• Un Parfum d'Encre et de Liberté ; Sarah McCoy

    «  Ce que les légendes et l'histoire ont en commun, c'est que tout le monde court vers son avenir, quel qu'il puisse être. »

     

    Publié en 2015 aux Etats-Unis ; en 2017 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : The mapmaker's children

    Editions Pocket 

    476 pages 

    Résumé : 

    1859. Chez les Brown, la cause abolitionniste se transmet de père en fille. En pleine guerre de Sécession, la jeune Sarah suit les traces de son célèbre paternel, sacrifiant tout de sa vie de femme dans son combat pour la liberté...
    2014, banlieue de Washington. En achetant cette vieille demeure sur Apple Hill, Eden pensait pouvoir guérir son désir d'enfant - que son corps lui refuse. Une nouvelle vie, de nouveaux voisins et, surtout, cette mystérieuse tête de poupée retrouvée dans la cave, lui ouvriront un autre chemin, tracé pour elle depuis plus de 150 ans. 
    Plusieurs décennies séparent ces deux femmes et pourtant leurs destins se rejoignent sur bien des points... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Il y'a un an et demi, j'ai découvert Sarah McCoy avec son roman Un Goût de Cannelle et d'Espoir, que j'avais beaucoup aimé malgré quelques petits bémols... Sa vision très historique et nuancée de l'Allemagne nazie m'avait convaincue et l'alternance des époques m'avait rappelé les romans de Kate Morton ou Katherine Webb.
    Quand par la suite j'ai lu le résumé d'Un Parfum d'Encre et de Liberté, j'ai tout de suite eu envie de le lire lui aussi. Je pressentais un schéma de départ assez semblable à celui d'Un Goût de Cannelle et d'Espoir et je ne doutais pas que je pourrais être séduite.
    Entre le XIXème et le XXIème siècle, l'auteure nous plonge en plein cœur de l'Histoire américaine : la guerre de Sécession, l'esclavagisme, le Chemin de fer clandestin... Des sujets qui suscitent mon intérêt même si je ne suis pas spécialement attirée par l'Histoire américaine en général. Mais il me semble important de ne pas oublier ce qui est arrivé aux États-Unis parce que le racisme et l'intolérance sont universels. Et si par le biais des romanciers et de leurs œuvres de fiction, le devoir de mémoire est actualisé et continue de toucher les gens, on peut presque considérer la démarche des auteurs comme d'utilité publique et les en remercier.
    En 2014, Eden et Jack Anderson emménagent dans une vieille maison de Apple Hill Lane, à New Charlestown - une ville fictive-, en Virginie occidentale. La petite trentaine, ils forment un beau couple et ont tout pour réussir. Pourtant, ils doivent porter le fardeau de l'infertilité qui a fragilisé Eden, incapable d'avoir un enfant, malgré un réel parcours du combattant éprouvant pour sa santé, qui s'est malheureusement soldé par d'amères déceptions.
    La découverte fortuite d'une tête de poupée en porcelaine dans un ancien garde-manger, la rencontre d'une petite fille attachante et d'habitants charitables tous prêts à lui ouvrir les bras seront les éléments déclencheurs de la remontée d'Eden... arrivée perdue et triste dans cette nouvelle ville, aux prises avec ses démons et se débattant dans des sentiments contradictoires, la jeune femme va se lancer dans une véritable aventure : faire classer sa maison aux monuments historiques mais, pour cela, il va falloir qu'elle en apprenne plus sur son nouveau lieu de vie.
    En parallèle, nous revenons au milieu du XIXème siècle, juste avant et pendant la Guerre de Sécession : la famille Brown, très active dans la cause abolitionniste, est décimée après le drame d'Harpers Ferry. Le père et les frères de la jeune Sarah y perdent la vie, laissant livrées à elles-mêmes les femmes de la famille. Mais Sarah n'est pas du genre à se laisser abattre et, après l'exécution de son père, elle repend le flambeau et devient un membre à part entière de cet « Underground Railroad » qui a fait passer au Canada et rendu leur liberté à des centaines d'esclaves des plantations du Sud.

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    Sarah Brown


    Peintre de génie mais aussi dépositaire du combat de son père, Sarah est une femme hors du commun et le mieux, c'est qu'elle a existé. Restée célibataire, toute dévouée à la cause, elle a contribué à rendre leur liberté à des familles entières. Étrangement, si l'Histoire a retenu le drame d'Harpers Ferry comme le point de départ de la guerre de Sécession entre l'Union et la Confédération, elle a oublié la jeune femme, à qui Sarah McCoy rend ici sa voix, même si Un Parfum d'Encre et de Liberté est une oeuvre de fiction. Triste et cruelle réalité que celle de l'Histoire : on retient les hommes qui s'illustrent et nettement moins les femmes. Cela n'enlève rien cependant à leur détermination, leur courage et leur sincérité dans l'action. Un roman comme celui-ci est donc un bel hommage à une femme et à son combat.
    Contrairement à certains lecteurs que cela a gêné, j'ai apprécié l'alternance des époques et les retours continuels entre 2014 et le milieu du XIXème siècle. Les lieux sont les mêmes mais les personnages changent et j'ai apprécié de découvrir la vieille demeure d'Apple Hill Lane à l'époque de Sarah Brown puis à celle d'Eden. Cela dit, j'ai été un peu déçue par le lien vraiment ténu qui relie les deux époques : au final, à part la découverte de la tête de poupée dans le garde-manger, puis celle d'un bouton et finalement, la découverte du fin mot de l'histoire dans les derniers chapitres, Eden ne s'intéresse pas vraiment au passé de sa maison, elle ne fait pas de recherches, ne se documente pas vraiment et sa thérapie passe finalement plus par l'humain que par la découverte d'un hypothétique secret alors que c'est vraiment à cela que je m'attendais en lisant le résumé : peut-être ai-je trop lu Kate Morton, aussi ! En tous les cas, oui clairement, j'ai trouvé que l'auteure mettait du temps à arriver là où elle voulait en venir.
    Malgré ça, j'ai passé un très bon moment. Contrairement à Reba qui, dans Un Goût de Cannelle et d'Espoir, ne m'avait pas franchement plu, je suis parvenue à plus apprécier Eden même si je l'ai trouvée parfois un peu injuste et cassante. On sent quand même chez elle une volonté de se prendre en main, de remonter à la surface malgré le deuil peu évident de sa maternité. La relation qui se tisse petit à petit entre elle et sa petite voisine Cleo, une gamine enjouée et très mûre pour son âge mais aussi très seule m'a touchée. J'ai trouvé Eden très humaine, dans ses qualités comme dans ses imperfections, très « comme-tout-le-monde », quoi.
    Evidemment, vous vous en douterez si vous me suivez depuis un moment, c'est néanmoins la partie historique qui m'a le plus captivée dans le roman et peut-être plus encore quand, au cours de ma lecture, j'ai feuilleté le livre et suis tombée sur la postface, où Sarah McCoy explique sa démarche, la manière dont est né ce roman et comment elle a découvert le combat de la famille Brown, l'exécution du père, point de départ de la Guerre de Sécession et l'action de la jeune Sarah. On tombe sur trois photographies en noir et blanc de Sarah et de ses parents, John et Mary, importants témoignages de cette époque qui façonna les Etats-Unis modernes. Cela nous rend donc la jeune héroïne encore plus proche, encore plus palpable et j'ai peut-être plus encore apprécié le récit parce que je savais que, même si c'est une fiction, il repose sur des faits réels. Aucune guerre n'est belle mais peut-être une guerre civile est-elle encore plus affreuse et Sarah McCoy a su en prendre la mesure. Oui, c'est un récit qui est dur parfois, où la mort et le sang côtoient les deuils, la solitude et le désarroi humains mais c'est aussi un récit salutaire, nécessaire. Aujourd'hui, d'ailleurs, 10 mai, nous commémorons en France l'abolition de l'esclavage en 1848 et c'est une chose qu'il est important de ce souvenir. Il ne nous appartient pas de juger, l'Histoire n'est pas là pour ça, mais il nous appartient de nous souvenir et sortir une héroïne oubliée des limbes de l'Histoire est tout à l'honneur de l'auteure. Je crois qu'aujourd'hui nous n'avons pas à nous sentir coupables mais à nous sentir concernés et tous autant que nous sommes.
    Construit sur le même schéma que Un Goût de Cannelle et d'Espoir, Un Parfum d'Encre et de Liberté a su me convaincre et j'ai pris grand plaisir à découvrir ce récit cohérent et bien écrit. Sarah McCoy est décidément une auteure talentueuse et qui a une très belle plume. Si l'avez déjà lue, si vous avez aimé Un Goût de Cannelle et d'Espoir, comme moi, nul doute que vous aimerez aussi celui-ci. Si vous connaissez et aimez Leila Meacham et Kathleen Grissom, vous ne manquerez certainement pas de trouver aussi quelques points communs entre leurs romans et celui de Sarah McCoy. 

    En Bref :

    Les + : un beau récit, cohérent et bien écrit, une vision nuancée d'un pan de l'Histoire peu évident à aborder, une belle histoire, d'autant plus importante qu'elle est basée sur des faits réels. 
    Les - : les liens trop ténus entre les deux époques, alors que je m'attendais à ce que Sarah et Eden soient finalement bien plus liées que cela. 


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 19 Mai à 17:48

    Je n'ai toujours pas lu cette auteure mais ton avis m'intrigue encore davantage. J'ai très envie de découvrir cette histoire alors je note ce titre !

      • Dimanche 19 Mai à 20:32

        Comme beaucoup de monde, j'ai découvert Sarah McCoy avec son roman Un goût de cannelle et d'espoir qui se passe en pleine Allemagne nazie. J'avais beaucoup aimé ce roman même si les chapitres contemporains qui se passaient aux États-Unis m'avaient moins plu que la partie historique du roman. happy 

        Pour Un parfum d'encre et de liberté, j'ai apprécié Eden même si, effectivement, le personnage de Sarah, abolitionniste comme son père et qui n'hésite pas à risquer sa vie pour la cause, éclipse tout. J'ai été un peu déçue que le lien entre Eden et Sarah ceci dit, n'est pas été plus développé, comme cela peut être le cas chez Kate Morton, par exemple où de vraies enquêtes finissent par se mettre en place. 

        Malgré tout j'ai passé un super moment avec cette lecture. happy Comme je le dis dans ma chronique, c'est un vrai devoir de mémoire, un moyen de ne pas oublier qu'il n'y a pas si longtemps, il a fallu une guerre civile aux États-Unis pour abolir l'esclavage et permettre aux populations noires d'avoir des droits, qui sont malheureusement toujours menacés à l'heure actuelle. erf

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