6 Juillet 2025
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Le saviez-vous ? En Afrique de l'Ouest, la littérature est bien souvent transmise de manière orale par les griots, aussi appelés bardes et qui sont chargés de la diffusion et de la déclamation des récits historiques.
La littérature africaine est riche et plonge ses racines dans son histoire la plus profonde : elle est en prose ou en vers. En prose, on va souvent retrouver des récits mythologiques et merveilleux ou historiques. La poésie, quant à elle, est souvent chantée et prend la forme d'une épopée narrative. Dans les pays d'Afrique de l'Ouest, on retrouve aussi de la poésie rituelle, des proverbes, des énigmes, des épigrammes. Il existe une véritable tradition des chansons d'amour mais aussi de travail et la poésie s'adresse bien souvent aux personnages détenant un pouvoir, dirigeants ou rois.
Au Moyen Âge, comme on peut le voir aussi en Occident, se développent des récits, des épopées dans plusieurs régions d'Afrique : parmi les œuvres principales on peut citer l'Epopée de Soundiata, consacrée à Soundiata Keïta, un souverain mandingue des XIIe et XIIIe siècles qui fut empereur du Mali. Ce type de récits se retrouve aussi en Afrique Centrale, où ils sont parfois teintés de merveilleux, comme l'Epopée de Mvett, qui voit s'opposer deux peuples, les Mortels d'Oku et les immortels d'Engong.
Peu à peu, cette culture orale va se confondre avec l'écrit, qui va se diffuser en Afrique. Ainsi, on peut aujourd'hui classifier la littérature africaine de cette manière : littérature orale, littérature précoloniale, littérature coloniale et littérature postcoloniale. Les littératures ancestrales africaines, orales et précoliniales, gardent une importance toute particulière pour les auteurs des XXe et XXIe siècles. Chantre de la négritude, Léopold Sédar Senghor, se déclare ainsi inspiré par la tradition poétique et orale de son pays natal et d'autres auteurs, plus récemment, comme Jean-Marie Adiaffi, se réclameront aussi de cette filiation.
ZOOM SUR DEUX AUTEURS D'AFRIQUE DE L'OUEST
Le Sénégal de Cheikh Hamidou Kane
Né à Matam en avril 1928, Cheikh Hamidou Kane est un écrivain sénégalais d'origine peule. Il fut haut fonctionnaire et occupa notamment des fonctions ministérielles. En 1962, son roman L'Aventure ambiguë lui permet d'obtenir le grand prix littéraire d'Afrique noire. Publié en 1961, le roman prend la forme d'une fable illustrant notamment les conflits de civilisation entre Afrique et Occident. Semi-autobiographique, l'ouvrage aborde le déchirement, tant spirituel que culturel du jeune Sambia Diallo, confié enfant à un maître spirituel très strict, qui assure son éducation spirituelle et lui dispense notamment un enseignement coranique. Mais, un peu plus tard, la cousine de l'enfant décide de l'envoyer à l'école nouvelle, l'école des colonisateurs, au risque d'y perdre les valeurs ancestrales et de voir sa foi chanceler, sous la férule de nouvelles lois, de nouvelles manières de penser. L'Aventure ambiguë est devenu un véritable classique de la littérature sénégalaise mais aussi plus largement, africaine. En 1995, il publie un deuxième roman, suite de L'Aventure ambiguë : Les Gardiens du Temple.
Il est le grand-père d'Amadou Kane, haut fonctionnaire et de Ndèye Fatou Kane, autrice féministe qui a publié en 2014 Le Malheur de vivre.
Le Nigeria de Chimamanda Ngozi Adichie
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Romancière, féministe militante, essayiste, Chimamanda Ngozi Adichie est née en 1977 à Enugu. Diplômée de prestigieuses universités internationales, comme Yale, elle a été primée de nombreuses fois pour ses ouvrages engagés.
Après des études de médecine et de pharmacologie menées l'université du Nigeria, elle part pour les Etats-Unis, où elle étudie la communication et les sciences politiques. Après l'université Drexel de Philadelphie puis l'Eastern Connecticut State University, elle achève un master en création littéraire à l'université de Baltimore en 2003. Elle obtient un M.A (maîtrise en arts) d'études africaines à Yale en 2008.
Sa carrière littéraire prend véritablement son essor lors de la publication en 2003 de Purple Hibiscus (L'Hibiscus pourpre en français). Il s'agit d'un roman d'initiation mettant en scène un frère et une sœur cherchant leur voie. Elle y dénonce notamment l'intégrisme religieux des sectes chrétiennes au Nigéria. Le roman est bien accueilli par le critique et nommé au Baileys Women's Prize for Fiction en 2004. En 2005, il est proclamé Meilleur premier livre du prix littéraire Commonwealth Writers' Prize.
Son second roman paraît en 2006 : il s'intitule L'Autre Moitié du Soleil (Half of a Yellow Sun) et tire son nom du drapeau de l'éphémère pays du Biafra. L'intrigue se situe avant et pendant la guerre du Biafra, conflit qui commence en 1967 et se termine en 1970. On y suit deux sœurs séparées par le conflit et qui tentent de se retrouver. A travers ce roman, l'autrice fait également un travail de mémoire personnel et familial puisque ses deux grands-pères ont trouvé la mort pendant la guerre du Biafra. Le roman a été adapté au cinéma en 2014, par Biyi Bandele.
Dans son roman Americanah, peut-être le plus connu avec L'Hibiscus Pourpre, elle aborde des sujets tristement d'actualité : le racisme, les discriminations, l'immigration. Americanah met en scène deux personnages, une jeune nigériane du nom d'Ifemelu, qui est partie aux Etats-Unis et se retrouve confrontée au racisme, à la pauvreté et à l'exclusion, qui va cependant connaître la gloire en devenant une blogueuse reconnue et un jeune homme qui, lui, a immigré en Europe, au Royaume-Uni, très exactement.
Chimamanda Ngozi Adichie est aussi connue pour son engagement féministe fort et sa lutte pour la mise en place d'une éducation féministe dispensée aux enfants dès le plus jeune âge.
THÈME FOCUS : RACONTER L'ENFANCE EN AFRIQUE
Azur et Asmar et Kirikou de Michel Ocelot
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Né en 1943 à Villefrance-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes, Michel Ocelot est un réalisateur français qui s'est notamment illustré dans le cinéma d'adaptation. Il est notamment connu pour sa trilogie de films Kirikou, réalisée entre 1998 et 2012. Il a passé son enfance en Guinée, ce qui a sans nul doute inspiré par la suite son travail de cinéaste.
En 1998, Michel Ocelot présente son long-métrage Kirkou et la Sorcière, premier film d'une trilogie qui s'achèvera plus de dix ans plus tard. Le film est bien accueilli partout dans le monde et rassemble même un million de spectateurs dans les salles en France. Adapté d'un conte africain, le film raconte l'histoire d'un minuscule garçon à l'intelligence et à la générosité formidables, Kirikou. Alors que son village est attaqué et tyrannisé par la maléfique sorcière Karaba et son armée de fétiches, le garçon va décider de l'affronter pour le bien de la communauté.
Ocelot, à travers ce film et sa suite a voulu rester au plus près de sa source d'inspiration : les cultures de l'Afrique de l'Ouest. Devant le succès commercial de Kirikou, un univers va alors se décliner, en livres pour la jeunesse et autres produits dérivés.
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En 2006, Ocelot propose un nouveau conte cinématographique, cette fois plutôt situé en Afrique du Nord et dans la France du XVe siècle : Azur et Asmar. Il conçoit ce film comme une véritable « une célébration du Maghreb et de la civilisation islamique au Moyen Age ». Il gardait en effet un bon souvenir de sa découverte de l'Algérie alors qu'il était adolescent. Il sillonne le Maroc, l'Algérie et la Tunisie pour y faire des croquis et des esquisses et la ville de Timgad, surnommée la Pompéi d'Afrique du Nord, en Algérie, sera une de ses principales sources d'inspiration.
Aké : Les Années d'enfance de Wole Soyinka (Nigeria)
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Aké : les années d'enfance est un récit autobiographique de l'écrivain Wole Soyinka, né en 1934 au Nigeria et prix Nobel de Littérature en 1986. Le livre est publié pour la première fois en 1981.
Le livre raconte l'histoire d'un petit garçon nigérian dans les années qui précèdent et pendant la Seconde Guerre Mondiale dans le village d'Aké, à l'ouest du Nigeria : celui-ci grandit dans une famille chrétienne mais son grand-père yoruba (peuple d'Afrique de l'Ouest) l'initie aux traditions spirituelles et ancestrales. L'enfant, d'une curiosité insatiable, est le narrateur de ce récit considéré comme un classique de l'autobiographie africaine.
L'Enfant noir de Camara Laye (Guinée)
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Il s'agit du premier roman de l'écrivain guinéen Camara Laye. Il est publié à Paris en 1953. Considéré comme « l'un des textes fondateurs de la littérature africaine contemporaine », l'oeuvre est largement autobiographique et reçoit le prix Charles Veillon en 1954.
Le livre raconte l'histoire d'un jeune garçon, Laye, qui vit avec ses parents dans le village de Kouroussa, en Haute-Guinée. Son père est forgeron et orfèvre et enseigne son art à son fils. Laye rend aussi parfois visite à sa grand-mère dans un village voisin, où il découvre le quotidien des paysans guinéens. Le jeune garçon fréquente l'école française de son village avant de partir étudier en France avec son amie Marie.
Le livre est très connu dans toute l'Afrique francophone mais il est aussi étudié en Europe. Le succès de L'Enfant noir s'explique probablement par la jeunesse du héros, la sincérité du propos et le fait que Camara Laye a cherché à rendre accessible la culture africaine, en décrivant un quotidien paisible et où les violences du colonialisme français sont absentes, ce qui lui a valu d'ailleurs les critiques de confrères, comme l'auteur camerounais Mongo Beti, qui lui reproche son manque d'engagement politique, dans une période de décolonisation. D'autres intellectuels apportent leur soutien à Camara Laye : ainsi, Catherine Ndiaye défend un point de vue proche de celui de Léopold Sedar Senghor, qui avait apporté son soutien à Laye : elle défend l'idée que l'écrivain africain doit apprendre à écrire en esthète, sans toujours adopter une approche de sociologue, d'historien ou d'économiste.