• « Je suis de bonne volonté envers les bonnes volontés qui peuvent m'être utiles. »

    Adelia Aguilar, tome 1, La Confidente des Morts ; Ariana Franklin

    Publié en 2007 en Angleterre ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Mistress of the Art of Death

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives) 

    519 pages 

    Premier tome de la saga Adelia Aguilar

    Résumé : 

    Cambridge, 1171. Un enfant a été massacré dans des conditions atroces et les Juifs, désignés comme boucs émissaires, ont été forcés de se retirer dans le château seigneurial afin d’éviter un lynchage en règle. Henri, roi d’Angleterre, ne voit pas ces événements d’un très bon œil. Le véritable assassin doit être trouvé, et rapidement. Un enquêteur de renom, Simon de Naples, est dépêché depuis le continent et débarque en ville accompagné d’un Maure et d’une jeune femme, Adelia Aguilar, spécialisée dans l’étude des cadavres... Un savoir-faire qu’elle devra garder secret si elle veut éviter d’être accusée de sorcellerie.

    L’enquête d’Adelia la plongera au cœur de Cambridge où, fatalement, elle attirera l’attention d’un meurtrier prêt à tuer à nouveau…

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1171, la ville de Cambridge est endeuillée par les meurtres atroces de plusieurs jeunes enfants, qui ont disparu avant d'être retrouvés assassinés de la plus affreuse manière. Et parce que d'étranges objets ont été retrouvés sur eux, objets qui ont évoqué aux habitants de la ville l'étoile de David, les Juifs de la ville, afin de se soustraire à la vindicte populaire, sont allés se réfugier dans le château. La situation dure depuis un an et le roi Henri II, qui voit, non sans souci, baisser les rentes que la cité lui doit, décide d'employer des grands moyens pour élucider cette affaire.
    Dépêché depuis Salerne, par le roi de Sicile lui-même, Simon de Naples arrive en Angleterre, bien déterminé à faire la lumière sur ces meurtres affreux. Il est accompagné par Mansur et surtout Adelia, une jeune femme étrange et savante : elle est surtout un maître de l'art de la mort et une Trotula Medica, c'est-à-dire une femme médecin car, si au nord de l'Europe, au XIIème siècle, il est impossible et impensable que les femmes exercent la médecine, à Salerne, ville réputée pour sa faculté de médecine, justement, les femmes y sont admises comme les hommes et peuvent ensuite exercer et enseigner sans problème. Et Adelia s'est spécialisée dans ce que l'on appellerait aujourd'hui la médecine légale et fait parler les cadavres, pouvant, grâce aux autopsies qu'elle pratique, découvrir où, quand et comment ils ont été assassinés ou s'ils l'ont été, justement. Exerçant une médecine rationnelle et scientifique, très éloignée de la discipline brouillonne et ignare, pétrie de superstitions religieuses et qui tue plus sûrement qu'elle ne guérit qui est alors la norme dans la plupart des pays d'Europe, Adelia va devoir, avec l'aide de ses compagnons faire la lumière sur une affaire sensible qui menace l'équilibre même du royaume des Plantagenêt.
    Elle découvre un pays bien différent de celui qu'elle a quitté : si Salerne est une ville cosmopolite, où se côtoient des dizaines de peuples et de langues différents et dont l'Histoire riche mêle traditions arabes, romaines et chrétiennes, réchauffée par le soleil méditerranéen, où sa condition de femme ne l'a pas empêchée de devenir médecin -même si elle a rencontré des difficultés-, l'Angleterre du début des années 1170 est, pour elle, une terre barbare et arriérée, dont l'antisémitisme forcené lui est incompréhensible et où la religion et surtout l'Eglise sont toute-puissantes et entendent bien exercer cette hégémonie, en empêchant Adelia et ses compagnons d'exercer correctement, à s'opposant à l'examen des cadavres par exemple ou en ne reconnaissant pas Adelia, une femme, comme un véritable médecin apte à guérir et soigner. Car si elle peut faire parler les morts, Adelia n'en reste pas moins un médecin tout à fait habilité à sauver et soulager les vivants.
    J'aime beaucoup le Moyen Âge et c'est une période que je trouve fascinante depuis bien longtemps. Déjà, dans le temps, elle est immensément longue et couvre dix siècles, ce qui n'est pas rien. C'est un trait d'union entre l'Antiquité et les Temps Modernes et quel trait d'union ! Seulement, on a tendance à aborder cette époque à travers les clichés et les idées préconçues que films, romans et même anciens travaux d'historiens ont nourri, c'est-à-dire une époque fruste, sale, ignare, illettrée, barbare... On imagine des châteaux austères, des paysans pataugeant dans la boue, des seigneurs qui passent leur temps à guerroyer. Et si, tout dans ce portrait, n'est pas faux, le Moyen Âge est une période malgré tout plus fine et plus éclairée qu'on ne le pense en général et le Moyen Âge central, justement, est une époque d'émulation culturelle, notamment dans les terres continentales des Plantagenêt ou dans les terres occitanes, où l'art de la fin'amor est poussé à son paroxysme par les troubadours et encouragé par la fameuse et très belle Aliénor, l'épouse justement, du roi Henri II d'Angleterre. Et Adelia et ses compagnons symbolisent eux aussi cette érudition médiévale qui n'est pas un mythe : oui, de tout temps il a existé des médecins capables et qui envisageaient la médecine rationnellement et surtout dans le bassin méditerranéen d'ailleurs, où les Arabes ont pratiqué très tôt cette science et développé aussi la chirurgie.
    Malgré tout, il faut nuancer cette image qui peut paraître idyllique et qui, comme la précédente, serait totalement fausse si on oubliait que superstitions et obscurantisme ont bien sûr existé, surtout du fait de l'Eglise, d'ailleurs, qui y voyait un moyen d'assurer sur des populations soumises sa mainmise et c'est à cela qu'Adelia va se heurter à Cambridge, ce qui suscite son incompréhension : pourquoi laisser mourir ou souffrir quelqu'un sous prétexte que cela plaît à Dieu, alors qu'on a les moyens de le sauver ou de le soulager ? Pourquoi les hommes d'Eglise et les religieux pourraient-ils bénéficier, quand ils sont coupables d'un délit ou d'un crime, d'un droit d'impunité et d'une indulgence que l'on n'aurait pas pour quelqu'un qui ne porte pas le voile ou n'est pas tonsuré ? Pourquoi, enfin, lui jettent-ils sa condition de femme au visage comme une abomination et l'empêchent-ils d'exercer son art alors qu'elle est là pour faire la lumière sur une affaire sordide qui est en passe de semer la terreur et la psychose parmi les habitants de Cambridge et des environs ?
    La Confidente des Morts est une violente diatribe contre les Croisades et surtout contre cette Eglise médiévale puissante, trop puissante et qui se contredit, imposant à ses ouailles ce qu'elle-même ne met pas en pratique, une Eglise corrompue et gangrenée, dans laquelle cependant on trouve des âmes éclairées et étrangères au fanatisme, comme celle du père Geoffrey.
    La Confidente des Morts est un éloge de la pensée raisonnée et débarrassée de toute entrave religieuse et superstitieuse, l'éloge d'une science exercée rationnellement, par un esprit humain non enchaîné par des croyances et habitué à faire fonctionner ensemble tous ses rouages et ses mécanismes. Adelia, dans sa conception de la médecine, est d'un autre temps, elle détonne dans cet univers où se mêlent étroitement croyances chrétiennes et croyances païennes héritées de tous les peuples qui se sont succédé en Angleterre, des Vikings aux Saxons. Pas croyante ou alors, sans idôlatrie, tolérante envers toutes les religions, accompagnée d'un Juif et d'un Arabe musulman, Adelia n'appartient pas vraiment à ce Moyen Âge masculin et très religieux, dur et intolérant.
    Certains lecteurs ont déploré qu'Adelia n'était pas vraiment un personnage agréable et attachant mais j'ai l'impression que ce n'est pas vraiment lui rendre justice que de penser ainsi : Adelia, de part sa condition de femme médecin, qui la place obligatoirement en marge d'une société qui n'est pas pour elle, ne peut se permettre d'être agréable et avenante et sa brusquerie n'est finalement que le reflet de sa méfiance et de la surveillance qu'elle exerce sans arrêt sur elle-même. Personnellement, je l'ai beaucoup appréciée et dès le début, même si, effectivement, elle apparaît comme froide et un peu sèche. Petit à petit cela dit, le personnage se nuance et son humanité apparaît derrière le masque figé du médecin et du scientifique.
    Ce thriller médiéval, premier tome d'une saga en quatre tomes qu'il me tarde déjà de découvrir, est parfaitement réussi. J'ai retrouvé des univers familiers, ceux de Karen Maitland ou Andrea H. Japp qui dénoncent elles aussi subtilement et décrivent parfaitement cette époque si complexe, mais un petit quelque chose aussi qui fait de La Confidente des Morts un roman absolument unique. Je l'ai lu en quelques jours et je me suis sentie happée par cette ambiance poisseuse, tendue et sale, qui a suscité en moi bien des sentiments : dégoût, angoisse et j'ai même ri, parfois, parce que l'humour n'en est pas absent pour autant et le langage fleuri des habitants du Cambridgeshire est plutôt drôle ! Il y'avait longtemps qu'un roman ne m'avait pas tenue éveillée et n'avait pas serré ma gorge en faisant battre mon cœur comme si je me trouvais devant un écran et que je voyais vraiment les images se dérouler devant mes yeux. La traque de ce tueur horrible qui s'en prend aux plus jeunes et aux plus démunis pour leur faire subir les pires sévices devient petit à petit la nôtre, on se surprend à échafauder des hypothèses qui tombent d'elle-mêmes à mesure que l'on avance dans le roman ou qui s'avèrent finalement justes. On soupçonne tout le monde, la psychose des personnages se transmet au lecteur...
    Le journal The Guardian dit d'Ariana Franklin qu'elle est l'un des meilleurs auteurs de thrillers médiévaux actuellement et je pense que cette réputation n'est pas usurpée. Très honnêtement, en commencant ce livre, je ne m'attendais pas à aimer autant ni à me sentir totalement scotchée comme ça a été le cas. Ce roman m'a fait l'effet d'un film tour à tour angoissant, dégoûtant ou drôle, on passe vraiment à sa lecture par tout un panel de sentiments et, en ce qui me concerne, c'est le signe d'un roman réussi.
    J'ai passé un excellent moment avec cette lecture et, n'ayant pas les autres tomes sous la main, il va falloir que j'attende un peu avant de poursuivre ma découverte des aventures d'Adelia en Angleterre. J'ai donc quitté les personnages à regret même si heureuse qu'ils aient pu faire la lumière sur cette affreuse affaire. Et, bien évidemment, j'ai été surprise par le dénouement comme dans tout bon roman policier qui se respecte.
    Si vous aimez les ambiances tendues et noires, légèrement angoissantes, si comme moi, vous avez lu avec intérêt les romans de Karen Maitland ou Andrea H. Japp, alors ce roman est fait pour vous. J'ai apprécié aussi l'aspect très médical du roman, qui est passionnant.
    Un roman à conseiller vraiment et dont on ne ressort pas indemne, ça c'est sûr ! Ariana Franklin signe là un formidable thriller médiéval ! 

    En Bref :

    Les + : l'aspect scientifique et médical du roman, ses personnages aussi, indéniablement, l'ambiance et le style de l'auteure qui sert tout cela habilement. Ariana Franklin écrit vraiment très bien. 
    Les - : Aucun ! J'ai été passionnée par ce roman. 

     

     

    Adelia Aguilar, tome 1, La Confidente des Morts ; Ariana Franklin

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de juin, « Preux chevaliers », 6/12


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  • « Le monde est ainsi, Lizzie. Les innocents paient pour les crimes des coupables. »

    Lizzie Martin, tome 6, Le Brouillard tombe sur Deptford ; Ann Granger

     

    Publié en 2016 en Angleterre ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Dead Woman of Deptford

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives) 

    360 pages

    Sixième tome de la saga Lizzie Martin

     

    Résumé : 

    Londres, époque victorienne. Par une froide nuit de novembre, le docker Harry Parker trébuche sur un cadavre dans une ruelle de Deptford. Que venait faire Mrs Clifford, si chic, si bien vêtue, dans cette partie peu fréquentable de la ville ? Chargé de l'enquête par Scotland Yard, l'inspecteur Ben Ross ne trouve aucun témoin. De son côté, sa femme Lizzie tente d'étouffer un scandale : Edgar Wellings, un ami de la famille, souffre d'addiction au jeu. Mais le pire reste à venir : Wellings semble être le dernier à avoir vu Mrs Clifford vivante...Et que penser de son excellente raison de la tuer ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quel plaisir de retrouver Lizzie et Ben pour une nouvelle enquête ! Surtout que ça faisait plusieurs années que je n'avais pas lu un roman d'Ann Granger et j'avais hâte de retrouver cette ambiance si familière qui me plaît beaucoup.
    On la compare beaucoup à Anne Perry, qui est un peu la maîtresse du genre, si je puis dire et qui s'est taillé une solide réputation avec sa très conséquente série des Charlotte et Thomas Pitt. C'est vrai qu'il y'a pas mal de points communs entre leurs deux univers et en même temps, il y'a un petit quelque chose chez Lizzie et Ben qui me les rend plus sympathiques que Charlotte et Thomas.
    Evidemment, c'est avec beaucoup d'attentes que j'ai entamé la lecture de cette sixième enquête, qui porte un titre énigmatique et les éditions 10/18 ont illustré d'une très belle couverture, tout aussi intrigante...
    Par une froide soirée de novembre, dans le quartier londonien de Deptford, quartier d'entrepôts, de docks et de chantiers navals, le corps de Mrs Clifford, une respectable cinquantenaire correctement vêtue est retrouvé gisant dans la rue et elle a visiblement succombé à un coup violent porté à la tête. Quant à ses bijoux, ils ont disparu. A-t-elle été détroussée à cause d'eux et le vol a-t-il mal tourné ? Ou bien, parce que Mrs Clifford faisait profession de prêteuse, les motifs de l'assassin sont-ils autres ?
    Appelé à la rescousse par l'inspecteur de Deptford, Ben Ross de Scotland Yard, flanqué de son fidèle Morris, va se charger d'une enquête qui ne manque pas de se compliquer quand les policiers se rendent compte que la dernière personne à avoir vu Mrs Clifford vivante n'est autre que Edgard Wellings, le frère de Patience, la fiancée de Frank Carterton, cousin de Lizzie.
    Alors, que s'est-il passé ? Edgar, qui visiblement faisait appel à Mrs Clifford parce qu'il a besoin d'argent, est-il son meurtrier ?
    Eh bien, pour le savoir, il va falloir lire Le Brouillard tombe sur Deptford et si vous aimez les romans policiers mâtinés d'un soupçon d'Histoire et qu'en plus vous appréciez l'Angleterre victorienne, nul doute que vous serez séduit. Attention, avec Ann Granger -comme avec Anne Perry, d'ailleurs- on est loin des romans policiers parfois franchement crades ou flippants qui sont à la mode en ce moment. Rien de tout ça ici et je dirais même qu'elles sont toutes deux de la vieille école, sans condescendance aucune. Mais elles se placent dans la droite ligne de ces auteurs britanniques qui ont su donner ses lettres de noblesse au style policier. Les intrigues sont assez traditionnelles, peut-être un peu convenues parfois mais elles permettent aussi de pointer du doigt les inégalités et les injustices de l'époque victorienne et Ann Granger n'a pas son pareil pour brosser un portrait parfois peu amène mais crédible d'une société très cloisonnée où l'on peut être très riche ou très pauvre et où se côtoient les plus fabuleuses richesses et la misère la plus noire.
    Ici, dans ce roman, c'est le monde interlope des mariniers, des matelots, des ouvriers des chantiers navals qu'Ann Granger met à l'honneur, même si Mrs Clifford n'en fait partie. Elle vit cependant dans un quartier qui s'est développé depuis le XVIème siècle grâce au fleuve et au commerce et qui continue de faire vivre des centaines de familles, plus ou moins bien, et souvent moins que plus, d'ailleurs. Ben Ross et ses agents se trouvent confrontés au dénuement des habitants de Deptford, au travail des enfants obligés de se comporter comme des adultes et qui n'hésitent pas à recourir à l'escroquerie ou aux vols, à l'angoisse terrible de perdre un emploi quand on en a un, aux maladies entraînées par la misère et par le travail très dur et souvent effectué depuis le plus jeune âge.
    Et puis, en miroir, l'auteure nous décrit les préoccupations des plus aisés, à commencer par la famille d'Edgard Wellings, scandalisée à l'idée qu'il ait été la dernière personne à voir la prêteuse sur gages vivante, d'autant plus que cela en fait, pour la police, le principal suspect. Crainte futile du scandale et du qu'en dira-t-on, ternissement irrémédiable de l'image sociale s'opposent ainsi de façon presque risible et pathétique à la vraie déchéance et souvent à la dignité qui l'accompagne et à laquelle les pauvres se raccrochent de toutes leurs forces pour ne pas déchoir complètement.
    Cette sixième enquête de Lizzie et Ben n'est pas la plus enlevée et, dans celle-ci, j'ai eu l'impression que Lizzie s'effaçait un peu pour laisser le devant de la scène à Ben. J'ai regretté qu'on ne les voie pas plus souvent ensemble parce qu'ils forment un petit couple sympathique mais c'est malgré tout toujours aussi agréable de les retrouver. Lizzie qui, dans le premier tome, m'avait légèrement agacée, est un peu plus nuancée depuis quelques tomes et elle apporte parfois des suggestions pleines de bon sens à Ben.
    Malgré tout, Le Brouillard tombe sur Deptford est agréable à lire, bien écrit, émaillé par moments de saillies ironiques et pince-sans-rire typiquement britanniques. Le roman n'est pas très long, même si on a l'impression pendant un moment, que l'enquête stagne et n'avance pas. On découvre en même temps que les policiers et avec intérêt, ce quartier de Deptford, où vivent des miséreux et des gens d'une classe sociale un peu plus élevée, comme Mrs Clifford, par exemple ou Mr Morton. On découvre le Londres sale de cette fin de XIXème siècle, souvent noyé du brouillard jaune qui monte de la Tamise et se mêle aux fumées des cheminées et des usines. Ce quartier qui sent la vase et le bitume nous met mal à l'aise à plusieurs reprises, comme si on s'attendait à voir apparaître un assassin à chaque coin de rue. Et la froidure d'un mois de novembre anglais n'arrange rien.
    Cette sixième enquête est bien ficelée et efficace parce qu'elle a le mérite d'illustrer ce que l'indigence et le désespoir peuvent conduire à faire en dernier recours et qu'un meurtre peut parfois découler du plus grand désarroi et pas d'une volonté forcément meurtrière au départ : quand on n'a plus rien, parfois, on tombe dans le crime sans même s'en rendre compte et c'est avec tristesse et amertume que Ben, ancien petit mineur du Derbyshire, en fait la constatation.
    Après avoir terminé ce roman, je n'attends plus qu'une chose : un septième tome. En espérant qu'il y'en ait un. 

    En Bref :

    Les + : Ann Granger n'a pas son pareil pour pointer du doigt les paradoxes d'une époque qui a marqué l'Histoire. Dans une intrigue bien ficelée, elle nous emmène dans les bas-fonds du Londres victorien, dans le sillage de personnages attachants que l'on suit maintenant depuis plusieurs années.
    Les - : j'aurais presque aimé que le roman soit plus long ! !  

    Lizzie Martin, tome 6, Le Brouillard tombe sur Deptford ; Ann Granger


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  • « Vouloir à tout prix dévoiler des secrets n'était pas sans danger. Ce qui était caché ne devait-il pas le rester ? »

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière

    Publié en 2011

    Editions JC Lattès

    306 pages

    Premier tome des Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier

     

    Résumé :

    Quentin du Mesnil profite de quelques jours en Normandie dans sa famille. Une parenthèse bien méritée, car la vie à la cour d'Amboise n'est pas de tout repos pour ce compagnon d'enfance et maître d'hôtel de François Ier ! Mais son répit est de courte durée, car François, ce jeune roi de vingt-deux ans, ambitieux et impétueux, a déjà une nouvelle responsabilité à lui confier. 
    Chambord n'est encore qu'un rêve, une folie de souverain -une dépense inutile, disent certains-, mais le vainqueur de Marignan est décidé : Chambord sera. Et Quentin en prendra les rênes...à condition qu'il aille d'abord chercher Léonard de Vinci en Italie ! Une mission en apparence des plus innocentes. Mais le vieil homme pourrait être plus encombrant qu'il n'y paraît. Surtout si ses ennemis ont juré sa perte...

    Dans Le Sang de l'hermine, premier opus d'une nouvelle fresque historique, Michèle Barrière nous fait savourer les glorieux débuts du XVIe siècle, les intrigues politiques, les fêtes royales, et toujours, ses ingrédients favoris, sauces, tartes, rôtis, poissons et pâtés d'époque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Après avoir découvert il y'a quelques années la dynastie Savoisy, au service de la couronne de France, dans Meurtres au Potager du Roy puis dans Les Soupers Assassins du Régent, j'ai eu envie de me lancer dans cette saga qui nous plonge en pleine Renaissance française et plus particulièrement sous le règne de François Ier. Je trouve que c'est une époque absolument fascinante et j'aime beaucoup l'idée de Michèle Barrière de mêler Histoire, aventures, enquêtes et gastronomie. Historienne de l'alimentation, on peut dire qu'elle maîtrise le sujet et c'est vrai que c'est passionnant.
    Après le règne de Louis XIV et la Régence de Philippe d'Orléans, c'est au début du règne de François Ier qu'elle nous emmène, à une époque charnière entre le Moyen Âge et la Renaissance. On a coutume de dire que le Moyen Âge se termine avec la découverte des Amériques en 1492... Mais le début du XVIème siècle, notamment en France, est une grande période de bouleversement et le vrai basculement vers ce que l'on appellera la Renaissance. Au début du roman, nous sommes en 1516 : victorieux depuis un peu plus d'un an sur le champ de bataille de Marignan, d'illustre mémoire, François Ier est un roi jeune, ambitieux, sûr de lui, qui entretient une Cour brillante sur les bords de Loire, où brille notamment sa sœur Marguerite d'Alençon, par sa beauté, sa piété et son érudition. Si la mère du roi, Louise de Savoie, continue de tenir les rênes en coulisses et d'influencer le roi, notamment au travers du chancelier Duprat, le règne du premier des Valois-Angoulême est destiné à devenir glorieux. Et, alors qu'il est en train de négocier les termes du Concordat de Bologne, François se pique de faire venir à Amboise, le fameux, le génial Léonard de Vinci. Et, pour cette mission, il choisit un ami d'enfance, Quentin du Mesnil, qui est aussi son maître d'hôtel. De petite mais bonne noblesse normande, Quentin a passé son enfance à la Cour et auprès des enfants de Louise de Savoie, avec sa sœur Mathilde, rentrée depuis en Normandie, où elle vit dans le modeste manoir familial auprès de leur père, Antoine du Mesnil.
    Commence alors pour Quentin un grand périple sur les routes de France pour gagner l'Italie, où il doit aller débusquer celui qu'il ne considère que comme un vieux fou : en effet, en 1516, Léonard de Vinci n'est plus qu'un vieillard dont la vie passée, dissolue et scandaleuse, lui a créé des ennuis. Il a beau être un peintre fabuleux, un inventeur de génie, à l'intelligence prodigieuse, il a beaucoup d'ennemis et Quentin va s'en rendre compte à ses dépens. Mais pour contenter son ami d'enfance, qui lui a promis de lui confier un projet grandiose, il va mener à bien sa mission, parfois au risque de sa vie, tandis qu'en France, sa sœur Mathilde va au-devant de bien des problèmes... Mais qui en veut aux du Mesnil et surtout, pourquoi ? Quel est ce secret qui entoure Quentin ? Nous ne le saurons pas dans ce tome mais cela donne bien évidemment envie de lire la suite. Je crois que, de toute façon, je me serais jetée sans hésitation sur la suite de ce roman qui m'a franchement convaincue !
    Si j'avais apprécié Meurtres au Potager du Roy et Les Soupers Assassins du Régent, si je les avais trouvés bons sans être extraordinaires, je dois dire que j'ai pris un grand plaisir à découvrir ce roman ! Je n'ai pas vu le temps passer et je me suis presque exclamée « Déjà ! ? » en voyant arriver les dernières pages.
    Voilà un roman historique bien ficelé comme je les aime. Situé déjà dans une époque absolument passionnante, mêlant subtilement fiction et vérités historiques, Le Sang de l'Hermine nous amène à la rencontre d'un personnage intéressant et attachant, Quentin, que l'on va retrouver tout au long des sept tomes qui composent la saga. En tant que maître d'hôtel du roi, il a accès aux coulisses de la Cour et nous fait découvrir l'envers du décor.
    Enfin, ce que j'apprécie aussi beaucoup chez Michèle Barrière, c'est cette association de l'Histoire et de la gastronomie. Finalement, c'est assez éclairant d'étudier une époque à travers sa gastronomie et la manière dont les gens se nourrissaient quotidiennement. Si, aujourd'hui, la cuisine française est presque un art, si elle si réputée partout dans le monde, c'est qu'elle a acquis ses lettres de noblesse essentiellement aux XIXème et XXème siècle, avec des figures emblématiques comme Antonin Carême ou Auguste Escoffier.

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière

    Un banquet de la Renaissance


    Mais comment mangeait-on auparavant ? Peut-on parler, au XVIème siècle, de gastronomie ? Quels sont les plats appréciés ou, au contraire, ceux qui sont rejetés ? Les goûts changent avec les époques, la manière d'accommoder les plats aussi. Et au début du règne de François Ier, la cuisine française est encore lourde et médiévale : la table du roi, si elle n'est pas frugale, n'est pas non plus raffinée et on y mange surtout le produit des chasses royales, très nombreuses, au grand dam de Quentin, qui ne parvient pas à obtenir des cuisiniers de la Cour une cuisson parfaite et des plats plus subtils. Les viandes sont trop cuites, les soupes épaisses, les saveurs, très épicées. Alors, profitant de son périple mouvementé sur les traces de Léonard, le maître d'hôtel va s'inspirer de ce qu'il voit en Italie pour améliorer les plats. Car si le royaume de France est déjà nanti de spécialités réputées et de produits régionaux qui vont perdurer au cours des siècles, on ne peut pas dire que la cuisine soit le fort du pays à cette époque-là - un comble, non ? Et pourtant, c'est possible !
    A la fin du roman, on retrouve un petit carnet de recettes, adaptées et améliorées par l'auteure elle-même pour correspondre à des palais contemporains, mais qui fleurent délicieusement l'Histoire. A l'époque, on aime beaucoup les condiments, les épices et le sucré-salé : ainsi, il n'est pas rare de trouver des fruits, comme les raisins, dans beaucoup de préparation et notamment avec les viandes. On accommode beaucoup de plats avec des sauces, comme le verjus, hérité de la cuisine médiévale ou la sauce verte, à base d'oseille, de thym, de marjolaine, de menthe et de cannelle. J'ai trouvé ça plutôt sympathique, même si certaines recettes m'ont laissée un peu dubitative. Soyons très honnêtes, je ne sais pas vraiment si je les referais mais je trouve l'idée bonne : adapter des recettes d'époque, c'est toucher un peu l'Histoire du doigt et apprivoiser les saveurs que nos aïeux appréciaient chaque jour.
    Au-delà de l'aspect gastronomique, très présent et qui est la marque de fabrique de l'auteure, j'ai aussi trouvé plaisant de suivre Léonard de Vinci dans ses pérégrinations vers le royaume de France. Homme âgé, fatigué, un peu amer, il ne se fait plus d'illusions sur ses semblables mais sera justement un bon professeur pour Quentin, encore jeune et pétri d'idées reçues et de préjugés. Dans ce roman, Léonard nous apparaît comme ce vieillard vénérable et un peu mystérieux qui est l'image de lui la plus couramment répandue. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir encore un caractère bien trempé et même, légèrement tempétueux !
    Mais l'image la plus nuancée et la plus proche de celle que j'ai moi-même du personnage, c'est bien celle de François Ier. Encensé et admiré par les uns, dénigré par les autres, François Ier est un personnage qu'il est difficile de cerner, je trouve. Environné d'idées reçues et de clichés, comme le fameux adoubement sur le champ de bataille de Marignan par Bayard lui-même -qui est une image d’Épinal à la vie dure, mais une légende complète-, considéré comme le roi des arts et des lettres mais aussi comme un piètre politique, un jouisseur accompagné d'un aréopage de beautés, qui est-il vraiment ? Dans le roman, François, jeune encore, âgé de vingt-deux ans, nous apparaît dans toute la gloire de sa jeunesse et de son règne triomphant, couronné par le succès de sa première campagne en Italie. Il est un jeune homme ambitieux et confiant en sa bonne étoile mais qui règne surtout grâce à la clairvoyance de sa mère, véritable femme de tête. Bon père et mari respectueux envers la discrète reine Claude, il n'en est pas moins un coureur de jupons invétéré. Chasseur, amateur de fêtes, entouré d'une jeunesse bruyante et exubérante, il incarne et symbolise parfaitement cette noblesse chamarrée du début de la Renaissance. Nuancée, l'image du personnage dans le roman n'est ni complètement positive, ni complètement négative, ce que j'ai appréciée. Si François Ier n'a peut-être pas été le grand roi que certains ont bien voulu dépeindre, on ne peut lui enlever que, c'est sous son règne que de grandes réformes, comme l'ordonnance de Villers-Côtterets ont pris forme. Précurseur de l'absolutisme bourbonnien, il l'est aussi, en quelque sorte, de la République sous laquelle nous vivons actuellement. Ni bon, ni mauvais, ni grand, ni petit, François Ier a été un roi emblématique mais ambivalent, que j'ai apprécié dans ce roman pour ce qu'il est, tout simplement et j'ai agréablement suivi Quentin dans sa Cour jeune et dynamique, bien différente de celle de Louis XII et Anne de Bretagne, mais que Quentin aimerait moderniser un peu et raffiner aussi, à la mode italienne.
    Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé la reconstitution que Michèle Barrière a fait de ce début de XVIème siècle français. Je l'ai trouvée habile et passionnante et, même si je trouve que le titre induit un peu en erreur parce que je n'ai pas vraiment eu l'impression de lire une enquête mais plutôt une aventure, je dois avouer que ce n'est qu'à regret que j'ai quitté ce nouveau personnage plutôt attachant ! 

    En Bref :

    Les + : une intrigue bien ficelée, captivante, qui mêle subtilement gastronomie et Histoire.
    Les - :
    un titre qui induit peut-être un peu en erreur... Ne vous attendez pas à réellement à une enquête, j'ai plus eu l'impression de lire un récit d'aventures qu'une véritable enquête policière. 

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de mars, « Masterchef », 3/12

     


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  • «  Le mal contre le mal était-il la seule solution acceptable ? »

    Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, tome 14, Le Prince de Cochinchine ; Jean-François Parot

     

    Publié en 2017

    Editions JC Lattès 

    442 pages 

    Quatorzième tome de la saga Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet

     

    Résumé :

    1787. Nicolas Le Floch, en Bretagne pour la naissance de son petit-fils, fait l'objet d'un attentat. C'est le début d'une nouvelle enquête au cours de laquelle il va retrouver son ami de jeunesse Pigneau de Behaine, évêque d'Adran, venu négocier un traité entre le roi de Cochinchine et la France. 
    Dans un pays épuisé par le déficit grandissant et la faiblesse de Louis XVI, des ennemis extérieurs soutenus par des complots intérieurs vont se mettre en travers des intérêts du royaume. Le commissaire aux affaires extraordinaires va se jeter dans une quête périlleuse qui le conduira à la Bastille. 
    Il devra aussi affronter la Triade, secte orientale liée aux adversaires du roi de Cochinchine et du jeune prince Canh, héritier du royaume d'Annam. Le héros des Lumières sera aidé par un étrange érudit jésuite, éclairé par Restif de la Bretonne et croisera Olympe de Gouges. 
    Ainsi, une nouvelle fois Nicolas Le Floch se trouve au centre d'une intrigue haletante qui mélange les affaires d'Etat et un cas criminel. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    C'est avec une émotion indicible que j'ai refermé cet ultime tome des Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet. En effet, ce quatorzième tome, sorti en octobre 2017, sera le tout dernier puisque malheureusement, l'auteur, Jean-François Parot est décédé en mai dernier. C'est une disparition qui a touché bon nombre de lecteurs, très tristes de voir partir un peu de Nicolas avec son auteur. Il n'y aura pas d'autres tomes et beaucoup d'entre nous resteront donc avec leurs questions et notamment la plus lancinante depuis quelques tomes : comment Nicolas aurait-il abordé la Révolution, qui se profile dangereusement à l'horizon ? Car depuis 1785 et l'affaire du Collier, la monarchie française tombe de Charybde en Scylla et n'a jamais été aussi fragile, la reine décriée, l'héritier du trône malade, le roi, indécis et mal conseillé...
    Dans ce quatorzième tome, l'intrigue démarre à l'automne 1787, un peu moins de deux ans avant la réunion des Etats Généraux et la prise de la Bastille. Si la monarchie vacille déjà un peu et que la banqueroute menace, elle tient encore tant bien que mal. En septembre de cette année-là, Nicolas se trouve en Bretagne, sur ses terres natales de Ranreuil, pour assister à la naissance de son petit-fils, le fils de Louis. Alors qu'il se promène sur la plage, il est victime d'un attentat et une balle le manque de peu. Revenu à Paris, il va devoir faire la lumière sur cet attentat, qui s'est réitéré sur le chemin du retour et découvrir pourquoi son agresseur avait dans sa poche un message écrit en idéogrammes. En idéogrammes ? C'est pour le moins surprenant en France à cette époque-là et pourtant, Jean-François Parot, fin connaisseur de l'époque -il a été diplomate mais aussi historien- se fonde là sur un événement avéré et tout à fait authentique : l'arrivée dans le royaume, en vue d'un traité, de l'évêque d'Adran, Mgr Pigneau de Behaine, avec toute une délégation cochinchinoise et un petit prince asiatique, Canh -c'est le petit garçon que l'on peut voir sur la couverture du roman-, fils du prince Nguyễn Ánh, qui réunifiera l'Annam, futur Vietnam, sous son autorité, au début du XIXème siècle. Le petit prince, né en 1780, est aussi un personnage historique, tout comme l'évêque d'Adran. Originaire d'Origny-en-Thériache, dans l'actuel département de l'Aisne, Pierre Pigneau de Behaine, déjà croisé précédemment dans Les Enquêtes de Nicolas Le Floch est un prêtre missionnaire des Missions Etrangères de Paris. Par la suite évêque d'Adran, il sera aussi diplomate et jouera d'ailleurs un rôle important dans les premiers rapprochements entre la France et le futur Vietnam. En février 1787, il débarque à Lorient avec une suite nombreuse, le sceau et le petit prince Canh, qui paraphera, au nom de son père, un traité signé entre la France et l'Annam. La France s'engage à aider Nguyễn Ánh à remonter sur le trône -il faut savoir que la situation en Cochinchine à l'époque était très compliquée et agitée par une guerre civile violente-, et en échange, elle obtient le port de Tourane, l'île de Poulo Condor et surtout le commerce exclusif avec la France. Pigneau repart le 27 décembre 1787 avec le jeune prince et huit missionnaires.
    Pour la petite anecdote, le corps de l'évêque Pigneau de Behaine, mort en 1799 est exhumé en 1983 et rapatrié en France par les soins du consul général de France en poste à Saïgon, un certain... Jean-François Parot, qui s'occupera de faire ramener les cendres de l'évêque d'Adran -actuellement une partie repose rue du Bac à Paris et l'autre dans l'église de son village natal.
    On peut donc dire que c'est à partir du destin d'un personnage qu'il connaissait bien que Jean-François Parot a brodé l'intrigue de son quatorzième roman, entre signature périlleuse d'un traité, menées étrangères et situation intérieure compliquée. Encore une fois, Nicolas Le Floch va devoir lever le voile sur une intrigue pour le moins compliquée et « environnée de ténèbres », selon une expression chère à Sartine.
    Comme d'habitude, je me suis sentie un peu perdue au milieu du roman, quand l'intrigue s'embrouille avec malice pour nous perdre encore plus aisément. Si, dans les premières enquêtes, j'essayais de comprendre à toute force, j'ai vite abandonné, prenant le parti d'attendre la fin, quand Nicolas et Bourdeau font enfin la lumière et que tous les événements s'imbriquent alors d'eux-mêmes. Et comme d'habitude, Jean-François Parot nous régale d'un petit aspect culinaire des plus agréables... même si cela peut surprendre de prime abord, au final, on les attend de pied ferme, ces recettes et ces scènes de repas interminables bien dignes de la culture française ! 

    Image illustrative de l’article Pierre Pigneau de Behaine

    L'évêque d'Adran, Pierre Pigneau de Behaine par Maurépin (XVIIIème siècle)


    J'ai toujours été admirative de Parot, qui avait le don d'échafauder des intrigues ultra complexes mais toujours pleines de logique et cohérente. Et il réussissait la prouesse de les insérer parfaitement à un contexte historique bien restitué, voire à des événements authentiques comme c'est le cas ici, puisque, à l'automne 1787, l'évêque d'Adran, installé aux Missions Etrangères à Paris, négocie ce fameux traité, qui sera finalement paraphé officiellement le 28 novembre.
    En quelques semaines, nos enquêteurs se retrouvent soudain submergés de cadavres, Nicolas est embastillé, avant d'être libéré puis retenu en otage, les policiers du Châtelet vont se trouver confrontés à des agents doubles et parfois même triples et, pour couronner le tout, le sceau de Cochinchine, sésame royal indispensable pour ratifier le traité, disparaît des Missions Etrangères, tandis que le prince Canh est menacé d'enlèvement ! Et qu'en est-il de cet homme étrange qui a escorté Nicolas de Bretagne à Paris et dont la mission pourrait être beaucoup moins clair que ce qui apparaissait de prime abord ?
    Ce quatorzième tome m'a beaucoup plu, peut-être parce qu'il nous dépayse un peu, bien que se passant essentiellement à Paris, le théâtre habituel des opérations de Nicolas et de ses agents, mais l'auteur introduit subtilement la géopolitique d'un lointain royaume d'Asie et, pour une époque qui se piquait de chinoiserie, c'est finalement parfaitement bien choisi.
    Je termine finalement ce tout dernier volume avec l'impression que l'auteur, peut-être, avait déjà prévu que ce serait le dernier... Si Parot était encore de ce monde, se serait-il lancé dans la rédaction d'autres tomes ? Peut-être mais, au cours de ma lecture, j'ai eu l'intuition de plus en plus tenace que Le Prince de Cochinchine était un point final. Nos héros vieillissent, tout doucement. Nicolas franchit le cap de la maturité en devenant, à près de cinquante ans, grand-père. Une nouvelle génération se profile tout doucement, en même temps qu'un avenir des plus sombres... Evidemment que je me suis demandé et c'est bien légitime, comment Nicolas aurait abordé la Révolution française. Comment, fidèle soutien de la monarchie, aurait-il pris la totale remise en cause d'un régime pluriséculaire auquel, les lecteurs assidus de la saga le savent bien, il est attaché par des liens très étroits ? Comment cela aurait-il agi sur ses relations avec son adjoint et ami Bourdeau qui, issu du peuple, tient des propos de plus en plus séditieux et amers contre la monarchie, depuis plusieurs tomes déjà ? Car si Nicolas a été élevé modestement par le chanoine Le Floch, il n'en reste pas moins un noble, descendant d'une longue lignée bretonne, celle des Ranreuil, qui s'est toujours distinguée au service du pouvoir royal. Dans ce tome-là, d'ailleurs, on sent bien le tiraillement de notre commissaire, entre la loyauté qu'il doit à son sang et à celui de ses ancêtres et la lucidité qui est la sienne... Tiraillé entre la noblesse, qu'il porte dans ses veines et le peuple, dans lequel il a été élevé, spectateur des misères grandissantes des Français en cette fin des années 1780, assistant impuissant au sabordage de la monarchie française par la faiblesse d'un roi indécis et par des ministres incompétents, Nicolas, dans cet opus, est assailli de toutes parts par des questionnements de plus en plus présents et que l'on peut comprendre légitimement. Sachant ce qui va arriver dans les années qui vont suivre, on peut supposer que les événements auraient mis à mal ses relations avec Bourdeau, auraient peut-être menacé sa famille et notamment son fils Louis, au service du comte de Provence, ainsi qu'Aimée d'Arranet, avec laquelle il entretient depuis un moment une douce relation et qui fait partie de la maison de Madame Elisabeth, la sœur de Louis XVI.
    Donc, finalement, même si j'ai été très émue de tourner la dernière page du roman et de me dire que je ne rencontrerai jamais plus ces personnages que je retrouvais à chaque roman comme de vieux amis, cette émotion bien normale a été tempérée par un sentiment de soulagement : la saga se termine à temps et cela laisse finalement au lecteur la possibilité d'imaginer la suite. Pour ma part, j'aurais croisé les doigts pour que Nicolas et les siens traversent la période révolutionnaire sans encombres mais peut-être cela ne se serait-il pas fait sans deuils, séparations et autres horreurs...Peut-être même que Nicolas n'aurait plus été policier et alors, la saga se serait peut-être arrêtée d'elle-même...Tout cela reste dans le domaine des possibles mais ne se concrétisera pas. Jean-François Parot nous manquera et son personnage aussi. Ils sont rares les auteurs qui parviennent ainsi à nous entourer d'un cocon réconfortant et presque familial. Ils sont rares les auteurs qui restituent aussi bien et font revivre l'Histoire, avec un tel amour, comme lui l'a fait pendant des années. Je lui avais déjà rendu hommage en mai dernier mais je profite de cette chronique pour le réitérer : Jean-François Parot fait partie de ces auteurs qui manqueront à la littérature française contemporaine, indéniablement. Et, au passage, si vous n'avez pas encore lu un seul tome des Enquêtes de Nicolas Le Floch, c'est le moment de vous lancer. Amateurs de romans policiers et d'Histoire de France, vous ne serez pas déçus, je peux vous l'assurer.

    Résultat de recherche d'images pour "nicolas le floch"

    En Bref : 

    Les + : retrouver des personnages attachants et un univers familier et réconfortant est toujours plaisant pour un lecteur. Quand c'est en plus très bien écrit, que demander de plus ? 
    Les - : 
    pas vraiment de points négatifs à soulever. La saga se termine bien et sur un opus vraiment bien maîtrisé.


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  • « L'inconvénient de faire appel aux gens habiles est qu'ils vous percent à jour. »

    Les Chroniques d'Edward Holmes et Gower Watson, tome 2, Le Chien des Basqueville ; Jean d'Aillon

     

    Publié en 2016

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    493 pages

    Deuxième tome de la saga Les Chroniques d'Edward Holmes et Gower Watson

     

    Résumé :

    Au printemps de l'an de grâce 1422, durant la maudite guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, Isabeau de Bavière charge le clerc anglais Edward Holmes de conduire une de ses demoiselles d'honneur au château de Basqueville, afin qu'elle puisse prier sur le gisant de son époux. Mais rien ne se passe comme prévu et, malgré sa sagacité, Holmes se fera berner. Peu après, la reine Isabeau découvre avec terreur qu'un inconnu la menace de révéler le contenu de missives susceptibles de remettre en question la succession au trône de France... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Le titre de la deuxième enquête du clerc Edward Holmes dans les Paris des années 1420 ne vous est peut-être pas inconnu et pour cause : il s'inspire directement d'un roman de Sir Arthur Conan Doyle, Le Chien des Baskerville. Dans ce dernier, un animal mystérieux et terrifiant sème la désolation dans les inquiétantes landes du Dartmoor. Dans une ambiance étrange, alourdie par le brouillard anglais, Conan Doyle nous fait frissonner et on se surprend à se demander par où arrivera le danger.
    C'est un peu différent chez Jean d'Aillon, mais nous y reviendrons. D'abord, pourquoi un titre aussi directement inspiré d'un autre roman ? Parce que, si vous connaissez Jean d'Aillon, vous savez peut-être que ses principales sources d'inspiration sont Conan Doyle et Alexandre Dumas. Il voue une véritable admiration à ces deux auteurs et, en s'inspirant du fameux détective, Sherlock Holmes, il n'a pas voulu, comme certains l'ont insinué, plagier l'oeuvre de Conan Doyle mais, au contraire, lui rendre hommage.
    Personnellement, dès ma lecture de Une Etude en Écarlate, qui précède Le Chien des Basqueville, j'ai refusé de m'intéresser à cette polémique qui me laisse assez indifférente : je lis Jean d'Aillon depuis suffisamment longtemps pour savoir qu'il n'a pas besoin de vulgairement plagier un autre auteur pour avoir de l'inspiration, au contraire. Passionné d'Histoire et très inspiré par elle, il est un auteur peu connu mais que j'apprécie, pour la variété de ses intrigues, les époques traitées dans ses différentes sagas -de l'Antiquité à l'époque contemporaine en passant par la Révolution, le XVIIème siècle ou encore le Moyen Âge- et surtout la rigueur et la méthode qui ressortent de ses écrits. 
    Dans Les Chroniques d'Edward Holmes et Gower Watson, j'ai retrouvé ce que j'aime en général chez l'auteur. Peut-on parler d'un pâle succédané de l'oeuvre de Conan Doyle ? N'ayant pas lu ce dernier, je me refuserais à apporter un quelconque jugement. Mais ce que je peux vous dire avec certitude c'est que, dans ces romans, les personnages ont beau porter des noms familiers et les titres s'inspirer de ceux du fameux auteur de romans policiers anglais, la patte de Jean d'Aillon est reconnaissable dès le départ ! Edward et Gower sont peut-être les lointains cousins de Sherlock et du docteur Watson, ils ne s'en inscrivent pas moins dans le reste de l'oeuvre de Jean d'Aillon et, pour moi, ils se rapprochent d'ailleurs beaucoup de Louis Fronsac, héros des enquêtes éponymes et de son complice Gaston de Tilly, ses enquêteurs du XVIIème siècle !
    Ce que j'ai aussi tout de suite beaucoup aimé dans cette saga, c'est l'époque choisie par l'auteur : la Guerre de Cent Ans et le début du XVème siècle, finalement peu traités dans les romans historiques. C'est une époque riche mais pas forcément évidente à comprendre et à aborder. Pourtant, quand on s'y penche sérieusement, c'est passionnant. La fin du règne du roi Charles VI est marqué par de violentes rivalités entre les partisans de son fils, le Dauphin Charles et ceux du roi anglais Henry V, proclamé régent de France après la signature du traité de Troyes, en 1420, qui déshérite le Dauphin, à la suite de l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur, en 1419.
    Dans Le Chien des Basqueville, l'intrigue démarre au printemps 1422. Paris est alors aux mains des Anglais et la misère dans la capitale du royaume de France atteint des sommets, tandis que la campagne environnante est régulièrement ravagée par des bandes de routiers commandées par les Armagnacs. Signé deux ans plus tôt, le traité de Troyes a écarté de la succession le dernier fils de la reine Isabeau de Bavière et du roi Charles VI, Charles, retiré dans ses terres au sud de la Loire. C'est Henry V de Lancastre, le roi d'Angleterre et époux de Catherine de Valois, qui doit ceindre la couronne après la mort de Charles VI et, ainsi, unir les couronnes des lys et des léopards sur une même tête ce qui, évidemment, ne se fait pas sans mal, beaucoup, en France, se refusant à voir les Anglais prendre le contrôle du royaume. Jeunes parents d'un petit garçon, Henry, qui deviendra un jour lui aussi le roi d'Angleterre et de France, Henry et Catherine incarnent l'avenir, face au roi Charles VI, vieilli prématurément et complètement fou et la reine Isabeau, qui n'est plus rien : après la signature du traité de Troyes, la reine de France n'a jamais été plus décriée ni détestée et certains n'hésitent pas à affirmer que ses derniers enfants ne sont que des bâtards, certainement issus de sa liaison coupable avec son beau-frère, Louis d'Orléans.
    Or, justement, voilà que l'on fait chanter la reine de France ! Un mystérieux corbeau lui fait dire qu'il possède un coffre dans lequel est serrée une correspondante compromettante, signée de sa main. Pour la récupérer, elle doit payer une certaine somme, sinon, l'inconnu menace de tout révéler, ce qui pourrait avoir des conséquences particulièrement funestes pour le royaume de France ! Un coffre qui était jusqu'ici dissimulé dans un château normand appartenant à un ancien fidèle du duc d'Orléans, Guillaume Martel de Basqueville, mort à Azincourt et que Edward va devoir chercher, au péril de sa propre vie, pour ramener à la reine les documents sensibles qui pourraient lui valoir le même sort que les brus du roi Philippe le Bel : l'enfermement dans un cachot jusqu'à ce que mort s'ensuive, pour adultère.
    Ce Guillaume de Basqueville a bien existé : ancien serviteur de Charles VI, il se trouvait près de lui dans la forêt du Mans lorsque le jeune homme, en août 1392, éprouva les premiers symptômes de la folie qui devait l'aliéner complètement dans les dernières décennies de sa vie. Par la suite passé au service du duc d'Orléans, il était porte-oriflamme à Azincourt, où il trouva la mort. En Normandie, dans le pays de Caux existe encore aujourd'hui un village : Bacqueville-en-Caux, qui rappelle cette fameuse famille dont une branche se transporta outre-Manche au moment de la conquête normande et qui devint la famille de...Baskerville.
    Concernant Isabeau de Bavière, la plupart des biographes de la reine et des historiens rejettent le fait que la souveraine aurait eu des amants et, parmi eux, son beau-frère, Louis d'Orléans. Non, le traité de Troyes n'est pas un aveu dissimulé de cette infidélité mais une riposte normale à l'assassinat du duc Jean sans Peur par les gens du Dauphin Charles, en septembre 1419. Non, le dernier enfant d'Isabeau, Philippe, né et mort en 1407 n'a pas survécu et n'est pas, comme certains ont pu l'affirmer, Jeanne d'Arc, Jeanne d'Arc qui, donc, serait un homme !
    Evidemment, on ne peut rien affirmer avec certitude mais, dans un contexte troublé, violent, où la royauté n'était plus représentée que par une femme, étrangère de surcroît, il est presque évident que l'on s'en soit pris à la reine, comme on s'en prendra plus tard à Catherine et Marie de Médicis ou encore, Anne d'Autriche.
    Cela dit, partisan de Dumas, on peut supposer que Jean d'Aillon a fait sien cet adage du fameux romancier : « On peut violer l'Histoire à condition de lui faire de beaux enfants. » Personnellement, je ne suis pas contre quelques petites libertés dans un roman historique, tant qu'elles servent le propos et sont expliquées par l'auteur. Après tout, le roman reste une fiction où l'auteur peut laisser libre court à son imagination. Tant que ça reste cohérent et vraisemblable, je ne vois pas où est le problème.
    Ici, Jean d'Aillon fait donc d'une légende une vérité. Disons que, comme Dumas en son temps, qui a exploité à fond la légende noire des derniers Valois, par exemple, ici, Jean d'Aillon force un peu le trait, en nous laissant voir d'Isabeau un côté sombre, calculateur, machiavélique et un brin sensuel qu'elle n'avait peut-être pas, historiquement. Ou alors, pas autant. Même si ce n'est pas cette image-là que j'ai de la reine, j'avoue ne pas avoir été gênée et j'ai même beaucoup aimé cette chasse aux documents compromettants dans les rues sales et sinueuses du Paris du début du XVème siècle.
    Hormis cela, comme d'habitude, on retrouve les grandes précisions historiques dont Jean d'Aillon est coutumier, notamment en ce qui concerne les cours monétaires ou encore, la géographie des différentes villes visitées, à commencer par Paris, dont l'aspect médiéval revit sous nos yeux. L'auteur s'inspire aussi beaucoup des textes d'époque (ici, le Journal d'un Bourgeois de Paris, par exemple, contemporain des événements) et nous déniche parfois des anecdotes complètement enfouies dans les limbes de l'Histoire et c'est ce que j'aime chez lui : on sent les recherches solides effectuées avant de se lancer dans le travail d'écriture et c'est très important.
    Malgré tout, j'ai décelé, dans ce roman, quelques petites maladresses qui, à mon sens, auraient pu être évitées : le duc de Bedford est appelé successivement Belfort et Bedford, le duc d'Exeter, oncle du roi Henry V devient, au détour d'un chapitre, son frère. Enfin, dans la postface où l'auteur nous explique ses choix et différents partis pris, deux des filles de Charles VI ont été confondues : c'est bien Michelle, la duchesse de Bourgogne, qui est morte en juillet 1422 et non pas Catherine, qui meurt en Angleterre en 1437, non sans avoir eu le temps de se remarier après son veuvage et d'être à l'origine, par cette deuxième union, de la dynastie des Tudors (mais ceci est une autre histoire). Je pense que, plus que de réelles erreurs historiques, ce sont surtout des fautes d'étourderie. L'erreur est humaine et je suis sûre que cela vous est aussi arrivé d'écrire un jour un mot pour un autre. Mais je trouve quand même dommage que ces petites coquilles soient passées entre les mailles du filet de la correction.
    Pour le reste, c'est une intrigue policière de qualité, bien ficelée, cohérente et compliquée à souhait que l'auteur nous livre là. J'ai pris grand plaisir à suivre Edward dans ses pérégrinations qui l'amènent à découvrir les tenants et aboutissants d'une véritable affaire d'Etat dans laquelle, bien sûr, la reine est impliquée en premier lieu mais aussi le Dauphin son fils, le roi d'Angleterre son gendre et même sa cousine et rivale, la redoutable duchesse Yolande d'Anjou !
    C'est un Moyen Âge fantasmé mais en même temps nuancé que l'auteur fait revivre dans son roman, un Moyen Âge vraisemblable, mâtiné de légendes et de superstitions mais pas que... En ce début de XVème siècle, doucement, l'époque médiévale commence à laisser sa place à la Renaissance, même si le conflit entre la France et l'Angleterre s'éternise et retarde l'arrivée de cette nouvelle ère qui fleurit déjà en Italie.
    Vous l'aurez sûrement compris, j'ai apprécié cette deuxième enquête, peut-être plus encore que Une Etude en Écarlate. Certes, le fameux chien de Basqueville est beaucoup moins effrayant que son cousin anglais du Dartmoor, mais j'ai apprécié de retrouver ce dernier comme un personnage à part entière du roman et qu'il soit présenté comme un second d'Edward et Gower, qui n'hésitent pas à se servir du chien et de son intuition très...olfactive ! Une intuition de chien, quoi et qui, souvent, ne trompe pas ! 
    Voilà encore une fois un roman historique comme je les aime, dynamique et enlevé, bien écrit et où l'on croise un savant mélange de personnages authentiques et imaginaires. Encore une fois, Jean d'Aillon ne m'a pas déçue, bien au contraire !

    En Bref :

    Les + : L'enquête policière est, encore une fois et comme toujours chez Jean d'Aillon, particulièrement intéressante. En mélangeant légende et véracité historiques, l'auteur nous emmène dans un Moyen Âge certes un peu fantasmé mais attrayant.
    Les - :  J'ai décelé ici ou là quelques petites maladresses qui, à mon avis, auraient pu être évitées.


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