• « Parigné-l’Évêque était vidé de sa population masculine. On ne voyait que des vieillards assis devant la porte de leur maison, les mains rassemblées sur le pommeau de la canne et, dodelinant douloureusement de la tête, ils regardaient le monde s'agiter autour d'eux avec un regard apitoyé. »

    Couverture Le courage de Louise

     

     

     

         Publié en 2020

      Editions Archipoche

      312 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    C'est la fête à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe. En ce jour de la Saint-Jean, Louise, 20 ans, se laisse séduire par Justin, un fermier des environs. Le garçon, qui vient de reprendre l'exploitation familiale après la mort de ses parents, tombe sous le charme de la jeune lavandière. 

    A peine sont-ils mariés que la guerre éclate - la grande, celle de 14. Justin troque la fourche pour le fusil et s'en va labourer les champs de bataille. Son épouse, qui ignore tout des travaux de la ferme, se retrouve seule. 

    Mais, à l'heure de la moisson, une extraordinaire entraide s'organise. Louise peut compter sur le soutien de ses voisines, privées comme elle de leur mari. Et sur celui d'un capitaine belge en mission au Mans. Ingénieur agronome dans le civil, l'homme va se montrer d'un grand secours. Peut-être même trop...

    Un magnifique hommage aux femmes qui ont contribué à la survie du pays aux heures les plus terribles de son histoire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le Courage de Louise raconte une histoire vraie. Certes, c'est un roman et le personnage de Louise, jeune paysanne sarthoise, n'a sûrement jamais existé, hormis dans l'imagination de Raphaël Delpard et pourtant... cette jeune femme qui est au centre de ce roman historique personnifie toutes ces femmes, mères, filles, épouses, sœurs qui, en Quatorze, ont vu partir les hommes pour un conflit qui dura quatre ans et fit près de dix millions de morts.
    Nous sommes donc au début de l'été 1914. Louise et Justin sont jeunes mariés quand la mobilisation générale est décrétée début août. C'est le départ des plus jeunes, parfois la fleur au fusil, comme on dit, tandis que les femmes, à l'arrière, s'organisent. A Parigné-l’Évêque, Louise, comme les autres femmes, va devoir apprendre à vivre seule, à s'occuper de la ferme, alors qu'elle ne l'a jamais fait. Elle va apprendre la solitude mais aussi la solidarité qui s'instaure spontanément entre les femmes du village, toutes concernées par le conflit : car elles ont toutes un homme au front, un ou plusieurs, pour lequel s'inquiéter. Louise, pendant ces quatre ans de guerre, va grandir, s'enhardir, découvrir qu'elle est capable de faire des choses auxquelles elle n'aurait jamais songé avant : gérer son argent, vendre les produits de la ferme au marché, porter des pantalons... La guerre de Quatorze, c'est une horreur sans nom qui aura pourtant permis aux femmes de se rendre compte de leur valeur, que leur voix compte et elles seront bien déterminées, à la fin du conflit, à être reconnues, ce qui sera le cas petit à petit, même si le processus sera long (n'oublions pas que le droit de vote ne sera accordé aux Françaises qu'en 1944).
    Ce roman c'est une histoire vraie et une histoire qui nous touche tous. Aucun autre conflit ne fédère autant le souvenir que celui-ci : peut-être parce que chaque famille, sans distinction, sera touchée...peut-être parce que chacun d'entre nous, aujourd'hui, a le nom d'un ou plusieurs ancêtres inscrits sur un monument aux morts...peut-être aussi parce que toutes ces femmes mises en scène dans les romans ou les films, nous évoquent nos arrière-grand-mères ou arrière-arrière-grands-mères. Ces femmes que l'ont n'a pas connues, hormis sur le papier jauni des vieilles photos, restent malgré tout, dans l'imaginaire commun, celles qui, avec beaucoup de courage, soutinrent le pays alors que tout s'effondrait.

     les  femmes pendant  la  guerre de  14..18

    Près de 850 000 femmes prirent la tête de l'exploitation agricole de leur époux, en 1914. 

    Évidemment, il ne me viendrait pas à l'idée de comparer ce que nous vivons actuellement avec le cataclysme que fut la déclaration de guerre en août 1914. Mais on peut aisément imaginer la sidération des gens, leur désarroi devant une situation incontrôlable, l'angoisse à l'idée de vivre dans un monde qui ne sera plus jamais comme avant, par rapport à ce que nous-mêmes avons vécu ces derniers mois. Nous avons vu combien il est difficile de vivre dans une actualité constamment anxiogène. On peut donc comprendre combien la vie, pendant ces quatre années, fut difficile. Surtout quand un ou plusieurs proches risquent leur vie à des centaines de kilomètres de chez eux, sans qu'on en ait de nouvelles pendant des semaines, voire des mois...
    Les femmes de Quatorze furent des précurseurs, elles furent celles, citadines ou rurales, qui pour la première fois prirent vraiment conscience de leur valeur en tant qu'individu. Non, les femmes ne sont pas que les faire-valoir des hommes, non elles ne sont pas nées pour n'être que des épouses et des mères. Et après en avoir pris conscience, elles bouleverseront la société de leurs revendications. De ces femmes, nous sommes les héritières...
    Ce que j'ai aimé en Louise, la jeune héroïne du roman, c'est que justement, elle n'a rien d'une héroïne ni d'une femme puissante, au départ. On ne sait pas quel âge elle a exactement (même s'il est mentionné dans le résumé qu'elle a 20 ans, son âge n'est jamais dit clairement dans le roman) mais on sent qu'elle est toute jeune. 

    Ayant passé une enfance et une jeunesse isolées, Louise découvre les interactions sociales, l'entraide et la solidarité, elle apprend à recevoir mais aussi à donner sans contrepartie, à aider et à se faire aider sans fierté. En quatre années de guerre, elle grandit, devient plus forte et plus sûre d'elle, après des débuts difficiles. Louise m'a beaucoup plu pour ces raisons. Elle est touchante et souvent attendrissante de part sa naïveté. Contrairement aux héroïnes très féministes et presque révoltées de Jeanne-Marie Sauvage-Avit, Louise, elle, est une jeune femme comme il y'en a beaucoup à l'époque, pour qui la vie conjugale est une fin en soi. Elle apprendra sa valeur à la faveur du conflit, se rendant compte de ses limites mais aussi des champs des possibles. C'est une autre approche, mais que j'ai appréciée aussi : Louise, les premiers mois, est perdue et démunie et il est intéressant que l'auteur ait bien décrit ces sentiments. 
    La seule chose que je regrette, c'est que le roman démarre très rapidement, on est tout de suite dans le bain sans savoir qui sont Louise et Justin, à part quelques informations distillées dans les premières pages. Et puis d'un coup, le rythme se ralentit, peut-être un peu trop... j'avoue avoir eu un sentiment d'inégalité par moments qui n'a cependant pas entaché pour autant mon intérêt pour cette lecture. 
    Cette jeune Louise est attachante et on se plaît à mettre nos pas dans les siens, découvrant le bocage sarthois du début du XXème siècle, qui symbolise si bien cette France d'antan qui fut celle de nos ancêtres...pas si lointains que ça

    JE REMERCIE LES ÉDITIONS DE L'ARCHIPEL ET MYLÈNE POUR CET ENVOI ! 

    En Bref :

    Les + : un bel hommage à toutes ces femmes qui, en 1914, prirent en charge les exploitations agricoles et la vie à l'arrière. Ces femmes, elles évoquent forcément quelque chose à chacun d'entre nous, puisque ce sont nos aïeules...si Louise est un personnage fictif, elle n'en personnifie pas moins toutes ces femmes courageuses qui découvrirent leur valeur à la faveur de l'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire. 
    Les - :
    un début peut-être un peu trop rapide, précédant des chapitres plus descriptifs et plus lents, ce qui donne un sentiment d'inégalité.


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  • « Je suis une personne ordinaire, mais l'époque ne l'était pas, et quelques fois le destin nous réserve des moments intenses où nous pouvons nous croire des êtres exceptionnels. »

    Couverture Sous le velours, l'épine

     

     

     

       Publié en 2017

     Editions Pocket 

     730 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé : 

    Une rencontre imprévue, un visage d'autrefois croisé par hasard à la gare de Toulouse, c'est tout ce qu'il faut pour faire ressurgir du passé les souvenirs enfouis d'une mystérieuse octogénaire.
    Ancienne résistante, Rose dissimule un secret dont elle cherche désespérément à se libérer. Après avoir connu l'insouciance d'avant-guerre, cette jeune provinciale va plonger au cœur de la barbarie et de la cruauté humaine. Amours, haine, courage, lâcheté, cette fresque est celle d'une inexorable obsession de vengeance. Celle d'une femme que la guerre va bouleverser jusqu'au point de non-retour. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 2003, Hervé Berthier fait la connaissance de Rose Calmont, une vieille dame de 84 ans, croisée près de la gare de Toulouse alors qu'il y attend sa femme, Sylvie.
    Prenant prétexte d'une ressemblance frappante entre Hervé et son frère Marius, Rose décide de raconter à son nouvel ami sa vie pendant l'Occupation et son passé de résistante.
    Arrivée à Toulouse à la veille de la guerre pour ses études de droit, Rose, âgée d'à peine vingt ans, découvre les réalités d'un pays gangrené par l'incertitude et la violence des haines raciales, alimentées par le contexte européen.
    Quand éclate la guerre et que la France est occupée, avec une poignée d'amis et son compagnon, Xavier, Rose crée un réseau de résistance, le groupe Dantès, baptisé ainsi en référence au fameux héros de Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo. Faisant d'abord passer des messages, le groupe Dantès s'investit de plus en plus dans la Résistance, allant jusqu'à traquer les gros bonnets de la Milice ou de la collaboration toulousaines.
    Pendant toutes ces années, Rose connaît l'exaltation des combats clandestins, la griserie de se battre pour ses idéaux et ses convictions mais aussi l'horreur de la détention et des interrogatoires et la détresse de voir disparaître ses compagnons d'armes, tués ou déportés vers l'Allemagne, dont beaucoup ne reviendront pas...
    Derrière la frêle image d'une dame âgée et fatiguée, apparaît celle de la jeune femme qu'elle a été, courageuse et digne, même dans l'adversité. Se dévoilent aussi tous les paradoxes d'une époque où la noblesse d'âme a côtoyé le pire de l'humanité. Et l'inévitable question, lorsqu'on aborde cette époque, de savoir dans quel camp nous nous serions nous-mêmes trouvés si nous avions été confrontés aux mêmes choix que toutes les personnes qui ont connu la guerre, apparaît ici comme bien insoluble et peu évidente...sans manichéisme et sans jugement, l'auteur aborde l'époque de l'Occupation dans toute sa complexité, pointant subtilement du doigt l'idée reçue et largement répandue que la France d'alors n'était divisée qu'entre Résistants courageux et patriotes et collabos fascites à la solde de l'Allemagne nazie, de la Gestapo et de la Milice.
    Je ressors de cette lecture assez agréablement surprise. Si je n'ai pas toujours été séduite par le style de l'auteur, il ne faut pas oublier que Sous le Velours, l'épine est un premier roman et que, dans l'ensemble, il est bien mené, bien ficelé et cohérent. Si l'auteur n'en parle pas, je pense toutefois qu'il lui a fallu consacrer pas mal de temps aux recherches historiques qui sont venues étayer l'histoire de Rose et lui apporter cette véracité qui, pour moi, est si importante dans les romans historiques. Que l'on soit dans le romanesque, d'accord, mais un peu d'authenticité historique ne fait pas de mal et je crois qu'Alain Roquefort a su vraiment s'approprier son sujet, restituer l'ambiance délétère, dangereuse et angoissante qui fut celle de ces années de guerre et d'Occupation, dans une France presque à l'arrêt, engourdie par la défaite aussi amère qu'inattendue de mai 1940 puis l'instauration de la Collaboration avec l'Allemagne par le régime de Vichy. La Résistance et les maquis, qui se développent progressivement après l'appel du 18 Juin, puis la mise en place du STO, sont aussi bien décrits par l'auteur : des jeunes hommes et des jeunes femmes qui mettront leurs vies en danger pour défendre leur patrie et surtout, leur idéaux. Des jeunes hommes et des jeunes femmes qui, parfois, la perdront de la pire des manières, torturés ou exécutés dans les sinistres locaux de la Milice, à la botte de l'occupant.
    Si vous aimez les romans historiques, comme moi, je pense que vous aimerez Sous le Velours, l'épine. L'histoire est dense et riche, elle émeut, parfois elle serre la gorge d'angoisse, on a envie de tourner les pages pour s'assurer que nos héros vont bien, on ressent de la colère, parfois du dégoût face au comportement nauséabond de certains ou alors, une véritable émotion devant le dévouement des autres.
    Je me suis attachée assez rapidement à Rose, que l'on découvre à divers âges de la vie : jeune femme encore, nouvellement arrivée en ville et étudiante en droit ; puis résistante convaincue et n'hésitant pas à prendre des risques ; enfin, femme plus mûre, ayant connu bien des épreuves ; puis, pour finir, vieille dame de plus de quatre-vingts ans désireuse de parler de son passé, de laisser une trace, un héritage...j'ai trouvé le personnage plein de profondeur et vraiment travaillé, ce qui peut manquer parfois dans un premier roman. Tous les personnages sont tout à fait à leur place dans cette intrigue qui, par certains aspects, m'a rappelé la série Un Village Français, qui aborde un peu les mêmes thématiques.
    J'ai quitté à regret le Toulouse des années 40 et nos héros, donc je pense que, malgré quelques petites faiblesses, c'est le signe que ce roman est bon (du moins, à mes yeux). J'ai passé un agréable moment en compagnie de Rose et d'Hervé et surtout...je n'ai pas vu arriver la fin, qui m'a beaucoup émue.
    Une belle surprise, vraiment, que ce roman mi-historique, mi-régionaliste qui décrit très bien une période pas évidente de notre Histoire mais dont nous devons nous souvenir même si elle nous met mal à l'aise

    En Bref :

    Les + : un roman bien mené, avec une intrigue cohérente et solide, notamment du fait de la fine restitution historique d'une époque compliquée. L'auteur n'est pas tombé dans le manichéisme et le jugement facile et bravo à lui pour cela. 
    Les - :
    surtout dans les dialogues, parfois j'ai retrouvé quelques lourdeurs qui ont rendu ma lecture inégale, mais ce n'est rien de grave.


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  • « Tu dois t'endurcir si tu veux aller loin, Marco Polo. Car le chemin est long et effrayant. Pense au lendemain, cela t'aidera. A chaque matin suffit son aube. »

    Couverture Marco Polo, tome 1 : La caravane de Venise

     

     

         Publié en 2001

      Editions 1 (Edition°1)

      415 pages 

      Premier tome de la saga Marco Polo

     

     

     

     

     

    Résumé :

     1271. Marco Polo n'a que dix-sept ans lorsqu'il quitte Venise avec son père et son oncle pour rejoindre la cour de Khoubilaï, petit-fils de Gengis Khan et héritier de l'immense Empire mongol qui s'étend de la Russie à l'océan Pacifique. 

    A une époque où il faut près d'une année pour traverser l'Asie, la Route de la Soie est celle de tous les dangers. Quinze mille kilomètres séparent la toute puissante cité des Doges de la mystérieuse Pékin. Quinze mille kilomètres de déserts brûlants ou glacés, à travers les cols vertigineux de l'Himalaya. Pour survivre, Marco Polo est prêt à braver la fureur des éléments. Émissaire du pape Grégoire X, messager secret de l'ilkhan Abaga, il devra déjouer les pièges des hommes, brigands, guerriers ou espions, afin de poursuivre son rêve. Dans les bras d'une esclave aux yeux d'amande, il découvre l'amour. Et quand la caravane de Venise arrive devant le Grand Khan, l'adolescent fougueux est devenu un homme et, sans le savoir, le plus célèbre des aventuriers. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au début des années 1270 à Venise, le jeune Marco est un adolescent comme les autres. Amoureux de la belle et capricieuse Donatella, il vit seul avec sa mère qui attend désespérément le retour de son époux, parti huit ans plus tôt pour l'Orient et d'où il n'est jamais revenu.
    À la mort de cette dernière, Marco est embauché par son oncle paternel et doit se satisfaire d'un travail modeste au port. Mais, le jour où Niccolo Polo revient enfin à Venise, alors qu'on ne l'y attendait plus, les bras chargés des splendeurs de l'Orient, emmenant dans son sillage des esclaves aux délicats yeux bridés comme Marco n'en a jamais vu, celui-ci n'a alors plus qu'une envie : voyager à son tour et découvrir cette route, pas exempte de dangers (« Là-bas, tout se ligue pour te faire renoncer. Là-bas, tu ne peux même pas accroire ce que tu vois. Attends-toi au pire, tu seras encore en deçà. »), qui emmènent les Occidentaux jusqu'aux merveilles de Khanbaliq, la capitale du Grand Khan Kubilaï. Cette route, c'est la fameuse route de la soie, si fascinante encore aujourd'hui et qui serpente, sur plusieurs milliers de kilomètres, entre l'Europe et la Chine, au milieu de paysages spectaculaires habités par des peuplades aux physiques aussi surprenants que leurs coutumes.
    La Caravane de Venise est le premier tome consacré à Marco Polo et ses fameux voyages. Et qu'importe si, aujourd'hui, bon nombre d'historiens remettent en cause les descriptions que l'on peut lire dans Le livre des Merveilles et de façon générale, la véracité des voyages de Polo en Asie, au milieu du XIIIème siècle. Le débat n'est pas tranché et nous ne pouvons dire aujourd'hui avec certitude si Marco Polo, marchand et explorateur vénitien, a bien voyagé jusqu'en Chine où il se serait mis au service du Grand Khan pendant plusieurs années avant de revenir à Venise, près de vingt-cinq ans plus tard. Le Devisement du Monde aussi appelé Livre des Merveilles est-il une pure invention ou une relation détaillée d'un voyage ayant bien eu lieu ? Aujourd'hui rien ne nous permet d'affirmer clairement l'un ou l'autre.
    Toujours est-il que ce fameux voyage, au cœur d'un Moyen Âge que l'on imagine volontiers sédentaire (ce qui n'est pas forcément le cas), a de quoi fasciner. Encore aujourd'hui on reste sans voix devant les splendeurs traversées par la route de la soie, qu'elles aient été érigées par la main de l'homme comme Samarcande ou bien qu'elles soient naturelles, comme les vallées du Tigre et de l'Euphrate, les sommets spectaculaires de l'Hindou Kouch, les déserts inhospitaliers à l'entrée de la Chine... La mondialisation nous permet de connaître ces régions, ne serait-ce que par des photos ou des reportages télévisés. On ne peut s'empêcher toutefois d'en ressentir le grand pouvoir dépaysant, le grand pouvoir de fascination qu'elles dégagent encore aujourd'hui. On ne peut alors qu'imaginer ce que pouvaient représenter ces régions du globe pour un voyageur du Moyen Âge dont l'horizon s'était arrêté, jusque là, aux limites de la lagune vénitienne. Certainement pour Marco Polo, adolescent d'une quinzaine d'années qui découvre la Terre Sainte puis le Moyen-Orient jusqu'aux steppes chinoises, ce fut comme découvrir un nouveau monde, une autre planète.

    L'arrivée à Boukhara, enluminure médiévale illustrant Le livre des voyages de Marco Polo (XVème siècle)


    Ce roman est dépaysant au possible. En nous plaçant dans les pas de ces explorateurs médiévaux, à qui se dévoilent les secrets de régions enclavées et discrètes, Muriel Romana nous fait découvrir le monde à travers leurs yeux. C'est donc doublement exotique que d'imaginer la surprise d'un jeune homme ayant toujours côtoyé des personnes à la peau claire et aux grands yeux découvrir des hommes et des femmes à la peau mate et aux yeux bridés, adorant d'autres dieux que lui et vivant différemment. C'est exotique et intéressant de suivre les pérégrinations d'un jeune chrétien en terre musulmane... Oui, réellement, on a le sentiment de découvrir un monde nouveau comme si on voyageait sur la Lune ou dans l'espace.
    Grâce à de solides recherches et des descriptions précises, servies par une superbe plume qui sait se faire poétique comme incisive, Muriel Romana signe un roman excellent et que j'ai pris un grand plaisir à découvrir. J'avais déjà beaucoup aimé La Sultane andalouse pour son haut potentiel dépaysant. Ici, j'en ai eu mille fois plus !!! J'ai voyagé dans le temps et dans des régions que je me plaisais à découvrir en même temps que les héros du roman, Marco, son père et son oncle, Niccolo et Matteo en tête.
    On suit littéralement le voyage initiatique d'un jeune homme qui devient un adulte, en découvrant le monde, la nature humaine et l'amour. Personnage intelligent et perspicace mais toujours en quête de l'aval et du regard paternels, Marco est un personnage attachant. J'ai apprécié aussi celui de Noor-Zade, l'esclave ouïgoure qui représente l'arrachement, le déracinement et l'espoir sans cesse vivace de revenir un jour chez soi.
    Ce roman a été une magnifique surprise dans la mesure où je ne m'attendais pas à aimer autant ! J'ai été happée, totalement : par les personnages, par l'intrigue, par les lieux décrits. Tout y est ! Voilà un roman comme je les aime, mêlant fiction et réalité, pour finalement créer une intrigue romanesque qui, je me plais à le croire, doit fortement ressembler à la réalité.
    Un conseil, si vous aimez les romans historiques, lancez-vous : des terres arides du Moyen-Orient jusqu'aux terres opulentes du Grand Khan, vous voyagerez dans des splendeurs oubliées, dans des senteurs d'épices et de neige.
    J'ai d'ores et déjà remonté tout en haut de ma pile a lire les deux autres tomes de la saga, que je vais garder un peu toutefois histoire de faire durer le plaisir de lecture !!! 

     

    La chasse au porc-épic dans la ville de Cassem, illustration du Livre des Merveilles

    En Bref :

    Les + : pour moi, il n'y a rien à dire, tout y est. Ce roman historique, assis sur des recherches solides, est excellent et en plus, très bien écrit. Que demander de plus ? 
    Les - :
    j'ai relevé deux ou trois coquilles d'impression ici ou là, mais franchement, au regard du fond, ce n'est qu'un désagrément mineur !

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème d'août, « Road Trip », 8/12

     


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  • « A force de trop sentir, on ne sent plus rien. »

     

     

     

     

       Publié en 1999

      Editions JC Lattès

      240 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    C'était la princesse la plus titrée et la plus fortunée d'Europe. Petite-fille d'Henri IV, fille de Gaston d'Orléans, cousine de Louis XIV, Anne-Louise duchesse de Montpensier avait à ses pieds les splendeurs du monde entier. 
    Et pourtant...
    Elle voulut tout. Elle voulut trop. Gagner l'estime de son père, le cœur de son roi ou l'amour d'un grand prince. Pendant la Fronde, elle prit parti contre Mazarin, s'empara -telle Jeanne d'Arc- d'Orléans, fit tonner les canons de la Bastille. Mais tant de passion et d'énergie finirent par se retourner contre elle. On ne lui pardonna pas ses exploits. Elle aime au point d'effrayer ceux qu'elle aimait. On l'exile et lorsqu'elle s'éprit follement d'Antoine de Lauzun, on lui refusa ce dernier bonheur. 

    Alors, avec rage, elle prit la plume et rédigea ses Mémoires pour dessiner avec brio et mordant une chronique de ce grand siècle aux contrastes si violents. 

    C'est autour de cette femme, à partir de ces Ecrits, que Jacqueline Duchêne a construit son roman : un destin extraordinairement flamboyant qu'elle fait vivre en reconstituant avec précision les mœurs et les coutumes de l'époque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    On l'appelle Mademoiselle ou encore, la Grande Mademoiselle, surnom sous lequel l'Histoire l'a retenue. Elle, c'est Anne-Marie-Louise d'Orléans, la fille aînée de Gaston d'Orléans et de la richissime Marie de Bourbon, sa première épouse, duchesse de Montpensier, héritière d'une fortune fabuleuse qu'elle léguera à son unique fille.
    Mademoiselle est la fille de Monsieur, frère du roi. Orpheline de mère dès la naissance puisque Marie de Bourbon meurt en couches, elle passera ses premières années dans le giron de Louis XIII et Anne d'Autriche, ses oncle et tante : encore stérile et se désolant d'avoir des enfants à lui, le couple royal entoure d'affection la petite fille délaissée par un père trop occupé à comploter et qui, bientôt, lui préférera sa seconde épouse, une princesse étrangère de Lorraine et les filles que celle-ci lui donnera.
    Unique cousine germaine de Louis XIV du côté français, Anne-Marie-Louise a onze ans de plus que lui. Connue pour avoir été Frondeuse, à l'instar de sa cousine Madame de Longueville ou du frère de cette dernière, le prince de Condé, ses faits d'armes sont encore racontés aujourd'hui et sont dignes d'Alexandre Dumas : elle a fait ouvrir les portes de la ville d'Orléans, telle une Jeanne d'Arc moderne. Puis, en pleine Fronde des princes, devançant son père, éternel indécis, elle s'est portée à la Bastille d'où elle a fait tirer les canons sur les troupes royales pour protéger celles de Condé.
    Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, fut une éternelle malheureuse. Déceptions et désillusions émaillent une vie riche tout en étant pauvre et qui s'éteint définitivement en 1693, dans l'amertume de ne s'être jamais mariée et d'avoir été manipulée. Bercée pendant ses jeunes années par l'idée d'épouser un jour le petit Louis, né en 1638, elle doit céder sa place à une infante inconnue (une autre cousine), pour sceller la paix avec l'Espagne. Prenant fait et cause avec les frondeurs, contre Mazarin, elle se met à dos la reine Anne d'Autriche et connaîtra même un long exil loin de la Cour, à Saint-Fargeau en Bourgogne. Manipulée, aimée et respectée pour sa fortune et les largesses qu'elle est susceptible de dispenser, courtisée par de bons partis qui finiront tous par se dérober, à commencer par son cousin le roi Charles II d'Angleterre, Mademoiselle tombe amoureuse sur le tard d'un cadet gascon laid mais roué et au charisme certain, faisant tomber toutes les femmes dans ses rets : cet homme, c'est Lauzun, qui la traitera aussi mal qu'elle l'aimera. Entichée de lui au point de demander à son cousin le roi Louis XIV l'autorisation de se marier avec lui -autorisation qui lui sera accordée puis retirée-, elle verra avec désespoir son amant partir pour la forteresse de Pignerol puis différentes prisons dont il ne sortira que pour la maltraiter, lui reprochant avec ingratitude de n'avoir jamais rien fait pour lui.
    Le destin de Mademoiselle est grandiloquent, romanesque et, en même temps, infiniment triste et solitaire. Trop riche pour trouver un parti à sa mesure et pour pouvoir se marier selon son cœur, la fille aînée de Gaston d'Orléans chemine dans la vie comme une Amazone : on en garde l'image d'une vieille fille un peu flétrie et aigrie par une vie qui ne lui a pas fait de cadeaux. Une femme un peu hors normes, en dehors des codes de son époque où une princesse devait se marier.
    Née à la fin des années 1627, morte presque à l'aube du XVIIIème siècle, sans mari, sans enfants, dépouillée de son héritage par la rapacité de Mme de Montespan, qui manœuvrera habilement pour que l'argent et les terres de la cousine riche revienne à son fils préféré, le duc du Maine, elle verra le petit Louis, chassé de Paris par les frondeurs, devenir le puissant roi de gloire que l'on connaît encore, mettant à genoux sa noblesse et la tenant en coupe réglée. Mademoiselle n'en restera pas moins rebelle dans l'âme : son combat pour imposer l'homme qu'elle aimait, peu importe son rang, en est bien la preuve.
    Encore une fois, Jacqueline Duchêne brosse le portrait d'une grande figure du Grand Siècle. Après Madame l'Etrangère, consacré à la Palatine, seconde épouse du frère de Louis XIV, Philippe et La Dame de Vaugirard, qui a pour héroïne la fameuse Madame de La Fayette ainsi que La Femme du Roi-Soleil, dédié à Marie-Thérèse d'Autriche, voilà que la romancière et historienne s'intéresse à un autre personnage féminin qui a marqué son temps pour bien des raisons.

    Portrait d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite Mademoiselle, par Louis Ferdinand Elle l'Aîné (XVIIème siècle)


    J'ai toujours eu une certaine affection pour cette Grande Mademoiselle que l'Histoire se plaît volontiers à égratigner. Parce qu'elle est femme ? Peut-être. Parce qu'elle est rebelle et ne rentre dans aucun moule ? Certainement aussi. Anne-Marie-Louise d'Orléans est une femme à part, ni un modèle, ni une antithèse non plus. Son destin fait sens au XVIIème siècle et, en même temps, elle est étonnamment moderne. Pour moi, on est injuste avec cette femme pour qui sa trop grande fortune sera la croix de toute une vie, la coupant de ses contemporains. Suscitant la jalousie et la convoitise, on s'émeut du fait que cette adolescente, puis jeune femme, délaissée par un père versatile et irrésolu puis par une tante déçue, ne trouvera jamais nulle part aucun réconfort. Aimée et trahie, donnant avec largesse et naïveté ce qu'on lui extorque en fait avec la pire des perfidies...devant nous se déroule le portrait d'une femme qui cherchera toute sa vie une reconnaissance sincère, une reconnaissance humaine, en dehors des titres, de l'argent, du rang. Son amour flamboyant pour Lauzun qui la met plus bas que terre, elle, la petite-fille d'Henri IV, en est bien la preuve pitoyable. On a envie de la prendre dans nos bras, cette Anne-Marie-Louise d'Orléans, tellement naïve à force de vouloir casser un peu la solitude terrible dans laquelle elle vit et qui, elle le sait à mesure que les années passent, sera irrémédiable.
    Par certains aspects, le destin de Mademoiselle est aussi grandiose que pathétique et l'historienne Jacqueline Duchêne décrit bien cela dans son roman. En ne laissant jamais la grande Histoire de côté, elle fait la part belle, cela dit, à l'histoire personnelle. Ces femmes qui ont eu, par la naissance ou par le mariage, parfois par les deux, des destinées fabuleuses n'en sont pas moins des êtres humains comme les autres, avec des joies, des peines, des qualités et des défauts. Mademoiselle, au-delà de sa naissance, n'eut pas une belle vie et ne fut jamais heureuse, preuve, s'il en est, que l'argent ne fait pas le bonheur.
    Le XVIIème siècle de Louis XIV ne fut pas tendre pour les femmes : la reine Marie-Thérèse ne fut jamais qu'une ombre pâle dans le sillage de son soleil de mari, Mademoiselle fut sacrifiée à la raison d'Etat et à la gloire de son cousin germain préparant d'une main de maître un règne qui resterait dans les annales comme l'un des plus fantastiques, voire le plus fantastique de l'Histoire de France. Il sacrifia aussi ses filles, ses brus, à sa propre grandeur. Mademoiselle ne fut pas la dernière, ni la première. Il n'empêche que son destin émouvant et que cette femme qui toute sa vie ne chercha qu'à se faire aimer est touchante. Elle nous parle au-delà des siècles parce que, au fond, ses aspirations ne sont-elles pas les nôtres aussi ?

    En Bref :

    Les + : en alliant politique, Histoire et histoire personnelle, Jacqueline Duchêne dresse le portrait nuancé d'une princesse à la personnalité complexe et hors normes. 
    Les - : 
    Aucun ! C'est toujours aussi passionnant. 


    2 commentaires
  • « Elle avait remporté le combat qu'elle s'était assigné en secret ; elle avait vaincu les idées reçues, bousculé un peu l'ordre établi et surtout défendu Rosette en même temps qu'elle se défendait elle aussi. »

    Couverture Angélina, tome 3 : Le souffle de l'aurore / La force de l'aurore

     

     

       Publié en 2017

       Editions Le Livre de Poche

       666 pages 

       Troisième tome de la saga Angélina, les Mains de       la Vie

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Ariège, 1882. Angélina et son mari Luigi reviennent à Saint-Lizier après un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. La jeune femme, enceinte de quatre mois, a hâte de retrouver son dispensaire et d'exercer à nouveau son métier de sage-femme. Elle ne mesure pas la haine aveugle que lui voue l'épouse de son ancien amant, Guilhem Lesage, qui ne s'est jamais véritablement dépris d'elle. Découvrant par hasard qu'Angélina a pratiqué un avortement sur sa servante Rosette, elle dénonce les deux femmes à un juge dont elle est la maîtresse. Angélina et Rosette sont arrêtées et emprisonnées sous la menace de la pire des sanctions : l'envoi au bagne...
    Le destin passionnant d'Angélina, une héroïne aussi belle qu'audacieuse, qui trouvera dans l'amour pour son mari la force de résister à la plus inique des machinations, à une époque encore très imprégnée de préjugés et de superstitions. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec La Force de l'Aurore, Marie-Bernadette Dupuy clôture sa saga de la costosida Angélina Loubet, dans l'Ariège du XIXème siècle. Dire que je quitte les personnages sans un petit pincement au coeur serait mentir... cette saga ne m'a jamais pleinement convaincue mais ça reste un beau portrait de cette France de la fin du XIXème siècle, qui est plus est dans les très beaux et sauvages décors des Pyrénées.
    Nous sommes au printemps 1882 : Angélina et Luigi, son mari, rentrent à Saint-Lizier après un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Le couple est plus amoureux que jamais et Angélina porte depuis quelques mois leur premier enfant. Ou du moins, le premier enfant de Luigi... et concernant le secret entourant la naissance du petit Henri, près de quatre ans plus tôt, il n'a jamais été aussi près d'être révélé au grand jour.
    Angélina ne le sait pas encore mais ce retour au pays qu'elle attendait tant ne va pas se faire sans mal... d'abord il y'a Guilhem, son premier amour, qui n'a de cesse de vouloir la revoir... et il y'a aussi la femme de Guilhem, Léonore qui, depuis son arrivée en Ariège l'année précédente, voue une jalousie haineuse à Angélina.
    Alors que les Lesage apprennent qu'Henri est en fait le fils illégitime de Guilhem et Angélina, celle-ci se retrouve alors accusée d'avoir pratiqué un avortement sur la personne de sa servante, la jeune Rosette : celle-ci se retrouve menacée d'être envoyée au bagne à Cayenne tandis qu'Angélina encourt une peine de prison et l'interdiction d'exercer sa profession de sage-femme.
    Vous l'aurez compris, ce dernier tome ne sera pas de tout repos. Inscrit dans la continuité du précédent, il est essentiellement centré autour du secret d'Angélina et Rosette, brutalement révélé au grand jour avec les conséquences qu'on peut attendre. À l'époque, l'avortement est un crime sévèrement puni et condamné par l'Église. Être fille-mère, c'est le déshonneur et des jeunes femmes prennent le risque de s'en remettre à celles que l'on appelle des faiseuses d'anges et qui sont passibles de la prison si jamais leurs pratiques sont découvertes. Les jeunes femmes qui se résolvent à recourir à un avortement risquent elles aussi des poursuites d'où, parfois, des drames quand elles se retrouvent piégées dans une situation inextricable, certaines mettant fin à leur jour. D'autres meurent dans les mains des femmes qui les font avorter parce que, pratiqué
    secrètement et souvent dans de mauvaises conditions d'hygiène, c'est un acte qui n'est pas sans risques. Comme la naissance, d'ailleurs qui, il y'a cent-quarante ans et même moins, coûtait la vie de nombreuses femmes et de beaucoup de bébés.
    À nouveau, Angélina se retrouve prise dans la tourmente et ne va pouvoir compter que sur elle-même, ses idéaux et le soutien des siens pour s'en sortir.
    Ce troisième tome, le dernier, c'est aussi l'occasion de se mettre en paix avec ses vieux démons... c'est le moment de dire adieu, aussi... et c'est le temps des révélations... La force de l'aurore clôture bien cette saga historique et régionaliste qui nous fait revivre un moment cette France d'autrefois.
    Quand j'ai lu Les mains de la vie, le premier tome, il y'a plus de quatre ans, j'avais aimé l'intrigue, mais j'avais été nettement moins séduite par la forme... entendons-nous bien, j'ai trop de respect pour les auteurs pour me permettre de dire que l'un écrirait mal. Non. Marie-Bernadette Dupuy n'écrit pas mal, mais j'avoue que je ne suis pas séduite par son style et notamment par les dialogues parfois un peu ampoulés et qui en deviennent, de fait, légèrement artificiels. Malheureusement cela n'a pas changé avec les deuxième et troisième tomes mais la force du sujet et les personnages attachants m'ont donné envie de continuer et je ne le regrette pas.
    Paradoxalement, même si le style de l'auteure m'agace par moment, il y'aurait pu y'avoir un quatrième tome de cette saga, voire un cinquième, je crois que je les aurais lus sans hésiter parce que malgré les petits défauts et faiblesses de cette saga, on sent toute la sincérité et l'investissement de l'auteure dans cette trilogie...Angélina est une héroïne attachante, forte de ses convictions, qu'elle défend avec beaucoup de cœur. Au-delà de ça, Marie-Bernadette Dupuy dépeint aussi très bien la vie rurale française à la fin du XIXème siècle, une vie encore simple et emplie de superstitions et de religion. En lisant ce roman et les précédents, on s'imagine volontiers nos ancêtres vivant de cette manière, simplement, travaillant leurs terres ou tenant leurs commerces et allant à l'Eglise le dimanche parce que, malgré tout, on craint Dieu et on en appelle encore à lui pour beaucoup de choses. Mais, en même temps, la fin du XIXème siècle, c'est l'entrée timide de la modernité dans la vie de chacun, à commencer par la médicalisation de certains métiers de santé pratiqués depuis la nuit des temps, comme celui de la sage-femme,
    indispensable mais souvent exercé par une femme plus âgée et ayant elle-même eu un ou plusieurs enfants, sans forcément posséder les compétences médicales d'une sage-femme diplômée comme Angélina, à commencer par des mesures d'hygiène qui, si elles nous paraissent comment allant absolument de soi aujourd'hui, ne sont pas forcément un réflexe à l'époque. Or, ce manque d'hygiène, notamment chez les sage-femmes qui ne se lavent pas systématiquement les mains avant de pratiquer un accouchement, peut entraîner la mort de la mère par infection...le manque de connaissances médicales et obstétriques peut entraîner la mort d'un bébé : ainsi, une matrone ne saura pas forcément accoucher une femme dont le bébé se présente par le siège, alors qu'Angélina, grâce à sa formation, saura pratiquer telle ou telle manœuvre pour faire naître le bébé en l'épargnant tout comme sa mère. Malgré tout, le métier de sage-femme reste encore une profession traditionnellement féminine, où l'on se passe, parfois de mère à fille, ou de praticienne à praticienne, des gestes ou des astuces qui échappent au cadre normé de la médecine mais peuvent sauver tout autant.
    C'est vraiment ce que j'ai apprécié dans cette saga : découvrir l'évolution d'une profession qui a toujours fait partie du quotidien des femmes, depuis bien longtemps et qui, à l'aube du XXème siècle, tend à se transformer radicalement. Moins d'un siècle plus tard, on n'accouchera plus à la maison, mais dans le cadre sécurisant de l'hôpital, les sage-femmes seront peu à peu supplantées par les obstétriciens, la médecine restant pendant longtemps un privilège masculin et les femmes devant se battre pour s'y faire une place. Puis ce métier reviendra sur le devant de la scène, comme c'est le cas aujourd'hui. Angélina fait partie de ces femmes passionnées qui donnent de leur temps pour leurs sœurs dans les douleurs de l'enfantement, se dévouant corps et âme et sans réfléchir à une mère et son bébé pour que ce moment de la naissance, à plus forte raison à l'époque, ne soit pas un événement dramatique mais un événement joyeux.
    Comme je le disais plus haut également, que l'auteure aborde l'avortement dans ce troisième tome est intéressant tout en étant révoltant quand on se rend compte de la manière dont réagissait une société fortement patriarcale et empreinte de religion, devant un acte souvent dicté par les raisons les plus terribles. On se rend compte aussi que ce droit, acquis aujourd'hui assez chèrement, reste toujours fragile et qu'il faut se battre pour ce droit. Dans cet ultime tome, les convictions d'Angélina prennent un tour franchement moderne et féministe, même si l'on n'emploie pas encore le mot. On sent toute la volonté de la jeune costosida de sauver les femmes, que ce soit en les aidant à donner la vie ou alors en se sauvant de l'horreur que peut induire la naissance d'un enfant né d'un viol. Tout le paradoxe du métier de sage-femme à l'époque, qui peut être aussi sollicitée comme faiseuse d'anges, apparaît ici. Ce troisième tome clôt vraiment bien cette saga aux accents historiques et de littérature de terroir. Oui, des fois c'est cliché, oui, des fois les dialogues font un peu toc. Mais les personnages authentiques, diversifiés, représentatifs et la sincérité de l'auteure et son attachement pour ses héros font le reste.

    En Bref :

    Les + : Cette saga qui m'a transportée à une autre époque et dans cette France d'antan que j'aime beaucoup retrouver dans les romans historiques ou de terroir. Marie-Bernadette Dupuy met beaucoup de coeur et de sincérité dans ses histoires et c'est tout ce qui compte.  
    Les - :
    le style de l'auteure ne m'a toujours pas convaincue mais ce n'est pas grand grave. J'ai pris plaisir à lire ce roman et je l'ai refermé avec un peu de regret...donc c'est l'essentiel, non ?

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème de juillet, « On dirait le Sud », 7/12


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