23 Août 2025
« Le temps produit toujours de ces contrastes dans les projets et les décisions des hommes, pour leur propre instruction.»
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Publié en 1996
Date de publication originale : 1814
Titre original : Mansfield Park
Editions 10/18 (collection Domaine étranger)
510 pages
Résumé :
« On ne sait pratiquement rien d'elle, sinon quelques dates et les lieux où elle a vécu. Son iconographie est réduite à un portrait que fit d'elle sa sœur. Jane Austen (1775-1817) serait tombée dans l'oubli le plus total, n'étaient les six romans qu'elle écrivit, et qui sont parmi les plus étonnants du domaine romanesque anglais...Il ne s'y passe littéralement rien. Ils racontent principalement les rapports qui se tissent entre des demoiselles à marier et des épouseurs en puissance. Ils sont faits de dialogues et d'évocations brèves : mondanités, jardins, maisons de campagne, voilà pour le cadre. La cérémonie du thé, la préparation et le déroulement des bals, voilà pour les événements majeurs. Et pourtant, avec une matière d'une apparence aussi mince, Jane Austen a fasciné des lecteurs de la qualité de Virginia Woolf et de Henry James, et continuer de fasciner un public important. »
Hubert Juin, Le Monde
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Dans le cadre de mon petit défi perso, En 2025 on lit Austen, cet été j’ai donc redécouvert Mansfield Park, que j’avais lu il y a de cela plusieurs années. Globalement j’en gardais un bon souvenir mais c’est vrai que j’avais lu des avis par la suite, notamment sur les réseaux, où les lecteurs n’étaient pas particulièrement tendres avec ce roman et en particulier avec le personnage de Fanny Price. J’avais donc très envie de le relire, afin de confirmer ou infirmer mon premier avis.
Trente ans avant que ne s’ouvre le récit, trois sœurs se sont mariées : Miss Ward, l’aînée, est devenue Mrs Norris après son mariage avec un clergyman, tandis que Maria, la cadette, a épousé lord Bertram, maître du domaine de Mansfield Park. Seule la dernière sœur a fait un pauvre mariage en épousant un modeste lieutenant de marine. À la suite de ce mariage malheureux, elle s’est brouillée avec ses deux sœurs aînées, bien mieux établies qu’elle.
Plusieurs années ont passé – plus de dix ans – quand lady Bertram et Mrs Norris invitent la petite Fanny, leur nièce âgée de dix ans, à venir vivre avec Mansfield, afin d’aider leur sœur dans le besoin. Sir Thomas Bertram accepte volontiers et accueille avec bienveillance sa jeune nièce. La petite est présentée à ses cousins, Tom, Edmund, Maria et Julia, avec lesquels elle va désormais grandir et être éduquée. Si Tom se montre agréable mais indifférent, les deux sœurs, plus jeunes, n’hésitent pas à faire sentir à Fanny leur différence de rang, tandis qu’Edmund montre une bienveillance sincère à la jeune fille, très réservée.
Du côté des adultes, Sir Thomas accepte Fanny comme un membre à part entière de la famille quand son épouse, indolente, fait de Fanny une compagne du quotidien mais sans forcément se préoccuper d’elle. Mrs Norris, quant à elle, ne cesse de faire sentir à sa nièce son infériorité en la comparant sans cesse à ses cousins.
Malgré cela, Fanny grandit dans une atmosphère familiale et devient une jeune fille agréable, quand ses deux cousines se montrent écervelées et superficielles. Avec les années, son amitié et son estime pour son cousin Edmund se sont renforcées et la réciproque est vraie. Mais bientôt, Fanny est confrontée à la société de ses cousins et cousines : au presbytère de Mansfield vivent Mr et Mrs Grant. Cette dernière reçoit son demi-frère et sa demi-sœur, Henry et Mary Crawford. Fanny est témoin des assiduités à peine dissimulées de Mr Crawford envers ses cousines, qui deviennent des rivales et pressent le malheur du prétendant de l’aînée de ses cousines, Mr Rushworth. Pour elle, c’est un véritable coup de tonnerre dans un ciel clair quand Henry Crawford se déclare auprès d’elle. Fanny, qui ne l’aime pas, refuse sa demande en mariage, au grand dam de son oncle et de ses tantes, qui ne comprennent pas qu’elle refuse un aussi bon parti. Mais, pour la première fois de sa vie, Fanny se montre inflexible et les circonstances lui donneront raison.
Mansfield Park se déroule sur près d’une dizaine d’années : l’on suit donc Fanny de dix à vingt ans environ, ce qui fait de ce roman un roman d’apprentissage, à l’instar de Jane Eyre, par exemple. Le contexte politique et social est aussi bien plus présent dans ce roman que dans les autres productions de Jane Austen : ainsi, on apprend que Sir Thomas Bertram possède des plantations à Antigua, dans les Caraïbes, où il doit d’ailleurs se rendre pendant de longs mois pour en redresser la situation économique, laissant ainsi une grande liberté à ses enfants. En filigrane, on comprend que les Bertram, qui possèdent des plantations outre-mer possèdent aussi des esclaves qui travaillent dans lesdites plantations. Enfin, à travers le personnage de William Price, le frère aîné de Fanny dont elle est restée proche malgré son départ pour Mansfield, marin puis lieutenant de la Navy, l’autrice évoque les campagnes contre la France, dans les Antilles et en Méditerranée.
Fanny admire son frère William en tenue d'officier de la Navy
Mais, comme dans tous les autres romans de Jane Austen, le thème de prédilection est bien entendu le mariage. On y trouve tous les codes qu’elle explora dans chacun de ses romans majeurs et, bien entendu, dès les premières pages, on comprend que Mansfield Park se terminera comme les autres : par un mariage. Quant à savoir lequel, là est la question.
Les personnages de Mansfield Park sont foisonnants, peut-être encore plus que dans les autres romans et j’avoue que je ne me rappelais pas cette myriade de protagonistes. Fanny est notre héroïne mais gravitent autour d’elle nombre de connaissances et membres de la famille. Ainsi, l’autrice, pour explorer le thème de l’éducation des filles et de l’importance de cette éducation reçue dans l’enfance sur la vie adulte, renvoie dos à dos Fanny et ses cousines. Alors que Maria et Julia sont outrageusement gâtées et élevées dans un certain laxisme, ce n’est pas le cas de Fanny, qui bénéficie certes des mêmes enseignements mais pas de la même indulgence. Lorsque les trois jeunes filles sont devenues des adultes, en âge de se marier, leur différence de jugement et d’action est flagrante.
Quant à Mary Crawford, qui a reçu une éducation plus mondaine que les Bertram, en fréquentant notamment les cercles de la bonne société, elle cache derrière un sens de la formule innée et un véritable don de la raillerie, un esprit caustique, pragmatique voire cynique. Alors qu’elle capte l’intérêt des Bertram avec son charisme et son charme, tout comme son frère Henry, Fanny reste en retrait, insensible à leur attraction et malgré les preuves d’amitié – sincères – que lui témoignent Miss Crawford.
Fanny, pour sa part, est une enfant modeste issue d’une famille pauvre et sans éducation lorsqu’elle arrive à Mansfield. Elle semble très timide et effacée mais se révèle bientôt, grâce notamment à l’éducation dispensée par son oncle et qui lui profite – ce qui n’a pas été le cas pour ses cousines qui, selon Sir Bertram lui-même n’ont pas appris le sens du devoir lorsqu’elles étaient en âge de le faire. Si Maria et Julia sont avides de reconnaissance et de mondanités, Fanny quant à elle, se tait mais observe tout et elle acquière ainsi une grande clairvoyance et une véritable maturité. Malmenée par sa tante Mrs Norris, qui ne cache pas son hostilité envers Fanny – bien que l’idée de la prendre en charge vienne d’elle –, la jeune fille ne manque pas d’esprit. Comme une chrysalide, à la fin du roman, Fanny révèle finalement le papillon qu’elle est.
Mansfield Park m’a donné du fil à retordre quand j’ai trouvé le début très laborieux, notamment à cause de tous ces personnages dont j’ai parlé plus haut et que je confondais. J’ai mis plus de temps à y entrer et je me suis aperçue que si je gardais globalement un bon souvenir de ce roman, je ne m’en souvenais pas en détails. Je me suis donc fait une joie de le redécouvrir et, effectivement, cette relecture m’a confirmé certaines choses : par exemple, je ne partage pas l’avis général qui veut que Fanny soit un personnage terne et sans intérêt, car ce n’est vraiment pas le cas. Pour moi, Fanny Price est un mélange de Marianne Dashwood et d’Elizabeth Bennett…je pense même qu’on peut trouver en elle un peu de l’esprit et de l’intelligence d’Anne Elliott, de Persuasion. A-t-elle sa place dans le panthéon des héroïnes austeniennes ? Pour moi, tout à fait. Elle n'est peut-être pas aussi marquante que d'autres et pourtant, par bien des aspects, Fanny est une héroïne de qualité et qui mérite d'être découverte et qu'on lui laisse une chance.
Dans une adaptation pour la BBC en 2007 c'est l'actrice Billie Piper qui joue le rôle de Fanny Price
En Bref :
Les + : un personnage principal qui peut apparaître trop terne et effacé mais se révèle, pour notre plus grand plaisir, au cours du récit. Jane Austen livre toujours une analyse fine de la société de son temps, de ses us mais aussi de ses travers.
Les - : un début assez laborieux, ce qui fait que le roman m'est tombé des mains par moments. Mais je ne regrette pas d'avoir persévéré.
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- Emma