• Si Près des Etoiles ; Kate Alcott

    « Si vous attendez que votre existence suive le cours que vous désirez la voir suivre, vous ne trouverez jamais le bonheur. Le bonheur, il faut lutter pour l'obtenir. Et dès lors que vous commencez à batailler pour quelque chose, eh bien, vous avez déjà remportez la victoire. Peu importe l'issue. »

    Si Près des Etoiles ; Kate Alcott

    Publié en 2015 aux Etats-Unis ; en 2019 en France (pour la présente édition)

    Titre original : A Touch of Stardust

    Editions de l'Archipel 

    324 pages 

    Résumé : 

    1938. Julie Crawford n'a qu'une idée en tête : devenir scénariste. Aussi quitte-t-elle sa ville natale de l'Indiana pour gagner Hollywood.

    Sur place, ses illusions se heurtent à la réalité des studios : réalisateurs irascibles, vedettes capricieuses...Par chance, la jeune femme croise la route d'une star : Carole Lombard, dont la liaison avec Clark Gable défraie la chronique. 

    Devenue l'assistance de Carole, Julie est aux premières loges de ce scandale qui pourrait nuire au film à succès que promet d'être Autant en emporte le vent, en cours de tournage. 

    Prise dans un tourbillon qui la dépasse, Julie réussira-t-elle à prendre son envol, ou verra-t-elle ses espoirs balayés par la prestigieuse usine à rêves ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Imaginez-vous propulsé quatre-vingts ans plus tôt, sur le plateau d'un des films cultes du XXème siècle, Autant en emporte le vent, avec Vivien Leigh dans le rôle de Scarlett O'Hara et Clark Gable dans celui de Rhett Butler.
    Nous sommes en 1938 et le monde du cinéma hollywoodien est en effervescence. Le producteur du film, Selznick, n'a lésiné sur aucun détail, bien déterminé à faire de ce film une légende. Pourtant, c'est mal parti et, si aujourd'hui, effectivement, l'adaptation cinématographique du fameux roman de Margaret Mitchell est mondialement connue, lors du tournage, on ne donne pas cher de ce long-métrage : trop long, trop laborieux, pas forcément toujours fidèle au roman de Mitchell, des réalisateurs qui se succèdent -d'abord Sam Wood et George Cukor qui seront ensuite remplacés par Victor Fleming-, des centaines d'actrices qui auditionnent pour le rôle de Scarlett, avant que la britannique Vivien Leigh ne soit engagée officiellement, des heurts entre Selznick et son beau-père, Louis B. Mayer, les caprices de star de Clark Gable...Bref, c'est un tournage difficile qui accouche finalement de plus de six cents kilomètres de bandes, dans lesquelles il va falloir couper et couper encore pour livrer un film de, quand même, deux heures quarante-cinq et qui rapportera contre toute attente plus de vingt-six millions de dollars... Tout est démesure sur le tournage de ce film extraordinaire et c'est dans cet intense fourmillement, assez extraordinaire pour l'époque, que Kate Alcott se propose de nous emmener, avec son nouveau roman Si Près des Etoiles.
    L'été dernier, j'ai découvert cette auteure que je ne connaissais absolument pas avec La Petite Couturière du Titanic où une jeune femme ordinaire, Tess Collins, pour échapper à une vie d'ennui en tant que femme de chambre, devient au pied levé l'assistante de Lucy Duff Gordon, styliste en vue. A travers elle, on découvre ce qui va se passer après le naufrage du Titanic, le procès organisé à New York et les scandales qui ne manquent pas de sortir au grand jour...
    Dans Si Près des Etoiles, de même, c'est une madame-tout-le-monde, comme la qualifie d'ailleurs l'auteure elle-même, mais sans connotation négative malgré tout, que nous suivons. Julie est une jeune femme débarquée de son Midwest natal : née dans l'Indiana, à Fort Wayne, elle a tout laissé derrière elle pour essayer de percer à Hollywood. Pas en tant qu'actrice, cependant, mais en tant que scénariste, ce qui est peut-être tout aussi difficile. Et elle n'a jamais, justement, été aussi près des étoiles, ces fameuses stars du cinéma, éphémères ou pas qu'elle croise tous les jours -du coup, je voulais souligner que j'ai trouvé très pertinent le titre français, ce qui n'est pas toujours le cas avec les traductions. Mais là, effectivement, j'ai trouvé qu'en peu de mots, il résumait assez bien toute l'intrigue du roman, en utilisant ce terme d'étoile, tellement consubstantiel au monde du cinéma. Fermeture de parenthèse.
    Donc, à la fin des années 30, Los Angeles est une ville grouillante, pleine de ferveur et d'effervescence, qui ne jure que par le cinéma. Là-bas s'y retrouvent tous ceux qui, éblouis par le septième art, veulent tenter leur chance : acteurs, réalisateurs ou scénaristes en herbe, comme Julie, chacun pose ses valises dans la capitale californienne avec des rêves plein la tête. Mais le cinéma, c'est un monde de requins, où aucun cadeau n'est fait, où le chacun pour soit et l'hypocrisie sont une religion. Certains parviennent à tirer leur épingle du jeu et à devenir quelqu'un tandis que d'autres -la grande majorité finalement- sont broyés par un système impitoyable.

     

    Clark Gable (Rhett Butler) et Vivien Leigh (Scarlett O'Hara) dans une scène d'Autant en emporte le vent 


    D'abord, Julie rencontre l'actrice Carole Lombard, maîtresse puis épouse de Clark Gable, qui campe le premier rôle masculin dans Autant en emporte le vent. Elle-même ne joue pas dans le film mais elle est, en 1938, l'actrice la mieux payée d'Hollywood et elle accompagne son compagnon, tout en continuant sa carrière en parallèle : car si Autant en emporte le vent est un tournage gigantesque, des centaines d'autres films continuent d'être tournés dans ce temple du cinéma.
    Les deux jeunes femmes, toutes deux originaires du Midwest, s'entendent bien aussitôt et Carole Lombard propose à Julie de devenir son assistante. Celle-ci va découvrir la vie de la star, ailleurs que sur les plateaux, dans son intimité avec Clark Gable, entre Bel Air et leur ranch d'Encino, où ils jouent aux fermiers, entourés de chiens, de chats et d'autres animaux. Une existence qui n'est pas privée, où l'on doit vendre le moindre scoop à la presse pour éviter qu'il ne soit déformé et ne nous échappe, où il faut se méfier de tout et de tout le monde. Une existence fragile et qui peut basculer d'un moment à l'autre, parce que la notoriété peut disparaître aussi vite qu'elle est venue. Carole Lombard, avec bienveillance, va mettre le pied à l'étrier de sa jeune assistante et la pousser à tenter sa chance : Julie deviendra-t-elle scénariste ? L'actrice, en tous cas, y croit et la pousse à persévérer dans cette voie qu'elle a choisie et qui la fait vibrer, cette voie qui l'a fait quitter son ancienne vie et lui a donné le courage de s'opposer à ses parents.
    Sur le plateau de Autant en emporte le vent, Julie a aussi rencontré l'amour, en la personne d'Andy, assistant de Selznick. Ce personnage est intéressant parce que c'est à travers lui que Kate Alcott va instiller dans ce monde très superficiel de strass et de paillettes une dose de gravité : n'oubliez pas à quelle époque Autant en emporte le vent est tourné... nous sommes en 1938 et, depuis quelques temps, un vent mauvais souffle d'Europe. Même si, aux Etats-Unis, on est encore loin de se douter qu'une guerre va éclater dans quelques mois, on se préoccupe malgré tout des décisions prises à Washington et la question qui est sur toutes les lèvres est la suivante : le président Roosevelt va-t-il annoncer, oui ou non, la neutralité des Etats-Unis dans l'éventualité d'une guerre européenne ?
    Andy est en premier lieu concerné par ce qui se passe en Europe parce qu'il est juif -et il n'est pas le seul dans le cinéma américain à cette époque- et a laissé à Berlin ses grands-parents et en France, son frère. Et, en Californie même, le jeune homme se heurte parfois à un antisémitisme à peine dissimulé. Finalement, derrière les décors en carton-pâte d'Hollywood, les nuages noirs s'amoncellent et l'orage s'apprête à tout balayer... Leslie Howard, qui incarne Ashley Wilkes dans Autant en emporte le vent, regagnera l'Angleterre dès le début du conflit et s'engagera dans l'armée britannique ; il trouvera la mort en 1943. Clark Gable, lui, s'engagera dans l'armée américaine, comme Carole Lombard, qui meurt dans un accident d'avion en 1942, à l'âge de trente-trois ans, brisant nette une carrière particulièrement prometteuse.
    Malgré le bouillonnement du monde hollywoodien, il n'a jamais paru, en cette fin des années 1930, aussi fragile, peut-être justement parce que tous ceux qui en font partie, hormis quelques uns, ne sont pas lucides et semblent complètement en dehors des réalités, oubliant tout ce qui ne tourne pas autour des films sur lesquels ils sont en train de travailler. Et pourtant, le danger est là, de plus en plus présent, de plus en plus tangible et j'ai eu l'impression que le personnage de Andy venait reconnecter finalement ce monde de faux-semblant, un peu artificiel, à une réalité un peu moins jolie mais tout aussi importante puisque, tôt ou tard, elle finira par le toucher de plein fouet. Et, quand explose en apothéose le succès d'Autant en emporte le vent, à la fin de l'année 1939, déjà le conflit a commencé. Deux ans plus tard, les Etats-Unis y entreront à leur tour, après l'attaque de Pearl Harbor.
    Si le roman se concentre avant tout sur le tournage du film, qui connaît revers sur revers avant de connaître finalement un succès complet et qui ne se dément toujours pas, ce que j'ai trouvé absolument passionnant d'ailleurs, j'ai aimé aussi que l'auteure ne passe pas sous silence le contexte de l'époque. Le contraire aurait été étonnant, en même temps : comment passer sous silence un événement aussi important que la Seconde Guerre Mondiale ? Et, finalement, petit à petit c'est un parallèle qui s'établit entre la Guerre de Sécession, au cœur du roman de Margaret Mitchell et donc de l'intrigue du film et ce conflit qui n'a pas encore éclaté mais dont on se rapproche de jour en jour et qui, comme le précédent, changera la face du monde.
    Si Près des Etoiles est un roman dense et abouti, certainement bien plus que La Petite Couturière du Titanic, que j'avais aimé mais qui avait peiné à me passionner. Ici, je me suis vraiment sentie captivée, je n'ai pas vu le temps passer. A aucun moment je n'ai senti un quelconque ennui et j'ai aimé cette immersion complète dans le cinéma hollywoodien du début du XXème siècle. Et vous savez le meilleur ? C'est que je ne suis absolument pas cinéphile ! Je ne vais jamais au cinéma, les Oscars et le festival de Cannes me laissent indifférente. C'est un univers qui ne me passionne absolument pas et pourtant, dans Si Près des Etoiles, je me suis sentie totalement investie. Peut-être justement parce que l'auteure met beaucoup de flamme, d'exaltation, de passion, dans son roman. Peut-être parce que découvrir l'envers du décor, les coulisses, m'a finalement bien plus plu que de me poser devant un écran et voir un produit fini.
    Donc, un conseil, si Kate Alcott a réussi à me captiver malgré mon manque d'intérêt pour l'univers du cinéma et si, au contraire de moi, c'est un domaine que vous aimez, alors jetez-vous sur ce roman qui, certainement, ne vous décevra pas ! Ce roman est vraiment une réussite, entre historique et romance, plutôt bien écrit malgré quelques passages plus faibles que d'autres.
    Je remercie donc chaleureusement les éditions de l'Archipel pour l'envoi de ce roman. Pour moi, c'était un coup de poker : je trouvais le résumé assez alléchant mais je ne savais pas du tout si j'allais aimer... Au final, ce coup de poker s'est avéré gagnant et je pense même que je peux considérer Si Près des Etoiles comme une des meilleures lectures de l'année 2019, sans aucun doute. J'ai passé un très bon moment et j'aime vraiment faire ce genre d'agréables découvertes livresques. Je crois même que Kate Alcott m'a donné envie de découvrir le roman culte de Margaret Mitchell que je n'ai toujours pas lu... 

    Clark Gable et Carole Lombard en 1939

    En Bref :

    Les + : une belle découverte des coulisses de l'un des plus grands tournages du cinéma et de ce monde clinquant et un peu superficiel, dans le sillage d'une jeune femme qui pourrait être n'importe qui et qui, de fait, en devient attachante. Une vraie bonne découverte ! 
    Les - :
     pas vraiment de points négatifs à soulever dans ce roman !

     


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  • Commentaires

    1
    Mélissa
    Dimanche 7 Avril à 23:04

    Mais tu as littéralement dévorée ce livre, ma parole. cool 

    Ayant aimé " la petite couturière du Titanic " ( même si la toute fin ne m'a pas convaincue, trop convenue ), je ne peux qu'être tenter par " Si près des étoiles ". La plume de cette auteure me plait de mon côté aussi et le cadre choisit me séduit d'emblée car j'aime le " vieux Hollywood ", ces vieux films et tous ces acteurs et actrices. Après leur vie intime m'intéresse moins, c'était vraiment le jeu d'acteur et ce côté " tirés à quatre épingles ". Et j'ai adoré " Autant en emporte le vent " , le livre et le film. Bref je vais le rajouter à ma wish list ( déjà énorme ). 

    Bonne semaine,

    Mélissa

      • Lundi 8 Avril à 10:58

        Oui, effectivement, je l'ai dévoré ! happy Et pourtant, comme je le souligne dans ma chronique, je ne suis, mais alors, pas du tout cinéphile... même le cinéma ancien me laisse relativement indifférente et je n'ai pas une solide culture dans ce domaine-là... en fait, je crois que tout simplement, ça ne m'intéresse pas... Mais quand les éditions de l'Archipel m'ont proposé ce partenariat, je me suis dit : pourquoi pas ? J'avais envie de lire autre chose de Kate Alcott, aussi... Je restais sur mon souvenir de La Petite Couturière du Titanic, qui m'avait plu mais sans me convaincre totalement (je te rejoins sur la fin, moi non aussi elle m'a laissée perplexe arf). 

        J'ai été bien plus captivée par Si Près des Etoiles, qui est un vrai tourbillon... Julie Crawford, l'héroïne, ressemble pas mal à Tess Collins, par certains côtés. Je me suis vite attachée à elle, je l'ai trouvée gentille mais aussi forte, courageuse, déterminée, consciente de ce qu'elle voulait et lucide. J'ai aimé suivre ses pérégrinations sur le plateau d'Autant en emporte le vent mais aussi dans les arcanes plus profonds du cinéma... 

        Franchement, si c'est un milieu qui te plaît, lance-toi... Si Kate Alcott a réussi à me passionner, moi, alors que je n'ai pourtant aucun intérêt pour le septième art, nul doute que tu seras captivée. Certainement même par l'aspect plus intime de certains chapitres, quand l'auteure nous fait découvrir la vie, certes un peu grandiloquente mais aussi assez banale, à bien des égards, que pouvaient mener, en dehors des plateaux, deux grandes stars comme Carole Lombard et Clark Gable... 

        J'espère vraiment que ce roman te plaira et surtout, lorsque tu l'auras lu, n'hésite pas à revenir en parler avec moi, je serai ravie de connaître ton ressenti. 

        Bonne semaine à toi aussi et merci pour ton passage ici ! happy

    2
    Dimanche 14 Avril à 14:21

    AH LA LA... Ce roman a l'air GÉNIAL !!! Contrairement à toi, je suis cinéphile et cela ne m'étonne pas que le roman t'ai plu car c'est le cinéma classique qui m'a fait aimer cet art !

    "Autant en emporte le vent" est un livre magnifique ! Je suis étonnée que tu ne l'ai toujours pas lu... Alors forcément, forcément, pour toutes ces raisons je suis hyper intéressée par cette lecture. Je n'ai en plus jamais lu de livre sur un tournage de film. Ce sera une totale découverte ! :-))

      • Dimanche 14 Avril à 14:56

        Eh non, je n'ai toujours pas lu Autant en emporte le vent, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, mais c'est comme ça... happy  Ceci dit, après avoir lu des romans comme La Plantation de Leila Meacham ou encore, les romans de Kathleen Grissom, j'ai bien envie de me lancer dans la fameuse saga de Margaret Mitchell... cool

        En tous les cas, même en ne connaissant pas vraiment l'intrigue, j'ai aimé suivre les péripéties du tournage de son adaptation. J'ai aimé croiser des personnages comme Carole Lombard, Clark Gable ou encore Vivien Leigh...et tout ça au travers du regard d'une jeune femme foncièrement ordinaire, comme la plupart d'entre nous, en fait. happy Julie est une jeune femme attachante parce qu'elle est toute simple, au final, et j'ai pris grand plaisir à la suivre dans les coulisses de ce tournage à haut risque...Difficile d'imaginer aujourd'hui que le film Autant en emporte le vent a failli ne pas voir le jour et pourtant, c'est bien le cas. wink2 En toile de fond, Kate Alcott aborde aussi adroitement la montée du nazisme en Europe et la guerre imminente, ce qui contrebalance le côté strass et paillettes du cinéma. J'ai vraiment apprécié, ce fut une très bonne découverte... Ce roman, c'était quitte ou double, de toute manière... Je savais que j'allais aimer ou alors, pas du tout mais qu'il n'y aurait peut-être pas forcément de demi-mesure... Dans la mesure où je ne suis pas intéressée par le cinéma et que La Petite Couturière du Titanic avait peiné à me convaincre, je n'attendais rien de cette lecture. Au final, j'ai été très agréablement surprise au-delà même de ce que j'escomptais. 

        Je ne doute pas que Si Près des Etoiles pourrait te convenir parfaitement. 

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