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Le salon des précieuses

La dame des rivières ; Philippa Gregory

 « Une femme qui ose écrire son destin se met toujours en danger. Vous devriez, plus que quiconque, pouvoir le prédire. »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 2011 en Angleterre

En 2025 en France (pour la présente édition)

Titre original : The lady of the rivers

Editions Hauteville 

576 pages 

Résumé :

Certaines femmes sont incapables de vivre une vie ordinaire. Elle a essayé de ne pas dépasser le cadre, mais certains femmes ne rentrent même pas dans ce cadre. Nous vivons dans un monde d'hommes et certaines femmes ne peuvent pas vivre à l'allure qu'ils nous imposent. 

Angleterre, 1436. Jacquetta de Luxembourg, déjà veuve à dix-neuf ans, épouse son amant Richard Woodville et retourne servir à la Cour du roi Henri VI, où elle devient une amie loyale de la reine. Fine politique, Jacquetta parvient, au fil des ans, à étendre l'influence de la famille Woodville auprès des Lancastre. Mais quand le roi sombre dans un mystérieux sommeil, la maison d'York révèle son intention de prendre le pouvoir. Alors que commence la guerre des Deux-Roses, Jacquetta se bat pour son roi, sa reine et sa fille Elisabeth Woodville, qui, elle le sait, est promise à un extraordinaire destin. 

Ma Note : ★★★★★★★★★

Mon Avis :

En 1431, Jacquetta de Luxembourg assiste à l’exécution de Jeanne d’Arc sur la place du marché de Rouen. L’adolescente de quinze ans comprend alors que dans un monde d’hommes, les femmes n’ont jamais raison. Qu’une femme qui pense sera jugée comme dangereuse et qu’on fera en sorte de la faire taire. Toute sa vie, elle se souviendra de cette leçon. 
Le destin de Jacquetta de Luxembourg est tombé dans l’oubli et pourtant, quelle vie incroyable elle eut. Née aux alentours de 1416, elle est la fille de Pierre Ier de Luxembourg, comte héréditaire de Brienne. Sa mère, d’origine provençale, est Marguerite des Baux. La légende veut que la famille de Luxembourg soit une descendante directe de la fée Mélusine. D’elle, les femmes de la famille auraient hérité du don de clairvoyance et Jacquetta ne fait pas exception. 
A l’âge de dix-sept ans, elle est promise au duc Jean de Bedford, régent de France et frère de feu le roi Henri V. L’homme, beaucoup p
lus âgé qu’elle, ne voit en Jacquetta qu’un moyen de parvenir à ses fins, en utilisant ses dons de voyance. Versé dans l’alchimie et l’astrologie, le duc est obsédé par l’avenir du royaume – la France – qu’il tient entre ses mains au nom de son neveu trop jeune pour régner, Henri VI. Dans l’entourage de son époux, Jacquetta fait la connaissance de l’écuyer de Bedford, un certain Richard Woodville…deux ans plus tard, elle est veuve à dix-neuf ans. Jeune, belle, de bonne naissance, Jacquetta est un parti enviable mais la jeune femme décide de suivre son cœur, quitte à faire une mésalliance : elle décide d’épouser Richard Woodville et le suit en Angleterre. Ils seront les parents d’une famille pléthorique : en 1437, naît leur fille aînée, Elizabeth. Très vite, Jacquetta comprend qu’elle va avoir un destin exceptionnel et elle ne se trompe pas : par son mariage avec Édouard IV dans les années 1460, Elizabeth Woodville deviendra reine d’Angleterre et sera l’ancêtre des rois Tudors de la Renaissance. 
En Angleterre, Jacquetta de Luxembourg découvre la cour du roi Henri VI. Le roi est jeune et malléable et la jeune femme comprend rapidement qu’une guerre d’égos l’environne, chacun essayant de placer avantageusement ses pions pour se rapprocher du jeune souverain. Près de lui se trouve un couple dangereux et ambitieux, formé par son oncle, Humphrey de Gloucester et l’épouse de celui-ci, Eleonor Cobham. Accusée de sorcellerie, cette dernière connaîtra une chute aussi rude que flamboyants avaient été ses rêves de grandeur. Jacquetta qui elle-même a pratiqué la voyance pour le comte de son premier époux comprend soudain qu’elle est une femme comme Eleonor et que l’on pourrait un jour l’accuser : c’est ce qui arrivera en 1469…mais en attendant, Jacquetta se trouve protégée par son amitié pour la reine. Henri VI épouse en 1445 Marguerite d’Anjou, la fille du « Roi René ». Jacquetta devient sa dame de compagnie favorite, présente à tous les moments de sa vie. Isolée en Angleterre, Marguerite se rapproche d’elle et Jacquetta ne pourra, dans les années qui suivent, que constater la course à l’abîme du jeune couple royal : sans enfant, la reine s’amourache de nobles anglais qu’elle comble de faveurs et tente de manipuler son époux, beaucoup trop faible d’esprit. Quand Marguerite d’Anjou tombe enceinte, peu de temps avant la défaite de Castillon en 1453, les rumeurs vont bon train et on accuse le favori de la reine, le duc de Somerset, d’être le père de l’enfant à naître. Avant la naissance du bébé, le roi sombre dans une profonde crise de mélancolie. C’est la première manifestation d’une maladie mentale qui conduira à sa déposition, plusieurs années plus tard, alors que la Guerre des Deux-Roses fait rage, déchirant les Lancastre et les York. Pour Marguerite d’Anjou, une descente aux enfers commence. Seule, détestée du peuple anglais, mère d’un prince dont on remet en cause la légitimité, elle va prendre une série de décisions désastreuses qui vont conduire aux premières batailles de la Guerre des Deux-Roses, conflit civil d’une rare violence qui ne prendra fin qu’avec l’avènement d’Henri Tudor au trône d’Angleterre en 1485. Jacquetta se trouve aux premières loges de ce conflit naissant, voyant son mari puis son fils aîné risquer leur vie pour un roi perdu dans les limbes de son esprit malade et une reine qui ne le mérite plus…

Dessin du XVIIe siècle, signé Pierre Paul Rubens et étiqueté Jacquetta de Luxembourg


La dame des rivières est un roman historique de la reine du genre, Philippa Gregory, connue pour ses séries sur les Tudors et les reines et femmes oubliées de l’époque de la Guerre des Deux-Roses…après Anne Boleyn, Anne de Clèves, les sœurs Grey, Catherine d’Aragon ou bien encore Margaret de Salisbury et les filles du comte de Warwick (Anne et Cécile Neville), Philippa Gregory s’est donc intéressée à la figure de Jacquetta Woodville, arrière-grand-mère du roi Henri VIII. En réalité, c’est en travaillant sur un précédent roman consacré à Elizabeth Woodville que l’autrice a découvert la personnalité hors du commun de sa mère, nimbée d’une aura mystérieuse du fait de cette légende associant la famille de Luxembourg à Mélusine, la fée médiévale à queue de serpent. Curieusement, elle avait été oubliée, autant en France qu’en Angleterre et, même si c’est romancé, l’autrice redonne ici une voix à cette femme du XVe siècle, témoin privilégié d’une période riche, passionnante mais aussi violente et pleine d’incertitudes. 
Les derniers romans de Philippa Gregory que j’avais pu lire m’avaient semblé quelque peu redondants : c’est un reproche que je peux faire à La princesse blanche (le roman consacré à Bessie d’York, la mère d’Henri VIII et petite-fille de Jacquetta) mais aussi dans La malédiction du roi, biographie romancée de Margaret de Salisbury : j’avais eu l’impression que ces romans finissaient par tourner en rond, avec des scènes assez similaires dans leurs descriptions et même si j’avais pu passer au-dessus et apprécier ma lecture de ces romans, malgré tout, je n’avais pu m’empêcher de déplorer ces petites maladresses. Quant au roman La reine clandestine, celui consacré à Elizabeth Woodville, j’avais trouvé que l’aspect magique de l’intrigue était trop présent et prenait un peu trop le pas sur l’aspect historique et j’avais trouvé ça un peu dommage. 
Par chance, je n’ai pas retrouvé cela dans La dame des rivières, même si le début ne m’a pas grandement passionnée. J’ai vraiment commencé à m’intéresser à Jacquetta à partir du moment où elle devient une dame anglaise, après son mariage avec Richard Woodville. J’ai aimé découvrir à travers elle le contexte de la Guerre des Deux-Roses et surtout, la succession d’événements et de mauvaises décisions qui amenèrent à ce conflit fratricide entre deux branches de la famille royale anglaise. 
En comblant les lacunes de l’Histoire, le roman redonne teneur et relief au personnage de Jacquetta. Et sa vie est un roman, c’est le moins qu’on puisse dire
Je déplore quelques coquilles et deux ou trois anachronismes (du maïs en Angleterre avant 1492 ?) mais globalement j’ai passé un bon moment de lecture après des chapitres initiaux qui m’ont, soyons honnêtes, un peu barbée. Ce XVe siècle dangereux et plein d’incertitudes revit sous nos yeux et les événements se succèdent à une vitesse folle, tout comme la roue de la fortune tourne avec force, broyant les êtres, à commencer par le couple royal anglais emporté dans la tourmente. 
A côté de cela, on suit l’émancipation d’une femme forte, au caractère bien trempé, à une époque où cela ne va pas de soi. Une femme amoureuse et une mère, mais qui fera toujours ses propres choix ce qui, déjà, était un exploit. 

L'actrice Janet McTeer incarne Jacquetta de Luxembourg dans la série The White Queen

En Bref :

Les + : rythmé et agréable à lire, ce roman retrace, à travers le regard de la dame de compagnie de la reine Marguerite d'Anjou, Jacquetta Woodville, le contexte qui amena l'Angleterre à sombrer dans la guerre civile.
Les - : un début un peu laborieux et pas franchement palpitant. Quelques anachronismes, c'est un peu dommage.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

Envie de découvrir d'autres romans de Philippa Gregory ? C'est par ici : 

- La Reine clandestine

- La Princesse blanche 

- La Princesse d'Aragon

- Reines de Sang

- La dernière reine

- La fille du faiseur de rois

- La malédiction du roi

 

 

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M
J'aime tellement cette autrice et ses œuvres qui redonnent voix aux femmes d'Angleterre ! Celui-ci est évidemment dans ma PAL ! ^^<br /> J'ai aussi les romans de Alison Weir à découvrir dans le même genre.
Répondre
A
J'aime aussi beaucoup Philippa Gregory même si certains de ses romans m'ont un peu " déçue " dans le sens où je leur ai trouvé quelques faiblesses : c'est le cas de La Princesse Blanche ou La Malédiction du Roi, qui m'ont semblé à la longue un peu répétitifs, redondants. J'avais un peu peur de retrouver ça dans La dame des rivières qui est un bon pavé en plus. :D Mais finalement, ça n'est pas le cas du tout et c'était une lecture assez agréable, qui m'a rappelé les premiers romans de Gregory, comme Deux sœurs pour un roi. <br /> <br /> Comme tu le dis, l'autrice redonne vie à ces femmes qui ont marqué l'Angleterre des XVe et XVIe siècles et c'est tout à son honneur. En parallèle, je découvre aussi les romans d'Alison Weir, que je ne connaissais pas avant de lire Lady Elizabeth en 2022 et je dois dire que j'aime bien aussi. C'est différent, mais captivant également. :)