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Le salon des précieuses

Les filles de Salem : comment nous avons condamné nos enfants ; Thomas Gilbert

  « Quel enfer ? Celui de ne pouvoir marcher la tête haute ? L'enfer d'être jugée pour ce que je ne suis pas ? L'enfer d'être née femme à Salem ? Mais j'y suis déjà, en enfer ! L'enfer, c'est ce village hypocrite ! Jamais je ne m'excuserai pour avoir bafoué votre morale absurde ! »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 2018

Editions Dargaud

200 pages 

Résumé :

Je me nomme Abigail Hobbs. J'ai quatorze ans. J'habite avec mes parents à Salem Village. J'ai vécu une enfance heureuse, à l'abri des soucis. Oui, pas le moindre nuage à l'horizon. Puis il y eut ce jour fatidique. J'étais dans ma treizième année. Je m'en souviens précisément...Le jour où tout a commencé...

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

A la fin du XVIIe siècle, Salem est une petite communauté rurale, comme il y en a beaucoup en Nouvelle-Angleterre. La vie des habitants s'organise autour des activités commerciales et agricoles qui les font vivre et la mainmise de la religion est rigoureuse et implacable. 
Abigail Hobbs est une jeune habitante du village. Elle est d'ailleurs l'amie de la fille du pasteur, Betty Parris. Les deux jeunes filles se retrouvent souvent chez l'une ou chez l'autre, lorsque leurs tâches quotidiennes leur en laissent le loisir. Chez les Parris, les adolescentes fréquentent l'esclave amérindienne Tituba, qui partage avec elle des connaissances de sa culture d'origine, notamment la maîtrise des plantes, qui peuvent guérir ou tuer. 
Abigail a treize ans lorsque sa vie bascule : elle a atteint un état intermédiaire entre l'enfance et l'âge adulte et désormais, doit se comporter avec prudence, notamment envers les hommes, dont le regard change. Abigail comprend que, quand on est une femme, on doit toujours rester à sa place et ne pas dévier. 
Mais la jeune fille est une rêveuse, elle aime découvrir les environs de Salem et se promener dans la campagne et dans les bois, où elle découvre les beautés encore vierges d'une nature grandiose : là, elle fait la connaissance d'un homme mystérieux, au visage peint en noir, dont elle ne comprend pas la langue. Cet homme est issu d'une peuplade de natifs installés non loin. Abigail prend vite plaisir à le rencontrer et emmène même avec elle Betty, puis les deux jeunes filles se font accompagner de Tituba, qui comprend la langue du mystérieux jeune homme. 
Sans qu'elles le sachent, l'étau est en train de se refermer sur elles, l'une des plus grandes affaires de sorcellerie de tous les temps est en train de se mettre en place. Et tandis qu'Abigail et Betty s'amusent à prédire l'avenir en pratiquant la divination, des événements étranges surviennent à Salem : de mauvaises récoltes, des animaux qui naissent avec des malformations...en cette fin du XVIIe siècle, la vie dans les communautés de Nouvelle-Angleterre est hostile et rude ; les Européens doivent s'implanter dans des territoires qui ne sont pas les leurs et cohabiter avec les autochtones. 
Amenée par le pasteur rigoriste Samuel Parris, le père de Betty, la communauté sombre dans une psychose mystique : on dit que le diable rôde dans Salem et, quand un vieil homme avoue avoir vu dans la forêt certaines femmes du village organiser un sabbat autour d'un grand bouc noir, c'en est fait d'elles. 
La folie se propage autour de Boston, dans les villages d'Andover, Amesbury, Salisbury, Haverhill, Topsfield, Ipswich, Rowley, Gloucester ou encore, Manchester. Des histoires de sorcellerie, de sabbats, de commerce diabolique contaminent les esprits, qui sombrent dans la terreur. 


Les communes de Salem (Salem Village et le port de Salem Town, voisin) seront l'épicentre d'une grande affaire qui, par son retentissement, reste peut-être le procès en sorcellerie le plus connu de l'histoire. On peut le rapprocher de ceux qui eurent lieu, à la même époque ou avant, en Europe : les procès du Labourd en France et de Zuggaramurdi en Espagne au début du XVIIe siècle, les sorcières de Pendle en Angleterre, les procès du Valais, à la fin du Moyen Âge... Mais Salem, dans notre histoire collective, garde une aura étrange. Lorsqu'on pense aux procès en sorcellerie, c'est souvent à celui-ci que l'on pense. 
Historiquement, le drame commence dans l'hiver 1691/1692, après que deux jeunes filles de Salem, Betty Parris et sa cousine Abigail Williams ont commencé à agir étrangement : à cette époque, on a tôt fait de conclure à des cas de possession. Alors, on cherche un coupable. A Salem, les trois premières femmes arrêtées et accusées sont Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba, l'esclave barbadienne des Parris (héroïne du roman Moi, Tituba sorcière de Maryse Condé). Sarah Good est une femme simple, vivant de la charité et considérée avec méfiance par la communauté de Salem. Sarah Osborne est âgée mais marquée par la réprobation générale, car elle serait parvenue, plus jeune, à capter l'héritage des enfants de son premier époux pour en faire bénéficier son second époux. Quant à Tituba, elle est une esclave d'origine indienne : de là à dire qu'elle est la coupable idéale, il n'y a qu'un pas. 
Les filles de Salem : comment nous avons condamné nos enfants est une fiction et, en cela, l'auteur a pris quelques libertés pour raconter le procès, mais cela fonctionne très bien. Abigail Williams, par exemple, est absente du récit et c'est la jeune Abigail Hobbs qui devient l'héroïne principale du récit, bientôt prise dans une tourmente qui la dépasse et qu'elle ne comprend pas. La jeune fille passe en effet d'une existence simple, assez modeste mais heureuse avec ses parents, à l'enfer des accusations et de la prison. 
J'avais un peu peur de me lancer dans cette lecture car les dessins sont assez sombres, ennivrants parfois, plus inquiétants bien souvent. Mais ils sont parfaitement adaptés au récit : on suit en effet une narration en clair-obscur, dans un village bien vite assombri par la peur, les superstitions, la rigueur religieuse. Qui est responsable de cette psychose ? Le diable et les sorcières ou les hommes - à commencer par le révérend Parris - et la religion, portée ici à son comble d'obscurantisme ? Peu à peu, Salem sombre comme un bateau pris dans la tempête, les accusées s'entassent dans les geôles et des juges sont dépêchés auprès d'elles pour essayer de démêler l'écheveau. 
Peut-être parce que le sujet me fascine depuis longtemps, je me suis laissée happer par ce récit : certains dessins sont certes inquiétants mais pas effroyables non plus. J'ai trouvé ce livre vraiment intéressant et il apporte un point de vue assez percutant (et féministe) sur les procès de Salem, peut-être justement parce qu'il est graphique et que nous avons les images sous les yeux. On peine à croire aujourd'hui que ces procès en sorcellerie aient eu lieu et pourtant...
Les sorcières de Salem et ce livre nous confortent au moins dans un sentiment, malheureusement universel et intemporel : c'est que bien souvent, si les hommes sont convaincus du commerce diabolique des femmes, pour ces dernières, le Diable a quant à lui le visage, ô combien dangereux, d'un homme ordinaire

En Bref :

Les + : une lecture particulière, avec des dessins assez sombres mais qui collent parfaitement à l'ambiance du roman graphique. C'est poisseux, angoissant, sans être sordide ou glauque, ce que je craignais au départ. Une belle BD sur les femmes de Salem, sacrifiées à la superstition, à la rigueur religieuse et à la misogynie.
Les - : pas vraiment de point négatif à soulever. Ce livre plaira, ou pas. Mais il faut se faire son propre avis. 

  Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

- En 2019, je vous proposais un article Halloween spécial, qui parlait justement de l'affaire des sorcières de Salem : 

- Article Intermède Histoire Les Sorcières de Salem

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Z
Je l'ai lu l'an dernier et si j'avais plutôt apprécié l'histoire, je n'avais pas vraiment apprécié le dessin, le trait est assez violent pour moi et sombre mais c'est vrai que cela colle très bien à l'histoire !
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A
Je comprends et j'avais justement peur de ça en le commençant vu que la plupart des avis que j'avais lus pointaient justement ce côté très particulier du roman, cet aspect très sombre et qui pouvait mettre mal à l'aise. L'amie qui me l'a prêté m'avait même dit : " Un conseil, ne le lis pas le soir. " 😱 Et comme je ne suis pas fan de tout ce qui fait peur, en règle générale, j'hésitais un peu. Finalement j'ai été agréablement surprise mais c'est vrai que c'est assez violent. Cela dit, ça colle tout à fait bien à l'ambiance et l'auteur a su montrer parfaitement la violence, tant physique que psychologique que subissaient les victimes des procès en sorcellerie.
L
Je connais évidemment Salem de nom mais sans jamais avoir cherché à approfondir mes connaissances sur le sujet alors cette BD pourrait être un bon moyen d'y remédier !
Répondre
A
L'histoire des sorcières de Salem m'a toujours fascinée, je ne sais pas pourquoi et d'autant plus quand j'ai fait des recherches sur cette affaire pour la rédaction d'un article sur ce même blog il y a quelques années. Cette affaire a eu un tel retentissement dans l'Histoire, contrairement à d'autres...bien évidemment, toutes ces affaires sont tragiques mais j'ai l'impression que Salem a une véritable aura de fascination et de mystères, c'est assez surprenant. <br /> <br /> J'avais un peu peur quand j'ai démarré cette BD parce qu'on m'avait dit qu'elle était assez particulière, mais particulière comment ? J'avais peur que ce soit un peu sordide ou bien que les dessins me mettent mal à l'aise, mais finalement, pas du tout, bien au contraire. L'auteur Thomas Gilbert offre un prisme féministe à cette histoire qu'on croit vraiment connaître et que finalement, on ne connaît pas si bien que ça. L'histoire de ces femmes est tellement malheureuse, on ressent véritablement comment elles ont été broyées par un système patriarcal, misogyne, ultra-religieux...j'ai lu la BD en une après-midi et vraiment, j'en suis ressortie convaincue. 😃