22 Novembre 2025
« En galopant de front avec May, j'ai pensé au chemin parcouru depuis notre point de départ, aux chances infimes que deux femmes blanches, l'une de Chicago, l'autre de New York, se rencontrent un jour dans ces plaines, moi vêtue comme une squaw, elle comme un cow-boy, deux fugitives déracinées au milieu de l'immense prairie. »
/image%2F0653560%2F20251119%2Fob_64a733_capture-d-ecran-2025-11-19-171751.png)
Publié en 2019 aux États-Unis
En 2020 en France (pour la présente édition)
Titre original : Strongheart
Éditions Pocket
480 pages
Troisième tome de la saga Mille femmes blanches
Résumé :
Elles étaient mille femmes blanches, troquées jadis par le chef Little Wolf contre autant de chevaux. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre l'Etat américain, accapareur de terres et massacreur d'une culture séculaire.
Cette tribu fantôme d'amazones, guerrières indomptables, insoumises et rebelles, va passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
1876, dans les grandes plaines de l’ouest américain. Après la bataille de la Little Bighorn, l’étau se resserre sur les derniers peuples natifs encore libres. Leur mode de vie ancestral est en train de disparaître progressivement, sous l’effet de l’expansion grandissante des États-Unis, qui cherchent à coloniser les terres de l’ouest. C’est la grande époque de la ruée vers l’or, du Far West et des cow-boys. Pour les Amérindiens, cela est synonyme de dépossession de leurs terres et d’une perspective terrible : celle de s’intégrer comme ils pourront au grand état qui est en train de naître, en rejoignant les réserves où ils devront désormais vivre, loin de leurs villages et dans une acculturation presque totale.
Un an et demi plus tôt, des femmes blanches sont arrivées dans les plaines du Montana, après que le chef cheyenne Little Wolf a passé un accord avec le président Grant : contre mille chevaux cédés à l’armée des Etats-Unis, Little Wolf demande l’envoi de mille femmes blanches aux tribus natives, afin de faciliter leur intégration dans le monde des Blancs. Parmi elles, May Dodd, originaire de Chicago, mais aussi les flamboyantes sœurs Kelly, ont quitté leur vie misérable ou leur absence de perspectives pour aller se marier à des inconnus, à des centaines de kilomètres de chez elles…
Un peu plus tard, alors que le programme a été abandonné, d’autres femmes sont pourtant arrivées chez les Amérindiens, notamment la courageuse Molly McGill, au passé aussi sombre que traumatisant. Dans ce tome, après la disparition de certaines de leurs camarades, qui ont tout fait pour venger la mort de leurs enfants, ces femmes blanches qui, pour certaines, ne se connaissent pas, vont se rencontrer et devoir choisir leur camp : s’agit-il de revenir dans le monde des Blancs ou bien de continuer de résister en compagnie de ceux qui sont devenus leur véritable famille ?
Ce troisième tome était censé conclure la saga Mille femmes blanches, avant que l’auteur ne lui ajoute un ultime tome (May et Chance), transformant ainsi sa trilogie en quadrilogie. D’ailleurs, cela se sent. Nous retrouvons ici les survivantes de ces femmes blanches qui, un jour, ont quitté leur monde pour en découvrir un nouveau, avec tous ces risques mais aussi le riche apport d’une nouvelle culture. Pour la plupart déjà peu épargnées par la vie, elles sont devenues de véritables guerrières, toutes dévouées à leurs nouvelles familles – elles sont devenues des sortes d’amazones, comme ces fameuses femmes guerrières de la mythologie grecque, qui effraient les soldats américains et n’hésitent pas à les combattre.
Ce troisième tome est un peu crépusculaire. On sent que la fin approche pour les Amérindiens, que leur résistance est vouée à l’échec et que ce n’est pas eux qui seront les vainqueurs de ce combat de David contre Goliath. C’est une grande injustice, mais qui semble inéluctable : les États-Unis, qui sont en train de gagner l’influence qu’on leur connaît depuis, a l’appétit d’un ogre et les terres encore presque inexplorées de l’ouest sont pleines de tentations. Pour beaucoup d’Américains modestes, c’est la perspective d’une nouvelle vie, d’une meilleure vie. Pour d’autres, c’est celle d’une richesse à portée de main, sur des terres aurifères qui ne demandent qu’à être exploitées. C’est là la plus grande différence entre les peuples Natifs et les Blancs : alors que les seconds ne pensent qu’à coloniser et soumettre la nature, pour les Natifs, cette dernière est d’une grande importance et on lui doit le respect. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, loin de la modernité galopante, les Natifs avaient su conserver une existence simple, calquée sur les cycles de la nature et les saisons et les terres qui étaient sacrées pour eux ne deviennent pour les Américains que des moyens de s’enrichir.
/image%2F0653560%2F20251121%2Fob_7f40e7_capture-d-ecran-2025-11-21-180330.png)
Photographies de Natifs américains : le chef sioux Bad Wound (1899), des femmes amérindiennes de l'Oregon vers 1902
Beaucoup de thèmes encore, sont abordés dans ce roman. Je ne suis absolument pas d’accord avec les lecteurs qui ont vu dans les récits de Jim Fergus racisme et misogynie, bien au contraire. Ce que l’auteur raconte, certes à travers un point de départ légendaire (l’histoire des mille femmes blanches n’est pas authentique historiquement), c’est la dépossession terrible de tout un peuple, l’injustice à ces Natifs d’Amérique qui, soudain, n’ont plus d’autre choix que de devenir des citoyens de seconde zone dans leur propre pays. L’histoire de ces femmes blanches, May, Molly, Meggie, Susie et toutes les autres, est aussi un reflet de ce qui pouvait arriver aux femmes à l’époque, car si les Amérindiens seront victimes d’une grande iniquité, des plus cyniques, les femmes ne sont pas épargnées, dans une société représentée uniquement par les hommes, qui détiennent le pouvoir et l’influence.
L’auteur aurait-il réellement écrit un tel récit si c’était pour faire l’apologie du racisme ou de la misogynie ? A mon sens, non.
Au contraire, que ce soit dans Les Amazones mais aussi dans les deux tomes précédents, Mille femmes blanches et La Vengeance des mères, l’auteur fait de son récit un véritable plaidoyer en faveur des Amérindiens et contre les abus de la conquête de l’Ouest. En lisant ses romans, on sent bien toute l’oppression subie par les peuples autochtones des Etats-Unis. A travers le personnage de Molly Standing Bear, une jeune Américaine de notre époque, au sang amérindien et pleine de révolte contre ce que l’on a infligé à ses ancêtres, l’auteur met également en lumière les inégalités qui touchent encore les Amérindiens dans les États-Unis du XXIe siècle : racisme systémique, inégalités sociales, risques décuplés de violences intra-familiales mais aussi de viols et d’enlèvements pour les jeunes femmes natives, voilà une triste réalité de la plus grande puissance mondiale.
Le roman offre aussi à nos yeux des portraits de femmes véritablement fortes et libres, capables de prendre leur destin en main malgré les difficultés. La plupart n’ont plus rien à perdre et doivent faire les meilleurs choix pour essayer de se tirer d’une vie qui ne leur promet aucun avenir. Pour la plupart, la clandestinité et le combat deviennent donc des armes, des outils pour essayer de s’en sortir – et si elles échouent, elles en mourront.
Même si j’ai apprécié beaucoup d’aspects de ce troisième tome, j’ai compris le ressenti de certains lecteurs qui reprochent à la suite de Mille femmes blanches d’être légèrement commerciale. Pour ma part, j’ai apprécié le premier tome, sans ressentir l’effet « waouh » que j’attendais, au vu des avis très élogieux que j’avais pu lire ici ou là. Oui certes, Mille femmes blanches est un roman percutant et qui bouscule, c’est indéniable. Pour autant, je n’ai pas eu l’impression, en ce qui me concerne, de lire un roman qui se démarquait foncièrement des autres romans historiques que j’avais pu lire auparavant. Du coup, j’ai apprécié de découvrir la suite cet été et je crois même que j’ai préféré La Vengeance des mères. Là, avec Les Amazones, j’ai trouvé que le récit tournait un peu en rond, comme si l’auteur exploitait jusqu’au bout les ficelles des tomes précédents. Il ne s’y passe pas grand-chose et les mêmes thèmes reviennent sans cesse. J’ai toutefois apprécié que le personnage de Molly Standing Bear, de nos jours, soit plus présent ici : elle forme un joli duo avec Jon Dodd, le journaliste « blanc » de Chicago et son militantisme, tant féministe qu’en faveur de son peuple et l’amélioration de ses conditions de vie dans un pays où il n’est plus que portion congrue, m’a touchée. J’ai aimé retrouver nos femmes blanches des années 1870 également, mais je me suis sentie un peu moins partie prenante dans ce tome-ci, comme si la magie retombait un petit peu.
Comme d’autres lecteurs, j’ai trouvé ce tome-ci peut-être un peu plus confus, un peu plus laborieux. Peut-être est-ce pour cela que j’ai ressenti quelques longueurs. Le fait que certains événements soient racontés plusieurs fois (par Molly mais aussi par May), avec des points de vue différents, m’a peut-être aussi lassée. Globalement, je n’ai pas détesté cette lecture, bien au contraire. Mais je ne l’ai peut-être pas trouvée aussi fluide, pas aussi captivante. Pour autant, j’irai jusqu’au bout et je lirai également le quatrième et ultime tome (beaucoup plus récent puisque Jim Fergus l’a écrit au milieu des années 2010 alors que Mille femmes blanches date de 1998) car Mille femmes blanches reste une saga romanesque intéressante.
/image%2F0653560%2F20251121%2Fob_d5965b_capture-d-ecran-2025-11-21-180614.png)
Célébrations à Berkeley (Californie) lors de la Journée des peuples autochtones en 2012
En Bref :
Les + : des thèmes toujours intéressants, une plume efficace et incisive. Jim Fergus continue à nous bousculer avec sa saga romanesque consacrée aux Natifs américains.
Les - : un tome qui tourne un peu plus en rond, je lui ai trouvé moins de souffle.
/image%2F0653560%2F20251119%2Fob_6f8378_ligne-blog.jpg)
/image%2F0653560%2F20251121%2Fob_09f6f1_img-3601.jpg)
LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle