• « Survivre, ma belle, il n'y a rien d'autre à faire, endurer et survivre, et si tu y parviens, alors le temps t'accordera ta vengeance. »

    La Malédiction de Norfolk ; Karen Maitland

    Publié en 2011 ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Gallows Curse

    Editions Pocket

    765 pages

    Résumé :

    Angleterre, 1208. Le roi Jean refusant de se soumettre à l'autorité du pape, églises et cimetières demeurent fermés. Les enfants ne sont plus baptisés et l'on craint de mourir sans avoir pu expier ses péchés. Mais en ces temps de sorcellerie, il existe plusieurs façons de sauver une âme. Pour libérer celle de son fils, décédé d'une étrange maladie, Lady Anne est prête à tout. Elle découvre un rituel permettant de transmettre les péchés après la mort. Encore faut-il trouver une conscience prête à les accepter. La jeune Elena, servante au château, n'aura pas le choix...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1210, sous le règne de Jean sans Terre, l'Angleterre est plongée depuis deux ans dans le chaos de l'Interdit. L'Interdit ? C'est quand plus aucun sacrement n'est administré : on ne se marie plus, les enfants ne sont plus baptisés, les morts ne sont plus enterrés en terre consacrée et ne peuvent se confesser ni recevoir l'extrême-onction. Dans tout le pays, les églises sont fermées et les prêtres en fuite, fuyant la colère royale.
    A Gastmere, village du Norfolk, lady Anne, châtelaine du lieu, ne peut se résoudre à laisser inhumer son fils unique alors qu'il n'a pu recevoir l'absolution avant sa mort. Elle est prête à tout pour qu'il ne parte pas avec les lourds péchés qui l'encombraient. Même à avoir recours à la coutume du mangeur de péché, c'est-à-dire charger les épaules d'une personne du fardeau des fautes de quelqu'un d'autre. Et son choix va se porter sur une jeune serve de Gastmere, Elena. Elena dont la vie, à partir de là, va se transformer en un cauchemar sans fin, car c'est pire qu'un venin mortel qui lui a été inoculé.
    Si le résumé était très alléchant et que j'ai, malgré tout, passé un bon moment, j'ai trouvé ce roman un peu en dessous des autres récits de Karen Maitland. Découverte en 2016, l'auteure m'a accompagnée depuis. J'ai beaucoup aimé Les Âges Sombres et par la suite, j'ai aussi fait une très agréable découverte avec La Compagnie des Menteurs, son roman le plus connu en France. Étrangement, moi qui ne suis pas fan de tout ce qui est gore ou flippant, j'avais aimé l'ambiance très noire et angoissante de ces deux romans. Karen Maitland a su, en quelques romans, créer de toutes pièces un univers unique qu'on ne trouvera nulle part. C'est vraiment ça qui m'a plu chez elle et qui a réussi à m'accrocher, au-delà du fait que toutes ses intrigues, du moins celles qui ont été traduites en France, se passent au Moyen Âge. C'est une époque qui m'a toujours plu ! Elle est énorme, non ? Au propre comme au figuré... Dix siècles, ce n'est quand même pas rien. Il y'a toujours quelque chose d'intéressant dans cette longue période et l'Europe médiévale est un sujet passionnant à elle toute seule !
    Cela dit, dans mes deux premières lectures, j'avais justement trouvé le contexte politique et historique peu présent et plus qu'à l'Histoire avec un grand H c'était plus aux petites histoires, aux déshérités, aux malheureux que s'intéressait Karen Maitland -les vagabonds, les malades, le petit peuple- . Finalement, l'époque servait plus de prétexte mais s'y prêtait bien.
    Là, c'est en se basant sur un contexte historique bien précis que l'auteure tisse ensuite la trame de son intrigue. Certes, dans La Compagnie des Menteurs, c'est la Grande Peste de 1349, un fait avéré, qui sert de toile de fond. Mais ici, dans La Malédiction de Norfolk, j'ai eu l'impression que l'auteure se servait bien plus du contexte de l'époque -le règne chaotique de Jean sans Terre, l'Interdit jeté sur l'Angleterre suite au conflit entre la papauté et le roi concernant la nomination de l'archevêque de Canterbury-. Finalement, toute l'intrigue découle de ça : l'absence de réconfort religieux suite à une crise politique et théologique plutôt violente. Finalement, le sentiment que j'ai eu à la lecture de ce livre, c'est de lire un roman historique traditionnel ou disons, plus traditionnel que les deux précédents. Et ce n'est pas mal du tout, bien au contraire mais je m'attendais, quelque chose de peut-être plus torturé, avec des manifestations surnaturelles ou autres et en fait je n'ai rien eu de tout ça. Si une certaine tension est présente, je n'ai jamais eu la gorge serrée ou le cœur qui s'emballe comme dans Les Âges Sombres ou La Compagnie des Menteurs ! !
    Je crois que mon erreur, c'est d'avoir lu ce roman en dernier. Si je l'avais lu en premier, je l'aurais apprécié sans être tentée de le comparer aux deux autres. Là, immanquablement, je ne pouvais pas faire autrement. Mais, attention, malgré cette petite déconvenue quant à l'ambiance du roman, je suis loin de l'avoir détesté et j'ai au contraire passé un bon moment. Karen Maitland a réussi à signer un roman historique fiable et cohérent, en utilisant, comme elle le fait toujours très bien, l'aspect religieux et superstitieux inhérent à l'époque médiévale. En fait, on ne peut pas dire que l'angoisse est absente mais disons qu'elle est subtilement distillée et c'est notre capacité à se mettre à la place de quelqu'un d'autre qui l'instaure. On se met à la place d'Elena et on imagine vivre ce qu'elle vit et c'est finalement l'aspect le plus terrorisant du roman car pour rien au monde on ne voudrait connaître ce qu'Elena, pendant quelques mois, va vivre, basculant dangereusement au bord de la folie.
    Au-delà de ça, le personnage d'Elena est intéressant aussi pour une autre de ses facettes. Elle est une serve, comme ses parents et comme la plupart des habitants du village de Gastmere, d'ailleurs ce qui signifie qu'elle ne s'appartient pas mais est la propriété du seigneur des lieux, en l'occurrence lady Anne, qui pourra en faire ce qu'elle veut, comme par exemple lui faire porter le fardeau des péchés inavouables de son fils défunt. Et même si l'auteure force peut-être un peu le trait, c'est aussi par ce biais qu'elle pointe du doigt
    le servage, comme elle avait pu montrer, dans Les Âges Sombres ou La Compagnie des Menteurs, les limites et les paradoxes d'une Église toute-puissante mais corrompue et gangrénée. C'est affreux finalement de se dire que cette jeune fille n'a aucun droit, à part celui de servir ceux qui veulent bien lui assurer d'avoir de quoi manger et un toit sous lequel dormir. Elle n'a le choix de rien et sûrement pas celui de dire non ou de se soustraire à ce qu'on veut l'obliger à faire. Elena fait partie de ces déshérités, de ces pauvres du Moyen Âge qui formaient la majeure partie de la société et la faisaient vivre.
    La Malédiction de Norfolk est donc un roman historique qui tient la route et s'avère être efficace. Je crois au final que ma légère déconvenue ne vient que des attentes que j'avais pu former concernant cette lecture ; il est vrai que j'en attendais beaucoup et que je n'ai peut-être pas retrouvé dans cette lecture tout ce que j'en escomptais. Mais l'essentiel est d'avoir passé un bon moment et ça a été le cas ! Entre Histoire, superstitions ancestrales, croisades et secrets inavouables, Karen Maitland nous livre là encore un roman où le Moyen Âge se révèle grandiose et extrême, jusque dans ses aspects les plus négatifs

    En Bref :

    Les + : un roman historique et médiéval bien mené, très bien écrit et maîtrisé.
    Les - : peut-être un univers un peu moins angoissant dans ce roman...j'avoue avoir été un peu déçue de ne pas retrouver la tension instaurée dans La Compagnie des Menteurs ou Les Âges Sombres.

     

    Brooklyn ; Colm Tóibín

     Thème d'octobre, « Jack O'Lantern », 10/12


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  • « L'expérience m'a appris que même un fou a sa logique et qu'il n'y a jamais d'effet sans cause. »

    Une Enquête du Commissaire aux Morts Etranges, tome 1, Casanova et la Femme sans Visage ; Olivier Barde-Cabuçon

    Publié en 2013

    Editions Babel (collection Noir)

    443 pages

    Premier tome de la saga Une Enquête du Commissaire aux Morts Étranges

     

    Résumé :

    Après avoir sauvé Louis XV de la mort lors de l'attentat de Damiens, et malgré son peu de goût pour la monarchie, le jeune Volnay obtient du roi la charge de commissaire aux morts étranges dans la police parisienne. Aidé d'un moine aussi savant qu'hérétique et d'une pie qui parle, Volnay apparaît comme le précurseur de la police scientifique, appelé à élucider les meurtres les plus horribles ou les plus inexpliqués de son époque. Epris de justice, c'est aussi un homme au passé chargé de mystère, en révolte contre la société et son monarque qu'il hait profondément.
    Lorsque, en 1759, le cadavre d'une femme sans visage est retrouvé dans Paris, Volnay doit conduire une enquête sur le fil du rasoir avant que le meurtrier ne frappe de nouveau. Mais entre des alliés aussi incertains que le libertin Casanova et des adversaires redoutables, à qui le commissaire aux morts étranges peut-il se fier ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

     Mon Avis :

    Voilà, c'est fait !
    A mon tour, j'ai enfin découvert le commissaire aux morts étranges d'Olivier Barde-Cabuçon... Cette saga m'a été chaudement conseillée par Cellardoor, Isabeau Bellevue et June, du blog Histoire de plumes ! Toutes ont beaucoup aimé ce premier tome et ont eu envie de continuer... Elles ont piqué ma curiosité et je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de cette saga...
    Le XVIIIème siècle, des enquêtes policières sur une trame historique passionnante... J'étais évidemment très impatiente de me lancer mais en même temps, je craignais malgré tout la comparaison qui, immanquablement allait arriver... Vous voyez de laquelle je veux parler ? Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j'aime énormément Nicolas Le Floch, le fameux enquêteur de Jean-François Parot... Lire une de ses enquêtes est toujours pour moi un grand plaisir : le contexte, la langue, les personnages... Tout me plaît, dans cette saga !
    Comme les deux sagas présentaient des points communs assez importants, je me suis dit que je n'allais pas pouvoir m'empêcher de comparer...
    Au final, ce sont deux univers assez difficilement comparables... Oui, il y'a des convergences entre Nicolas et Volnay mais aussi tellement de divergences que tout compte fait, j'ai lu Casanova et la Femme sans Visage sans réellement penser à établir des parallèles entre les deux ! Difficile aussi d'établir une comparaison entre les styles des auteurs, de qualité tous les deux mais tellement différents ! Si l'un colle au plus près de l'époque, l'autre est plus brut de décoffrage, par exemple... De même pour les personnages, d'ailleurs.
    Malgré tout, je crois que ma préférence va et restera à Nicolas mais j'ai cela dit aimé ce premier tome de Une Enquête du Commissaire aux Morts Étranges et je vais expliquer pourquoi...
    Le gros point fort de ce premier tome c'est, assurément, l'ambiance sombre et tortueuse dans laquelle on est plongé dès les premières pages ! Le personnage de Volnay est aussi intéressant, assez mystérieux et torturé : d'emblée, j'ai rapproché ce personnage du bourreau enquêteur de Japp, Hardouin cadet-Venelle. J'ai retrouvé chez Volnay ce même passé pas évident, qui est distillé page après page pour nous permettre de mieux comprendre le personnage et surtout cette soif d'égalité et de justice... S'il est d'un abord assez froid, finalement, c'est un personnage attachant dont la carapace se fend peu à peu.
    Dans ce premier tome, Olivier Barde-Cabuçon met en place un univers dense et abouti, avec des personnages maîtrisés et qui viennent se mêler à la grande cohorte des personnages authentiques, du roi Louis XV en passant par la favorite, Madame de Pompadour, les petites grisettes du Parc-aux-cerfs, le mystérieux comte de Saint-Germain ou encore, le lieutenant de police, Antoine de Sartine...
    Si le contexte est peut-être plus présent et plus utilisé chez Parot, Olivier Barde-Cabuçon est un passionné du XVIIIème siècle et son intérêt transparaît clairement dans son roman. Parfois, j'ai trouvé qu'il forcissait peut-être un peu le trait concernant Louis XV, un roi impopulaire certes mais dont les historiens nuancent aujourd'hui le règne mais, dans l'ensemble, son analyse de l'époque est fine et il en a bien saisi l'ambivalence et tous les paradoxes... Le XVIIIème siècle est une époque passionnante parce qu'elle est double, je crois que c'est ça qui me fascinera toujours : l'apogée de la monarchie française s'accompagne d'un essor culturel et philosophique sans pareil avec l'apparition de ceux que l'on appellera les Lumières, la perte de la foi en Dieu donne lieu à des croyances en des sciences occultes comme l'alchimie et la confiance qu'on n'accorde plus aux prêtres, on la donne à des personnages étranges et fascinants comme le comte de Saint-Germain, Cagliostro ou encore, Mesmer... En même temps, les persécutions contre les protestants n'ont jamais été aussi vives et des femmes et des enfants croupissent emprisonnés dans la tour de Constance à Aigues-Mortes... C'est une époque où on ne croit plus en rien, où les esprits s'aiguisent mais c'est aussi l'époque de l'affaire Calas ou celle du chevalier de La Barre, condamné à mort pour ne pas s'être découvert devant une procession de la fête-Dieu...
    Avec un style souple, fin et percutant, Olivier Barde-Cabuçon s'approprie l'époque et s'en sert extrêmement bien. C'est un XVIIIème siècle beaucoup plus sombre que celui de Parot mais c'est une vision très intéressante aussi de l'époque, avec une approche parfois un peu plus scientifique et philosophique, qui colle à l'émulation savante de ces années-là.
    Casanova et la Femme sans Visage est un bon roman, avec une enquête bien menée, même si j'y ai parfois décelé des longueurs. Le rythme est là malgré tout, assez fluide, c'est une lecture très agréable et, passés les premiers chapitres peut-être un peu abrupts, on se met à naviguer avec aisance dans l'ambiance particulière de ce premier tome. Il s'agit effectivement d'un roman qui aura une suite, on peut même dire, des suites et je me suis dit que les longeurs venaient peut-être de là, comme si l'auteur avait voulu prendre le temps de poser son intrigue mais aussi tout l'univers de Volnay, son commissaire aux morts étranges, ce qui n'est pas plus mal, à vrai dire. La fin m'a surprise et, sans me décevoir réellement, j'ai parfois trouvé qu'elle n'était pas toujours cohérente avec le reste de l'intrigue...peut-être est-elle un peu téléphonée et la résolution de l'enquête m'a un peu laissée sur ma faim, alors que j'attendais une révélation spectaculaire...mais je n'en dirais pas plus et la seule chose que je peux vous conseiller maintenant, eh bien c'est de lire le premier tome des Enquêtes du Commissaire aux Morts Étranges. Faites-vous votre propre idée mais surtout, venez apprécier cette plume, très agréable à lire et que j'ai pour ma part découverte avec plaisir ! ! Si vous aimez les romans historiques, le XVIIIème siècle des Liaisons Dangereuses, aux relents vénéneux et enfin, si vous aimez les résolutions logiques d'énigmes embrouillées, alors sans nul doute ce roman est fait pour vous !

    En Bref :

    Les + : un personnage principal intéressant, tout comme l'idée de départ, le style, souple et aiguisé, qui colle parfaitement au récit et le contexte passionnant, évidemment...
    Les - : 
    la fin peut-être un peu rocambolesque, quelques longueurs...


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  • « Hommes, est-ce ma faute si je vous ai vus tels que vous êtes? Est-ce ma faute si j'ai vu partout l'intérêt personnel se couvrir du manteau de l'intérêt social, l'indifférence se cacher derrière l'amitié et le dévouement, la méchanceté et l'envie de nuire se décorer du beau nom de la vertu et de la religion ? »

    La Voix Secrète ; Michaël Mention

    Publié en 2017

    Éditions 10/18 (collection Grands Détectives)

    231 pages

    Résumé :

    Durant l'hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, la police enquête sur des meurtres d'enfants. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, vers le célèbre poète et assassin Pierre-François Lacenaire. Incarcéré à la Conciergerie, ce dernier passe ses nuits à rédiger ses Mémoires en attendant la guillotine. Alors que les similitudes entre ces crimes et ceux commis par Lacenaire se confirment, Allard décide de le solliciter dans l'espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et le criminel s'instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation, qui les entraînera tous les deux dans les bas-fonds d'un Paris rongé par la misère et les attentats.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1835, Paris est endeuillée par des crimes horribles commis sur des enfants. La police est sur les dents, alors que la ville, bruyante et sale, est figée dans un hiver glacial. Le mode opératoire ramène les enquêteurs vers Pierre-François Lacenaire (1803-1836), incarcéré à la Conciergerie et attendant son tour pour l'échafaud. Poète dandy et assassin, gentleman cambrioleur à la Arsène Lupin, l'homme est une figure de la criminalité parisienne à cette époque et s'occupe, en sa cellule, à écrire ses Mémoires. Tout porte à croire qu'un admirateur, dans la nature, copie ses crimes et sème ses petites victimes partout dans Paris, suscitant la panique et la psychose. Allard, chef de la Sûreté et son adjoint, Canler, se jettent dans la mêlée, bien décidés à lever enfin le voile sur ces meurtres en série, tous plus horribles les uns que les autres...
    En se basant non seulement sur des personnages historiques authentiques mais aussi sur un contexte exhaustif, Michaël Mention nous livre là un roman, certes court mais tellement intense ! Il nous entraîne dans une ambiance glauque, poisseuse et tortueuse et ne nous lâche plus ! Quelle fougue, quel talent ! ! Finalement, plus qu'un vrai roman policier, j'ai plus eu l'impression de lire un roman purement historique, dense et riche, où l'enquête policière passe au second plan : du moins, est-ce ainsi que je l'ai ressenti, lors de cette lecture. Même si on baigne dans le crime le plus sordide du début jusqu'à la fin, ce qui m'a surtout sidérée, c'est ce que l'auteur fait de son contexte. Nous sommes sous le règne de Louis-Philippe, un règne instable, qui a commencé sous les bons auspices des Trois-Glorieuses avant de basculer ; le roi des Français est victime d'attentats récurrents des Républicains, qui endeuillent la capitale. Et surtout, ce règne bourgeois dont on a tant attendu, après celui, rigoureux et rétrograde, de Charles X, tend à se durcir de plus en plus, entre répressions de plus en plus féroces et censure de la presse... C'est donc dans un contexte politique tendu que surviennent ces meurtres affreux, d'autant plus sordides qu'ils touchent des enfants. En ce qui concerne ceux-ci, rien ne nous permet d'affirmer qu'un tueur en série a sévi à Paris entre décembre 1835 et janvier 1836 mais j'ai trouvé l'idée habile.
    Mais là où réside certainement tout le talent de l'auteur, c'est de s'être aussi bien approprié l'époque, pour donner naissance à un roman naturaliste aux accents zoliens, qui n'a rien à envier aux plus grands romans du Grand Émile : il y'a du Germinal, de L'Assommoir, de La Bête Humaine dans La Voix Secrète ! Franchement... Dans une ville sale et pourrissant dans ses rues médiévales, qui craque de partout sous l'effet d'une modernité galopante, dans une capitale populaire et populeuse, où la pauvreté et la misère sont endémiques et donc, de fait, la violence, la police a fort à faire, surtout quand elle tombe sur plus fort qu'elle, comme avec Lacenaire, homme instruit et talentueux, mais aussi criminel notoire.
    La prouesse de Michaël Mention, c'est vrai d'avoir rassemblé entre ses mains une époque, au point de la maîtriser complètement, de son contexte politique jusqu'au plus trivial de ses quartiers, de son langage le plus châtié au plus populaire, du plus beau au plus dégueulasse : il en a fait une boule, comme de la pâte à modeler, qu'il a ensuite étirée à loisir ! Ils sont rares les auteurs qui finissent par connaître aussi bien leur objet d'études et c'est vraiment ce qui m'a le plus plu dans ce roman. Loin de se servir de son contexte comme d'un prétexte, l'auteur en a fait un personnage à part entière de son intrigue et il est vrai que c'est une période passionnante que l'auteur a choisie ici, une période paradoxale aussi et une période charnière, entre ère moderne et ère contemporaine, une période où l'industrialisation, en France, prend de plus en plus d'essor, où ont lieu les premières revendications salariales et où les premiers syndicats font leur apparition, une période aussi à la police, de plus en plus, se fait scientifique et où la médecine devient légale...
    Enfin, l'autre gros, gros point fort de La Voix Secrète, au-delà de la grande maîtrise de l'auteur, au-delà même du fait qu'il est parfaitement abouti, c'est le style. Une intrigue peut être très bonne mais desservie par un style inégal. Rien de tout ça ici et s'il y'a bien une chose que j'aime, c'est être séduite par une plume que je découvre pour la première fois. Michaël Mention a une plume fine, ciselée et, en même temps, brute de décoffrage et percutante et je crois qu'elle participe pleinement aussi à nous plonger dans ce sombre Paris des années 1830, des rues enneigées jusqu'aux allées des Halles, en passant par les pavés ensanglantés des abattoirs... S'il y'a bien une chose dont on ne peut taxer l'auteur, c'est d'un manque de talent. Et le roman, pourtant, est court ! Malgré tout, c'est en quelques pages seulement qu'on se fait une idée et, en ce qui me concerne, ça a pris tout de suite et je ne crois pas exagérer en disant que ce roman, réellement, m'a mis une claque ! Il m'a retournée, il m'a révulsée parfois, il m'a dégoûtée et si La Voix Secrète avait été un film, j'aurais peut-être parfois détourné le regard... Je n'ai cependant pas pu m'empêcher de tourner les pages et, une fois que j'ai eu ouvert ce roman, il a été difficile pour moi de le refermer. Ce XIXème siècle gangréné par la criminalité, par la corruption, par la pauvreté est une époque encore suffisamment proche de nous pour nous faire réfléchir, tant sur les hommes que sur la politique... J'ai aimé aussi que l'auteur nous emmène à la découverte de personnages historiques authentiques, à commencer par Lacenaire, qui fait partie de ces personnages qui, malgré les crimes qu'ils ont pu commettre, sont aussi habités d'une aura qui fascine... J'ai aimé Allard et Canler, les deux flics, différents, qui exercent aussi leur métier différemment et le conçoivent aussi différemment, pour tout un tas de raisons personnelles... Allard et Canler ont tous deux existé, eux aussi... Dans ce roman, Michaël Mention leur redonne une voix et nous les fait découvrir.
    Court, mais dense, La Voix Secrète est un très bon roman, je ne peux rien dire de plus. Si je le conseille ? Bien sûr ! Et plutôt deux fois qu'une d'ailleurs, autant aux amoureux des romans historiques purs et simples, qu'aux enquêteurs dans l'âme. Si vous aimez le XIXème et ses romans naturalistes, vous ne serez sûrement pas déçus par celui-ci, qui n'a rien à leur envier.

    En Bref :

    Les + : l'intrigue, entre enquête policière et parfait portrait sociétal et historique ; le style, également, sans aucun doute !
    Les - : Aucun. Ce roman est parfaitement abouti.


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  • « L'argent, tout est dans l'argent. »

    Alchemia, tome 3, Le Souffleur de Cendres ; Viviane Moore

     

    Publié en 2017

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    312 pages

    Troisième tome de la saga Alchemia 

    Résumé :

    Paris, hiver 1587. La glace a figé les eaux de la Seine, les miséreux envahissent les rues. Au Louvre, le premier valet du roi trouve sur la table de chevet d’Henri III une figurine de cire percée d’aiguilles et une bougie d’envoûtement. Le jeune commissaire Jean du Moncel devra mener l’enquête au plus près du pouvoir mais surtout découvrira une nouvelle facette de cet art étrange qu’est l’alchimie. Une fois de plus, sorcellerie et médecine se côtoient, le passé et le présent se mêlent, séparant Jean de son amante, la mystérieuse Sybille, disparue sans laisser de traces dans le dédale de la Cour des Miracles.

    Mon Avis :

     En 1587, le règne d'Henri III touche à sa fin, l'omnipotence de la reine mère, Catherine de Médicis, aussi. Même s'ils ne le savent pas, la dynastie des Valois n'en a plus que pour deux ans et, au Louvre, ça sent la fin de règne. Par une politique de balance maladroite, Henri III mécontente les huguenots comme les catholiques et, en chaire, les prêtres n'hésitent pas à dénoncer ce roi incapable, entouré de mignons poudrés et, dit-on, favorable à l'hérésie.
    Sur la table de chevet du roi, d'ailleurs, ont été retrouvés une bougie d'envoûtement et une effigie en cire, piquée d'épingles.
    Au même moment au Châtelet, un commissaire enquêteur, collègue de Jean du Moncel, qui travaillait sur une affaire brûlante, disparaît. Que s'est-il passé ? Sa disparition a-t-elle un rapport avec les cadavres d'un couple de marchands, retrouvé dans la cave d'une maison abandonné et dans la Seine ? Et tandis que Jean enquête sur cette étrange affaire, il doit faire face aussi à la disparition de celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer, dans le dédale de la Cour des Miracles...
    Une chose est sûre, ce début d'année 1587 n'est pas de tout repos ! Le contexte est troublé et les meurtres s'enchaînent. On retrouve Jean du Moncel qui, comme Sybille Le Noir, sert de trame au récit depuis le premier roman, peut-être même plus que la jeune femme, d'ailleurs. A force de travail et d'expérience, Jean est devenu un très bon enquêteur, en qui le lieutenant criminel a toute confiance et il se voit même chargé d'un office important, dépendant directement de la couronne. Sybille, elle, continue de poursuivre son rêve, mais secrètement puisque la médecine est alors interdite aux femmes. Courageuse, elle s'aventure dans les quartiers les plus malfamés mais aussi les plus nécessiteux de la capitale et où un grand besoin de soins se fait sentir.
    Dans cet ultime tome d'Alchemia, si l'alchimie est, étrangement, un peu plus effacée que dans les deux premiers livres, on la retrouve malgré tout, dès le titre. Un souffleur de cendres, pour les vrais alchimistes, est un charlatan, un faux alchimiste qui utilise leur science à des fins qu'ils ne cautionnent pas. On peut se servir de l'alchimie, comme Theophraste Le Noir dans le premier tome, pour tenter de mettre au point un remède universel. Mais on peut aussi, comme l'alchimie se fonde surtout sur la transmutation des métaux, en user pour des trafics de toute sorte...
    Et c'est justement ce qui se passe en ce début d'année 1587. De la fausse monnaie circule dans Paris et Jean du Moncel est sur la piste de l'inquiétant commanditaire, qui semble hors de portée mais voit tout et entend tout, agissant parfois plus vite que la police ! Le Souffleur de Cendres est peut-être le meilleur des trois romans !
    Attention, les deux premiers tomes ont su totalement me convaincre et j'ai vraiment aimé cette saga mêlant Histoire, enquêtes policières et sciences occultes. Mais j'ai trouvé que l'enquête ici était peut-être plus complexe, un peu moins linéaire, peut-être aussi plus difficile à dénouer que les premières.
    Et surtout, j'ai aimé que l'auteure ici se base sur un fait divers authentique et elle l'intègre parfaitement dans sa fiction... Comme l'a fait Jean d'Aillon dans le quatrième tome de sa saga Les Aventures d'Olivier Hauteville ! J'ai eu un énorme doute tout au long de ma lecture... Cette histoire me disait quelque chose et oui en effet, c'est le cas puisque Jean d'Aillon, auteur de romans historiques, à la plume prolixe et qu'on ne présente plus d'ailleurs, s'est inspiré lui aussi de cet événement pour sa nouvelle Le Faux Monnayeur Bouilli Tout Vif.
    A part ça, j'ai retrouvé ce que j'avais aimé dans La Femme sans Tête et L'Homme au Masque de Verre : descriptions précises du Paris de la fin du XVIème siècle, de sa violence, de sa saleté, de sa beauté aussi. Viviane Moore s'est documentée sur beaucoup d'aspects de la société de l'époque : sa police, sa justice, l'aspect de la capitale sous le règne des derniers Valois. Le contexte historique est peut-être, toujours à mon sens, un peu trop absent, passant trop en arrière-plan mais le récit a suffisamment de qualités pour ce que cette petite remarque ne reste qu'un bémol sans trop de conséquences. L'important est qu'on s'y croie et effectivement, on voyage dans le temps et on y est, dans ces rues de Paris où se côtoient toutes les couches de la société, des plus pauvres aux plus riches et où huguenots et catholiques se déchirent sans répit.
    Le Souffleur de Cendres clôture bien cette trilogie. Elle s'est bonifiée dans le temps et se termine sur une note positive, peut-être un peu convenue, certes, mais qui fait refermer le roman avec un sourire. Même les intrigues les plus tourmentées peuvent bien se terminer et le dernier tome d'Alchemia en est la preuve.
    On arrive maintenant au moment fatidique : est-ce que je vous conseille ce roman et la saga en général ? La réponse est oui et je suis contente de ne pas m'être arrêtée aux avis vraiment mitigés que j'avais pu lire jusqu'ici. Evidemment, chacun juge sa lecture comme il l'entend mais je dois bien avouer que je ne me suis absolument pas retrouvée dans les réserves des autres lecteurs. Pour moi, Alchemia est une bonne saga historique et policière, située dans un contexte intéressant, souvent traité en littérature, il est vrai, mais Viviane Moore n'a rien à envier à d'autres romanciers car elle a réussi à créer un véritable univers dans lequel naviguent des personnages intéressants et tous bien travaillés : Theophraste Le Noir, médecin et alchimiste, se battant pour un idéal tellement étranger à l'époque mais qu'on ne peut, nous lecteurs contemporains, que comprendre et louer, Sybille, sa fille, passionnée, courageuse et déterminée, Jean du Moncel, commissaire enquêteur au Châtelet, perspicace, logique et professionnel...et il y'a aussi tous les autres, ces personnages historiques authentiques, qui se mêlent aux personnages fictifs, pour donner lieu à une bonne fiction historique et légèrement mystérieuse, suffisamment en tous cas pour éveiller curiosité et fascination chez son lecteur. Alchemia est une saga efficace et qui saura certainement séduire les amoureux du genre.

    En Bref : 

    Les + : encore une fois, le style de l'auteure, l'intrigue, entre sciences occultes, enquêtes policières et Histoire...
    Les - : que le contexte historique soit peu présent mais cela ne reste qu'une petite remarque bénigne...


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  • « Notre royaume de France est devenu celui du crime, du soupçon et de la superstition. »

    Alchemia, tome 2, L'Homme au Masque de Verre ; Vivane Moore

     

    Publié en 2016

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    312 pages

    Deuxième tome de la saga Alchemia

    Résumé : 

    Paris, en l'an 1584. Une année troublée par la mort de « Monsieur », le frère du roi et par l'assassinat du prince d'Orange, un mois d'octobre avec des pluies de sang en Anjou et la peste à Chenonceau. Tandis que rumeurs et pamphlets circulent sur les pratiques occultes du roi Henri III et de la reine mère Catherine de Médicis, le jeune commissaire au Châtelet Jean du Moncel est chargé d'enquêter sur un vol de cadavres au gibet de Montfaucon. Une affaire qui va le ramener, bien malgré lui, vers l'alchimie et ses mystères, mais aussi vers les envoûteurs et sorciers au service des puissants. Une enquête, enfin, qui le remettra sur la trace de celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer, la fascinante et singulière Sybille le Noir.

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En juin 1584 meurt Monsieur, le duc d'Alençon, frère du roi et son héritier. Henri III, qui n'a pas pu avoir d'enfant, n'a plus qu'un héritier en ligne directe, son cousin le roi de Navarre, Henri. Henri, le futur Henri IV qui est protestant, ce qui plonge le royaume dans une instabilité de plus en plus importante.
    Les protestants et les catholiques s'affrontent et le pouvoir royal est de plus en plus isolé. Dans le royaume, des signes, des présages funestes sont aperçus : des pluies de sang en Touraine, des vols de cadavres au gibet de Montfaucon...
    A Paris, nous retrouvons Jean du Moncel, jeune commissaire enquêteur au Châtelet, qui représente alors la justice suprême et que les Parisiens considèrent non sans crainte. Jeune homme perspicace, arrivé de Normandie, il a fait ses preuves auprès du lieutenant criminel et m'a vraiment fait penser à Nicolas Le Floch, comme je le disais dans la chronique du premier tome ! Et cet effet s'est renforcé dans ce deuxième opus ! J'ai surtout retrouvé ces ambiances historiques, policières et un peu mystérieuses qui me plaisent beaucoup et j'ai même eu l'impression que le contexte historique était plus présent.
    A nouveau, on retrouve l'alchimie en ligne directrice. Science étrange qui fleure la sorcellerie, associée à la figure charismatique de Nicolas Flamel et à la quête de la vie éternelle ainsi que la Pierre Philosophale, l'alchimie est un domaine plutôt inconnu et fascinant.
    On retrouve aussi dans ce deuxième tome la médecine. La médecine qui est encore rudimentaire, entravée par les préceptes religieux et le manque de connaissance, notamment de l'anatomie. Si je ne suis pas forcément passionnée par la médecine en tant que telle, je dois dire qu'en voir les progrès, les évolutions au fil du temps est assez fascinant. Viviane Moore associe très bien médecine et alchimie les faisant toutes deux osciller au bord d'un gouffre... Il suffit parfois d'une infime petite chose, pour ceux qui les pratique, pour basculer irrémédiablement. 
    Dans ce deuxième tome, j'ai eu plus de mal à voir dès le départ le lien entre les différentes affaires qui occupent notre commissaire du Moncel : quel est le rapport entre les vols de cadavres à Montfaucon et les nombreux noyés rejetés par la Seine ? C'était assez flou pour moi mais ce n'est pas forcément mauvais signe : quand un auteur se permet de brouiller les pistes, c'est qu'il maîtrise son intrigue et ses personnages.
    Ici, l'intrigue s'étoffe de plus en plus tout en conservant cette trame mystérieuse qui est la sienne depuis La Femme sans tête. Les personnages, en vieillissant, prennent de l'ampleur et gagnent en complexité. Sont-ils attachants ? C'est la grande question. Beaucoup de lecteurs ont trouvé que non, mais je ne les rejoins pas. J'ai déjà été bien plus attachée à des personnages de roman mais j'ai trouvé que ceux de Viviane Moore étaient tous intéressants à leur manière. Et tous différents aussi. Et même ceux que l'on pourrait croire dénués d'âme ont parfois des failles qui les rendent profondément humains. Capables d'actes incompréhensibles voire irréparables mais humains malgré tout parce qu'après tout, c'est toutes nos failles et nos faiblesses qui font de nous des êtres humains.
    Contrairement au premier tome, dans celui-ci, je n'ai pas cherché à comprendre, je n'ai pas cherché à savoir. J'ai eu envie de me laisser porter par l'intrigue et que l'auteure nous donne, à la fin, les clés pour tout comprendre. Et l'écheveau se dénoue enfin et tout nous apparaît limpide !
    A nouveau, mon sentiment s'est confirmé : j'ai retrouvé Jean d'Aillon, j'ai retrouvé Andrea H. Japp et même un petit peu de Jean-François Parot...
    Le style de l'auteure m'a plu, simple et clair, sans lourdeurs. Les dialogues sont bien écrits, les recherches sont précises.
    Comme je l'ai déjà souligné dans ma chronique de La Femme sans Tête, j'avais aimé La Couleur de l'Archange, le premier tome de la saga Galeran de Lesneven, lu l'été dernier. Roman court, je l'avais lu aussi très vite et peut-être trop vite, d'ailleurs. J'en étais ressortie avec un ressenti positif et l'envie de continuer mais, après lu Alchemia, je me dis que cette saga est peut-être bien plus étoffée. Il y'a un vrai univers qui se met en place. Et surtout un univers qu'on a envie de retrouver et c'est vraiment le plus important. Ce deuxième tome n'a rien à envier au premier et annonce bellement le dernier...

    En Bref : 

    Les + : encore une fois, l'univers est un gros point fort, l'alchimie qui sert de trame, ainsi que le style de l'auteure, qui est vraiment de qualité.  
    Les - : deux, trois coquilles...


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