22 Juillet 2025
« L'exercice du pouvoir est un chemin escarpé : entre le sentier de la gloire et la glissade tragique, il n'y a qu'un pas. »
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Publié en 2022
Editions de La Martinière
354 pages
Septième tome de la saga Au service secret de Marie-Antoinette
Résumé :
Derrière son éventail et ses hautes coiffes, Marie-Antoinette gère aussi les affaires sensibles du royaume. Quand un certain chevalier d'Éon se présente à la Cour, Sa Majesté tombe sous le charme de ce curieux diplomate qui a pour habitude de revêtir des habits féminins. Mais voilà que le chevalier est accusé de meurtre. Et la Reine a horreur des injustices ! Persuadée de son innocence, elle ordonne à Rose et Léonard, ses fidèles détectives, de l'aider à échapper à la police royale. Réussiront-ils à démasquer le véritable meurtrier ?
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Alors que Louis XVI et ses ministres doivent gérer les problèmes financiers du royaume et la guerre d’indépendance américaine, Marie-Antoinette continue de chapeauter son cabinet noir, entre deux moutons frisés et deux plans de son futur hameau de fermière.
Stupeur à la Cour, voilà que revient en France le chevalier d’Éon, célèbre espion au service de Louis XV. Ce dernier a coutume, dans ses missions, de porter des vêtements féminins, à tel point que des spéculations sur son sexe commencent à naître, à Versailles comme à Paris. Le chevalier d’Éon est-il un homme grimé ou bien une chevalière particulièrement intrépide ?
Mais le ciel ne semble pas être du côté du chevalier car, fraîchement revenu à Paris, les cadavres s’amoncèlent sur son passage et tout l’accuse d’avoir envoyé ad patres les pauvres victimes ! Et, quand une correspondance secrète avec le roi disparaît à son tour, ainsi qu’un infâme libelle rédigé par son secrétaire et qui éclabousse la reine de France d’insultes et de scandale, la situation du chevalier se corse. Va-t-il devoir repartir pour Londres ?
C’est sans compter sur Marie-Antoinette qui s’est prise d’affection pour cette chevalière, qu’elle estime injustement persécutée : pour elle, d’Éon est une vraie femme et à ce titre, la reine de France lui offre sa protection et l’aide de ses deux limiers, Rose Bertin et Léonard Autier, pour résoudre cette affaire des plus embrouillées.
On retrouve donc une septième fois Rose et Bertin, le duo au service de la reine de France, aussi assorti qu’une carpe et un lapin et qui s’entendent…comme chien et chat, pour filer la métaphore animalière !
Rose est la modiste de la reine, celle qui fit de Marie-Antoinette une véritable égérie des modes et s’exposa aux critiques des contemporains qui l’accusaient de faire dilapider des sommes folles à la reine. Léonard est le coiffeur attitré de la reine, qui popularisa notamment les coiffures extravagantes du début du règne de Louis XVI et Marie-Antoinette, comme les « poufs », ces coiffures à thème sur lesquelles on pouvait retrouver des figurines d’animaux, des fleurs, des fruits et même des maquettes de bateau ou encore, des seringues quand Louis XVI prit la décision de se faire inoculer, ainsi que ses frères, afin de se prémunir de la variole qui venait d’emporter leur grand-père !
Le XVIIIe siècle de Frédéric Lenormand est frais, pétillant, léger, rose bonbon et légèrement désopilant. Jeux de mots et humour décomplexé apportent sans nul doute un petit truc en plus à cette série qui n’est comparable avec aucune autre série de cosy mystery.
Loin de la gravité qui marque la fin du règne de Louis XVI, avec la Révolution, la guerre et l’exécution du roi et de la reine, nous sommes ici encore bien avant les premiers troubles politiques de la fin des années 1780. Marie-Antoinette est encore une reine légère et un peu futile, qui se pique de jouer à la fermière, à la bergère dans son futur hameau de Trianon. Mais des libelles insultants ont commencé à faire leur apparition, comme un nuage d’orage dans un ciel d’été et nous rappellent que l’Histoire, la vraie, est bien loin de ce tableau idyllique et comique où chacun – mais gentiment – en prend pour son grade.
Dans ce septième tome, après la rougeole de Marie-Antoinette, les démêlés de Necker avec les autres ministres du roi ou encore, la visite de Joseph II à Paris et à Versailles, Frédéric Lenormand s’attaque à une autre figure de ce XVIIIe siècle français si passionnant : le chevalier d’Éon.
Né en 1728, Charles d’Éon de Beaumont est originaire de Tonnerre en Bourgogne. Mort en 1810, il s’illustre dans une carrière de diplomate et d’espion. Mais il est aussi officier et homme de lettres. Le chevalier d’Éon a joué un rôle important dans la diplomatie officielle du royaume mais aussi dans la diplomatie parallèle, par le biais du Cabinet Noir de Louis XV, qui sera dissous par Louis XVI. Ainsi, d’Éon a contribué à faire basculer la Russie des Romanov dans le camp français, au début de la guerre de Sept Ans. Lors de ses missions en Angleterre, où les premières spéculations sur son sexe sont apparues, il a notamment élaboré un plan d’invasion du pays par la mer.
Son travestissement a contribué à faire de lui un des personnages les plus énigmatiques et en même temps, les plus représentatifs du XVIIIe siècle : vêtu en homme pendant quarante-neuf ans puis en femme pendant trente-deux, jusqu’à sa mort, il a, non sans raison, fait spéculer ses contemporains sur son sexe. Aujourd’hui, l’idée que d’Éon était bien un homme grimé en femme fait consensus chez les historiens, notamment car le rapport d’autopsie de 1810 atteste du sexe masculin du chevalier.
Dans le roman, cette équivoque, cette ambiguïté sur le sexe du chevalier est source de pas mal de situations assez cocasses, notamment lorsque d’Éon, oubliant son costume féminin, reprend de vieilles habitudes de militaire !
Le style de Lenormand peut être mordant, corrosif, mais c’est toujours bien dosé. Encore une fois, j’ai passé un bon moment et j’ai beaucoup ri. J’avais déjà beaucoup aimé sa série Voltaire mène l’enquête, truculente et haute en couleur. Au service secret de Marie-Antoinette m’a tout autant séduite ! Il reste encore trois tomes, que je vais savourer comme il se doit.
En Bref :
Les + : le XVIIIe siècle de Lenormand est toujours frais, léger, pétillant...cette série ne me déçoit pas, je passe toujours un bon moment en compagnie de Rose et Léonard. Frédéric Lenormand nous offre des enquêtes désopilantes mais toujours bien documentées, c'est un gros point fort de cette série de cosy mystery. Mention spéciale, dans ce tome, au chevalier d'Éon, qui m'a fait beaucoup rire !
Les - : pas de points négatifs à soulever, je passe toujours un bon moment avec cette série légère, mais basée sur de solides recherches historiques et des sources d'époque.
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