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Le salon des précieuses

Nos mondes perdus ; Marion Montaigne

« Parmi les milliers et milliers de créatures disparues, les dinos sont juste celles de l'extinction préférée des humains. Faut dire, c'est plus facile de projeter toute son agressivité dans des dinos que dans des trilobites de l'ère primaire. Et rien ne dit que l'extinction de l'humain sera la préférée de la prochaine espèce intelligente. En somme, la vie est très vulnérable. Toutes les vies. Mais bizarrement, y a une espèce pour qui c'est insupportable. »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 2023

Éditions Dargaud 

208 pages 

Résumé :

Et si les dinosaures, tels qu'ils sont représentés, n'étaient qu'une invention de l'homme ? Comment, à partir de simples fragments d'os trouvés dans la terre, les scientifiques se sont imaginés tour à tour de gros lézards décérébrés, des monstres sanguinaires, jusqu'à des êtres dotés de chair et de plumes ? 

Après Riche, pourquoi pas toi ? et Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne fouille dans le passé des dinosaures et l'histoire des sciences pour tenter de comprendre le rapport qu'entretient l'humanité avec ses origines et l'angoisse existentielle de sa propre finitude...

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Après s'être intéressée à l'aventure spatiale de Thomas Pesquet (Dans la combi de Thomas Pesquet), l'autrice de bandes-dessinées de vulgarisation scientifique Marion Montaigne consacre cet album aux dinosaures. Quel enfant n'a pas été fasciné, effrayé voire les deux à la fois par ces grosses bêtes disparues, qui vivaient il y a des millions d'années, à une époque où la terre ressemblait à un autre monde ? 
Marion Montaigne commence à s'intéresser aux dinosaures alors qu'elle a 13 ans : nous sommes en 1993 et le film Jurassic Park vient de sortir dans les salles. Il fascine autant qu'il traumatise l'adolescente qu'elle est alors et de ce choc va naître une véritable passion pour les fossiles, la science de manière plus large et le dessin anatomique. Mais pour la future autrice de Nos mondes perdus, les dinosaures et leur fin font naître en elle des angoisses existentielles et assez universelles : si les dinosaures, ces rois des mers, des terres et des cieux, mesurant plusieurs mètres, pesant plusieurs tonnes ont pu disparaître, alors l'humain est-il voué lui aussi, à plus ou moins long terme, à une extinction totale ? Et quelle place prennent en nous ces angoisses et interrogations existentielles qui semblent, depuis que la science s'est développée à l'époque moderne, animer les humains ? 
De là, plus qu'aux dinosaures, c'est finalement au développement de la paléontologie, de la biologie, depuis Buffon au XVIIIe siècle et jusqu'aux grands scientifiques des XIXe et XXe siècles que l'autrice va s'intéresser dans ce livre
A quoi ressemblaient les dinosaures ? Comment les premiers scientifiques confrontés à des squelettes fragmentaires ou à des fossiles isolés ont-il pu en déduire la taille, la physionomie, la couleur des dinosaures ? Et si tout, finalement, n'était qu'affaire d'imagination ? 

Planche dans laquelle l'autrice raconte la naissance de sa profonde fascination pour les dinosaures et leur monde disparu


A travers des personnages féminins comme Mary Anning (découvreuse au début du XIXe siècle d'un squelette incroyablement bien conservé d'ichtyosaure dans les falaises de Lyme Regis, au sud de l'Angleterre) ou Mary Mantell (la vraie découvreuse de l'iguanodon, dépouillée de sa découverte au profit de son époux Gideon Mantell, scientifique amateur passionné par la paléontologie et les dinosaures), l'autrice aborde un pan sombre de l'historiographie : l'invisibilisation des femmes dans les grandes avancées historiques, sociales ou scientifiques. 
Nos mondes perdus a beau être une BD pleine d'humour, elle n'en reste pas moins solidement appuyée par une riche bibliographie et par de nombreuses recherches. Le contenu est plaisant car on découvre non seulement comme les sciences se sont développées et comment des idées qui, aujourd'hui, nous semblent totalement admises et évidentes, ne l'étaient pas il y a encore 250 ans. Pouvons-nous imaginer que, lorsque Buffon déduit de ses recherches que les os immenses que l'on découvre et qu'on ne peut attribuer à aucune espèce vivante pourraient appartenir à des espèces disparues il y a des millions d'années, il provoque un véritable tollé ? En effet, au XVIIIe siècle, malgré l'essor de l'intellect, du savoir et des sciences, la société est encore fortement empreinte de religion et de traditions chrétiennes et il est impossible d'envisager que la création du monde telle qu'elle est véhiculée par l'Eglise soit remise en cause. Nous découvrons aussi les grandes avancées, parfois fortuites, qui ont permis à la paléontologie de se développer. 
Le contenu très riche m'a permis de passer outre le dessin qui, lui, m'a carrément moins séduite. C'est quelque chose qui me fait toujours un peu peur avec les romans graphiques mais je me suis aperçue que, pour peu que le contenu soit intéressant et suffisamment pertinent, j'arrive facilement à composer avec un graphisme qui me plaît moins. 
J'ai passé un bon moment avec cette lecture marrante et enrichissante tout à la fois, qui convoque les vieilles passions d'enfance et qui est bourrée de références actuelles, ce qui donne à Nos mondes perdus un petit côté anachronique et décalé très sympa. 

Références modernes et anachronismes assumés émaillent la BD

En Bref :

Les + : un roman graphique enrichissant et très drôle, accessible et bien documenté.
Les - : le graphisme ne m'a pas forcément séduite.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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L
Je suis très intéressée par ce livre pour les questions qu'il pose, découvrir les femmes de l'ombre qui ont permis des avancées sur la connaissance des dinosaures (et parce que j'ai revu presque tous les Jurassic Park il y a quelques mois ah ah...). En revanche, comme toi, je ne suis pas particulièrement attirée par les dessins mais à voir !
Répondre
A
J'avoue que je n'aurais certainement pas acheté le livre si je l'avais croisé en librairie parce que le graphisme ne me plaît pas du tout. Mais une amie, qui avait lu aussi Dans la combi de Thomas Pesquet et l'avait trouvé très bien pensé, s'est procuré celui-ci et me l'a passé après l'avoir lu. Je ne regrette pas du tout ! Le ton, décalé (il y a souvent des anachronismes mais c'est très bien trouvé) et en même temps sérieux, les recherches documentées de l'autrice, m'ont permis de passer au-dessus mon premier a priori. 😉 Je ne peux pas te le déconseiller, surtout si tu as revu dernièrement tous les Jurassic Park. Tu vas peut-être développer une passion comme Marion Montaigne, pour les dinosaures, sait-on jamais ! 😅