2 Juillet 2025
« J'avais l'exemple des innombrables femmes qui m'avaient précédée pour me guider : les oeuvres de charité et de soutien aux abbayes et aux couvents, aux pauvres et aux déchus, étaient la prérogative des femmes privilégiées comme moi. Mon éducation m'avait préparée à ces tâches dès l'enfance. Mes soeurs et moi avions appris que notre pouvoir devrait être limité par notre sexe, que nous ne gouvernerions pas mais que, plutôt, nous prendrions soin de nos époux et de leurs sujets d'une manière qui ne serait ni envahissante ni compromettante. Nous planterions des jardins, pas des monuments ; nous laisserions derrière nous des échos, pas des légendes. »
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Publié en 2008 aux Etats-Unis
En 2023 en France (pour la présente édition)
Titre original : The Last Queen
Editions Hauteville
547 pages
Résumé :
Si je ferme les yeux, je peux sentir la fumée et le jasmin, le feu et la rose ; je peux voir les murs de mon palais adoré. C'est là que tout a commencé, à la chute de Grenade. Et donc ce soir, je vais témoigner du passé. Je vais coucher sur le papier tout ce que j'ai vu et vécu, tout ce que j'ai fait, tous les secrets que j'ai gardés. Je vais me souvenir, parce qu'une reine ne peut jamais oublier.
Fille d'Isabel de Castille et de Ferdinand d'Aragon, Juana est une femme gouvernée par ses passions. Son mariage arrangé avec Philippe le Beau commence comme un véritable conte de fées ; ils tombent amoureux au premier regard. Mais lorsque sa propre famille est tragiquement décimée, elle se retrouve, à l'âge de vingt-cinq ans, héritière du trône d'Espagne. Dès lors, Juana est au cœur d'une lutte d'ambitions sans pitié et sera même déclarée folle par les deux hommes de sa vie. Peu importe le prix à payer, Juana est prête à tout pour assurer l'avenir de l'Espagne et sa liberté.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Jeanne a treize ans lorsque ses parents, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, reprennent Grenade au dernier calife d’Espagne, Boabdil. Avec ses sœurs (surtout la petite Catalina, dont elle est proche) et son frère, elle est désormais élevée dans les beautés somptueuses de l’Alhambra, où on lui apprend à être une bonne infante espagnole, dévouée à son pays.
Elle n’a pas vingt ans lorsqu’elle est promise en mariage à l’un des plus prestigieux héritiers d’Europe, à la fin du XVe siècle : Philippe, le comte de Flandre, fils de Maximilien d’Autriche. Par son père, il est issu de la famille de Habsbourg et par sa mère, Marie de Bourgogne, il descend des rois de France. L’union avec la princesse de Castille est donc un mariage des plus avantageux.
En Flandre, Jeanne découvre un pays surprenant et bien différent de ce qu’elle a connu jusqu’ici. Mais le pays est opulent et riche, à sa manière. La jeune infante fait la connaissance de sa belle-sœur, Marguerite – destinée à épouser son frère Juan, en Espagne – puis de celui qui va devenir son époux…celle qui avait quitté l’Espagne à regret pour ce pays inconnu du nord de l’Europe tombe véritablement sous le charme de celui que l’on surnomme Philippe « le Beau ». Leur mariage est une réussite et de nombreuses naissances vont venir couronner cette alliance : en 1500, Jeanne et Philippe deviennent les parents de Charles, un archiduc promis à un brillant destin, sous le nom de Charles Quint…un autre de leur fils, Ferdinand, deviendra empereur du Saint-Empire et est l’ancêtre des Hasbourg de l’époque moderne et de l’époque contemporaine. Quant à l’une de leurs filles, Eléonore, elle sera l’épouse successive du roi de Portugal puis du roi de France François Ier.
Mais la belle harmonie des premières années laisse bientôt place à une mésentente violente : Jeanne a du mal à accepter que son mari aille voir ailleurs et celui-ci ne supporte pas les scènes de sa femme…mais surtout, lorsque la reine Isabelle de Castille meurt, en 1504, faisant de Jeanne son héritière, après la mort de son fils Juan quelques années plus tôt. Jeanne va alors se heurter aux ambitions de son époux, qui veut récupérer le pouvoir en Espagne à son profit, précipitant alors le couple dans une crise irrémédiable. Manipulée, trompée, Jeanne finira par être enfermée contre son gré, en 1509, à Tordesillas. Elle n’en sortira plus jamais, jusqu’à sa mort, en 1555, d’abord abandonnée par son père Ferdinand d’Aragon, mais aussi par son fils Charles Quint.
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Deux panneaux en bois par le maître d'Affligem, représentant Philippe de Hasbourg et son épouse (entre 1495 et 1506)
Les larmes d’une reine était un roman historique que j’attendais de lire depuis un bon moment. Je suis donc ravie de l’avoir fait même si j’ai quelques petits bémols à soulever malgré tout. Globalement, ce n’était pas une mauvaise lecture, bien au contraire : elle est immersive et le style de l’auteur m’a séduite, j’ai trouvé que la narration était fluide, agréable à suivre. Le fait que le récit soit écrit à la première personne nous rapproche de Jeanne même si, au fond, elle n’est pas si attachante que cela. Je crois que j’avais ressenti plus d’empathie pour elle à la lecture du roman Un amour fou, de Catherine Hermary-Vieille, une autre biographie romancée de la malheureuse reine de Castille. Pour autant, le roman de C.W Gortner est intéressant car il a le mérite de redonner une voix et du relief à un personnage probablement injustement oublié par l’Histoire.
Qui était réellement Jeanne ? Une femme trompée et manipulée, accusée à tort de folie par les hommes de sa famille puis abandonné par eux, comme l’avance C.W Gortner dans son roman ? Ou bien souffrait-elle réellement d’une affection mentale, impossible à diagnostiquer et à soigner à l’époque ? Peut-être faut-il être plus nuancé et se placer entre ces deux versions ?
Après un début assez fluide et intéressant, qui nous emmène des sierras grandioses de l’Espagne jusqu’aux pâturages verts et opulents des Flandres et dans les riches palais des Habsbourg, après les beautés mauresques de l’Andalousie, j’ai trouvé que le roman atteignait une sorte de palier qu’il m’a été difficile de passer car j’ai senti mon intérêt s’émousser un peu, malheureusement. Je déplore aussi une fin un peu expédiée après ses longueurs, ce qui est dommage. Quant aux partis-pris de l’auteur, ils ne m’ont pas tous convaincue mais ils sont expliqués en fin de volume et pour cela, je dirais que je les comprends, même si je ne les partage pas forcément.
En somme, ce roman est une bonne fiction historique, qui en utilise habilement les codes, mélangeant faits historiques avérés et d’autres issus de l’imagination de l’auteur mais suffisamment cohérents pour être plausibles.
Si vous aimez les romans historiques immersifs et un peu dépaysants, Les larmes d’une reine est sans doute fait pour vous.
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Portrait de la reine Jeanne Ière de Castille
En Bref :
Les + : un bon roman historique qui a le mérite de redonner de la voix et du relief à une femme oubliée de l'Histoire : Jeanne de Castille, fille des Rois Catholiques et mère de Charles Quint. Le destin de Jeanne, comme celui de sa sœur Catherine, a été rien moins que malheureux.
Les - : des longueurs, avant une fin un peu expédiée, dommage. Quelques parti-pris qui ne m'ont pas convaincue mais qui sont expliqués par l'auteur en fin d'ouvrage.
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