• « Le passé aime se cacher. Sans lui, le présent serait plus facile à vivre. »

    La saga de Tancrède le Normand : Le Peuple du Vent - Les Guerriers Fauves - La Nef des Damnés ; Viviane Moore

     

     

     Publié en 2013

     Editions 10/18

     922 pages 

      Comprend : Le Peuple du Vent ; Les Guerriers Fauves   ; La Nef des Damnés

     

     

     

     

    Résumé :

    Vous irez loin, fort loin, messire Tancrède, par terre et par mer, vers des pays où l'on parle d'autres langues que la nôtre, où l'or et l'argent tapissent les murs, où les femmes sont si belles qu'on les enferme, vous serez prince parmi les princes, et mendiant aussi...

    C'est sur la foi de cette prophétie que débute la quête des origines du jeune Tancrède. Nous sommes en 1155 et le grand roi normand de Sicile, Roger II, vient de mourir. Crimes, enlèvement, tempête, drame passionnel, bataille navale... Des confins de la Normandie jusqu'à Syracuse, rien n'est épargné à notre héros et à son maître Hugues de Tarse.

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Il y'a quelques années, je découvrais Viviane Moore avec le premier tome de la saga Galeran de Lesneven. Par la suite, j'ai lu la trilogie Alchemia qui se passe au XVIème siècle, qui était relativement efficace et m'a convaincue.
    Je crois que sa saga normande est plus ancienne mais, je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas par elle que j'ai découvert l'auteure : le hasard, sûrement. Il a fallu que les éditions 10/18 publient une intégrale des trois premiers tomes, Le Peuple du Vent, Les Guerriers Fauves et La Nef des Damnés pour que je me décide.
    Cette saga m'a attirée parce qu'en lisant le résumé, j'ai vu qu'elle se passait en Sicile, à l'époque des rois normands au XIIème siècle et je trouve la destinée de cette lignée normande, les Hauteville, qui va s'implanter sur une petite île italienne et y développer une véritable dynastie assez fascinante.
    Au final, je pense que j'ai lu le résumé un peu trop rapidement parce qu'il n'est finalement que peu question de la Sicile dans ces trois premiers tomes et ce n'est pas exactement les rois de Sicile que nous suivons mais deux autres personnages : Hugues de Tarse et son pupille, Tancrède. On les rencontre en Normandie dans les années 1150, au début du premier tome Le Peuple du Vent. On comprend que tous deux n'en sont pas originaires et viennent d'Orient mais comment sont-ils arrivés là et pourquoi, cela, on ne le sait pas et c'est en poursuivant notre lecture qu'on le comprend petit à petit. Hugues est le maître de Tancrède, qu'il a pris sous son aile alors que le petit garçon avait quatre ou cinq ans. Celui-ci ne sait rien de ses origines et son maître lui promet de lui en apprendre un peu plus sur ses parents mais les révélations ne viennent pas et Tancrède doit vivre avec ses propres questionnements et le peu de souvenirs qu'il a de son enfance dans un pays qu'il ne connaît plus. Trouvant asile au château de Pirou, Hugues et Tancrède vont devoir lever le voile sur le mystère et le drame qui semblent se jouer derrière les murs de cette forteresse battue par les vents et les embruns.
    Puis on les retrouve voyageant par mer vers la Sicile, découvrant la France et la Méditerrannée médiévales. De Normandie à la Sicile en passant par les îles d'Hyères et la Rochelle, on suit un duo qui m'a évoqué celui formé par Galeran de Lesneven et son maître dans la saga du même nom. Qui évoque aussi le duo formé par Guillaume de Baskerville et Adso de Melk dans Le Nom de la Rose.
    Finalement, dans ces trois premiers tomes, Viviane Moore pose les bases d'une saga et en brosse à grands traits le portrait : on se doute que cette trilogie n'est pas une fin en soi mais appelle une suite et c'est effectivement le cas puisque l'auteure nous propose de retrouver les personnages dans quatre autres tomes -pour mon plus grand plaisir, je dois dire et j'ai déjà hâte de lire la suite.
    Finalement, passée la surprise de ne pas me retrouver d'emblée en Sicile à la Cour des Hauteville, je me suis laissée prendre au jeu et j'ai effectivement trouvé que l'ambiance du roman collait bien à ce que j'avais lu précédemment chez Viviane Moore : de l'historique et surtout une trame policière plutôt bien ficelée, peut-être bien plus ici d'ailleurs que dans Alchemia. Alors oui, c'est vrai que ce que j'ai trouvé au final ne correspondait pas du tout à ce que j'attendais au départ : d'une biographie romancée je me retrouve face à des romans policiers et pas trace d'un Hauteville pour l'instant. Mais quel bon moment j'ai passé ! Franchement.
    La vision du Moyen Âge de Viviane Moore correspond énormément à l'idée que je me fais moi-même de cette époque et je me suis retrouvée dans ces récits enlevés qui rappellent les épopées médiévales ou les sagas nordiques. J'ai visualisé les lieux facilement et j'ai vraiment eu l'impression de mettre mes pas dans ceux des héros, auxquels on s'habitue rapidement et auquel on s'attache. Bien vite, une réelle curiosité envers Tancrède naît, on comprend que si Hugues de Tarse, son mentor, lui cache ses origines c'est qu'il a une bonne raison mais, comme le jeune homme, on a envie de savoir. Et au-delà de ça, les énigmes et mystères qu'ils doivent résoudre, à Pirou comme à Barfleur où sur une île isolée de Méditerranée où se trament des choses étranges m'ont captivée rapidement. Les ambiances sombres, pleines de mystère m'ont notamment rappelée celles d'Andrea H. Japp.
    L'inconvénient d'une intégrale, c'est qu'on avale plusieurs tomes voire tous les tomes d'une saga les uns à la suite des autres. J'aurais pu m'arrêter au bout du premier et faire une pause mais c'est plus compliqué quand plusieurs livres sont rassemblés en un, je trouve. Du coup, je vous mentirais si je disais que je n'ai pas ressenti parfois des longueurs. Oui, il y'en a. Mais elles sont malgré toute vite compensées par la qualité des intrigues, la fine restitution de l'époque, les descriptions de la nature grandiose et toute-puissante dans laquelle évoluent nos héros, surtout à partir du deuxième tome, quand le voyage vers la Sicile s'amorce.
    Le Moyen Âge est une époque beaucoup moins statique qu'on voudrait le croire et les échanges étaient nombreux. Il existait déjà une émulation forte des peuples et chacun ne vivait pas à côté d'un autre sans le connaître, au contraire. En 1150, on est déjà allé en Orient, deux croisades ont eu lieu. Et le nord et le sud de l'Europe se connaissent et se côtoient déjà depuis un bon moment : je n'ai donc pas été surprise de rencontrer des Orientaux côtoyant des Normands, lointains descendants des Vikings qui visitièrent l'Occident chrétien au début du Moyen Âge. Je n'ai pas été surprise non plus de voir combien les échanges commerciaux, en ce milieu de XIIème siècle sont déjà bien maîtrisés et solidement mis en place.
    Ces trois tomes ont su me convaincre et même si le besoin de faire une pause, à la fin de la lecture de La Nef des Damnés, se fait sentir, malgré tout je suis bien décidée à lire la suite des aventures de Tancrède et je suis déjà impatiente de découvrir cette Sicile normande que je comptais rencontrer dès le premier tome mais qui se fait encore désirer. J'ai hâte d'en apprendre un peu plus sur les origines de Tancrède et sur ce qui l'a amené à sillonner l'Europe en compagnie d'Hugues de Tarse. J'ai hâte aussi de retrouver l'un des rares personnages féminins de cette saga et qui semble y avoir une bonne place, Eleonor.
    Si vous aimez le Moyen Âge, nul doute que cette saga pourrait vous plaire. Des murs épais des châteaux de Normandie jusqu'à ceux des abbayes, en passant par les ponts des navires de guerres ou des nefs commerçantes, on voyage, on se laisse entraîner, on frémit et parfois on rit. Amateurs de romans historiques mâtinés d'intrigues policières, cette saga normande et bien différente de tous les romans que j'aie pu lire jusqu'ici saura certainement vous convaincre comme elle m'a convaincue.

    En Bref :

    Les + : de l'aventure, un Moyen Âge parfaitement reconstitué, des personnages attachants. Cette saga est prometteuse.
    Les - :
     quelques longueurs en milieu de lecture mais qui peuvent s'expliquer par le fait que ce sont les trois premiers tomes d'une saga qui sont réunis en un seul livre.


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  • « En un sens, un crime, c’est excitant, à condition qu’il ne nous touche pas de trop près. On répète à satiété que c’est atroce, que le simple fait d’en parler nous rend positivement malades, mais, en même temps, on profite de la moindre occasion pour remettre le sujet sur le tapis. »

     

    Une Enquête de Charlotte et Thomas Pitt, tome 3, Le Crime de Paragon Walk ; Anne Perry

     

     

     

      Publié en 1981 en Angleterre

     En 2012 en France (pour la présente édition)

     Titre original : Paragon Walk

     Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    383 pages 

    Troisième tome de la saga Charlotte et Thomas Pitt

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Un crime sordide vient troubler la quiétude huppée de Paragon Walk. Tandis que l'inspecteur Pitt, chargé de l'affaire, se heurte à l'hostilité et au mutisme des résidents du quartier, son épouse Charlotte, assistée de sa sœur Emily, la charmante Lady Ashworth, ne se laisse pas intimider par cette omerta de classe. De garden-parties en soirées, les façades respectables de l'Angleterre victorienne ne tarderont pas à se fissurer...

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quand un crime est commis à Paragon Walk, quartier huppé de Londres, c'est Thomas Pitt qui est dépêché sur les lieux pour l'enquête. Qui en voulait à la jeune Fanny Nash, dix-sept ans, discrète, sans histoires, au point de l'assassiner ? Cette affaire sordide ne manque pas de mettre sens dessus dessous le quartier, où vivent des familles fortunées dont la vie est soudain bousculée par ce drame. Mais surtout, elle ne manque pas d'intéresser Charlotte, l'épouse de Thomas Pitt, puisque sa sœur Emily y vit avec son époux, lord Geoge Ashworth.
    Quel plaisir, vraiment, de retrouver les deux enquêteurs victoriens d'Anne Perry. Ma lecture du deuxième tome remontait à septembre 2017 et je me suis rendu compte en démarrant ma lecture du Crime de Paragon Walk que Charlotte et Thomas m'avaient manqué. J'ai beaucoup aimé les deux premières enquêtes de cette longue saga : L’Étrangleur de Cater Street et Le Mystère de Callander Square. Ce troisième tome n'est, ma foi, pas bien différent de ses deux prédécesseurs mais je l'ai malgré tout trouvé plaisant à lire et je me suis rapidement intéressée au déroulement de cette enquête.
    Alors soyons honnêtes, si vous cherchez une enquête très enlevée, pleine de rebondissements, passez votre chemin parce que ce n'est pas ce qu'Anne Perry propose et même si l'enquête policière est, évidemment, au centre du récit et ce, dès les premières pages, ce que j'ai bien plus ressenti dans ce volume-là mais qui est au final aussi très présent dans les deux premiers, c'est l'aspect social et d'ailleurs très finement rapporté par l'auteure.
    Charlotte et Thomas Pitt vivent en plein cœur du XIXème siècle, dans une Angleterre en plein essor : c'est l'époque victorienne et les belles heures de l'industrialisation. La société se modernise mais en générant des inégalités de plus en plus fortes entre les classes les plus riches et les plus pauvres. Ainsi, à Londres, peuvent vivre à quelques centaines de mètres des familles très fortunées telles celles qui occupent les beaux hôtels particuliers de Paragon Walk et d'autres qui connaissent la misère, le fléau des maladies, la promiscuité, la saleté, la criminalité.
    Quand un meurtre est commis, en revanche, sur une jeune fille de bonne famille, cela bouleverse tout le monde, proches, amis et voisins. Et tandis que la saison estivale s'ouvre, dans une atmosphère tendue et caniculaire, la tâche de Thomas Pitt ne sera pas aisée. D'hypothèses en allusions mauvaises, du silence méprisant à la condescendance ouverte, le policier va se heurter à la famille Nash, dont les frères et leurs épouses sont aussi différents les uns des autres que possible. Il va rencontrer des vieilles dames excentriques mais à cheval sur la morale et très attentives au qu'en-dira-t-on. Et surtout, il va devoir ménager les Ashworth, puisqu'il s'avère que George est aussi son beau-frère. Pour tout dire en peu de mots, enquêter chez ces gens fortunés ne s'avère pas une mince affaire !
    Comme je le disais un peu plus haut, c'est surtout l'aspect social du roman qui m'a plu, cette étude des mœurs à laquelle Anne Perry se livre avec brio. L'enquête est intéressante mais effectivement pas sensationnelle -même si, je l'avoue, je n'avais pas vu arriver le dénouement : ce qui fait vraiment l'atout de ce roman, c'est le portrait au vitriol de cette bonne société ou du moins qui se considère comme telle et s'avère parfois être la plus corrompue. Et les habitants de Paragon Walk en sont une bonne illustration car chacun a quelque chose à cacher : péchés anciens ou véniels, petites manies voire carrément des secrets beaucoup plus importants à cacher et que cette enquête risque de mettre en lumière ce que l'on ne veut, bien sûr, à aucun prix. Dans cette rue où chacun se fréquente et rivalise, l'hypocrisie et la fausseté font loi, l'acidité des paroles ne le dispute qu'à l'allusion mais s'il y'a bien une chose qui les lie tous, ces habitants futiles et au train de vie réglé comme une horloge entre cérémonies du thé, réceptions et garden-parties, c'est le mépris de ceux qu'ils considèrent comme leurs inférieurs et notamment les policiers qui se heurtent lors de leurs investigations, à un mépris à peine dissimulé et parfois particulièrement violent. Et lorsque Charlotte, inquiète pour Emily, décide d'enquêter de son côté, elle met le pied dans un cercle échauffé autant par le meurtre affreux de la jeune Fanny que par la canicule ambiante en cet été où bien des masques vont tomber, dans une fourmilière grouillante où chacun essaie de cacher ce qu'il ne veut absolument pas voir divulguer tout en bavassant allègrement sur les voisins et les voisines. Et ils sont tellement hypocrites, d'une telle superficialité, ces habitants de Paragon Walk, qu'ils en deviennent presque risibles et quand, enfin, le voile se lève, on arrive à la conclusion souvent vérifiée que ce sont souvent dans ces milieux où l'on mène grand train qu'il se passe en fait les choses les plus laides et les plus sales.
    Cette lecture a su me convaincre et j'ai été ravie de renouer avec ces deux enquêteurs dont j'avais apprécié la personnalité dans les deux premiers tomes : Thomas Pitt, qui a connu la pauvreté enfant mais s'en est sorti à force de ténacité, Charlotte, esprit libre et indépendant, issue d'un milieu privilégié mais qui n'hésitera pas à imposer ses choix et notamment en ce qui concerne son époux. Elle n'hésite pas non plus à perdre son rang et à mener une vie modeste, différente de ce qu'elle a connu enfant et adolescente, dans la maison familiale de Cater Street pour pouvoir partager celle de l'homme qu'elle aime, préférant renoncer à des privilèges dont on n'a pas vraiment besoin plutôt qu'à lui.
    Bref, ce troisième tome m'a encore une fois accompagnée pendant quelques jours de manière très plaisante et même si son dénouement est assez abrupt, je dois dire que c'est un roman vraiment bien menée. Anne Perry expérimente encore une fois et de manière très réussie une méthode d'écriture qui fait sa patte et donne envie à ses lecteurs de retrouver, de volume en volume, ses personnages. Charlotte et Thomas Pitt m'ont fortement évoqué Lizzie et Ben Ross, les deux héros d'Ann Granger que j'aime aussi beaucoup et je me suis amusée à les comparer, en lisant Le Crime de Paragon Walk, retrouvant souvent des traits similaires entre eux.
    Entre satire sociale et enquête policière, Le Crime de Paragon Walk est un bon roman historique qui égratigne méchamment, mais sans avoir l'air, la société victorienne et son mode de vie. Avec ce flegme tout britannique et cette ironie mordante mais qui n'a pas l'air d'y toucher, Anne Perry affirme son univers et ses personnages. J'ai hâte de lire les autres enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt. 

    En Bref :

    Les + : la critique sociale est vive et aussi acide que les allusions et le mépris des habitants de Paragon Walk, l'auteure décrit finement l'existence quelque peu superficielle des hautes classes de l'Angleterre victorienne. Entre ironie et flegme tout britannique, Anne Perry expérimente encore une fois une méthode qui a fait ses preuves dans les deux premiers volumes de sa saga policière. 
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever. Peut-être aimerait-on que l'enquête soit peut-être un peu plus complexe, mais au final, le roman fonctionne malgré tout.


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  • « Plus un détail apparaît outré plus il mérite de retenir l'attention ! Le détail qui semble compliquer un cas devient, pour peu qu'il soit considéré et manié scientifiquement, celui qui permet au contraire de l'élucider le plus complètement. »

    Le Chien des Baskerville suivi de La Vallée de la Peur ; Arthur Conan Doyle

     

    Publié en 2019

    Date de publication originale : 1902 (Le Chien des Baskerville) ; 1915 (La Vallée de la Peur)

    Titre original : The Hound of the Baskervilles ; The Valley of Fear

    Editions Archipoche

    Résumé : 

    Le clan Baskerville est-il hanté par une bête aux yeux flamboyants et aux crocs acérés, qui erre sur les landes du domaine familial et semble en vouloir à son nouveau propriétaire, le jeune Henry ? 
    Invité à résoudre ce sombre mystère, Sherlock Holmes mène ici son enquête la plus fameuse. Treize ans plus tard, dans La Vallée de la Peur (1915), le voilà confronté à un être tout aussi maléfique : son ennemi juré, le professeur Moriarty ! 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Je suis une lectrice assez assidue et toujours curieuse de découvrir des classiques mais j'avoue que, jusqu'ici, si je connaissais comme tout le monde Sherlock Holmes, le fameux détective, je n'avais lu aucune de ses enquêtes. Grâce aux éditions de l'Archipel, j'ai pu recevoir certains volumes de leur intégrale collector, publiée en début d'année et je me suis rendu compte que Sherlock Holmes, en son temps, fut un véritable phénomène, les fans attendant avec fébrilité une nouvelle enquête. Visiblement, Sherlock Holmes fut pour son auteur un personnage dont il fut particulièrement difficile de se défaire, d'où l'écriture, au début du XXème siècle, de plusieurs nouvelles enquêtes, dont Le Chien de Baskerville, raconté par le docteur Watson. Chronologiquement, cette enquête est censée se situer, bien sûr, avant la mort de Holmes mais elle est racontée après, comme si le docteur Watson, se souvenant de son accolyte défunt, fait le récit d'une enquête inédite.
    On connaît tous, au moins dans les grandes lignes, l'histoire du chien des Baskerville : un chien effrayant, les landes sinistres du Dartmoor, la brume, une famille qui semble maudite et poursuivie par un fantôme... J'avais vu l'adaptation, assez réussie et plutôt angoissante. Si l'enquête, en elle-même, n'est pas forcément très compliquée, si certaines conclusions viennent spontanément à l'esprit du lecteur, ce que j'ai aimé dans cette intrigue, c'est son ambiance. Frissons garantis ! L'auteur navigue dans la frontière ténue entre rationnel et irrationnel et se pose en tenant de la vraisemblance contre le paranormal, bien décidé à prouver que ce chien qui terrifie la région et semble poursuivre de sa vindicte la famille Baskerville, dont plusieurs membres sont morts mystérieusement depuis le XVIIème siècle, n'est qu'un être de chair et de sang et donc vulnérable. Certains passages font froid dans le dos, c'est vrai, surtout que cette région assez inhospitalière du Dartmoor, faite de landes et de marécages, relativement isolée et peu habitée se prête à une intrigue comme celle-ci. Et quand la brume s'en mêle, on se surprend à lire, captivé, tout en guettant tous les bruits autour de nous ! Donc, c'est pour moi diablement efficace.
    Pour ce qui est de La Vallée de la Peur, qui fait suite au Chien des Baskerville, finalement une enquête assez courte -peut-être parce que c'est assez captivant-, on revient dans quelque chose de plus traditionnel, une enquête policière certes complexe mais qui n'est pas du tout marquée par le paranormal. Ici, point de chien fantôme ni de vieilles superstitions mais un homme assassiné chez lui et dont le passé semble aussi mystérieux que celui de la personne qui s'en est prise à lui. Que se passe-t-il d'étrange au manoir de Birlstone, où Holmes et Watson se rendent pour seconder la police locale dépassée par la situation ? Qu'a fait le propriétaire, Mr. Douglas, en Amérique, où il vivait avant de revenir en Angleterre ? Quelle est cette vallée de la peur dont il parle souvent mais sans s'expliquer sur le sens de ces mots ? Et lui, qui est-il exactement ?
    J'avoue avoir eu moins d'intérêt pour cette intrigue là mais je l'ai trouvée diablement bien menée et pleine de rebondissements. Holmes a décidément un esprit logique imparable qui, s'il ne cesse d'ébahir Watson, nous scotche nous aussi, les lecteurs. Sa capacité de déduction est hors du commun et j'ai vraiment beaucoup aimé suivre le fil de ses réflexions qui l'emmènent finalement à trouver un dénouement extraordinaire et auquel personne n'avait songé jusqu'ici. Au final bon psychologue et observateur de la nature humaine, Holmes ne se fait aucune illusion sur elle et parvient ainsi à déjouer toutes les intrigues, en convoquant les mécanismes de la pensée qui, somme toute, sont les mêmes pour tout le monde.
    J'ai apprécié cette lecture pour beaucoup de raisons et en premier lieu parce que je n'avais jusqu'ici jamais lu une seule enquête de Sherlock Holmes alors qu'il reste un personnage incontournable et qui a inspiré de nombreux auteurs, notamment Jean d'Aillon que je lis depuis plusieurs années et qui ne se cache pas de l'apport des oeuvres de Dumas et Conan Doyle à son propre univers.
    Au départ, c'est vrai que c'est une lecture qui me faisait un peu peur, j'avais peur que ce ne soit pas pour moi, même si j'aime les romans policiers. Au final, ça n'a pas été le cas et ce, pour mon plus grand plaisir. Maintenant, mon objectif c'est de découvrir petit à petit cet univers qui a eu tant de succès et continue à séduire des millions de lecteurs à travers le monde

    En Bref : 

    Les + : l'univers et l'ambiance ont correspondu exactement à ce que j'attendais. J'ai passé un très bon moment et je me suis passionnée pour ces deux enquêtes ! Sherlock Holmes est décidément un détective hors pair ! 
    Les - :
    peut-être quelques longueurs dans la deuxième enquête, mais rien de grave.

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de novembre, « Sherlock », 11/12

     


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  • « Une enquête est comme un jeu d'emboîtement de pièces en bois. Éparpillons les pièces, recomposons-les différemment et posons-nous de nouvelles questions. »

    Une Enquête du Commissaire aux Morts Étranges, tome 2, Messe Noire ; Olivier Barde-Cabuçon

    Publié en 2014

    Editions Babel (collection Noir)

    464 pages 

    Deuxième tome de la saga Une Enquête du Commissaire aux Morts Étranges

     

    Résumé :

    Une nuit de décembre 1759, le corps sans vie d'une jeune fille est retrouvé sur la tombe d'un cimetière parisien. Pas de suspect, et pour seuls indices : une hostie noire, un crucifix, des empreintes de pas. Sartine, le lieutenant général de police, craint une résurgence des messes noires sous le règne du très contesté Louis XV. La tension est à son comble dans la capitale. 
    Volnay et le moine hérétique sont contraints de s'allier à une enquêtrice aussi sublime que manipulatrice, et se trouvent rapidement confrontés à des forces obscures...toujours aussi mal vu du pouvoir en place, le duo ne pourra compter que sur lui-même pour démasquer les ordonnateurs du rituel satanique. 
    Dans ce deuxième volet des aventures du chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, Olivier Barde-Cabuçon reconstitue un Paris pittoresque et inquiétant. A quelques lieues de là, Versailles dissimule les troubles pulsions de ses prestigieux locataires. Entre ces deux pôles opposés se noue une intrigue diabolique au royaume du détraquement et de l'inversion des règles établies. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec Messe Noire, je reprends la lecture d'une saga découverte l'an dernier : Les Enquêtes du Commissaire aux Morts Étranges, d'Olivier Barde-Cabuçon. Chaudement conseillée par plusieurs blogueuses, j'ai malgré tout hésité avant de me lancer même si j'avais beaucoup d'intérêt pour cette série qui se passe au cœur de ma période historique préférée entre toutes : le XVIIIème siècle.
    En fait, je suis une fan inconditionnelle des romans de Jean-François Parot et de leur héros, Nicolas Le Floch et je craignais de comparer et de ne pas apprécier les romans d'Olivier Barde-Cabuçon... Il est vrai que Parot, dans chacun de ses romans, restitue parfaitement l'époque et ce fut un véritable plaisir de le lire.
    Chez Barde-Cabuçon, c'est plus glauque et torturé, beaucoup plus noir. Beaucoup plus critique envers la monarchie, aussi. Du coup, il m'a été impossible d'établir un quelconque parallèle entre les deux sagas. Je crois que ma préférence va à Nicolas Le Floch et lui restera : peut-être parce que la vision du XVIIIème siècle de Jean-François Parot est plus en accord avec la mienne, je ne sais pas...
    Toujours est-il que j'ai apprécié d'emblée Volnay, le commissaire aux morts étranges d'Olivier Barde-Cabuçon et je l'ai retrouvé, ainsi que son assistant le moine, avec plaisir dans ce deuxième opus qui s'ouvre en décembre 1759 dans un cimetière parisien où tout porte à croire qu'une messe noire était en préparation avant qu'elle ne soit brusquement interrompue. Dans le cimetière recouvert de neige, deux corps sont retrouvés : celui du gardien de cimetière et celui d'une jeune fille probablement utilisée par les satanistes pour leurs rituels.
    Moins de cent ans après le scandale de l'Affaire des Poisons, qui a terni le règne de Louis XIV et dans laquelle la propre favorite du roi, Madame de Montespan, était impliquée, voilà que la magie noire et les adorateurs de Satan jettent à nouveau un voile noir sur la capitale, mettant son lieutenant général de police, Sartine, dans une position assez délicate.
    Cette deuxième enquête démarre bien et dans une ambiance aussi tendue, étrange et poisseuse que la première, Casanova et la femme sans visage. La messe noire, qui est le point de départ de l'enquête de Volnay et du moine, les emmène forcément à s'intéresser à tout ce que Paris compte encore de superstitieux : astrologues, voyants, sorciers et magiciens de tout poil. Car si le XVIIIème siècle est connu pour être le siècle des Lumières, paradoxalement c'est une époque encore pétrie de croyances diverses et de religiosité. Naviguant à vue dans le brouillard d'un univers confidentiel où l'on pratique autant les plantes médicinales que les sortilèges, nos deux enquêteurs vont avoir du pain sur la planche !
    J'ai mis un peu de temps à lire cette deuxième enquête et je pense que cela a un peu émoussé mon intérêt en cours de lecture. J'ai beaucoup aimé, attention et je n'ai maintenant qu'une envie : ajouter le troisième tome à ma PAL et le lire ! Mais c'est vrai que j'ai été moins captée par ce deuxième opus, peut-être aussi parce que la vision très critique du pouvoir par Volnay mais aussi par le moine, qui est un esprit libre et épris de philosophie n'est pas la mienne. Pour autant, elle personnifie bien ce désamour de la monarchie sous le règne de Louis XV et des critiques de plus en plus ouvertes à l'encontre du monarque, qui font le lit d'une violente Révolution qui éclatera exactement trente ans plus tard.
    Messe Noire aborde finalement des sujets très vastes et c'est une analyse de la société de ce XVIIIème siècle français pétri de contradictions mais qui en fait une époque si passionnante et tellement riche. Dans le roman, on navigue des sphères occultes parisiennes bien plus nombreuses qu'on pourrait le croire et qui évoquent le Moyen Âge ou l'époque de Catherine de Médicis, aux dorures de Versailles qui incarnent la richesse la plus ostentatoire. On découvre une époque qui se cherche et a du mal à se trouver, hésitant entre tradition et modernité, entre émancipation spirituelle et religiosité rigoureuse, entre Dieu et Satan, entre la magie blanche et la magie noire. On découvre aussi le peuple de Paris, où se bousculent les plus riches comme les plus pauvres dans une ville tortueuse et encore médiévale et où l'on a de moins en moins peur d'affirmer haut et fort ce que l'on pense de la royauté et de son titulaire qui a perdu toute la faveur de son peuple et qui, après avoir été le Bien Aimé devient le Bien Haï.
    J'ai aussi apprécié de retrouver Volnay, moins lisse que Nicolas Le Floch, plus torturé et plus mystérieux aussi. On ne sait pas grand chose de lui et on n'en apprend d'ailleurs pas plus dans ce deuxième tome. Mais ses talents de policier et de déduction se confirment et on découvre qu'il est un très bon enquêteur. Il reste malgré tout un électron libre sur qui personne n'a de prise, ni le lieutenant général de police, ni les femmes, ni le pouvoir dont il dépend mais qu'il ne craint pas. Volnay est un peu comme ces chevaliers du Moyen Âge -souvent légendaires d'ailleurs, soit dit en passant- qui veulent rétablir la justice pour la justice et seulement pour elle. Il est désintéressé et en cela presque parfaitement libre. Bref, ce fut encore une fois un plaisir de le suivre dans une enquête compliquée et entortillée qui nous fait parfois tourner en rond et nous perd en conjecture avant que la vérité ne se fasse enfin jour.
    Je quitte Messe Noire avec le sentiment d'avoir lu un excellent roman policier bien ficelé et maîtrisé par son auteur avec en plus une base historique passionnante. Que demander de plus ?

    En Bref :

    Les + : une intrigue policière habilement menée et efficace, où messes noires et sorcellerie apportent du piquant au récit, qui en devient alors assez fascinant. 
    Les - :
    un peu comme pour le premier tome, des longueurs en milieu de récit...


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  • «  Pendant qu'un philosophe s'occupait des crimes commis aux portes de Paris, le lieutenant général de police réglait le sort de la philosophie. »

    Voltaire mène l'Enquête, tome 2, Meurtre dans le Boudoir ; Frédéric Lenormand

    Publié en 2013

    Editions du Masque (collection Poche)

    295 pages 

    Deuxième tome de la saga Voltaire mène l'Enquête 

     

    Résumé :

    Alors que la publication de ses Lettres philosophiques s'annonce fracassante, Voltaire jure ses grands dieux qu'il ne les a pas écrites -et s'empêtre à nouveau dans des affaires criminelles. 
    Un assassin débordant d'imagination s'inspire d'un roman licencieux qui circule sous le manteau pour éliminer ses victimes dans la soie orientale et les loukoums. Soucieux d'amadouer le lieutenant de police Hérault, voilà Voltaire contraint de hanter les maisons de passe, les librairies clandestines, les bureaux de la censure et les parties fines, sur les traces d'un illuminé qui n'a guère plus de pitié pour les philosophes que pour les libertins. 
    L'aide du bon abbé Linant et de la brillante Emilie du Châtelet ne sera pas de trop pour tenter de garder en vie l'esprit le plus pétulant de son siècle. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec Meurtre dans le Boudoir, je retrouve Voltaire et son acolyte, Émilie du Châtelet, pour une nouvelle enquête rocambolesque !
    Comme le premier tome, La Baronne meurt à cinq heures, c'est frais, léger, décalé et ce pastiche de roman policier historique fonctionne à merveille, certainement grâce à la plume sautillante et pétillante de l'auteur, Frédéric Lenormand : pour moi, d'ailleurs, c'est l'un des gros points forts de ses romans, cette écriture particulière et personnelle, que l'on reconnaît au premier coup d'oeil.
    Nous sommes en 1733 et Voltaire est en train de finaliser ses Lettres Anglaises, ce qui le met dans une position fâcheuse auprès des autorités françaises qui refusent de voir publier cet ouvrage et le menacent de censure. Qu'à cela ne tienne, Voltaire va s'aliter et crier à qui mieux mieux qu'il est à l'agonie, sous son bonnet de nuit et trois couches de couvertures !
    Au même moment sont perpétrés dans Paris des crimes assez étranges : amateurs de parties fines, clients réguliers des nombreux bordels de la capitale sont soudain assassinés et leurs meurtres sont mis en scène de manière assez particulière puisqu'il apparaît que leur assassin s'est inspiré d'un roman érotique -voire pornographique- se passant dans le décor exotique de l'Orient fantasmé par l'Occident du XVIIIème siècle.
    La police approche alors Voltaire et lui propose un marché : s'il se tient tranquille et l'aide à trouver ce mystérieux meurtrier, peut-être les autorités de Louis XV pourraient-elles se montrer un peu plus clémentes avec lui...
    Flanqué de l'inévitable Emilie, qui fait des équations comme on respire et de l'empoté abbé Linant, qui ne sert pas à grand chose mais à qui Voltaire essaie de dispenser une éducation philosophique, ce dernier, diablotin sautillant et insupportable va se lancer aux trousses de cet assassin aux idées mal placées et qui jette méthodiquement et froidement la honte sur des familles froides et compassées, prêtes à tout pour étouffer le scandale.
    Frédéric Lenormand nous entraîne dans le Paris du début des années 1730. Louis XV règne à Versailles, toujours sous l'égide de l'abbé de Fleury, son mentor et le moins que l'on puisse dire, c'est que Voltaire n'est pas en odeur de sainteté. Aimant provoquer, le philosophe ne s'est pas fait que des amis, à commencer par la police du Châtelet qui n'hésite pas, dans cette enquête, à l'utiliser et à lui faire du chantage. Mais Voltaire a plus d'un tour dans son sac et, c'est toujours aussi truculent, sans gêne et avec un sens de l'à-propos qui stupéfie qu'il va s'insinuer, telle une couleuvre, dans les intérieurs nobles et bourgeois de Paris et jusque dans les maisons closes de la capitale pour tenter de démasquer enfin cet assassin qui n'est peut-être pas le pervers que l'on pourrait croire au premier abord. Et s'il cherchait seulement à punir ses victimes par là où elles ont péché ? Mystère...
    Pour le découvrir, il faut lire Meurtre dans le Boudoir, pastiche efficace et rondement mené qui, comme le disait une lectrice dont j'ai lu l'avis dernièrement, pourrait sans peine être adapté en pièce de théâtre. C'est effectivement très burlesque et pourrait être joué sur scène avec, je pense, beaucoup de succès ! On retrouve un Voltaire au mieux de sa forme, même s'il meurt au moins trente fois au cours du roman -quel meilleur moyen, finalement, que de se dire à l'agonie, pour échapper aux foudres de la censure royale, décidément bien timorée ? On retrouve une Emilie à l'esprit toujours acéré, ce qui ne l'empêche pas de donner de sa personne pour aider son ami à résoudre cette enquête au départ bien emmêlée. Et enfin, on découvre Linant, un petit abbé de vingt ans, venu de Rouen, dont la naïveté crasse prête à sourire et l'entraîne dans des situations parfois bien compliquées.
    Quand j'avais lu La Baronne meurt à cinq heures, j'avais été agréablement surprise par ce qu'en avait fait Lenormand. Plutôt que de partir dans le roman policier historique traditionnel, il y ajoute une petite dose de comédie bienvenue, qui dédramatise un peu le tout. Là où Jean-François Parot ou encore Olivier Barde-Cabuçon nous auraient donné un portrait impeccable et soigné, voire un peu torturé pour le second, du XVIIIème siècle -et ce n'est pas pour me déplaire, bien au contraire-, Lenormand, lui, en prend le contre pied et nous écrit des farces décalées et qui, je l'avoue, font bien rire. Ce Voltaire qui ne doute de rien et qui ressemble un peu à ces diablotins qui sortent soudain de leur boîte sans crier gare est à mille lieues de l'image de l'écrivain sérieux et engagé que l'on peut avoir à l'esprit quand on pense aux philosophes des Lumières. Le chapitre où il parle un franglais de son cru à deux représentants de Sa Très Gracieuse Majesté est à mourir de rire ! Et finalement, si on a gardé de Voltaire une image de philosophe engagé, aimant défier le pouvoir -ce qui va lui valoir d'ailleurs quelques séjours à la Bastille-, défenseur du chevalier de La Barre ou plus tard de Calas, le portrait qu'en fait Lenormand n'est peut-être pas si éloigné de la réalité. Voltaire était capable d'autodérision et d'humour, ses lettres sont pleines de pétulance et de légèreté.
    En revanche, cela m'étonnerait qu'il ait un jour prêté main forte à la police, mais ce qui est intéressant, c'est que ça marche !! En partant d'une base de départ authentique -et une restitution assez fine de l'époque-, Frédéric Lenormand tisse ensuite une fiction efficace et un peu décadente, un beau portrait de ce XVIIIème siècle français plein d'ambivalence, qui se déchire entre jansénisme et libertinage, qui peut aussi bien lire des livres pieux que les romans scandaleux de Crébillon et commence à se passionner, justement, pour la vision novatrice et éclairée des écrivains des Lumières, dont Voltaire est l'un des fers de lance.
    C'est frais et surprenant, pour un roman policier. On rit souvent, on sourit aussi et parfois on feint d'être choqué par un passage un peu leste ou politiquement incorrect. Dans l'ensemble, on passe un très bon moment et on referme le roman à regret, en se disant qu'on n'a désormais qu'une envie : découvrir les autres aventures de Voltaire et d'Emilie du Châtelet. Si vous aimez les romans qui ne se prennent pas au sérieux mais dans lesquels vous apprenez malgré tout quelque chose, si vous aimez le XVIIIème siècle et les romans historiques, cette saga est faite pour vous. Pour moi, ce fut une bonne surprise en 2017, à la lecture de La Baronne meurt à cinq heures et elle s'est confirmée ici. 

    En Bref :

    Les + : une enquête décalée et pleine d'humour, des personnages pleins d'esprit, d'à-propos et d'ironique. Parfois, c'est un peu leste, parfois, c'est gai et léger. La plume alerte de l'auteur sert parfaitement bien son intrigue, pastiche réussi des romans policiers historiques.
    Les - : vraiment aucun. J'ai encore une fois passé un très bon moment et j'ai bien ri. 

     

     


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