Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le salon des précieuses

Cézembre ; Hélène Gestern

 « Nul ne sait mieux qu'elle piéger sous sa surface, sans coup férir, ce qui l'encombre, expédier des trois-mâts, des chalutiers, des pétroliers par le fond, briser les ailerons des catamarans et happer les navigateurs et les explorateurs ivres d'orgueil. »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 2025

Editions Folio

656 pages 

Résumé :

 « Elle se contente d'ouvrir sur lui ses yeux liquides, ce paysage clair et indéchiffrable dans lequel il lit à la fois tout et rien ; ce regard aussi vaste que le mer, qui, dans son intensité muette, lui fait peur. »

Yann, professeur d'histoire récemment divorcé, quitte Paris pour s'installer à Saint-Malo, dans la demeure de son enfance. C'est ici, face à l'île de Cézembre, que s'est écrit le destin des Kérambrun. Au début du XXe siècle, son aïeul épouse la femme qu'il aime et fonde une compagnie maritime florissante, transmise aux générations suivantes. Mais Yann refusera de marcher dans les pas de son père, un homme dur et taiseux. En fouillant les archives familiales, il découvre l'histoire cachée des siens. Trouvera-t-il la source qui a empoisonné leurs liens et semble les condamner à la solitude ? 

 

Ma Note : ★★★★★★★★★

Mon Avis :

Quel meilleur moyen de terminer l’été qu’avec une lecture qui sent bon l’air iodé et dans laquelle les cris des mouettes sont omniprésents, tout comme la mer, véritable protagoniste de ce récit ? Le roman était aussi un peu mélancolique et contemplatif, idéal pour cette période de l’année un peu entre-deux, entre été finissant et automne naissant.
Cézembre, qui donne son nom au roman, est une petite île au large de Saint-Malo. Au Moyen Âge, l’île est reliée au continent par des prairies où paissent des animaux et des moines s’y sont installés : d’abord lieu de vie d’un ermite, elle accueille un monastère au XVe siècle, qui sera détruit à la fin du XVIIe siècle par une incursion anglaise. L’île a alors une fonction défensive et au XIXe siècle, elle devient une colonie pénitentiaire où les conditions de vie des prisonniers sont particulièrement compliquées. Devenue un lieu de villégiature pendant l’entre-deux guerres, Cézembre redevient une tête de pont militaire pendant la Seconde Guerre Mondiale et accueille une garnison allemande qui la fortifie et y érige des bunkers, défigurant le paysage bucolique de l’île. Au moment de la libération de Saint-Malo, Cézembre subit pendant trois semaines un déluge de bombes, qui la ravagent pour toujours, en faisant une zone extrêmement dangereuse, truffées de munitions non désamorcées et donc interdite au public pendant une longue période après-guerre. Finalement, l’île a été l’objet de nombreuses opérations de déminage et en 2018, un sentier est aménagé sur la moitié ouest de l’île. Après avoir été gérée par la Marine nationale, de 1945 à 2017, elle est aujourd’hui entre les mains du Conservatoire du littoral, qui la protège et la valorise.
Cézembre, c’est ce que voit Yann, tous les matins, depuis les fenêtres de la maison familiale des Couërons, située en front de mer. A quarante-neuf ans, Yann a décidé de quitter Paris, où il a enseigné de nombreuses années l’histoire à la Sorbonne. Dépassé par une vie qui ne lui convient plus, l’ancien professeur choisit de se retirer une année à Saint-Malo, sa ville d’origine, loin du tumulte de la vie parisienne. Là, dans les souvenirs du passé, il espère pouvoir rédiger dans le calme une somme sur la piraterie en Méditerranée à l’époque antique mais c’est finalement l’histoire familiale qui va lui sauter au visage. Par hasard, Yann retrouve dans une pièce de la maison les livres de raison (des registres de comptabilité) tenus par son arrière-grand-père au début du XXe siècle. Octave de Kérambrun était un armateur prospère et c’est lui qui a fait construire la maison des Couërons. Très vite, Yann découvre que ces livres de raison ne contiennent pas que des chiffres : son ancêtre a pris le temps de consigner les événements marquants de son entreprise, mais aussi de sa vie privée. Peu à peu, grâce à ces traces écrites, Yann commence à reconstituer l’histoire familiale, une histoire qui, il s’en rend compte, a conditionné ses propres relations avec son père, Charles, un homme dur et récemment disparu, laissant des regrets, de l'amertume et des non-dits. En partant sur les traces de ses ancêtres, Yann fait progressivement son deuil et découvre des événements insoupçonnés mais qui pourront l’aider malgré tout à retrouver une certaine paix.
Cézembre est une véritable quête, que l’auteur mène avec sa méthodologie d’historien (après tout, le mot histoire ne vient-il pas du mot quête, en grec ?) …elle sera forcément fragmentée, forcément lacunaire, forcément frustrante, parce que les protagonistes du début du XXe siècle ne sont pas prêts à livrer tous leurs secrets. Mais pour Yann, les découvrir, au moins en partie, est synonyme de paix de l’esprit. En découvrant l’histoire imparfaite de ses ancêtres, il s’affranchit de leur aura écrasante et de la culpabilité qui pouvait en être née.
J’étais curieuse de découvrir ce roman à double-temporalité qui, dès le début, m’est apparu comme différent de ceux que je lis d’habitude (et qui sont plutôt écrits par des autrices anglo-saxonnes, comme Kate Morton par exemple). Le point de vue d’Hélène Gestern m’a beaucoup plu, j’avais l’impression de fouiller moi aussi dans les souvenirs de la famille de Kérambrun, en même temps que Yann. Il n’y a pas de sensationnel dans ce roman, c’est beaucoup plus subtil mais tout aussi passionnant et cela nous amène aussi à nous questionner sur notre propre rapport à la famille, au souvenir, à l’héritage, peut-être aussi au déterminisme, qu’on y croie ou pas.
J’avoue que je ne me suis pas sentie happée et captivée par l’intrigue dès le départ. Il m’a fallu quelques chapitres pour y revenir avec plaisir et surtout, avoir envie d’y revenir : le roman ne s'apprivoise pas immédiatement. Mais je suis contente d’avoir persévéré. J’ai retrouvé dans ce roman un peu de Tatiana de Rosnay (Sentinelle de la pluie) pour l'analyse des relations familiales ou de Léonor de Récondo (Amours) pour la description feutrée d'un XXe siècle tout en nuances. L’ambiance est feutrée, un peu sépia et se prête entièrement à l’atmosphère générale du roman.
Le seul bémol que je soulèverais est que je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, qui m’ont laissée malheureusement assez indifférente et j’en ai été désolée. J’aurais aimé m’attacher un peu plus à Yann et aux autres personnages qui gravitent autour de lui, mais ça n’est pas arrivé. Globalement, ce n’est vraiment qu’un petit désagrément mineur et qui n’a pas totalement entaché ma lecture. Peut-être m’a-t-il manqué un petit quelque chose pour dire que Cézembre a été une excellente lecture…mais je sais que j’en garderai un très bon souvenir et c’est bien là l’essentiel.

En Bref :

Les + : un roman contemplatif, qui ne se laisse pas apprivoiser tout de suite. Toutefois, cela vaut le coup de persévérer pour se laisser enfin imprégner par l'ambiance particulière, lente et feutrée, du roman. L'enquête familiale de Yann m'a finalement beaucoup plu et j'ai aimé la manière dont l'autrice la traite, avec cohérence et vraisemblance.
Les - : les personnages peinent à faire naître l'empathie chez le lecteur, mais on les suit malgré tout avec un certain intérêt.

 Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article