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Le salon des précieuses

Emma ; Jane Austen

 « Ma parole, Emma, à vous entendre ainsi déraisonner, j'en viendrais presque à vous croire. Il vaudrait mieux que vous soyez dépourvue d'intelligence plutôt que d'en faire un si mauvais usage. »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 1996

Date de publication originale : 1815

Titre original : Emma

Editions 10/18 (collection Domaine étranger)

573 pages 

 

Résumé :

 « Emma est la plus française des héroïnes de Jane Austen (1775-1817), qui, à juste titre, craignait que personne ne puisse l'aimer. Elle est en effet aussi peu anglaise qu'une jeune fille intelligente, élégante, ironique et soucieuse des formes peut se permettre d'être. Emma aime l'intrigue et ignore la passion, elle est romanesque. Mais, à la différence de Marianne ou de Catherine, héroïnes respectives de Raison et sentiments et de Northanger Abbey, elle est romanesque intellectuellement et non émotivement. Et c'est en cela qu'elle est la rivale de son auteur. »

Ginevra Bompiani

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

A l'instar de Persuasion, Emma est souvent considéré comme l'une des productions les plus abouties de Jane Austen. Publié anonymement à la fin de l'année 1815, il fait aussi partie des derniers écrits de l'autrice, qui meurt prématurément en juillet 1817, un an et demi plus tard. 
Emma est une coomédie de mœurs mais aussi roman d'apprentissage dans laquelle Jane Austen dépeint, comme à son habitude, la société provinciale anglaise de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, sous la Régence. Encore une fois, elle le fait avec beaucoup de lucidité, d'humour et d'ironie. 
L'héroïne du roman est Emma Woodhouse, une jeune femme de la bonne société. Quand le roman s'ouvre, Emma a vingt-et-un ans. Orpheline de mère depuis de nombreuses années, elle vit à Hartfield, le domaine familial, avec son père malade (ou plutôt devrait-on dire hypocondriaque et qui voit dans les membres de son entourage avant tout de potentiels malades qu'il faut préserver des épidémies). 
Vive, intelligente, sûre d'elle, Emma a surtout une haute opinion de son rang social, dont elle s'enorgueillit, se montrant ainsi plutôt vaniteuse. Elle a d'ailleurs pris en amitié une jeune fille, Harriet Smith, d'un rang social inférieur et au caractère malléable. Douce, timide et influençable, Harriet se trouve très vite sous la coupe de son amie qui, convaincue de ses talents d'entremetteuse, se met en tête de marier sa jeune amie...ce qui est plutôt paradoxal quand on sait qu'Emma ne veut pas entendre parler du mariage pour elle-même. 
Très vite, Emma se met en tête d'unir Harriet au vicaire de la paroisse d'Highbury, Mr. Elton tandis qu'Harriet a été demandée en mariage par un jeune fermier du coin. D'origine modeste, celui-ci se voit repoussé par Emma, qui persuade la naïve Harriet de refuser sa demande. A force de persuasion, Emma parvient à lui faire croire aux sentiments de Mr. Elton pour elle et Harriet tombe sous son charme. Mais l'entremetteuse va bien vite déchanter quand elle se rend compte qu'Harriet n'est en aucun cas l'objet des douces attentions de Mr. Elton. 
En somme, il n'y a qu'Emma pour se croire douée dans son rôle de marieuse : ses tentatives se soldent bien souvent par des fiascos et des situations plus que cocasses, montrant bien son manque de jugement en la matière. 

En 2009, pour la BBC, Romola Garai campe une Emma Woodhouse espiègle et pétillante
 

Lorsqu'elle se livre à de telles manipulations, Emma suscite la colère et l'exaspération de son vieil ami Mr. Knightley, maître de Donwell Abbey et dont le frère a épousé Isabelle, la soeur aînée d'Emma. Plus âgé qu'Emma, Mr. Knigthley la canalise et l'arrête, souvent bien malgré elle, avant qu'elle ne commette le faux-pas de trop. 
Mais quand Emma tombe sous le charme d'un jeune homme fraîchement arrivé à Highbury et que celui-ci semble lui faire une cour appuyée, la jeune femme sera seule pour prendre, cette fois, la bonne décision la concernant. Y parviendra-t-elle ? 
Comme à son habitude, Jane Austen nous livre une chronique caustique d'une petite bourgade anglaise à l'époque géorgienne. De nombreux personnages s'y mêlent, d'Emma en passant par Mr. Knightley, Mr. Elton et son insupportable épouse, Jane Fairfax et sa tante, la volubile et un peu sotte Miss Bates. 
Encore une fois, Emma est une variation sur le mariage, un moyen aussi pour l'autrice de se pencher sur la condition féminine de son temps : le mariage est décidément un thème central d'une autrice qui ne s'est pas mariée (quant à savoir si cela, dans son cas était voulu comme pour Emma, nous n'avancerons aucune hypothèse).  A l'époque, le mariage est bien souvent le seul avenir pour une femme, car il lui assure une existence sociale et surtout, une subsistance économique, à une époque où les femmes ne sont pas indépendantes en dehors du cercle familial ou du mariage. Pourtant, Emma est en cela une jeune femme émancipée, suffisamment aisée pour ne pas vouloir se marier pour des raisons financières. La jeune femme a en effet fait le choix de ne pas quitter son père et joue le rôle de maîtresse de maison à Hartfield, depuis que sa soeur Isabelle est mariée et mère de famille. Dans Emma, Jane Austen explore donc les différentes facettes du mariage au début du XIXe siècle, qu'il soit motivé par des sentiments, par intérêt ou par convenance. 
Emma est aussi, peut-être plus encore que ses autres écrits, un véritable roman d'apprentissage, tant la jeune héroïne du début du récit est différente de celle que nous quittons, deux ans plus tard et sur le point de prendre l'une des plus importantes décisions de sa vie. 
Emma, très jeune encore, se trompe et se fourvoie. Elle projette sur les autres ses propres aspirations, n'hésitant pas à les manipuler, comme Harriet, au risque de briser le cœur de la jeune femme dont elle se prétend l'amie. Mais, à la fin, aidée en cela par Mr. Knightley qui joue en quelque sorte auprès d'elle le rôle de mentor, elle gagne en maturité et en humilité, devant plus nuancée, plus attentive aux autres
Le roman n'est pas forcément facile d'accès et pas exempt de longueurs. Alors qu'il y a plus de rebondissements dans Orgueil et Préjugés par exemple, ici l'autrice nous propose surtout la chronique quotidienne d'une petite village de l'Angleterre rurale du début du XIXe siècle, Highbury. Cela lui permet d'ailleurs de se livrer à un exercice dans lequel elle est plutôt douée, la critique sociale, Jane Austen dépeignant avec causticité la vie d'une petite communauté de province, où tout le monde se connaît et où les codes sociaux, les préjugés qui en découlent et le rang ont une grande importance. 
En réalité, il faut persévérer, aller jusqu'au bout car les derniers chapitres apportent une saveur particulière et un éclairage bienvenu. En cela, le roman est très habile et beaucoup moins lisse que Raison et Sentiments par exemple. La complexité, le relief de l'héroïne, malgré ses travers et ses défauts qui peuvent la rendre antiphatique, sont aussi un bon exemple de l'évolution de l'écriture et de l'imaginaire de Jane Austen qui, en évoluant toujours dans le même registre, parvient malgré tout à se renouveler sans cesse

En Bref :

Les + : Emma est un personnage assez agaçant au début du roman, mais j'ai apprécié de suivre son évolution tout au long du roman et la bonne influence qu'exerce sur elle Mr Knightley.
Les - : quelques longueurs.

 Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

  • En 2025 je relis Jane Austen ! Vous retrouverez ici mes avis sur : 

- Raison et Sentiments

- Persuasion

- Orgueil et Préjugés

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Commenter cet article
L
Ouh la la c'est l'un des derniers romans de Jane Austen que je n'ai pas encore découvert mais il me tarde de le faire ! Tu m'as vraiment donné envie de découvrir un peu plus la personnalité d'Emma et de savoir si ça se finit bien pour son amie Harriet...
Répondre
A
Oh oui, il faut le lire. 😄 Pour le moment, celui que j'ai préféré est Persuasion mais on ressent bien que, comme celui-ci, Emma est un roman de la maturité. Et c'est peut-être aussi l'un des plus personnels car Emma est un peu le pendant littéraire (avec quelques divergences cependant) de son autrice : leur attrait pour le mariage, notamment, est un beau point commun entre les deux. 🤭Mais là où Jane Austen s'en tire avec brio, c'est un peu plus compliqué pour Emma. J'ai aussi beaucoup aimé l'aspect roman d'apprentissage d'Emma, beaucoup plus présent que dans Persuasion ou Orgueil et Préjugés. <br /> <br /> Bref, je ne peux que te le recommander et j'espère que tu aimeras ! Je ne l'ai pas trouvé forcément très accessible au départ mais il faut persévérer, ça vaut le coup.