17 Août 2025
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L'Amérique du Sud, aussi appelée parfois Amérique latine, est constituée d'une mosaïques de peuples autochtones et marquée par une forte influence coloniale espagnole et portugaise : en effet, dès la fin du XVe siècle puis plus tard à l'époque moderne, l'Espagne et le Portugal seront les deux empires coloniaux les plus importants et ils se sont durablement implantés dans la région. Pour ce qui est du Brésil mais aussi des Caraïbes, on peut songer aussi à l'influence africaine, apportée par les esclaves arrachés à leurs terres de l'autre côté de l'Atlantique et qui emmenèrent avec eux des coutumes et des croyances qui finirent par s'implanter sur le continent américain. On le voit, l'Amérique du Sud est donc marquée par une complexité identitaire forte, ce qui se reflète dans sa culture et donc, forcément, dans sa littérature.
La tradition pré-colombienne était surtout orale. La littérature s'est donc développée à partir du XVIe siècle, avec des auteurs d'origine européenne installés dans les terres nouvellement conquises.
Ainsi, en Argentine par exemple, on estime que les premiers chroniqueurs sont le bavarois Ulrich Schimdl, lansquenet de son état, né vers 1510 et mort en 1581 : au service des conquistadors espagnols, il explore en même temps qu'eux l'Amérique du Sud mais il est l'un des seuls, avec l'aventurier Hans Staden, à coucher par écrit ce qu'il a vécu. Revenu en Europe, il meurt à Ratisbonne à la fin du XVIe siècle après avoir exploré la région de la Plata et probablement être entré en contact avec les peuples incas autochtones.
La littérature argentine s'est développée ensuite autour des années 1550 et pendant toute l'époque moderne, avant d'amorcer un véritable virage pour s'émanciper de l'influence espagnole, à partir du XIXe siècle.
Les mêmes influences et les mêmes évolutions concernant la plupart des littératures sud-américaines : ainsi, en Bolivie par exemple, la tradition précolombienne est essentiellement orale. Puis les colons espagnols apportent avec eux leurs traditions européennes qui s'implantent dans la région avant que la littérature ne deviennent de plus en plus identitaire, avec des auteurs qui vont par exemple employer la langue quechua dans leurs écrits pour revendiquer une identité : c'est le cas de l'auteur Juan Wallparrimachi, par exemple, écrivain, poète et principal contributeur de l'émergence d'une véritable littérature en langue quechua.
Le Brésil, le plus grand pays du continent est quant à lui marqué par l'influence portugaise : les Européens explorent le pays dès le début des années 1500. Les Français essayèrent par exemple de s'y implanter, sans succès, fondant finalement une colonie plus au nord, la Guyane. La période coloniale au Brésil dure un peu plus de trois siècles, de 1500 à 1815 : à cette date est fondé un Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves, qui précède l'Empire brésilien des Bragance, qui se développe au cours du XIXe siècle.
Les explorateurs européens du Brésil, principalement au XVIe siècle et au début du XVIIe, ont laissé des traces de leurs aventures : c'est le cas de Pero Vaz de Caminha ( Lettre de Pero Vaz de Caminha, 1500), de Hans Staden déjà cité plus haut ( Warhaftig Historia und beschreibung eyner Landtschafft der Wilden, 1557) ou encore du français André Thevet, auteur d'un ouvrage intitulé Les Singularitez de la France antarctique, en 1558. Le XVIIe siècle au Brésil est marqué par la naissance d'un mouvement appelé Baroque brésilien : comme en Europe, ce dernier ne se cantonne évidemment pas à la littérature, mais des auteurs se situeront dans ce mouvement, tel Bento Texeira avec son poème épique Prosopopeia, publié en 1601. Ce texte est souvent considéré comme le premier jalon de ce mouvement artistique et culturel qui fit florès dans le Brésil colonial de l'époque moderne. Le Baroque brésilien connut son apogée avec le poète Gregório de Matos l'orateur sacré Padre António Vieira.
UN ESSAI PERCUTANT SUR L'HISTOIRE ET LES IDENTITÉS EN AMÉRIQUE LATINE : LES VEINES OUVERTES DE L'AMÉRIQUE LATINE D'EDUARDO GALEANO
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L'essai Les veines ouvertes de l'Amérique latine est publié en 1971. Il est écrit par l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano. Né le 3 septembre 1940 à Montevideo, mort le 13 avril 2015 dans la même ville, Galeano est un écrivain, journaliste et dramaturge connu pour son engagement politique et journalistique. Ainsi, en 1973 à la suite d'un coup d'Etat qui instaure une dictature militaire en Uruguay, il est emprisonné avec d'autres opposants avant de choisir de s'exiler en Argentine.
Les Veines ouvertes de l'Amérique latine est un essai militant, dans lequel l'auteur dénonce le pillage des ressources naturelles du continent, par les empires coloniaux européens d'abord (du XVIe au XIXe siècle) puis par les Etats impérialistes qui leur succèdent, entre les XIXe et XXe siècles. La région est en effet riche en ressources métallurgiques (gisements d'or, d'argent mais aussi de diamants) mais aussi en sucre, en cacao, en coton, des denrées très appréciées des européens à l'époque moderne. De nos jours, ce sont des ressources comme le caoutchouc mais aussi le pétrole, qui sont très prisées et surexploitées au profit de puissances étrangères et au détriment des peuples autochtones, exploités depuis l'arrivée des Européens dans un travail fastidieux et cruel au fond des mines par exemple et, lorsque leur force de travail ne suffisait plus, les Européens les remplacèrent par les esclaves venus du continent africain, qui furent assujettis dans les plantations et soumis eux aussi à des conditions de vie et de travail particulièrement pénibles.
Le livre est publié dans un contexte de forts affrontements idéologiques, politiques et sociaux, qui surviennent un peu partout en Amérique latine à l'époque. Le livre a reçu une mention honorable du prix Casa de las Americas.
L'INFLUENCE DES AFRO-DESCENDANTS DANS LA CULTURE D'AMÉRIQUE LATINE
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Comme nous avons pu le voir, la littérature latino-américaine est marquée d'influences et d'inspirations multiples. Si l'on songe immédiatement à l'influence européenne et coloniale, qui vint s'ajouter à la culture précolombienne qu'elle tente d'étouffer, on songe moins à l'apport africain, pourtant bien présent. L'histoire des deux continents, séparés par l'océan atlantique, est faite en effet de croisement et de proximités et cela, dès les débuts de la colonisation. Ainsi, la mémoire, le passé africains se retrouvent-ils encore de nos jours dans toute la production littéraire sud-américaine, de la poésie en passant par les fictions, le théâtre, les romans mais aussi les chansons...
A l'époque moderne, de la fin du XVe siècle au XVIIIe siècle, on estime qu'environ 12 millions d'Africains furent introduits sur le continent américain, afin notamment d'y travailler dans les plantations, que ce soit en Amérique du sud, dans les Caraïbes ou dans les colonies britanniques du Nord, qui deviendront les Etats-Unis. Cette population s'est mêlée aux peuples autochtones encore présents mais aussi aux colons européens. Les traces de cette histoire sont encore présentes dans de nombreuses productions, comme dans celle du romancier et essayiste Manuel Zapata, afro-colombien et auteur de Chango, ce sacré dieu.
Ces deux mondes oppressés, celui des peuples américains natifs et des esclaves déracinés, ont fusionné en marge de la population européenne.
De nos jours encore, cette influence africaine se retrouve dans de nombreuses traditions culinaires (l'un des plats brésiliens les plus connus, la Feijoada, provient des traditions des esclaves africains) culturelles, religieuses (au Brésil, les croyances Candomblé et Umbanda mêlent catholicisme et tradition africaine issues des peuples Yoruba et Bantu, entre autres).
L'Amérique latine comme les Caraïbes sont aussi culturellement aujourd'hui marqués par des mouvements en faveur des droits civiques et de l'égalité raciale, comme au Brésil, la Colombie ou encore, Cuba (Mouvements Afro-Latins). De nombreux pays d'Amérique du Sud célèbre aussi l'importance de leur héritage africain, avec des journées consacrées à la culture afro-latine et des initiatives pour promouvoir et faire connaître l'histoire des Afro-Latins. Chaque 20 novembre au Brésil on célébré ainsi le Jour de la Conscience Noire, afin de mettre en avant le fort héritage africain du Brésil.
Cette identité complexe mais aussi riche d'influences n'a pas manqué d'influencer de nombreux auteurs sud-américains reconnus aujourd'hui à l'international, comme la chilienne Isabel Allende, le colombien Gabriel García Márquez, le brésilien Jorge Amado ou encore, le péruvien Mario Vargas Llosa.
THÈME FOCUS : LA PASSION DE LA NATURE ET DES PAYSAGES CHEZ LES AUTEURS D'AMÉRIQUE LATINE (ET D'AILLEURS)
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Les paysages souvent spectaculaires de l'Amérique latine (la forêt amazonienne, les Andes, la pampa, les côtes majestueuses) sont souvent des personnages à part entière dans les récits. Beaucoup de livres peuvent ainsi nous immerger dans ces environnements dépaysants pour nous européens mais qui revêtent pour les habitants, une véritable importance culturelle et spirituelle.
La Vorágine de José Eustasio Rivera
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Publié en 1924, La Vorágine est un roman de l'écrivain et diplomate colombien José Eustasio Rivera. Le roman est le récit autobiographique d'Arturo Cova, parti à la recherche d'Alicia, sa fiancée, au coeur de la forêt amazonienne. Le personnage se retrouve confronté à la beauté grandiose de la forêt mais aussi à ses dangers alors que l'Amazonie est alors en proie à la fièvre du caoutchouc, qui détruit la nature (pour Arturo, cela fait naître en lui le désir de lutter contre le système des exploiteurs et pour les opprimés). Le roman est considéré comme un livre majeur de la littérature colombienne et latino-américaine plus généralement.
Pablo Neruda célèbre la nature chilienne dans ses poèmes
Inspiré par la nature dont il se sent proche, Neruda a souvent, dans ses textes, exploré le rapport que l'être humain peut entretenir avec lui.
Orphelin de mère très jeune (il a un mois seulement lorsque sa mère Rosa Basoalto meurt, des suites de la tuberculose), il grandit littéralement dans la nature, dans sa région natale de Parral, au Chili. « Mon enfance, ce sont des souliers mouillés, des troncs cassés / tombés dans la jungle, enlacés par les lianes. C'est la découverte de la danse du vent dans les feuillages. », écrit-il.
Cet amour de la nature, né très jeune, va inspirer son oeuvre, bien plus que la ville qu'il ne découvrira que tardivement. Dans l'imaginaire du poète, nature et humanité sont très liées et cela lui donne l'occasion de se questionner sur ce lien et de déclarer son amour des forces de la nature. C'est certainement dans Residencia en la tierra (1935) que cette exploration de la relation de l'homme à la nature est la plus importante et prend véritablement corps.
Juliane Koepcke et la forêt tropicale
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Mondialement connue, Juliane Koepcke est une biologiste germano-péruvienne, née à Lima en 1954. En 1971, elle est la seule survivante d'un crash d'avion au Pérou : pendant 10 jours, elle vécut en plein cœur de la forêt tropicale dans laquelle elle se fraya un chemin, avant d'être secourue. Elle écrivit par la suite Tombée du ciel, un récit autobiographique dans lequel elle raconte son expérience. Cet écrit est aussi l'occasion pour elle de déclarer son amour à la forêt qui l'a sauvée, malgré des conditions de vie particulièrement compliquée. Dans son livre, Juliane Koepcke décrit avec précision la flore et la faune mystérieuse qui peuple la forêt péruvienne.
La Bolivie dans Les Tourments et Murmures de la Terre
La Bolivie est enclavé entre le Brésil, le Paraguay, l'Argentine, le Chili et le Pérou : c'est un pays qui présente une grande diversité de paysages, de forêts subtropicales luxuriantes à des lagunes colorées, en passant par le désert Salar de Uyuni (un lac salé) et les crêtes de l'Altiplano. La Bolivie possède aussi le plus haut lac navigable du monde : le lac Titicaca.
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Dans son roman Les tourments, Rodrigo Hasbún, écrivain bolivien né au début des années 1980 à Cochabamba, nous fait le récit de l'histoire d'une famille allemande quittant l'Europe après la Seconde Guerre Mondiale pour tenter de se reconstruire ailleurs. Elle s'installe alors en Bolivie. Le personnage central du roman, Hans Ertl, est un peu excentrique et s'est mis en tête de retrouver la cité perdue de Païtititi, une ancienne ville inca, au grand dam de son épouse et de ses trois filles, qui ne comprennent pas sa lubie. Le roman mêle habilement faits historiques et fiction et met en scène les paysages spectaculaires de la Bolivie.
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La Bolivie est aussi célébrée par l'autrice franco-belge Véronique Biefnot. Dans Murmures de la Terre, l'autrice y décrit avec précision les paysages boliviens. Une jeune femme, Naëlle entame sur les conseils de son petit ami, un trek méditatif à travers la Bolivie pour retrouver sa paix intérieure. Ce véritable parcours initiatique emmène Naëlle à rencontrer des communautés locales et à découvrir des traditions bien différentes de celles qu'elle connaît. Le roman de Véronique Biefnot nous transporte littéralement en plein cœur de la nature et de la forêt boliviennes.