, loin des grandes fresques historiques que cette époque fait souvent naître dans l'imaginaire de la littérature ou du cinéma. Troyes est alors une cité opulente rythmée par des foires (nous sommes en Champagne), où se côtoie toute une population disparate, riche, juste aisée ou pauvre...on découvre, dans les pas d'Anne, l'Hotel-Dieu où sont soignés les malades, ancêtre de nos hôpitaux, les échoppes des commerçants, les salons cossus de la petite bourgeoisie. Cette plongée dans l'existence sans histoire de personnages qui pourraient nous ressembler est finalement assez plaisante.
    Je n'ai pas toujours été captivée et j'ai parfois ressenti comme une impression d'inégalité dans les chapitres mais, globalement, Mémoire Froissée est un roman assez cohérent, qui pose les bases d'un univers qui va ensuite se dérouler sur deux autres tomes. Si certains événements m'ont paru un peu superflus et pas forcément importants pour l'avancement du récit, je ne me suis pas ennuyée non plus et c'est bien là l'essentiel.
    Surtout, la grande force du récit, pour moi, c'est qu'il a le mérite de se passer à une époque peu traitée dans les romans historiques en général et qui, en ce qui me concerne, me passionne totalement ! Le règne de Charles VI est tellement riche, si on prend la peine d'aller voir au-delà de la folie du roi. Dans l'ombre du pouvoir, des luttes intestines dignes de l'Empire romain se jouent, entre les membres ambitieux d'une famille royale qui se disputent les lambeaux d'un pays à bout de souffle et mis à genoux par la terrible maladie de son roi.
    Est-ce que je lirais les deux tomes suivants ? Assurément. Même si je n'ai pas été pleinement convaincue par cette lecture, je dois dire que je n'ai pas été déçue et si le manque de chronologie claire en début de roman m'a un peu agacée, cela se corrige rapidement et c'est l'essentiel. Si vous aimez les romans historiques qui ne s'intéressent pas qu'aux grands de ce monde, alors vous devriez être convaincus par l'univers de Sylvie Machureau.

    En Bref :

    Les + : la langue utilisée par l'auteure, vraiment belle, pas forcément celle que l'on associerait de prime abord au Moyen Âge mais qui au final est très efficace, l'intrigue en elle-même malgré des passages superflus parfois et le contexte historique passionnant ! 
    Les - :
    la chronologie confuse en début de roman, le résumé des éditions Pocket peut-être pas suffisamment révélateur. 


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  • « Ne sont trompés que ceux qui veulent bien l'être. On pourrait même dire que ne sont trompés que ceux qui souhaitent l'être, comme s'ils étaient pris d'un besoin irrépressible de se punir. »

    Couverture Une sorcière à la cour

     

     

     

      Publié en 2019

     Editions JC Lattès (collection Romans historiques) 

     474 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Si les hommes étaient plus aimants, ces prétendues sorcières n’existeraient pas. Ces malheureuses, que leurs époux battent, parfois jusqu’à la mort, n’est-il pas juste qu’elles cherchent à s’en défendre ? C’est la condition dans laquelle notre société tient les femmes qui provoque de telles aberrations criminelles. »

    1678. Tandis que Louis XIV mène grand train à Saint-Germain et Versailles, Paris est frappé par les meurtres les plus abominables et la rumeur enfle : des empoisonneuses œuvrant pour le diable auraient infesté la ville.
    Lorsque le scandale gagne la cour, le roi ordonne à La Reynie, lieutenant général de police, de démanteler les officines et de punir les sorcières. À mesure qu’il enquête, ce dernier comprend que le roi est victime d’un complot. Mais surtout, il découvre que derrière ces actes diaboliques se cache une plus grande violence encore, subie par les femmes. Maintenues toute leur vie sous l’autorité d’un père, d’un frère ou d’un mari, ont-elles d’autre choix que le crime pour conquérir leur liberté ?

    Dans cette enquête sulfureuse, Philippe Madral nous plonge au cœur d’une société en pleine mutation et revisite sous un jour complètement nouveau la célèbre affaire des Poisons, avec un souffle romanesque exceptionnel.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Nous sommes à la fin des années 1670. Louis XIV est un tout-puissant (mais contesté) roi de France.
    Le 17 juillet 1676, après plusieurs mois de cavale, Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers est rattrapée et conduite à l'échafaud, où elle est brûlée vive. Son crime ? Elle a assassiné son père et ses deux frères à l'aide de poudres et autres poisons.
    La marquise, ( à propos de l'exécution de laquelle madame de Sévigné écrira dans l'une de ses lettres « Enfin c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air : son pauvre petit corps a été jeté, après l’exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent ; de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante, dont nous serons tout étonnés. ») ne le sait pas mais son exécution marque le début d'une affaire criminelle sans précédent que l'Histoire retient sous le nom éloquent d'Affaire des Poisons et qui marquera à jamais le règne de Louis XIV. Car après la mort de la Brinvilliers, c'est une cascade d'arrestations, d'aveux plus abjects et atroces les uns et les autres qui s'abat sur la France et surtout, une tache de plus en plus grande qui s'étend sur la Cour du Roi-Soleil puisque sa maîtresse en titre, Madame de Montespan, est directement visée par des accusations, ainsi que l'une de ses dame d'honneur, Claude des Oeillets, ancienne maîtresse du roi mais aussi la comtesse de Soissons, une nièce de Mazarin et sa sœur, la comtesse de Bouillon. D'éminents personnages comme le maréchal de Luxembourg (un cousin des Condé) seront aussi mis en cause au fil de l'instruction...
    Et voilà ce XVIIème siècle éclairé qui soudain se lance dans une véritable chasse aux sorcières mais ne serait-ce pas l'arbre qui cache la forêt et ces messes noires et autres poudres de succession qui circulent à Paris comme à Versailles ou à Saint-Germain ne cacheraient-elles pas un complot plus vaste et peut-être international visant le pouvoir trop important de Louis XIV ?
    Gabriel Nicolas de La Reynie (1625 - 1709), le lieutenant général de police dont le nom restera à jamais attaché à l'Affaire des Poisons, est chargé par le roi de démêler cet écheveau. C'est lui le narrateur du récit d'Une sorcière à la Cour, lui qui nous raconte ces années qui marqueront le restant de sa vie et changeront à jamais sa perception des choses. Mis en présence d'êtres sans morale comme la Voisin, sorcière notoire dont le jardin parisien était un véritable charnier dans lequel elle enterrait des nouveau-nés utilisés à des fins de magie noire ou encore l'abbé Guibourg, un véritable religieux mais qui n'hésitait pas à tuer et à pratiquer des messes noires où le diable était invoqué, La Reynie découvre ce que l'humanité peut faire de plus horrible. Mais il découvre aussi une Cour pourrie et gangrenée, tenue en lisière par un roi qui se veut absolu et qui, traumatisé par les débordements de la Fronde dans sa jeunesse, cherche à maintenir dans une dépendance servile une noblesse turbulente. Noblesse qui, à la moindre brèche dans cette humiliante surveillance, complote contre ce roi à qui l'ont fait d'hypocrites courbettes mais que l'on voudrait bien voir mort...car l'Affaire des Poisons, si simple au premier abord, dissimule peut-être une motivation politique plus occulte et tortueuse et qui impliquerait directement l'ennemie irréductible de la France, l'Angleterre, dont la situation politique et religieuse en cette fin de XVIIème siècle n'est pas non plus très simple.
    Tout au long du roman, on découvre la manière dont La Reynie mène son instruction : entre le danger que cela lui fait courir, ainsi que sa famille et l'obstruction quasi systématique qui vient d'en haut, du roi comme de ses ministres (dont la sourde rivalité n'est pas pour faciliter la tâche du lieutenant général de police), qui s'impatientent quand cela ne va pas assez vite pour eux mais freinent des quatre fers quand d'éminents courtisans sont clairement mis en cause, on peut dire que sa tâche n'est pas évidente et que les doutes et les scrupules l'accompagnent bien souvent.

     

    Gravure représentant la marquise de Brinvilliers en train d'empoisonner son père. 


    J'ai été assez surprise de voir que la manière d'enquêter à la fin des années 1670-1680 est finalement assez similaire à ce que l'on peut connaître aujourd'hui, les moyens en moins (la police scientifique n'existe pas encore)... La Reynie est finalement l'un des premiers policiers modernes, souhaitant mener sa tâche le plus impartialement possible même si l'ingérence puissante du pouvoir royal l'en empêche bien souvent. On imagine aisément ce que l'implication de la favorite royale, mère de six enfants légitimés de Louis XIV dans une telle affaire, peut avoir comme retentissement négatif sur une cour qui n'attend que ça et sur les puissances européennes, désireuses de mettre un coup d'arrêt à la trop grande influence du Roi-Soleil et qui pourraient y voir leur heure enfin arriver pour retourner une situation qu'ils ne font que subir.
    Avec la précision de l'historien et le style du romancier, Philippe Madral, docteur en Histoire, fait revivre ce tournant du règne flamboyant de Louis XIV qui est alors en train de s'acheminer vers les ténèbres d'une interminable fin de règne marquée par la vieillesse du roi et la bigoterie : on est loin des fêtes fastueuses du début du règne personnel et même si Versailles, le grand projet du règne, est encore un vaste chantier, Louis XIV vieillit et s'assagit...ses relations avec Madame de Montespan perdurent mais sont houleuses et il n'est pas loin de se détourner de sa maîtresse pour la simplicité et la discrétion de l'ancienne gouvernante de ses enfants, Madame de Maintenon, entraînant une sourde rivalité entre les deux femmes.
    Il nous montre aussi ce que la condition des femmes avait de peu enviable au XVIIème siècle : la dépendance aux hommes, la place insignifiante dans une société qui considère les femmes comme des mineures perpétuelles, l'éducation fortement patriarcale et souvent bâclée...En cela, la citation du résumé est révélatrice : et si ces sorcières que l'on arrête en masse entre 1676 et 1680 n'étaient finalement que les produits d'une société, la création des hommes qui, en les maintenant dans une dépendance systématique, arment le bras de femmes souhaitant se libérer de leurs chaînes ? Et si ses sorcières n'étaient que la réponse à un désir plus grand de sortir de ce système qui humilie et rabaisse ? Madame de Brinvilliers, victime des hommes sa vie durant et finit par les assassiner froidement et d'autres femmes, battues, humiliées, violées parfois, qui finissent par user de poudres et autres substances pour envoyer ad patres leurs bourreaux seront sacrifiées et on tentera ensuite par tous les moyens d'étouffer une affaire qui dépasse l'entendement et met la société devant ses propres limites. 
    Voilà les tortionnaires devenus victimes et les victimes devenues bourreaux, que l'on immole à la faveur de la bien-pensance et de la supériorité masculine indiscutable.
    L'Affaire des Poisons reste un événement retentissant et sans précédent dans l'histoire de France. C'est une vieille recrudescence de ces chasses aux sorcières qui rappellent les temps sombres du Moyen Âge. Et c'est en même temps une affaire bien de son temps, qui visent bien des incohérences et des faiblesses de cette société d'Ancien Régime finalement pas si flamboyante que cela.
    Peu connu, Une sorcière à la Cour mérite pourtant d'être lu. Si vous aimez les romans historiques dynamiques et bien documentés, nul doute que vous pourrez trouver votre bonheur avec ce livre qui allie ce qui, pour ma part, me convainc particulièrement quand il s'agit de romans historiques : la fiabilité de l'historien et les bases solides d'un récit romancé certes mais alimenté par des faits authentiques et documentés et le style du romancier, qui nous fait nous immerger entièrement dans une ambiance et une époque bien restituée. Pour moi, une réussite : j'ai sillonné les quartiers malfamés de Paris comme les couloirs et les salons de Versailles, dans le sillage de La Reynie, un personnage un peu figé et convenu et qui reprend de la consistance sous la plume de Philippe Madral.

    Gabriel Nicolas de La Reynie - Pierre Mignard.jpg

     

    Portrait de Gabriel-Nicolas de La Reynie par Pierre Mignard. Lieutenant général de police de 1667 à 1697, son nom reste lié à jamais à l'Affaire des Poisons, dont il mena l'instruction. 

    En Bref :

    Les + : le style dynamique de l'auteur, servi par un contexte historique restitué de manière cohérente et rigoureuse. Une vraie réussite. 
    Les - : pour moi, aucun. Un roman historique comme je les aime.


    2 commentaires
  • « Assis là, seul, la couronne en or auréolant son crâne, Henry déroula la carte et suivit des yeux le tracé d'une côté qu'il n'avait encore jamais vue. »

    Couverture Les serpents et la dague

     

     

         Publié en 2016 en Angleterre 

      En 2020 en France (pour la présente édition)

      Titre original : Sons of Blood

      Editions Pocket 

      648 pages 

      Premier tome de la saga Les Serpents et la Dague 

     

     

     

     

    Résumé :

     1483, Angleterre : la guerre des Deux-Roses s'achève, mais le royaume reste fragile et divisé. Lorsque le roi Edward IV meurt subitement, les anciennes rivalités se ravivent et une lutte impitoyable s'engage pour s'emparer du pouvoir suprême. Conscient du danger qui menace la Couronne, Thomas Vaughan, l'ancien chambellan du roi, rappelle Jack Wynter, son fils illégitime exilé en Espagne, afin qu'il le soutienne dans son combat pour maintenir l'autorité royale. 
    Or, le retour de Jack n'est pas vu d'un bon oeil par les rivaux de la Cour, ni par son demi-frère Harry qui rumine amèrement la préférence de leur père pour ce fils bâtard. Car Jack n'est pas seulement pour sauver le royaume, il conserve aussi un trésor qui pourrait changer l'avenir du pays et que son ère lui a demandé de garder, même au prix de sa vie. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après les Templiers et l'ascension de Robert Bruce, dans L'Âme du Temple et Les Maîtres d'Écosse, Robyn Young ne s'attaque pas au moindre épisode de l'histoire de l'Angleterre, au contraire. Sa nouvelle saga ne traite rien de moins que de la guerre des Deux-Roses, ce conflit civil qui, à la fin du XVème siècle, fait basculer l'Angleterre dans la Renaissance, avec l'émergence d'une nouvelle dynastie, celle des Tudor. Pour moi, ce conflit permet de vérifier la règle qui veut que, bien souvent, la réalité dépasse la fiction et je pense que ce n'est pas un hasard si l'auteur de la fameuse saga Game of Thrones, G.R.R Martin, admet s'en être inspiré pour sa saga de fantasy médiévale ! 
    Nous sommes au début de l'année 1483. Après plusieurs années de paix fragile, le roi Edward IV meurt, laissant deux jeunes fils et une situation politique complexe. Son ambitieux frère, le duc de Gloucester, nommé lord Protecteur du royaume, écarte son neveu Edward pour prendre la couronne, faisant place nette autour de lui. Thomas Vaughan, homme de confiance du jeune Edward et ancien chambellan de son père, est l'une des premières victimes de ce raz-de-marée politique et dynastique. Avec lui, la famille de la reine douairière, Elizabeth Woodville, vacille aussi sur ses bases.
    À Seville, le fils illégitime de Vaughan, James Wynter, surnommé Jack, se morfond dans les salles de jeu et les bordels du port espagnol. Son père l'a éloigné d'Angleterre en lui confiant un mystérieux rouleau contenant une carte mais Jack n'en sait pas plus et ne connaît pas l'importance de cette carte du monde. Au moment où Richard de Gloucester s'empare du pouvoir en Angleterre, Jack retrouve son pays natal et, dans un contexte trouble où partisans ricardiens et opposants, ralliés aux Woodville ou à Margaret Beaufort, porte-drapeau de son fils Henry Tudor, exilé en Bretagne s'opposent, le jeune homme découvre peu à peu l'importance de l'objet que lui avait confié son père avant de l'envoyer en Espagne et surtout, que ledit objet semble semer la mort derrière lui... quelle est l'importance cachée de cette carte du monde, pour le moins subversive ? Quel est l'enjeu de sa possession et quelle puissance implique-t-elle ? Enfin, quel est le message caché derrière la dernière lettre de Thomas Vaughan, écrite avant qu'il ne monte à l'échafaud et pourquoi portait-il un anneau avec un étrange symbole faisant référence à un ancien dieu grec ? Plein de questions que Jack se pose, en même temps que nous, bien entendu.
    Très bonne fiction historique, Les serpents et la dague nous transporte à une nouvelle époque : après avoir découvert avec intérêt, sous la plume de Robyn Young, l'ascension du roi d'Écosse Robert Bruce, cette nouvelle série concentrée sur la guerre des Deux-Roses ne pouvait que me plaire. Cette époque charnière pour l'Angleterre, qui fait le lien entre le Moyen Âge et l'époque moderne (notamment marquée par les règnes d'Henry VIII et de sa fille Elizabeth Ière, dont la dynastie émerge à ce moment-là) est passionnante ! Cette lutte familiale pour le pouvoir n'est pas sans rappeler ce qui s'est passé en France au début du XVème siècle, avec le conflit qui opposa les Armagnacs aux Bourguignons. Elle va surtout faire naître une dynastie connue dans le monde entier et qui, malgré son règne court (un peu plus d'un siècle) va marquer l'histoire de l'Angleterre : la dynastie Tudor, victorieuse de Richard III sur le champ de bataille de Bosworth en 1485.

    Description de cette image, également commentée ci-après

     

    Une vision romantique de la bataille de Bosworth Field (août 1485), qui coûta la vie à Richard III et à plusieurs de ses compagnons. Immortalisée par Shakespeare dans sa pièce Richard III, la bataille l'est ici, en 1804, par Philippe-Jacques de Loutherbourg. 

     


    La connaissance que j'avais de cette époque vient de quelques lectures et surtout des romans de Philippa Gregory qui a notamment consacré une longue saga, The Cousin's war, à la guerre des Deux-Roses, en se concentrant essentiellement sur les figures féminines qui émaillent le conflit : Elizabeth Woodville mais aussi sa fille, Elizabeth d'York (future mère d'Henry VIII) ou encore Anne Neville, la fille du faiseur de roi, le comte de Warwick. Si j'ai aimé ses deux romans, La Reine clandestine et La Princesse blanche, qui racontent l'histoire d'Elizabeth Woodville et d'Elizabeth d'York, je n'avais pas trouvé pour autant qu'ils fassent partie de ses meilleures productions... et je reste encore perplexe devant les adaptations en série de ces deux romans : c'était plaisant à regarder mais pas forcément historiquement fiable.
    Ça l'est beaucoup plus chez Robyn Young même si l'auteure s'est permis quelques libertés de chronologie ou le développement de quelques hypothèses très romanesques et pas du tout certifiées par les historiens. Mais qu'importe, du moment que c'est cohérent. On s'aperçoit que cette guerre, relativement bien connue en ce qui concerne sa chronologie ou ses acteurs, comporte encore des zones d'ombre : c'est par exemple le cas pour ce qui est de la survivance des petits princes de la Tour, les deux fils d'Elizabeth Woodville et Edward IV, dont on perd la trace à partir de septembre 1483. Mis à l'écart par leur oncle dès sa prise de pouvoir, l'Histoire officielle retient en général que les deux garçons furent éliminés par les hommes de Gloucester, devenu Richard III, sans que l'on en sache bien plus, au final. Je me suis aperçue que cet épisode inspire beaucoup les romanciers anglo-saxons, un peu comme la possible survivance du petit Louis XVII peut nous passionner en France !!
    Ce roman m'a aussi beaucoup évoqué la saga Les Maîtres d'Écosse : l'histoire avec un grand H se mêle à une sorte d'enquête plus prophétique, plus ésotérique ou mystérieuse et j'ai également pu établir plusieurs parallèles entre le personnage de Jack Wynter et celui du jeune Robert Bruce, qui bataille pour la conquête du trône écossais. Jack, lui, bataille pour la vérité, ce qui est tout aussi honorable.
    Bref, ce premier tome qui mêle vérités et fiction m'a franchement convaincue et captivée ! Les deux intrigues (la carte et la mystérieuse Académie jointes à la prise de pouvoir de Richard de Gloucester puis celle de Tudor) se mêlent bien et le contexte historique, vraiment passionnant, sert de pont, de tremplin, à une quête pleine de mystères et qui évoquent des croyances ancestrales (la route de l'ouest, le mythe de l'Atlantide etc...)
    Le seul petit bémol que je soulèverais, c'est que le roman est peut-être par moments un peu inégal. J'ai eu l'impression que mon intérêt baissait parfois avant de remonter puis de stagner. Certains chapitres ne m'ont pas passionnée et j'ai donc ressenti quelques longueurs.
    Cela ne m'empêche pas de ressortir de ce roman enchantée ! L'idée que se fait Robyn Young de cette époque est proche de ce que j'en pense aussi donc je me suis retrouvée dans son propos. La suite me tend déjà les bras, j'ai hâte et j'y vois là un très bon signe ! J'ai beaucoup trop hâte de lire La Cour des Loups

    Les Serpents et la Dague ; Robyn Young

     

     

    Quelques personnages majeurs du récit : Margaret Beaufort, Richard III, sa nièce Elizabeth d'York et Henry Tudor, époux d'Elizabeth et fils de Margaret.

    En Bref :

    Les + : une saga très visuelle, à l'écriture précise qui permet de vraiment vivre l'intrigue. Parfois, j'avais l'impression d'être devant un écran et de regarder une série. Quand à l'intrigue, savant mélange de vérités historiques et de romanesque, elle est solide et captivante.
    Les - :
    quelques inégalités, des longueurs en milieu de roman. J'ai relevé aussi quelques petits anachronismes mais, sur l'ensemble du roman, ce n'est vraiment rien de bien grave !


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