19 Novembre 2025
« Il faut des sentiments forts pour aimer une Juive quand on est un officier allemand. »
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Publié en 2025
Éditions Le Livre de Poche
448 pages
Résumé :
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Avec L’annonce faite à Georing, j’ai probablement fait l’une de mes meilleures lectures de 2025. N’ayons pas peur des mots, c’est aussi probablement l’un des meilleurs romans sur la Seconde Guerre Mondiale que j’ai pu lire et sans nul doute, il me restera en tête encore pendant longtemps.
Le résumé que j’avais pu lire avant de me procurer le livre n’était pas celui de la quatrième de couverture et m’avait laissé augurer tout autre chose. Parfois, quand c’est le cas, on est déçu. Mais ici, c’est vraiment l’extrême inverse qui s’est produit, car j’ai vraiment été fascinée par ce roman, happée, même si son sujet central n’est vraiment pas des plus évidents.
Le roman s’ouvre en 1938. A la veille de la guerre, Paris est encore une ville en pleine effervescence. C’est là que Werner, un jeune étudiant berlinois d’origine française, rencontre Claire, étudiante à l’école du Louvre. Les deux jeunes gens sympathisent autour d’une passion commune : celle de l’histoire de l’art. Werner est en train de rédiger une thèse sur ce sujet, se destinant à devenir professeur, tandis que Claire est la fille d’un collectionneur et marchand parisien renommé. Mais, déjà, les bruits de bottes se font entendre dans l’Europe de la fin des années 1930. 1938, c’est l’année des Accords de Munich, c’est aussi celle de l’Anschluss ou de la Nuit de Cristal. L’Allemagne du IIIe Reich a déjà commencé à envoyer des opposants dans des camps de travail forcé, première étape d’une plus vaste entreprise d’extermination, qui culminera dans les années suivantes. Pour Werner, l’entrée en guerre signifie sa participation au conflit, en tant que jeune officier de la Marine allemande. Bien que farouchement opposé aux idées du parti nazi, il n’a d’autre choix que de servir son pays et de faire son devoir de militaire. Pour Claire, la défaite de 1940 puis la mise en place de la collaboration résonne de manière plus sinistre encore : car Claire est juive et, désormais, en France, sa vie est menacée. Mais la jeune femme refuse d’abandonner. Animée d’une farouche détermination, elle va entrer en résistance aux côtés d’une autre femme admirable, Rose Valland (conservatrice au musée du Louvre et Résistante, elle a vraiment existé).
Mais la grande force du roman, plus finalement que de mettre en scène ces personnages certes représentatifs et nuancés, c’est de nous emmener au plus près des pouvoirs en place à cette époque et sur les théâtres d’opération, de l’Atlantique en passant par le port de New-York ou Berlin bombardée, en 1945.
A l’heure où l’on assiste à une certaine « romantisation » de la Seconde Guerre Mondiale, avec de nombreux romans calqués sur le même modèle, qui fleurissent un peu partout, j’avoue qu’un roman tel que celui-ci mérite que l’on s’y attarde. L’auteur ne cède à aucun mécanismes trop faciles et tentants, un peu manichéens, qui voudraient que l’on ait de côté les gentils, les résistants et de l’autre les salauds, représentant le mal et la face la plus sombre de la psyché humaine. C’est finalement beaucoup plus compliqué que ça.
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Des membres de la division Herman Göring posant devant le Palazzo Venetia à Rome, en 1944, avec une oeuvre spoliée pour le compte de l'Allemagne nazie
Werner et Claire représentent deux opposés, deux êtres que les circonstances et les événements devraient irrémédiablement éloigner l’un de l’autre et qui, pourtant, se retrouvent dans des causes et des valeurs communes. Comme la jeune femme, Werner est emporté par la tourmente de la guerre et ne peut rien y faire : obligé de faire son devoir, il n’a pas d’autre choix que de défendre l’Allemagne. Pour autant, il ne fait pas partie de ces gradés aveugles, qui suivirent sans discernement les préceptes du parti nazi. Quant à sa sœur, Hildi, qui semble être un pur produit de l’idéologie nazie, il s’avère que les choses sont bien plus compliquées que cela et qu’une rencontre improbable pourrait bien la faire virer de bord.
J’ai beaucoup aimé que le roman aborde le thème du pillage des œuvres d’art par les Nazis mais aussi de ceux qui se mirent au service de leur protection, comme la fameuse Rose Valland, qui joua un rôle souterrain mais majeur dans la sauvegarde, la récupération puis la restitution de plus de 60 000 œuvres et bien culturels pillés pendant la guerre, tant aux institutions publiques qu’aux familles juives – comme celle de Claire, dans le roman.
Quand il s’agit de la guerre, c’est un sujet dont on parle peu, dont on parle moins et qui, pourtant, fait partie intégrante du moteur idéologique nazi. Il y a quelques années, le film Monuments Men a abordé ce thème et fait connaître au grand public le destin authentique de ces militaires américains partis sur la trace d’œuvres d’art spoliées par les Nazis tout au long de la guerre. Jean-Pierre Cabanes apporte sa pierre à l’édifice en nous montrant combien l’art fut une arme comme les autres, quand il s’est agi de domination d’une part, mais aussi de résistance d’autre part. Ainsi, Werner, animé par sa folle passion et son désir viscéral de protéger l’art de l’influence délétère du nazisme, va naviguer tout au long de ces périlleuses années sur une corde raide.
Comme je le disais plus haut, ce que j’ai aimé aussi, c’est que l’auteur nous emmène vraiment au plus près des protagonistes de cette sinistre période : de la Wolfsschanze d’Hitler (la Tanière du Loup) et le repaire de Berchtesgaden, en passant par les bureaux baroques du parti fasciste à Rome (où nous apprenons que Mussolini, tout dictateur en son pays qu'il était, était surtout un homme de paille du Reich), les couloirs feutrés des musées parisiens ou encore, l’extravagant domaine de Goering (où il fit reproduire à l’identique, pour sa fille, le château de Sans-Souci mais aux proportions d’une enfant), nous naviguons dans des mondes dangereux, faits de faux-semblants, d’hypocrisie et de violence, au milieu de personnages véritablement malfaisants, fanatisés ou d'une vilenie implacable, qu'ils paieront cher. Les passions humaines, quelles qu’elles soient, sont au centre du récit de L’annonce faite à Georing.
J’ai aussi apprécié que ce roman mette en avant des événements peut-être moins connus que ceux que nous étudions tous à l’école, comme la rafle du Vel d’Hiv, la défaite de 1940 ou encore, Pearl Harbor. Ici, il est question de la rafle des notables, qui survint au début de la guerre (de nombreux chefs d’entreprise, ingénieurs ou encore médecins ou intellectuels parisiens arrêtés au matin du 12 décembre 1941 et conduits au camp d’internement de Compiègne – ils étaient 743 hommes, tous d’origine juive), de la réunion décisive du 25 juillet 1943 qui vit tomber Mussolini, à l’instigation notamment de son gendre, le comte Ciano, de l’arrivée des ministres de Vichy à Sigmaringen en Allemagne à la fin de l’été 1944, où l’on croise Pétain, Laval mais aussi Céline ou encore, Jean Luchaire, célèbre journaliste et collabo convaincu. L’auteur nous fait même pénétrer, dans les derniers jours d’avril, alors que Berlin est à feu et à sang, dans le bunker d’Hitler, où il se donnera la mort en compagnie de celle qu’il vient d’épouser, Eva Braun, lorsqu’il se rendra compte que tout est perdu. Dans ces dédales souterrains et oppressants, alors qu’au-dessus, les Berlinois deviennent la proie des bombardements alliés, la folie humaine jouera l’une de ses dernières partitions, avec la disparition simultanée de toute la famille Goebbels – Magda, l’épouse de Joseph Goebbels, l’un des chefs de file les plus fanatisés du parti nazi, prendra soin d’empoisonner méthodiquement tous ses enfants avant de se donner la mort.
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Rose Valland (1898 - 1980), conservatrice du Louvre et résistante, qui permit à plus de 60 000 œuvres d'être retrouvées après la guerre
L’annonce faite à Georing se lit presque en apnée, en retenant son souffle. Le déchaînement de violence de la Seconde guerre mondiale (violence physique et idéologique) ne nous est pas épargné, mais l’époque est restituée dans toutes ses nuances. Un conflit donne à voir ce que l’humain a de plus noir, de plus vil en lui. Il permet aussi d’en révéler d’autres, des caractères d’exception.
Je suis passée très près du coup de cœur avec ce roman, où j’ai tout aimé, de la manière de raconter de l’auteur, aux sujets abordés. J’ai juste trouvé la fin peut-être un peu longue, ce qui fait que je suis repassée du coup de cœur à la très bonne lecture, ce qui est déjà très bien.
Si vous aimez les romans historiques immersifs, bien menés et documentés, avec un sujet fort, alors foncez, vous ne serez pas déçu avec L’annonce faite à Georing.
En Bref :
Les + : l'un des meilleurs romans sur la Seconde Guerre Mondiale que j'ai pu lire. C'est passionnant et parfaitement documenté et l'auteur nous propose une véritable immersion dans les rouages du pouvoir et des armées, entre 1938 et 1945.
Les - : la fin est un peu longue et j'ai trouvé que le rythme du roman s'essoufflait un peu dans les derniers chapitres.
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