17 Octobre 2025
« Crois-en une reine : le plus grand pouvoir que nous, les femmes, pouvons posséder est celui que nous prenons en secret. »
/image%2F0653560%2F20251010%2Fob_72e985_couv63150157.jpg)
Publié en 2022 en Angleterre
En 2025 en France (pour la présente édition)
Titre original : The Songs of Penelope, book 1, Ithaca
Editions Hauteville
480 pages
Premier tome de la saga Le Chant des Déesses
Résumé :
Le roi Ulysse est parti il y a de nombreuses années en guerre contre Troie, emmenant tous les hommes en âge de combattre de l'île d'Ithaque. Pénélope, sa femme, dirige le royaume en l'attendant. Mais, lorsque des rumeurs circulent sur la mort de son mari, les prétendants commencent à frapper à sa porte.
Or aucun homme n'est assez puissant pour revendiquer le trône vide d'Ulysse. Si Pénélope choisit l'un d'entre eux, Ithaque plongera dans une guerre civile sanglante. Seuls la ruse et son réseau d'espionnes lui permettront de maintenir l'équilibre délicat du pouvoir nécessaire à la survie du royaume. A Ithaque, tout le monde surveille tout le monde, et il n'y a pas un coin du palais où l'intrigue ne règne pas en maître.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Ithaque. Pénélope. Ulysse. Télémaque. Des noms mythiques qui évoquent des légendes immémoriales et le souffle épique de L’Odyssée d’Homère. Dans ce premier tome de sa série Le Chant des Déesses, Claire North se met dans les pas d’autres autrices, Pat Barker ou Madeline Miller, qui ont aussi exploré les mythes de la Grèce antique, dans des réécritures modernes.
Ici, nous sommes donc sur l’île d’Ithaque, perdue au milieu de la Méditerranée. L’île est un endroit pelé et plutôt pauvre, dont les habitants mènent une vie modeste, souvent basée sur les ressources de la mer. Sur l’île, il n’y a plus de roi depuis près de vingt ans, depuis que Ulysse, répondant à l’appel du roi Ménélas dont l’épouse venait d’être enlevée par le prince troyen Pâris, a quitté son pays pour faire la guerre auprès du roi de Sparte, du roi de Mycènes et de tous les autres Grecs. Ithaque est peuplée de femmes, de quelques enfants, de jeunes hommes et jeunes filles de moins de vingt-ans, nés un peu avant le départ des pères, et de vieillards. Le pouvoir n’est plus représenté que par une reine, Pénélope, l’épouse d’Ulysse et la mère de leur fils, Télémaque, un adolescent de dix-huit ans qui supporte mal l’absence de son père et l’autorité d’une mère dont il aimerait se défaire.
Symbole de loyauté et de fidélité conjugale, Pénélope est connue pour avoir longuement tissé une tapisserie qu’elle défaisait le soir venu, afin de décourager les ardeurs de ses prétendants, qui souhaiteraient la voir se remarier avec l’un d’eux. Cousine d’Hélène et de Clytemnestre, Pénélope est la fille d’Icarios (ou Icare) et d’une naïade. Réputée pour sa beauté, dans sa jeunesse, elle est courtisée par de nombreux princes grecs. Redoutant les querelles qui pourraient naître entre les prétendants de sa fille, Icarios organise des jeux et des joutes afin de les départager. Ulysse en sort vainqueur et la main de Pénélope lui est accordée.
Quand le roman débute, Pénélope est déjà une femme mûre, sage et posée. Elle est la mère d’un fils au seuil de l’âge adulte, que la disparition du père – Ulysse est-il mort ou non ? – place dans une situation complexe et floue. Pénélope elle-même doit défendre Ithaque comme elle peut et sa population, déjouer les intrigues politiques ou les incursions pirates sur les côtes de l’île, tout en se gardant des assiduités de ses nombreux prétendants.
Comme les romans de Pat Barker centrés sur les femmes de Troie et leur destin après la chute de la ville, Claire North adopte un point de vue féminin ici. Il y a d’ailleurs peu d’hommes sur Ithaque, hormis de jeunes hommes, nés un peu avant le départ d’Ulysse et de ses soldats, donc qui ont dix-sept ou dix-huit ans et des vieillards, comme Laërte, le père d’Ulysse et beau-père de Pénélope, qui vit dans une modeste ferme sur les hauteurs d’Ithaque.
L’histoire est racontée par la déesse Héra, narratrice omnisciente (et protectrice de Pénélope) et qui apporte ponctuellement son aide aux mortels, comme Artémis ou Athéna. On découvre que Ithaque est un nid de serpents, où le danger rôde sans cesse, où la guerre civile couve. Pénélope est la dépositaire du pouvoir d’Ulysse et de l'héritage de leur fils, qu’elle doit sauvegarder envers et contre tous, plutôt contre tous d’ailleurs car tout le monde croit son époux disparu en mer. Mais Pénélope, elle, continue d’espérer, malgré une position de plus en plus précaire. Ainsi, pour que son royaume ne sombre pas, Pénélope va devoir faire preuve de ruse et d’ingéniosité et va s’appuyer sur les autres femmes d’Ithaque afin de mener à bien ses projets secrets.
/image%2F0653560%2F20251016%2Fob_0c61e7_capture-d-ecran-2025-10-16-215505.png)
Pénélope et les prétendants : une vision préraphaélite du mythe de la reine d'Ithaque par John William Waterhouse
Ce premier tome explore des thèmes variés : intrigues politiques, pouvoir et influence, complots…dans un monde foncièrement dominé par les hommes, la longue guerre contre Troie a renversé les rapports de force. A Ithaque, les femmes se retrouvent donc à devoir gérer la vie domestique comme la vie politique. Mais celles-ci vont savoir faire d’à-propos et de détermination pour sauver ce qui peut encore l’être.
Pénélope, reine d’Ithaque est un roman assez surprenant, notamment par sa narration, très moderne et très percutante. La déesse Héra, la narratrice, s’exprime comme une femme du XXIe siècle et cela peut surprendre au départ, mais finalement, ce que j’ai trouvé déroutant de prime abord a fini par me convaincre. Cela donne un roman assez surprenant, tant sur le fond que sur la forme – je regrette en revanche quelques anglicismes qui auraient pu être facilement remplacés.
Très honnêtement, j’ai mis du temps à savoir si j’aimais ce roman ou non. Par moments, j’ai trouvé que je faisais du sur-place : je mentirais si je disais que je n’ai pas ressenti du tout de longueurs, mais globalement je n’ai pas été déçue et j’ai terminé la lecture de ce premier tome avec l’envie de lire la suite, de découvrir enfin comment va se dérouler la suite de l’histoire de Pénélope.
Véritable héroïne du roman, même si celui-ci est raconté par une déesse, Pénélope force le respect. Elle qui peut apparaître un peu terne au départ, en comparaison de ses charismatiques cousines Clytemnestre et Hélène, renverse subtilement la tendance : alors qu’Hélène est présentée bien vite comme une épouse dénaturée, à la vie dissolue et que Clytemnestre va se rendre coupable du meurtre de son époux, Pénélope, elle, incarne la constance dans un monde en pleine mutations. L’histoire de cette femme pourrait être celle de toutes les femmes qui ont dû, après un conflit, dans une société bouleversée, s’emparer d’un pouvoir alors que cela n’allait pas de soi. En lisant ce roman, j’ai pensé aux femmes propulsées sur le devant de la scène par les circonstances, en 1914 ou plus tard en 1939 mais qu’on relégua ensuite de nouveau dans leur rôle domestique une fois la guerre finie. Et pourtant, au cours de ces années terribles, ces femmes apprirent à gouverner, s’illustrèrent dans des domaines où elles acquirent de véritables compétences. Et, légitimement, c’est avec beaucoup de réticence et parfois un sentiment de rébellion, qu’elles durent reprendre leur ancienne place. Et certaines, d’ailleurs, ne le voulurent pas.
Comme dans Le silence des vaincues ou Les exilées de Troie, j’ai apprécié cette version très féminine des mythes grecs, qui colle finalement très bien avec notre vision contemporaine qui a à cœur de remettre en avant des figures féminines oubliées, historiques ou mythiques. Pénélope, reine d’Ithaque, est un roman assez étrange, un peu déroutant au début, au style parfois incisif mais sans concession et en même temps plutôt lent. Pourtant, tout cela en vaut la peine et j'avoue que je suis curieuse de voir ce que l'autrice va réserver à ses personnages et notamment à Ulysse : va-t-elle le faire revenir à Ithaque ?
En Bref :
Les + : un style particulier de prime abord mais qui s'avère être une grande force du roman, finalement. Une réécriture féminines d'un mythe intemporel.
Les - : quelques longueurs et des anglicismes pas forcément nécessaires, qui auraient pu être facilement remplacés à la traduction.
/image%2F0653560%2F20251010%2Fob_044e89_ligne-blog.jpg)
/image%2F0653560%2F20251014%2Fob_302559_img-3585.jpg)
LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle
- Le chant d'Achille, Madeline Miller
- Le silence des vaincues, Pat Barker