• « C'était le destin des philosophes que d'être pendus puis célébrés le moment suivant, avant d'être pendus de nouveau, peut-être, le lendemain. Cet ensemble d'effets et de causes avait de quoi les pousser à chercher la sécurité au coeur du péril, à se constituer des rentes pour l'avenir, et à prendre la vie avec la sérénité qu'apporte la pratique de la raison. »

    Couverture Crimes et condiments

     

     

          Publié en 2016

      Editions Le Livre de Poche

      288 pages

      Quatrième tome de la saga Voltaire mène l'Enquête

     

     

     

     

     

    Résumé :

    En pleine révolution culinaire, Voltaire enquête sur les traces d'un assassin qui sème derrière lui tartes au cyanure et ragoûts à l'arsenic. L'aide de la brillante marquise du Châtelet, experte en recherches scientifiques, et de l'abbé Linant, fin gourmet, ne sera pas de trop pour l'appétit aux gastronomes ! 
    Après La baronne meurt à cinq heures (prix Historia, prix Arsène-Lupin et prix du Zinc de Montmorillon), Meurtre dans le boudoir et Le diable s'habille en Voltaire, une nouvelle aventure du philosophe truffée d'humour. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Ce quatrième tome de notre cher ami Voltaire démarre en 1734, alors que l’ombre de la Bastille n’a jamais été aussi menaçante au-dessus de l’auteur des Lettres philosophiquesVoltaire a quarante ans mais ne s’est pas assagi pour autant. Sa plume de philosophe continue d’irriter le pouvoir et la police parisienne, qui le tient à l’œil. Alors, le jour où on lui propose de résoudre une énigme, contre sa liberté, difficile de refuser sa requête à Hérault, le lieutenant de police. Donnant, donnant : Voltaire enquête discrètement et en échange se voit lâcher un peu la bride sur le cou par les séides du politiquement correct. D’autant plus que le philosophe à perruque Régence s’est lancé dans un fructueux commerce quelque peu illicite et qui pourrait fort fâcher l’Espagne de Philippe V si l’on venait à apprendre qu’un écrivain français quelque peu contestataire marche sur les plates-bandes des commerçants espagnols : autrement dit, le commerce avec la riche Amérique.
    Voilà donc Voltaire, toujours flanqué de sa marquise du Châtelet (Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet a réellement existé ; mathématicienne et physicienne de talent, elle est connue pour avoir été la traductrice, en France, des travaux de Newton) et de son inénarrable abbé Linant (lui aussi est un personnage authentique) qui enquête sur la disparition de bijoux de la princesse de Lixen… Régalé par elle d’un banquet digne de Lucullus ou de Gargantua, Voltaire n’est pourtant pas au bout de ses peines et son enquête risque de prendre un tour aussi inattendu qu’indigeste.
    De la couverture au titre du roman, tout nous indique rapidement le contenu du livre : on va parler nourriture, eh oui. Mais ne salivez pas trop : au XVIIIème siècle, la haute cuisine n’est pas celle que l’on connaît et si cette époque nous a donné les bouchées à la reine ou encore les madeleines de Commercy, il ne faut pas oublier que l’on y mange encore des plats aux saveurs plutôt surprenantes. Alors que le peuple crève souvent de faim, dans les hautes sphères on se repaît de repas particulièrement longs, où les plats se suivent sans se ressembler. On mange du sucré, du salé, parfois les deux ensemble. La viande est évidemment un mets très recherché et l’estomac fragile de notre héros, qui ne s’accommode jamais mieux que d’un bon plat de lentilles, va être mis à rude épreuve lors de cette enquête qui va l’emmener de Paris en Bourgogne, en passant par Cirey en Lorraine et même jusqu’au champ de bataille de Philipsburg en Allemagne.
    Dans ce quatrième tome, l’enquête policière, qui sert toujours de trame aux aventures de notre cher philosophe emperruqué, se déroule de manière si subtile qu’on ne la distingue presque pas. Pour utiliser une métaphore culinaire (on est dans le thème), on peut imaginer un ingrédient mélangé à d’autres, qui semble disparaître mais ressort subtilement lorsque l’on goûte le plat et libère alors sa saveur. Il s’en passe, des choses, dans ce tome-ci, depuis que Voltaire reçoit sur la tête, dans le parc des Lixen, un pigeonnier qui semble avoir été légèrement poussé pour tomber droit sur la tête des philosophes un peu fouineurs ! Notre ami quitte ainsi son cher Paris pour aller assister en Bourgogne aux noces de son ancien camarade de collège le duc de Richelieu qui, en 1734, épouse Elisabeth Sophie de Lorraine. Entre-temps, la parution inopinée de ses Lettres philosophiques, qui donnent des envies de meurtre au lieutenant de police, le pousse à aller se réfugier au fin fond de la campagne de Lorraine, au château de Cirey…propriété du marquis du Châtelet, autrement dit le mari d’Emilie, sa coéquipière et surtout, sa maîtresse depuis 1733 ! Enfin, parce que Voltaire a eu vent d’un complot familial qui vise la personne de Richelieu, le voilà qui n’écoutant que son courage (et son intérêt) galope jusqu’aux tranchées inhospitalières de la guerre de Succession de Pologne pour sauver le duc.

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    Le déjeuner d'huîtres deFrançois de Troy (XVIIIème siècle)

    Dans Crimes et Condiments, Voltaire voyage et nous avec. Voltaire mange et parfois un peu trop richement car il finit par souffrir d’indigestion… et nous avec ! Ah non, pardon. Là, pour le coup, ce n’est pas le cas. Léger et aérien comme une crème chantilly, Crimes et Condiments se déguste comme un bonbon. On ouvre parfois de grands yeux devant les recettes qui étaient prisées au XVIIIème siècle, on se dit que celle-ci ne devait pas être trop mal tout compte fait, tandis que celle-ci dégoûte carrément les palais très XXIème que nous sommes ! Mais surtout, qu’est-ce qu’on rit ! Quand je parle de bonbon, c’est vraiment cela que je veux dire : on lit une petite merveille de roman historique acidulé et tendre à souhait. A dessein, je ne parle pas vraiment de roman policier ici : de toute façon, si vous aimez les bons polars ou les thrillers, il vaut mieux que vous passiez votre chemin. Ce n’est pas cela que vous trouverez ici, l’enquête policière étant finalement assez anecdotique. Mais la forme ne cesse de me séduire : une lectrice a écrit que l’univers de Frédéric Lenormand est inclassable et c’est bien vrai. C’est un savant mélange de diverses influences et je pense que c’est ça qui me plaît, dans cette saga comme dans Au service secret de Marie-Antoinette, sa saga de cosy mystery que j’ai découverte en janvier dernier. Les romans de Lenormand sont légers, très drôles, bourrés de références et parfois même d’anachronismes qui nous font sourire quand on tient la référence et qui donnent ainsi à ses romans ce je-ne-sais-quoi qui a quand même un bon petit goût de reviens-y.
    Surtout, il ne faut pas oublier que derrière des romans que l’on pourrait qualifier de « faciles » au premier abord, se cachent les solides connaissances d’un auteur qui maîtrise son sujet à la perfection et ne manque pas de pointer tous les petits travers de cette époque si passionnante à bien des égards : on pourrait presque considérer que le XVIIIème siècle est une époque qui se cherche, une époque dont les deux bras sont tirés à gauche et à droite par, d’un côté le XVIIème siècle flamboyant de Louis XIV et de l’autre, par un XIXème qui annonce notre propre époque. Le XVIIIème siècle est une époque double, une époque de libertinage physique et intellectuel mais aussi de raidissement religieux, de recherche de la connaissance mais aussi de crainte face à elle, qui se manifeste alors par la censure des œuvres philosophiques. Alors que l’on croit moins, que pour certains les loges de la franc-maçonnerie remplacent la religion, l’Eglise n’a pourtant jamais été aussi puissante ni aussi corrompue et pétrie de paradoxes (elle qui prêche la continence voire l’abstinence et cache des cochonnailles dans ses placards en pleine période maigre par exemple). Le pouvoir royal, quant à lui est, en ces années 1730, un pouvoir presque fantoche, abandonné entre les mains d’un ex-mentor de jeunesse devenu principal ministre, l’abbé de Fleury. C’est subtil mais la dénonciation est là : évidemment, dans l’article, je force le trait mais pour peu que l’on connaisse assez bien l’époque, on percevra ce que l’auteur veut discrètement pointer du doigt. Travers d’une époque certes mais aussi travers humains qui, eux, ne changent pas vraiment en 250 ans. Voilà pourquoi Voltaire mène l’enquête n’est pas (ou n’est pas que) une saga de feel-good historique qui fait juste rire. Le propos va quand même un peu plus loin.
    Cela dit, il est vrai que je retrouve cette saga toujours avec plaisir parce que je sais que je vais passer un bon moment et que la plume incisive de l’auteur va toujours faire mouche : je sais que je vais forcément rire en lisant une enquête de Voltaire et cela tient autant au style, vraiment très agréable à lire, qu’aux personnages et surtout Voltaire, dont les défauts sont poussés à l’extrême ! Si le vrai Voltaire était comme cela, on comprend que ses contemporains aient voulu s’en débarrasser en le flanquant de temps en temps à la Bastille, ne serait-ce que pour respirer un peu ! Hypocondriaque, parfois légèrement hystérique, sans aucun goût pour la mode ni la bonne chère (ce qui en fait un OVNI dans ces cercles où le paraître et la bonne bouffe sont deux piliers essentiels), mourant au moins dix fois par an (voire plus), sans-gêne, il est un concentré des défauts humains mais tournés en ridicule, ce qui les rend finalement assez attachants. On a de l’indulgence pour ce Voltaire de théâtre, de vaudeville, qui nous ravit à chaque fois. On a de l’indulgence pour ses tours pendables.
    Ce quatrième tome était à l’image des précédents. J’imagine que les suivants seront à son image…est-ce que je m’en lasse ? Absolument pas, c’est bien trop jubilatoire.

    En Bref :


    Voltaire mène l'Enquête, tome 4, Crimes et Condiments ; Frédéric Lenormand

      Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Simon de Montfort s'interrogeait sur Guilhem d'Ussel, et la façon dont il pourrait l'éloigner du roi. Les révélations de son cousin lui avaient apporté des informations confirmant combien cet individu était dangereux, bien plus qu'il ne l'avait imaginé. »

    Couverture Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour : Béziers, 1209

     

     

       Publié en 2017

       Editions J'ai Lu

       608 pages

       Septième tome de la saga Les Aventures de Guilhem     d'Ussel, chevalier troubadour

     

     

     

     

     

    Résumé :

    1208 : Guilhem d'Ussel a laissé son fief de Lamaguère sous tutelle pour venir s'installer à Paris. Devenu prévôt de l'Hôtel de Philippe Auguste, il est chargé de découvrir les meurtriers d'une prostituée égorgée dans l'église Saint-Gervais. 

    Mais qui tente de l'éloigner du roi alors que le pape Innocent III exerce une pression de plus en plus forte sur le royaume afin que ses barons se rassemblent dans une croisade contre les hérétiques albigeois ? Guilhem parviendra-t-il à identifier ses ennemis et à préserver Lamaguère ? 

    Entre fidèles amitiés et trahisons, pièges et coups du sort, il traversera la France pour élucider un mystère plus obscur qu'il n'y paraît. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     Hier soir, avant de rédiger cette chronique, je me demandais depuis quand je n'avais pas lu un Guilhem d'Ussel et je ne m'en souvenais pas ! Vraiment pas. Ensuite, j'ai réfléchi que je n'en avais jamais parlé sur mon compte Instagram que j'ai commencé en février 2016...ma dernière lecture de l'une de ses aventures remontait donc à avant février 2016 et effectivement : j'ai lu Rouen, 1203, en janvier 2016 et rien depuis. Entre temps, j'ai continué la saga Louis Fronsac, que j'ai aussi mise en pause depuis quelques temps maintenant et surtout, découvert les nouveaux héros médiévaux de Jean d'Aillon, Gower Watson et Edward Holmes. Guilhem d'Ussel est donc un peu passé à la trappe et c'est avec d'abord, je dois bien l'avouer, un sentiment d'obligation que j'ai sorti ce livre de ma PAL (parce que quand même, plus de cinq ans à dormir dans la PAL, c'est un peu exagéré) puis avec un grand plaisir quand j'ai eu lu les premiers chapitres. 
    Oui, j'ai été très heureuse retrouver Guilhem en 1208, soit cinq ans après la fin de la précédente aventure. Des tomes hors-série viennent parfois s'intercaler, chronologiquement, entre les tomes de la saga proprement dite mais je ne les ai pas lus. Cela dit, cela ne m'a pas gênée, même s'il est fait référence ici au roman (la nouvelle ?) Le Grand Arcane des Rois de France.
    Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, nous ne retrouvons pas Guilhem dans le Midi mais bien à Paris, en 1208. Alors titulaire d'une charge royale relativement importante, proche du roi Philippe II Auguste et du fils de celui-ci, le prince Louis, Guilhem est chargé de résoudre une enquête particulièrement délicate : le corps sans vie d'une prostituée a été retrouvé dans une église de Paris et le roi lui demande de faire la lumière sur cette affaire, surtout quand il s'avère que la victime fréquentait un cercle qui ressemble fortement à une secte religieuse et semble réunir de nombreux adeptes dans la capitale autour d'un prédicateur appelé Guillaume d'Aire ou Guillaume l'Orfèvre. 
    Mais si ce meurtre faisait partie d'une machination plus vaste visant en fait Ussel, le trop écouté prévôt de l'Hôtel du roi ? Car en ce début de XIIIème siècle, certains barons français, appuyant les supplications du pape Innocent III, poussent le roi à participer à une grande croisade destinée à aller châtier les hérétiques du Midi, les cathares mais aussi les seigneurs occitans et languedociens un peu trop laxistes envers l'hérésie, à commencer par le plus puissant d'entre eux, le comte Raymond de Toulouse.
    Envoyé sur de fausses pistes, retenu séquestré de longs mois puis échouant dans une ville de Béziers en alerte, après être passé par son fief de Lamaguère cible des croisés et d'une bande de ribauds dont les intentions sont plus vengeresses que véritablement religieuses, Guilhem d'Ussel va connaître, entre le mois d'avril 1208 et la fin du mois de juillet 1209, tout un tas d'aventures dont il ne va pas sortir indemne. Mais cela va lui permettre de faire la lumière sur une vaste machination bien plus motivée par l'appât du gain et l'ambition que par une quelconque ferveur religieuse et qui dépasse même le roi de France ou le pape. Et tandis que la France sombre dans une guerre civile déguisée en guerre sainte, Guilhem d'Ussel, qui n'a pas été épargné par la vie et a même connu de douloureuses épreuves privées, se remet en question ainsi que ses choix...
    Si seule la fin du roman se situe à Béziers en 1209, tout le roman ne tourne finalement qu'autour de cela : la fameuse croisade contre les Albigeois, prêchée par le pape pour éliminer l'hérésie cathare, particulièrement puissante dans le Midi depuis le XIIème siècle. Surtout, le catharisme s'est développé à l'ombre bienveillante et protectrice des seigneurs méridionaux, à commencer par le comte de Toulouse ou le vicomte Raymond-Roger Trencavel. Lointains parents des vaudois, des bogomiles ou des manichéens, les cathares défendent la thèse que le monde matériel est le fruit de Satan donc, par essence, mauvais, tandis que le royaume du Bien se trouve auprès de Dieu. Les hauts dignitaires du catharisme sont appelés Parfais, Bonshommes ou Bonnes Femmes et reçoivent le sacrement du consolamentum. Vivant dans une relative austérité et même pauvreté, réfutant l'Ancien Testament mais révérant les Evangiles, les cathares sont donc des chrétiens contre lesquels la papauté enverra d'autres chrétiens. La reddition des hérétiques du Sud aura lieu réellement en 1244, sous le règne de Louis IX, quand tombe la forteresse de Montségur, où les derniers cathares du Midi s'étaient réfugiés. Refusant la conversion, ils se jettèrent dans un immense bûcher dressé dans une prairie au pied du château, qui porte encore aujourd'hui le nom occitan de Prat del Cramats.

    22 juillet 1209 : siège et massacre de Béziers - France Focus

    Les croisés devant Béziers, juillet 1209

    En 1208, alors qu'il sillonne les terres du Toulousain et du Languedoc, le légat du pape Pierre de Castelnau est assassiné, ce qui provoque l'ire d'Innocent III et le pousse à harceler le roi de France afin de lever l'ost. Des barons du royaume orientent alors Philippe Auguste en ce sens car derrière l'écran de la croisade, c'est surtout des terres riches et fertiles qui s'offrent à eux et peut-être le moyen de se tailler un fief à l'épée sous couvert d'aller extirper une horrible hérésie. A cette époque-là, la France n'existe pas encore comme aujourd'hui et le Nord et le Sud du royaume sont radiclalement différents l'un de l'autre : les barons d'Île-de-France, de Bourgogne et de Picardie se bercent alors d'illusions sur les richesses dignes du royaume de Saba qu'ils trouveront en allant piller les terres des seigneurs occitans.
    La Croisade contre les Albigeois se signale par des épisodes particulièrement sanglants et notamment le sac de la ville de Béziers, en juillet 1209 : le 22, jour de la sainte Madeleine, les croisés penètrent dans la ville pourtant réputée imprenable, bien protégée derrière ses immenses murailles. De nombreux habitants furent passés au fil de l'épée tandis que femmes, enfants et vieillards, enfermés en l'église Sainte-Madeleine, y furent brûlés vifs. Encore aujourd'hui, les chiffres précis des victimes n'est pas connu : le pape lui-même parle d'environ 20 000 victimes, d'autres contemporains de 60 000 personnes exterminées ce jour-là par les armées croisées menées par Simon de Montfort, l'archevêque de Bordeaux, les ducs de Bourgogne et de Nevers et le légat et abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury. C'est lors de cette prise de la ville de Béziers, qui s'achève en une véritable boucherie que le légat aurait prononcé cette terrible sentence : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les Siens ! » condamnant ainsi toute la population bitteroise, qu'elle soit catholique ou cathare.
    Dans ce tome-ci des Aventures de Guilhem d'Ussel, la grande Histoire et la petite se rencontrent et s'entremêlent étroitement. Même si Guilhem n'arrive à Béziers que quelques jours avant le siège fatal, on le vit de l'intérieur et on asiste avec horreur aux exactions dont vont se rendre coupables les croisés et on ne peut s'empêcher de se demander si la croisade ne fut pas finalement plus motivée par l'appât du gain, l'or et les terres que par une véritable ferveur religieuse ? Mais celle-ci est bien commode quand elle permet de couvrir les pires agissements commis au nom de Dieu.
    Guilhem d'Ussel est un personnage assez intemporel et appartenant à toutes les époques à la fois : incroyant à une époque où la religiosité confine à la superstition et au fanatisme, il a aussi une incroyable capacité de jugement et un cynisme qui lui permettent de survivre dans un monde gangréné et corrompu, jusqu'à l'Eglise qui n'hésite pas à se montrer d'une froideur, d'un calcul et d'un machiavélisme absolument assumé.
    Ce tome est relativement conséquent (un peu plus de 600 pages) mais j'ai pris plaisir à retrouver les personnages, à les suivre dans leurs pérégrinations qui finissent par nous emmener vers le dénouement fatal et ce fameux siège de Béziers, événement historique avéré et qui marque l'Histoire du Midi.
    Une bonne lecture pour l'amoureuse des romans historiques que je suis, notamment pour la qualité des recherches de Jean d'Aillon. Il n'est pas historien de formation et il y'a d'ailleurs quelques petites erreurs ou approximations mais, dans l'ensemble, on ne peut que louer le travail solide réalisé en amont et qui donne lieu à des romans efficaces, divertissants mais riches également de nombreuses informations historiques et sur la vie quotidienne. Il m'aura fallu du temps mais je ne suis pas mécontente d'avoir renoué avec Guilhem d'Ussel ! 

    En Bref :

    Les + : un roman historique contemporain qui s'inspire autant de Walter Scott que des romans de chevalerie et mêle habilement aventures, enquête policière et événements historiques authentiques. 
    Les - :
    quelques petites erreurs et des approximations historiques. 


    Les Aventures de Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour, tome 7, Béziers 1209 ; Jean d'Aillon

      Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Imaginez une tapisserie dont chaque brin de laine serait à la fois solidaire et ennemi de celui avec lequel il voisine. Du coup, le motif d'ensemble n'est jamais celui que l'on croit. »

    Couverture Le Hors Venu

     

     

     Publié en 2007

     Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

     313 pages 

     Quatrième tome de la saga La Saga de Tancrède le   Normand

     

     

     

     

     

    Résumé :

    En cette année 1156, les ennemis du royaume de Sicile sont légion. Le palais royal, son harem enchanteur et ses geôles sordides sont en proie à une série de crimes. Tancrède d'Anaor devra prendre, au péril de sa vie, la mesure de l'enjeu politique que représente son illustre lignée. Et il se pourrait bien, s'il survit, que pour lui la fin de cette aventure soit un nouveau commencement.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Les retrouvailles avec Tancrède ont été brèves (j'ai lu ce roman en à peine 24 heures) mais heureuses !
    Au mois de février l'année dernière, je sors de ma PAL les trois premiers tomes de cette saga qui me fait de l'œil depuis un moment : La saga de Tancrède le Normand, de Viviane Moore, que je connais déjà pour avoir lu le premier tome de Galeran de Lesneven et sa trilogie Renaissance, Alchemia.
    Au départ, je n'ai pas remarqué immédiatement que cette saga faisait partie de la collection Grands détectives des éditions 10/18... Sans forcément lire attentivement les résumés, je m'en suis donc fait une fausse idée, pensant lire une saga très historique sur l'épopée normande en Sicile. Au final, c'est tout sauf ça ! Enfin disons que cette conquête normande par la famille Hauteville ne passe qu'au second plan d'une intrigue plus policière, dont les protagonistes sont le jeune Tancrède et son mentor, le sage Hugues de Tarse. Cela, je le découvre évidemment en lisant le premier tome : comme les éditions 10/18 ont publié il y'a quelques années une « intégrale» des trois premiers tomes, je les ai lus d'affilée et c'était bien sympa, je dois avouer. J'ai pris plaisir à rester longuement dans cet univers.
    Les premiers tomes (Le Peuple du Vent, Les Guerriers Fauves et La Nef des Damnés) m'ont fait l'effet de romans d'apprentissage, avec un fond policier et même peut-être, une légère inspiration puisée dans les anciens romans de chevalerie. Tancrède et son mentor Hugues de Tarse sillonnent la Normandie médiévale, héritière des Vikings installés dans le royaume des Francs quelques siècles plus tôt. Au départ, on ne sait pas exactement qui est Tancrède, hormis qu'il est un jeune Normand de Sicile, probablement sans famille puisqu'il a été confié tout enfant à Hugues de Tarse qui a fait office de père de substitution mais aussi de pédagogue, lui enseignant l'art de la déduction et tout ce qu'il a besoin de savoir pour un jour s'intégrer à la cours des rois Normands de Sicile.
    Le troisième tome s'achève en 1156, alors que Tancrède et Hugues rentrent en Sicile, après qu'Hugues ait révélé à son pupille qui il est réellement et qu'elles sont ses origines.
    Ce quatrième tome s'ouvre quasiment là où le troisième s'achève. Nous sommes donc en Sicile au milieu du XIIème siècle : perdue en Méditerranée, la Sicile est alors très métissée, un trait d'union entre l'Orient fantasmé, la Terre Sainte et l'Occident tout proche. Carrefour des cultures et des civilisations, l'île est peuplée de Latins, de Grecs, d'Arabes, les cultures voisinent et se fondent parfois les unes dans les autres, l'appel à la prière du muezzin se mélange au son des cloches rythmant les heures de la journée. Les rois Normands ont adopté les coutumes orientales, entretenant leurs houris dans de discrets harems et l'on écrit et s'exprime aussi bien en latin qu'en arabe ou en grec. La Sicile est écrasée par un chaud soleil qui évoque déjà celui de l'Afrique du Nord et dans ses jardins opulents se cachent des fontaines et des patios dans lesquels poussent les citronniers et les orangers comme en Andalousie... les femmes soulignent leurs yeux de khôl et cachent leurs sourires derrière des voiles, on se parfume d'essence de rose et les pièces sentent l'encens et les épices.
    La Sicile est une contrée alors autant exotique que le lointain Orient, qui accepte de se dévoiler un peu sur cette petite parcelle de terre en pleine mer Méditerranée...
    Mais elle a aussi une part plus sombre et, dans le palais du roi Guillaume Ier, les morts s'enchaînent : parce que Hugues de Tarse et son protégé gênent les ambitions de l'émir des émirs, Maion de Bari, et parce qu'ils feraient des coupables idéaux, ce dernier va leur demander de faire la lumière sur cette nébuleuse affaire... un prisonnier évadé, de drôles de secrets, un eunuque du harem royal assassiné, des clefs qui disparaissent... au premier abord, il semblerait que le pouvoir royal soit directement menacé. Et si, finalement, cette intrigue n'était pas étrangère au retour de Tancrède et Hugues en Sicile ? Se pourrait-il qu'elle les concerne et notamment Hugues, dont des pans du passé vont être révélés, même à Tancrède qui ne les connaissait pas ?
    J'ai lu ce roman rapidement et vous le dis tout de suite : si vous aimez les intrigues policières ultra complexes, les thrillers, les polars, passez votre chemin. En revanche si vous aimez l'Histoire et le Moyen Âge vous aimerez peut-être cette saga qui raconte, certes de manière détournée et un peu secondaire, mais qui raconte quand même, cette épopée extraordinaire de Normands, descendants de ces Vikings venus de Scandinavie au Haut Moyen Âge, qui prendront possession d'une petite île alanguie au sud de la péninsule italienne. L'enquête policière est malgré tout intéressante et sert de prétexte à découvrir la vie dans les palais de Palerme et qui rappelle un peu l'existence des rois latins de Terre Sainte, chrétiens et orientaux à la fois. Les civilisations se mêlent pour produire un mode de vie probablement tout aussi surprenant pour des voyageurs venant de France ou d'Angleterre que celui de l'Empereur de Chine !
    Ce roman m'a fortement évoqué le roman Le sang sur la soie d'Anne Perry qui se passe à peu près à la même époque à la cour de Byzance : j'ai retrouvé ce même sentiment de dépaysement vraiment agréable. Je me rends compte que je n'aime rien tant que ces romans qui me font voyager dans le temps mais aussi découvrir de nouvelles contrées. J'avoue avoir été servie avec Le Hors Venu, un roman que j'ai beaucoup aimé, même s'il est court et vraiment vite lu. 

    En Bref :

    Les + : une enquête policière sur fond de palais écrasés de soleil, des secrets, des ambitions personnelles...ce quatrième tome s'inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs. 
    Les - :
    pour moi, aucun. C'était assez court mais j'ai passé un bon moment.


    La saga de Tancrède le Normand, tome 4, Le Hors Venu ; Viviane Moore

      Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Les soucis des puissants sont les catastrophes des humbles, il faut bien que quelqu'un paie les pots cassés. »

    Au Service Secret de Marie-Antoinette, tome 1, L'Enquête du Barry ; Frédéric Lenormand

     

     

      Publié en 2019

     Editions de La Martinière 

     345 pages 

     Premier tome de la saga Au Service Secret de Marie-   Antoinette

     

     

     

     

    Résumé :

    Une comédie policière endiablée et drôle, au service de son intrépide Majesté ! 

    Les bijoux de la Comtesse du Barry ont disparu quatre ans plus tôt. Depuis, les cadavres s’amoncellent. La reine Marie-Antoinette missionne un improbable duo d'enquêteurs, Rose et Léonard, qui ne cessent de se chamailler, pour œuvrer « en toute discrétion» de Paris à Versailles !

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Et si Marie-Antoinette avait eu son propre service secret, reprenant à son compte le fameux Secret du Roi ? Voilà, en une ligne, le résumé de ce premier tome de la nouvelle saga de Frédéric Lenormand, qui rencontre un beau succès depuis quelque temps, naviguant sur la vague du cosy mystery très à la mode sur les réseaux sociaux en ce moment et notamment sur Bookstagram, où on voit ces romans un peu partout...
    En ce qui me concerne, ce n'est pas le succès de cette saga qui m'a donné envie de la découvrir, ni même qu'elle soit populaire : elle ne le serait pas que je l'aurais lue quand même...déjà parce qu'elle se passe au XVIIIème siècle à l'époque de Marie-Antoinette, ensuite parce que c'est Frédéric Lenormand qui tient la plume et quand c'est Frédéric Lenormand, je suis assurée de passer un très bon moment de lecture ! Je l'ai découvert il y'a plusieurs années maintenant avec Mademoiselle Chon ou les surprises du Destin, l'un de ses romans les moins connus mais qui m'avait ravie ! Ce fut d'ailleurs un véritable coup de cœur et j'avais été enthousiasmée par la plume de l'auteur. J'adore aussi sa saga Voltaire mène l'enquête, qui nous présente le fameux philosophe des Lumières sous un jour pas forcément très flatteur mais particulièrement jubilatoire : hypocondriaque, maîtrisant la mauvaise foi avec brio, sans-gêne, pique-assiette, Voltaire se mue en un enquêteur d'un genre nouveau et je ne peux m'empêcher de rire quand je lis l'une de ses enquêtes ! On est loin de l'atmosphère compassée de Nicolas Le Floch ou de celle, plus noire et torturée du commissaire aux morts étranges d'Olivier Barde-Cabuçon, mais cette approche peut-être plus contemporaine, pétillante et fraîche est intéressante aussi.
    Je me doutais que c'est ce que je retrouverais dans L'Enquête du Barry, premier tome d'Au service secret de Marie-Antoinette, qui comporte pour le moment quatre tomes que je suis bien déterminée à lire rapidement. Au-delà de la couverture soignée et colorée se cache une intrigue menée tambour battant : en 1770, les joailliers parisiens Boehmer et Bassange sont appelés à Versailles par Madame du Barry pour lui vendre des bijoux somptueux et hors de prix. Mais c'est un traquenard et les joailliers se retrouvent pris dans un piège crapuleux, tandis que les bijoux disparaissent. Qui est derrière cette machination ? Il semblerait en tout cas que le vol ait causé la déchéance voire la mort de bien des personnes. Quatre ans plus tard, Marie-Antoinette est sur le coup ! L'ancienne Dauphine est devenue reine et, lorsqu'elle apprend que son époux, le roi Louis XVI, qui n'y comprend pas grand-chose, souhaite abandonner le Secret du Roi, elle a l'idée de reprendre le service à son compte et s'entoure de personnages en apparence inoffensifs : ses dames de compagnie et surtout, Rose Bertin, sa modiste et Léonard Autier, son coiffeur, qui deviennent ses enquêteurs attitrés. Oh, cela ne se fait pas sans mal, Rose et Léonard se livrant alors à une lutte sans merci pour devancer l'autre et si c'est possible, en prime, de lui lancer au visage quelque nom d'oiseau, ni l'un ni l'autre ne s'en privera ! On suit donc nos deux limiers de Paris à Versailles à la recherche de ces fameux bijoux et des personnes qui, en 1770, ont pu être à l'origine de ce vol crapuleux ou bien qui en ont pâti d'une manière ou d'une autre.
    Comme chez Voltaire, c'est frais, c'est pétillant, on sourit beaucoup, on rit aussi et on s'amuse de situations décalées et parfois légèrement anachroniques. Mais c'est fait à dessein et c'est tellement bien amené... En même temps, Frédéric Lenormand met au service de son intrigue sa bonne connaissance de l'époque, même s'il prend plaisir à jouer avec et parfois à la malmener un peu... Le lecteur se retrouve donc dans une intrigue historique mais en même temps furieusement moderne et on passe un excellent moment ! L'enquête en elle-même n'est pas révolutionnaire mais c'est réellement la manière dont elle est amenée qui fait tout le charme de ce premier tome d'une saga qui promet d'être bien sympa !
    Si vous cherchez une lecture un peu décalée, où le feel-good se mêle à l'Histoire avec un grand H, où vous allez rire mais aussi apprendre des choses, alors cette saga est faite pour vous. Et au passage, je vous conseille aussi toutes les autres productions de Frédéric Lenormand, à commencer par le fameux Mademoiselle Chon du Barry ou les surprises du Destin, qui raconte l'ascension de Madame du Barry à travers les yeux de sa belle-soeur, Françoise du Barry, tirée de sa province toulousaine par ses deux frères pour servir de chaperon à la toute nouvelle comtesse, promise à un brillant avenir de favorite royale... Et évidemment, je n'oublie pas Voltaire qui, pour l'instant, à ma préférence mais avec lequel Rose et Léonard rivalisent en bonne place !

     

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    Léonard-Alexis Autier et Rose Bertin ont tous deux réellement existé : ils seront coiffeur et modiste de la reine Marie-Antoinette pendant plusieurs années 

    En Bref :

    Les + : une intrigue fraîche et pétillante, aux antipodes des enquêtes historiques traditionnelles. Frédéric Lenormand semble prendre beaucoup de plaisir à jouer avec l'Histoire et cela se communique au lecteur ! 
    Les - :
    pour moi aucun ! C'est trop jubilatoire !


    Au Service Secret de Marie-Antoinette, tome 1, L'Enquête du Barry ; Frédéric Lenormand

      Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


    2 commentaires
  • « Le destin, ainsi que j'en avais fait plusieurs fois l'expérience par le passé, a un bien curieux sens de l'humour. »

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     Publié en 2019 en Angleterre 

     En 2020 en France (pour la présente édition) 

     Titre original : The murderer's apprentice

     Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

     383 pages 

     Septième tome de la saga Lizzie Martin

     

     

     

    Résumé :

    Mars 1870. Londres est recouvert de brouillard et de glace. Ben Ross, inspecteur de Scotland Yard, doit affronter d'autres problèmes que le froid lorsque le cadavre d'une jeune femme est retrouvé derrière un restaurant de Piccadilly. Contraint d'établir le portrait de la victime, Ross suit le fil de son enquête qui le mène chez un bottier de Salisbury.
    Au même moment, Lizzie, l'épouse de Ben, est confrontée au mystérieux cas d'une femme emprisonnée dans sa propre maison. Tandis que Ben se lance dans une affaire de plus en plus complexe, Lizzie va découvrir une pièce essentielle du puzzle qui lui permettra de s'approcher au plus près de la vérité.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Alors que l'hiver s'éternise en ce début 1870 et que les conditions climatiques sont particulièrement exécrables à Londres, les policiers de Scotland Yard font une macabre découverte : le corps d'une jeune inconnue, jeté dans la citerne d'un restaurant de Piccadilly. Qui a bien pu faire cela ? Et surtout, qui est cette jeune femme dont personne ne sait rien et qui surtout, ne semble manquer à personne ?
    Vaste tâche pour Ben Ross et ses enquêteurs que de dresser le portrait de la jeune morte et découvrir enfin qui elle était et ce qui a pu causer son décès.
    Au même moment, Lizzie, qui ne peut s'empêcher de mettre son nez dans les affaires de la police, au grand dam d'ailleurs du superintendant Dunn, le supérieur de Ben, fait la connaissance Miss Eldon, une vieille dame dont les fenêtres donnent directement sur la façade de la maison d'en face où semble vivre recluse une jeune femme, ce qui ne laisse pas de surprendre et d'émouvoir la respectable Miss Eldon. Et si tout cela était lié ? Et si cette jeune femme qui semble vivre littéralement emprisonnée chez elle avait un lien avec l'affaire qui occupe Ben et ses policiers ?
    De Londres à Salisbury, en passant par les landes désolées et enneigées du Yorkshire, Ann Granger nous entraîne dans le sillage de ses deux fins limiers que l'on suit maintenant depuis sept enquêtes.
    Si vous connaissez cette saga et si vous la lisez, vous savez probablement que l'enquête, certes au centre du récit, n'en est pas moins au service d'un discours plus naturaliste et social, mettant en avant les inégalités criantes de l'époque victorienne, qui correspond en Angleterre à la période de l'industrialisation. Et si l'époque est, pour l'Occident, particulièrement faste et florissante, elle s'accompagne aussi d'une paupérisation grandissante des plus pauvres tandis que les autres s'enrichissent grassement.
    Ici, à travers les personnages de la jeune morte, dont on découvre progressivement le destin mais aussi celui de l'inconnue qui, en face de chez Miss Eldon, semble vivre une vie par procuration, derrière ses fenêtres, sans jamais sortir, on découvre ce qu'est la condition féminine à l'époque, la dépendance des jeunes femmes à leurs familles ou, à défaut, leurs bienfaiteurs et, plus largement, à leurs maris. Ann Granger met en avant l'importance d'un bon mariage, qui offre alors la plus stable des situations et l'importance aussi pour les femmes de rentrer dans des cases. Elle aborde aussi le sujet des dames de compagnie, ces jeunes femmes parfois modestes qui mettent leur vie entre parenthèses pour s'occuper d'une vieille dame veuve ou célibataire, et dépendante.
    A travers le voyage de Ben dans le Yorkshire, elle aborde aussi la question du travail des enfants, fléau du temps. Né dans le Derbyshire, avant de devenir policier, Ben a connu le travail de la mine, qui faisait vivre la région. En revenant dans le Yorkshire, il se rappelle de cette enfance atypique et traumatisante, faite de travail et de dangers.
    J'ai trouvé cela dit que l'enquête était peut-être plus présente que d'habitude et je me suis plu à la suivre. Chez Ann Granger, vous ne trouverez assurément pas votre bonheur si vous aimez les polars noirs et compliqués, dont la fin vous laisse pantois. Les enquêtes ne sont jamais effrayantes ni très violentes (si on met de côté évidemment qu'elles concernent des meurtres) et c'est aussi ce que j'aime dans cet univers : ce mélange habile de roman policier et de roman naturaliste, dans la veine justement de ces auteurs du XIXème siècle, qui aimaient dénoncer les inégalités de leur époque (Zola, en France ou Elizabeth Gaskell, outre-Manche, qui le fait très bien dans Nord et Sud, par exemple).
    Oui, vraiment, j'ai pris un grand plaisir à découvrir cette enquête, à voyager dans les pas de Ben pour découvrir qui est cette jeune femme que l'on a laissée morte sur le pavé de Londres, en apparence sans plus s'en soucier. Dans les pas de Ben mais aussi de Lizzie, dont la curiosité légendaire et l'esprit de déduction se nourrissent de tout ! 
    Sans se départir de touches d'humour savamment dosées, Ann Granger a imaginé un roman efficace et qui fonctionne, qui ne vous conviendra certes pas si vous aimez les polars ou les thrillers, mais qui vous ravira si, comme moi, vous aimez les intrigues pas trop complexes et qui, derrière, sont servies par un vrai propos historiques.

    En Bref :

    Les + : l'ambiance du roman, en clair-obscur, l'intrigue policière plus présente que d'habitude (du moins est-ce mon sentiment), la question de la condition féminine à l'époque victorienne, largement abordée.
    Les - :
    Aucun, pour moi. C'est toujours un plaisir de retrouver Ben et Lizzie dans une nouvelle enquête !


    Lizzie Martin, tome 7, L'Orpheline de Salisbury ; Ann Granger

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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