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Le salon des précieuses

Northanger Abbey ; Jane Austen

« La personne qui n'éprouve pas de plaisir à la lecture d'un bon roman, qu'elle soit un "gentleman" ou une "lady", ne peut qu'être d'une bêtise intolérable. »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 2011

Date de publication originale : 1818

Titre original : Northanger Abbey

Editions Archipoche

335 pages 

Résumé :

La jeune et crédule Catherine Morland, férue de romans gothiques, découvre la ville de Bath, dans le Somerset. Elle y rencontre Henry Tilney, qui l'invite à Northanger Abbey, propriété de son père. Lieu évocateur, que son imagination présage étrange et inquiétant...
Las : cette abbaye fort peu sinistre est en réalité pourvue de tout le confort moderne! Une nuit passée dans une chambre isolée apportera-t-elle à l'impressionnable héroïne son lot de délicieuses terreurs, comme promis par Henry ?
Entrepris en 1798, Northanger Abbey est une parodie pleine d'esprit, publiée quelques mois après la mort de Jane Austen, en 1817. L'auteur d'Orgueil et Préjugés n'y ménage pas son ironie, visant ici les hommes, leurs chevaux et leurs rodomontades, là les femmes et leur passion des toilettes et des romans. Tous les ridicules, toutes les frivolités sont la cible de la romancière, qui bâtit l'une de ses subtiles comédies amoureuses, pleine d'humour et de bon sens.

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Ancien garçon manqué (elle a passé son enfance à jouer au cricket dans les jardins du presbytère de Fullerton avec ses frères), jeune fille simple mais au tempérament romanesque, Catherine Morland est une grande lectrice des romans à la monde et notamment des romans gothiques d’Ann Radcliffe, dont elle est une admiratrice.
Chaperonnée par des amis de ses parents, les Allen, Catherine a un jour l’occasion de découvrir la ville de Bath, où elle se lie d’amitié avec la jolie mais un peu superficielle Isabella Thorpe. Mais c’est surtout Henry Tilney et la jeune sœur de ce dernier, Eleanor, qui attirent l’attention de Catherine. Alors, lorsque ses nouveaux amis lui proposent un séjour chez eux, à Northanger Abbey, le sang de Catherine ne fait qu’un tour. Sans hésiter, elle dit oui, tout heureuse de découvrir un vieux domaine plein de mystère et d’étrangeté, comme ceux qu’elle découvre dans les romans gothiques qu’elle dévore.
Mais à son arrivé à Northanger Abbey, Catherine est bien obligée de se rendre à l’évidence : certes, le lieu est absolument grandiose et pourvu de couloirs dérobés, de nombre de pièces et d’escaliers mais, à Northanger Abbey il n’y a ni armures rouillées, ni courants d’air qui font se soulever les tentures, ni souterrains inquiétants et encore moins de fantômes…Ancien domaine religieux acheté au moment de la réforme religieuse britannique sous le règne d’Henry VIII, Northanger est, en cette fin du XVIIIe siècle, pourvu de tout le confort moderne… Mais Catherine est bien déterminée à profiter de son séjour, malgré le comportement parfois un peu brusque de son hôte, le père de Henry et Eleanor.
Quand s’ouvre le récit, Catherine est une jeune fille de dix-sept ans, sans aptitude particulière et qui semble même un peu trop distraite et fleur bleue. Son père, Richard Morland, est pasteur de Fullerton dans le Wiltshire et à la tête d’une belle famille de dix enfants. Catherine, au sortir de l’adolescence, est présentée comme une jeune fille un peu gauche, sans aucune expérience de la bonne société du fait de son éducation au milieu de nombreux frères. Mais tout cela est sur le point de changer et Catherine, en cette fin d’hiver 1798, est prête à devenir une jeune fille « comme il faut », amatrice de belles tenues et de bals. Catherine est surtout décrite comme assez naïve, la tête farcie des idéaux qu’ont fait naître dans son esprit ses lectures – elle a donc une imagination débordante, qui la fait souvent voir la vie à travers le prisme un peu biaisé de ses lectures.

Carey Mulligan et Felicity Jones interprètent respectivement Isabella Thorpe et Catherine Morland pour une adaptation de la BBC en 2007

A ma première lecture de Northanger Abbey il y a quelques années, j’avais gardé un souvenir en demi-teinte de ce roman, qui différait beaucoup des autres romans « majeurs » de Jane Austen. Je pense que je n’avais pas alors suffisamment saisi le côté ironique, le pastiche des romans gothiques si en vogue lorsque Jane Austen entreprend la rédaction de son roman, à la toute fin du XVIIIe siècle. Je n’avais pas non plus vraiment apprécié le personnage de Catherine, que j’avais trouvé un peu godiche.
Ayant tous ces éléments en tête, j’ai commencé cette relecture dans un état d’esprit assez différent : je savais déjà ce que j’allais y trouver et j’avais bien en tête le fait que ce roman, même s’il reprend pas mal des codes des autres romans de Jane Austen, est avant tout une parodie.
Finalement, j’ai été plus emballée par cette lecture, même si je n’y ai pas retrouvé le sel de ses autres œuvres emblématiques, comme Orgueil et Préjugés ou Persuasion. Peut-être Northanger Abbey est-il plus léger et pourtant, Jane Austen n’a rien laissé au hasard. Ainsi, son roman porte la marque de l’inspiration puisée par son autrice dans l’œuvre d’autres écrivains et notamment de trois romancières en particulier : Fanny Burney, Maria Edgeworth et Ann Radcliffe, dont Catherine est en train de lire avec beaucoup d’intérêt le roman Les Mystères d’Udolphe. Quant au personnage de Catherine lui-même, il est inspiré par celui de Camilla Tyrold, le personnage éponyme du roman de Fanny Burney publié en 1796.
Ici, plus que le mariage, qui semble être la grande œuvre de Jane Austen dans chacun de ses romans, c’est la lecture qui est au centre du récit : l’autrice s’interroge sur les apports mais aussi les petits travers qui peuvent naître d’une pratique assidue et, parfois, prise au premier degré et sans recul. Distraction passionnante, elle est aussi présentée comme un chemin initiatique, ce qui peut rapprocher Northanger Abbey des romans d’apprentissage, qui nous donnent à voir l’évolution d’un héros ou d’une héroïne, qui apprend, grandit et mûrit sous nos yeux. C’est le cas de Catherine, bien différente au début du roman de ce qu’elle est à la fin, bien plus posée, réfléchie, adulte.
L’autre chose qui caractérise ce roman, c’est bien sûr son aspect de comédie. L’autrice ne boude pas son plaisir à pasticher un genre très en vogue à l’époque où elle commence à rédiger son roman : les romans gothiques, qui ont beaucoup de succès depuis quelques décennies en Angleterre. Ces romans, qui inspirèrent aussi les sœurs Brontë par exemple, avaient pour destination de procurer une épouvante chez le lecteur, dont ce dernier devait se délecter. En lisant un roman gothique, comme aujourd’hui on regarderait un film d’horreur, on recherche le frisson, le plaisir de l’adrénaline que peut procurer la frayeur. De nombreux auteurs se sont essayés au roman gothique, avec plus ou moins de succès : on peut évidemment citer Ann Radcliffe, mais aussi Horace Walpole (Le Château d’Otrante) ou encore, Matthew Lewis et son moine démoniaque (Le Moine).
Malgré cet aspect décalé, parfois un peu mordant, Northanger Abbey est un roman cohérent et qui finalement a toute sa place dans l’œuvre de Jane Austen, même s’il est peut-être moins riche que Persuasion par exemple, roman de la maturité. On sent que Jane Austen a entrepris la rédaction de Northanger Abbey alors qu’elle était beaucoup plus jeune : le roman est plus court, le style peut-être un peu plus simple, tout comme les personnages, même si on retrouve certains archétypes : ainsi, on peut rapprocher l’insupportable John Thorpe du personnage obséquieux de Mr Collins dans Orgueil et Préjugés. Quant à Catherine, elle pourrait être une cousine de Fanny Price ou d’Emma Woodhouse, par certains côtés, qualités ou petits défauts.
C’était une relecture agréable et que je ne regrette pas. Ce n'est clairement pas le meilleur de Jane Austen, selon moi mais j’y ai beaucoup plus saisi l'ironie et le sarcasme de l'autrice, qui se moque de l'engouement pour les romans gothiques – que peut-être elle partageait un peu en secret avec ses contemporains ?

En Bref :

Les + : un roman savoureux, où le sarcasme et l'ironie de Jane Austen sont bien perceptibles.
Les - : peut-être pas le roman le plus abouti de Jane Austen, le style est beaucoup plus simple et les personnages un peu moins travaillés.

   Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

En 2025, j'ai relu les romans majeurs de Jane Austen. Découvrez ici mes billets sur ses autres œuvres :

- Raison et Sentiments 

- Persuasion

- Orgueil et Préjugés

- Emma

- Mansfield Park

 

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Commenter cet article
L
Je suis bien incapable de dire si j'ai lu ce roman-ci de Jane Austen mais si c'est le cas, il ne m'en a visiblement pas laissé un souvenir impérissable. Comme toi, je souhaiterais lire et relire tous ses romans également donc je (re)lirai "Northanger Abbey", c'est certain !
Répondre
A
Il ne m'avait pas laissé un grand souvenir non plus, je te rassure. 😆 Comparé à Persuasion ou Orgueil et Préjugés, ce n'est pas un roman que j'avais trouvé très marquant. Je pense que je n'avais pas bien saisi la finesse de la parodie, lors de ma première lecture. On le sait, Jane Austen prend un malin plaisir à se moquer de ses contemporains et de la société dans laquelle elle vit. Ici, elle s'empare d'un phénomène littéraire à la mode, comme on pourrait peut-être le faire de nos jours avec la romantasy ou les cosy mysteries...elle s'en moque gentiment mais quand même, les romans gothiques en prennent pour leur grade. 😅 J'ai beaucoup plus apprécié cette relecture, en ayant plus de cartes en main, c'est certain. 👍 Je ne peux que t'encourager à le lire ou le relire.