• Son Excellence Eugène Rougon ; Emile Zola

    « Les hommes ne peuvent souvent rien quand les faits ne les aident pas. »

    Son Excellence Eugène Rougon ; Emile Zola

    Publié en 2003

    Date de parution originale : 1876

    Editions Le Livre de Poche (collection Les Classiques de Poche)

    480 pages

    Sixième tome de la série Les Rougon-Macquart

    Résumé : 

    En 1856, Eugène Rougon, un ancien avocat de province qui a contribué à faire l'Empire et que l'Empire a fait, se sentant proche de sa disgrâce, préfère prendre les devants et démissionner de la présidence du Conseil d'Etat. Mais ses amis ont besoin de lui, et sa chute les embarrasse. Ils s'inquiètent de le voir tromper son ennui par un projet de défrichement des Landes qui le conduirait à une sorte d'exil, et parmi tous ceux qui travaillent à son retour en grâce la plus active est la troublante Clorinde qu'il a refusé d'épouser.                                                                                     Dans la grande fresque des Rougon-Macquart, Son Excellence Eugène Rougon, que Zola fait paraître en 1876, est le roman du pouvoir et des solidarités d'intérêts qui appellent l'intrigue dans le grand monde de Paris où s'ourdissent les manœuvres qui font et défont les carrières. Une fiction écrite sur un ton de comédie, sans histoire nettement dessinée, et qui s'écarte de la manière de l'écrivain et du naturalisme : « Il n'y a pas un mot de trop, écrit Flaubert à George Sand. C'est solide, et sans aucune blague. »   

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le sixième tome des Rougon-Macquart se concentre sur la figure d’Eugène Rougon, le fils de Pierre et de Félicité, déjà entraperçu dans les précédents volumes, notamment La Fortune des Rougon et La Curée : dans le premier tome par exemple, au moment du Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, c’est lui qui conseille sa mère, Félicité, qui projette un autre coup d’Etat, à sa manière, à Plassans.
    Dans La Curée, déjà influent, c’est lui qui demande à son frère cadet, Aristide, qui trempe dans des affaires louches, de changer de nom. Il est alors député de l’arrondissement de Plassans mais aussi ministre et certainement un homme politique en devenir.
    On le retrouve donc dans sa gloire triomphale ici, dans ce sixième volume, qui lui fait la faveur de tourner exclusivement autour de sa personne. Cela peut être surprenant car on ne peut pas dire qu’Eugène fasse partie des personnages les plus charismatiques de la série, bien au contraire. Même son frère Aristide, roué et ayant un goût développé pour les magouilles, sans scrupules et sans cœur, est plus intéressant ! Il y’a chez Eugène la placidité de son père, Pierre, un physique un peu mou, qui contraste cependant avec l’ambition léguée par sa mère, Félicité. La fille d’un modeste marchand d’huile de Plassans aurait pu faire sienne la devise de Nicolas Fouquet : -Quo non ascendet ? Jusqu’où ne montera-t-il pas ?- et transmet cette force de caractère, cette capacité à s’élever haut, très haut, à des hauteurs extraordinaires, à son aîné. Mais chez lui, l’ambition, la détermination, sont plus ténues, plus cachées et c’est pour cette raison qu’un personnage pas forcément très captivant au premier abord parvient finalement à le devenir au fil du roman. Et si Aristide se tourne presque instinctivement vers les affaires les plus louches de Paris, son frère, grâce à une prescience de l’avenir, grâce à une clairvoyance que certainement son cadet n’a pas, se tourne vers le service à la nation , à la France, qui passe, à cette époque-là, par le service à l’Empire, représenté par Napoléon III, l’un de nos hommes politiques les plus intrigants. L’ancien petit avocat de province deviendra ainsi un ministre très écouté de l’Empereur, sans pour autant ne jamais connaître de revers de fortune, qui là on ils en tuent certains, rendront Rougon, toujours égal à lui-même, plus fort.
    Et dans son entourage gravite la seconde figure tutélaire du roman , la mystérieuse et fantasque Clorinde Balbi, fille de comtesse italienne, dont le modèle est, à n'en pas douter, la célèbre comtesse de Castiglione, la fameuse maîtresse de Napoléon III, qui conspirait aussi en sous-main avec Cavour pour l'unification de l'Italie. Excentrique mais fine, douée pour la politique et surnommée d'ailleurs par Rougon lui-même Mademoiselle Machiavel, elle démontrera à ce dernier tout ce dont l'intelligence féminine, qu'il méprise, est capable et ce que peut faire une femme qu'on a dédaignée et humiliée.
    Ce sixième volume est assurément le plus politique des vingt qui composent Les Rougon-Macquart, bien que Zola se fasse un plaisir, comme une ligne directrice, d'égratigner le pouvoir impérial dans chacun de ses romans, toujours avec une ironie très fine ceci dit. Il écrit dans les années 1870, quelques années seulement après la chute brutale de l'Empire, survenue à la suite de la défaite de Sedan, en 1870. Est venu ensuite l'effroyable épisode de la Commune de Paris puis l'instauration d'une République, la troisième, qui est alors lé régime en vigueur quand Zola écrit sa série. Le régime de Napoléon III, libéral mais aussi, paradoxalement, autocratique, se nourrissant autant de la Révolution que de l'héritage de Napoléon Ier a montré ses limites et ses défaillances, au point d'être balayé, et presque oublié, en quelques jours. On comprend donc le jugement relativement sévère que porte l'auteur sur cet épisode de notre Histoire, qui garde encore de nos jours une connotation relativement négative et reste irrémédiablement rattaché à la catastrophe de la guerre avec la Prusse.
    L'auteur, en bon naturaliste qu'il est, s'est cependant attaché à dépeindre l'Empire et son fonctionnement dans les moindres détails et de la façon la plus impartiale possible. C'est cependant une vie de Cour presque factice qui s'offre à nos yeux, avec des personnages creux et un peu sots qui gravitent autour de l'Empereur. Sots ou trop ambitieux et sournois pour être réellement attachants. C'est un portrait de la Cour, comme un dernier flamboiement des fastes de l'Ancien Régime avant d'entamer une nouvelle ère véritable, c'est la relation précise des séries de Compiègne, de la vie dans l'entourage de Napoléon III et l'impératrice Eugénie, les bals, les réceptions, les grandes manifestations du règne, comme le baptême du prince impérial, en 1856. Mais c'est aussi la description du monde politique, qui lui ne change pas, d'un régime et d'une époque à l'autre. C'est toujours un panier de crabes, un monde de requin où ce sont toujours les plus forts ou les plus roués qui gagnent. C'est un univers de passe-droits et de magouilles à n'en plus finir, perpétrées sous le couvert de la légitimité politique, de la proximité avec l'empereur et les hautes sphères. Et Rougon d'ailleurs, n'est pas le dernier à profiter des avantages qu'il se croit octroyés d'office par sa position éminente dans le gouvernement.
    C'est un tableau sans concession, presque violent et surtout plein d'ironie que Zola dresse ici, en peuplant son roman de personnages aux travers accentués mais sans saveur, qui susciteraient une pitié un peu navrée voire méprisante, un peu comme quand on regarde une caricature d'une grande justesse. Et c'est d'ailleurs justement ça, ce roman : une caricature d'un système qui y prête le flanc, à croire d'ailleurs qu'il le fait exprès ! Mais au lieu d'être un dessin, ou une estampe, c'est un roman, le pendant écrit des dessins justes et incisifs de Daumier.
    Au-delà de ça, le roman dépeint aussi les relations humaines qui unissent Rougon à sa bande, ces hommes et ces femmes qui sont tantôt ses amis, ses adversaires ou des solliciteurs; Ils sont encore une fois le prétexte pour Zola de se livrer aux analyses de l'Homme et de son comportement comme il aime à le faire. Et si Rougon, avec son physique placide et un peu mou n'en reste pas moins un personnage avec un certain charisme, une certaine aura, on ne peut pas en dire autant de ses amis, hypocrites, sots ou trop ambitieux, au point que Rougon, finalement, avec ou sans eux, se trouve toujours seul. Il est le paradoxe de tous les autres personnages masculins du roman -l'empereur compris- comme Clorinde est le paradoxe de toutes les femmes qui y apparaissent.
    Ce roman-là pourrait être l'un des moins captivants de la série si on ne prenait pas le temps de gratter un peu. Comme les autres romans bourgeois des Rougon-Macquart, il semble rester en surface, évoluer dans un univers que l'auteur dénonce, certes,mais sans les grandes scènes épiques ou violentes que l'on retrouve dans La Terre, Germinal ou encore L'Assommoir. Et pourtant...Son Excellence Eugène Rougon n'en reste pas moins intéressant, par bien des aspects. La politique est un monde sournois et le restera certainement éternellement. Rien que pour cela il est intéressant à lire.

     

    En Bref :

    Les + : une comédie incisive, de politique et de mœurs, juste et bien dosée.
    Les - :
    Aucun. 


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