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Le salon des précieuses

Les sorcières de Vardø ; Anya Bergman

 « Mais la sorcière ne meurt jamais car elle vit en vous, et elle vit en moi. Si jamais vous l'oubliez, fermez les yeux et vous verrez son magnifique lynx courir pour toute l'éternité, éclaboussé du sang de sorcière. »

  • Informations complémentaires : 

Publié en 2023 en Irlande

En 2025 en France (pour la présente édition)

Titre original : The Witches of Vardø

Editions J'ai Lu

608 pages 

Résumé :

Norvège, 1662. Dans les mystérieuses terres du Grand Nord, la veuve Zigri est accusée de sorcellerie et emprisonnée dans la forteresse de Vardø pour s'être éprise d'un homme marié. Sa fille Ingeborg fera tout pour la sauver de ce sinistre lieu d'exil. L'ancienne maîtresse du roi de Danemark, Anna Rhodius, y attend elle aussi sa délivrance. 
Réduites à l'état de parias, salies et brisées par un pouvoir qui les craint, les sorcières de Vardø incarnent l'inquiétante puissance de femmes prêtes à tout pour leur liberté. 

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Au début des années 1660, dans les terres désolées du Grand Nord norvégien (alors possession de la couronne danoise), nous faisons la connaissance d'une petite communauté modeste de pêcheurs, dans le village d'Ekkerøy. La vie y est rude et compliquée : les habitants vivent essentiellement du produit de la pêche et les hommes partent de longues semaines en mer, laissant seuls les femmes, les vieillards et les enfants. Dans ce petit village où les ressources sont vite limitées, il est compliqué de vivre correctement, surtout quand des commerçants peu scrupuleux pressurent les habitants. Tant que les familles sont unies, protégées par le mari et père, elles peuvent subsister tant bien que mal. Mais lorsque ce dernier disparaît, l'épouse et les enfants plongent bien souvent dans une pauvreté irrémédiable. C'est ce qui arrive à Zigri et ses deux filles Ingeborg et Kirsten, lorsque Iver, le père, disparaît en mer. Bientôt, les trois femmes se trouvent dans une situation très compliquée. Quand Zigri s'éprend du fils d'un notable d'Ekkerøy, elles peuvent enfin manger à leur faim grâce à lui mais Zigri n'est pas discrète et l'homme est marié. Alors, lorsque sa liaison avec Zigri revient aux oreilles de son épouse, celle-ci va décider de se venger. Accusée de sorcellerie, Zigri est emprisonnée dans la forteresse de Vardø. Désormais seule avec sa petite soeur Kirsten, Ingeborg, sa fille aînée, va tout tenter pour la sauver du destin funeste qui l'attend car, en ce milieu du XVIIe siècle, les procès en sorcellerie continuent d'ensanglanter l'Europe. La jeune fille va devoir braver les lois et prendre de nombreux risques (dont celui d'être accusée et emprisonnée à son tour) pour tenter de venir en aide à sa mère. Elle fait alors la connaissance d'une mystérieuse adolescente, la charismatique Maren Olufsdatter, dont la mère a également, quelques années plus tôt, été accusée et jugée pour sorcellerie. Mais, contrairement à Ingeborg, Maren tire une certaine fierté de cette parenté et se présente comme la digne héritière de la puissante sorcière Liren Sand, sa mère. D'Ekkerøy, en passant par les terres samies et jusqu'à la sinistre forteresse de Vardøhus, les deux jeunes filles vont tout tenter pour faire libérer Zigri et les autres femmes emprisonnées. A Vardø, elles vont rencontrer la mystérieuse Anna Rhodius, venue de Copenhague. Ancienne maîtresse du roi du Danemark, elle est aussi prisonnière après avoir été disgrâciée par le roi. Bien malgré elle, elle devient un instrument du gouverneur de Vardø dans sa chasse obsessionnelle aux sorcières norvégiennes. Pour espérer sauver sa propre peau, Anna devra les faire avouer leurs crimes... mais sa rencontre avec Ingeborg, Maren et Kirsten pourrait changer bien des choses, tant pour elle que pour les trois adolescentes esseulées. 
Les Sorcières de Vardø est un roman mais s'appuie sur des événements historiques authentiques : les procès en sorcellerie en Norvège du XVIIe siècle. Anya Bergman est britannique mais a habité en Norvège pendant quelques années et c'est ainsi qu'elle a découvert l'histoire terrible de ces femmes, dont le souvenir perdure grâce à un mémorial, le Mémorial de Steilneset, qui rend hommage à toutes les femmes victimes, à l'époque moderne, du fanatisme et de l'obscurantisme. 
Historiquement, les procès en sorcellerie dans le nord de l'Europe (les inquisiteurs étaient convaincus que « le mal vient du Nord ») furent particulièrement brutaux et se soldaient souvent par la mort sur le bûcher de nombreuses accusées. A Vardø, ils atteignent un point culminant au début des années 1660 mais plus largement, c'est à partir de 1621, sous le règne de Christian IV, qu'une série de procès commence. Le tout premier procès conduit à l'exécution de 77 femmes et 14 hommes, tous brûlés vifs. Parmi eux, de très nombreuses personnes étaient issues du peuple sami, encore mal christianisé et qui suscitait la crainte. 
Anya Bergman n'est pas la première autrice à s'intéresser à cette histoire puisqu'il y a quelques années, Kiran Millwood Hargrave a aussi rendu hommage aux femmes de Vardø injustement condamnées dans son roman Les Graciées. Même si j'avais lu ce roman, j'étais curieuse de voir de quelle manière une autre autrice, une autre femme allait s'emparer de ce sujet. 
Les Sorcières de Vardø a beaucoup de potentiel et beaucoup de points positifs mais aussi des points qui m'ont moins convaincue. Si le roman explore assez habilement la manière dont ces femmes ont été réduites à l'état de parias par des hommes tout-puissants et un patriarcat triomphant (qui, paradoxalement, les craignaient) et la façon dont elles vont s'unir ou s'opposer pour se sauver de cette domination qui les condamne irrémédiablement, il m'a toutefois manqué quelque chose pour être pleinement convaincue par cette lecture. 

Installation de Louise Bourgeois au Mémorial de Steilneset en Norvège


Déjà, j'ai peiné à m'attacher aux personnages ce qui, dans un roman comme celui-ci, me semble important. Bien sûr, on ne reste pas indifférent devant le traitement réservé à ces femmes innocentes dont la seule erreur est de s'être opposées à un moment ou un autre, de manière volontaire ou non, aux règles édictées par les hommes...mais je n'ai pas ressenti forcément de l'empathie pour Zigri, Ingeborg ou Maren, ni même pour Anna Rhodius, dont la position trouble (est-elle du côté des accusées ou du pouvoir ?) la rend difficile à cerner. 
J'ai trouvé aussi que le roman était long et mettait du temps à démarrer vraiment. La tension se situe essentiellement dans les derniers chapitres et cela arrive un peu tard à mon sens. 
Pour autant, Les Sorcières de Vardø est une lecture intéressante. On sent l'engagement et le militantisme de l'autrice poindre à travers ses mots et notamment à travers son personnage de Maren, une jeune femme étrange, surprenante, charismatique, qui revendique avec fierté son statut de sorcière. En cela, Maren est finalement très moderne, peut-être pas vraiment de son époque d'ailleurs et ne peut que nous faire écho, à nous femmes du XXIe siècle et à nos luttes, car même si on ne nous brûle plus aujourd'hui sur les bûchers, on cherche encore à nous faire taire
Le roman explore des thèmes intéressants et universaux : la sororité, la liberté (beaucoup de femmes accusées de sorcellerie n'étaient finalement coupables que de vivre plus librement que les autres), la superstition qui s'accompagne souvent d'un fanatisme forcené. 
Puissant, ce roman l'est sans nul doute. Percutant également. Je pense que c'est le genre de romans qui reste en tête un moment, qui fait réfléchir et en cela, l'autrice a parfaitement réussi son pari. Je regrette quelques tournures de phrases peut-être un peu alambiquées voire bancales (un souci de traduction ?) et de nombreuses coquilles ce qui, sans gâcher l'expérience de lecture, n'est pas des plus agréable. 
Si le sujet des chasses aux sorcières de l'époque moderne vous intéresse, alors ce roman est probablement fait pour vous et je pense que vous pourrez y trouver votre bonheur. 

En Bref :

Les + : le sujet du roman est sans nul doute intéressant et le traitement par l'autrice percutant et original.
Les - : des personnages peut-être pas forcément assez complexes pour qu'on s'attache à eux, des tournures de phrases un peu bizarres par moments et des longueurs, qui ont un peu étiolé mon intérêt au fil du roman.

  Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

  • Une autre vision des procès des sorcières de Vardø ? Découvrez mon avis sur le roman de Kiran Millwood Hargrave : Les Graciées
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