17 Novembre 2025
« C'était un moment fatal qui devait arriver tôt ou tard. Il y a bien de la témérité à espérer vaincre une passion, quand on se voit tous les jours et qu'on a vingt ans. »
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Publié en 2021
Editions RBA (collection Romans Eternels)
Date de parution originale : 1832
335 pages
Résumé :
Histoire d’amour sur fond champêtre.
Bénédict est un jeune homme sans beauté et sans fortune, pourtant trois femmes tombent amoureuses de lui :
- Athénaïs, fille de paysans enrichis, coquette et gaie.
- Louise, triste aristocrate rejetée par sa famille.
- et Valentine, fiancée à un noble.
Il les aimera toutes les trois ! mais, finalement, arrêtera son choix sur la plus inaccessible…
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Publié en 1832, Valentine fait partie des romans champêtres de George Sand. Il se déroule dans la Vallée noire, une région du Berry qui se situerait à peu de choses près autour de Nohant, où l'autrice possède son domaine de famille.
A travers les destins croisés de ses personnages, paysans ou nobles, habitants du village ou du château de Raimbault, George Sand livre une analyse des mœurs de son temps et s’en fait la critique.
Les personnages principaux sont quatre : trois femmes et un homme. Ces trois femmes, différemment, seront aimées de l’homme, Bénédict. Ce dernier est un jeune homme instruit, élevé par son oncle et sa tante, des paysans aisés, qui lui ont permis d’étudier, notamment à Paris, où Bénédict a obtenu son éducation soignée. Les Lhéry, son oncle et sa tante, ont prévu de marier leur neveu avec Athénaïs, leur fille unique, un peu vaine et orgueilleuse : paysanne enrichie comme ses parents, elle a de grandes ambitions et se prendrait presque pour une aristocrate. Mais Bénédict, s'il a de l'affection pour sa cousine, n'est pas amoureux d'elle. Chez les Lhéry vit également la douce et bonne Louise, qui est en réalité la fille de l’ancien châtelain de Raimbault, aujourd’hui décédé et qui est l'amie et la confidente de Bénédict (mais peut-être souhaite-t-elle, dans le secret de son cœur, être un peu plus que ça). On comprend que Louise a dû, à un moment de sa vie, quitté sa région natale en raison d’un scandale et qu’elle y est revenue à l’insu des membres de sa famille.
Un jour de bal au village, Bénédict fait la connaissance de la jolie Valentine de Raimbault, la jeune demi-sœur de Louise. Malgré leur différence de rang, Bénédict tombe amoureux d'elle et Valentine, bien que déjà fiancée, est loin de se montrer indifférente : en effet, la jeune fille est promise à un homme qui en veut plus à sa fortune qu’il n’est réellement attaché à elle. Valentine se laisse aller au doux sentiment que Bénédict, qu’elle apprend à connaître, commence à éveiller en elle.
Un peu à l'instar de Jane Austen, George Sand nous livre ici une analyse fine des mœurs provinciales de son époque et de la conception du mariage. Mal mariée elle-même (son union avec Casimir Dudevant s’était terminée par une séparation), l'autrice s'est toujours montrée très critique envers le mariage arrangé, découlant de conventions sociales qu'elle dénonce. Dans les œuvres de George Sand, née au tout début du XIXe siècle, il y a déjà des accents féministes, qui n’auront rien à envier à des discours plus tardifs. Les femmes du roman, toutes issues de rangs différents, ont pourtant au bout du compte une destinée quasi-similaire qui passe par le mariage et la soumission à leur mari, ce que l’autrice déplore. Sous la plume de George Sand, elles s'en émancipent avec plus ou moins de succès.
Comment aimer en dessus ou en dessous de son rang, voilà une question qui revient au fil du récit, formant comme une sorte de trame, de fil rouge. Comment aimer, quand on n'en est pas libre, voilà aussi une grande question et qui sera certainement à l’origine des mauvais choix de nos héroïnes, d’Athénaïs qui, par dépit, se mariera avec un homme qu’elle n’aime pas à Valentine, qui se livrera tout entière à un amour certes passionnel mais qui sera à l’origine de son malheur. Belle et sensible, Valentine, qui donne son nom au roman, sans être pourtant l’héroïne principale, ressemble à une véritable victime sacrificielle : dès le départ, on sent que son combat, sa lutte contre les préceptes de la société et de son rang sont voués à être annihilés par le poids des préjugés et de conventions sociales plus fortes qu’elle. Mais Valentine aura au moins eu le mérite d’aimer et de s’élever contre ce qu’elle considère comme des entraves insupportables. N’est-elle pas, en quelque sorte, un alter ego de son autrice ?
George Sand, au début des années 1830, ne craint pas de choquer en parlant librement d’amours adultères ou de naissances illégitimes et de filles-mères, allant délibérément à l’encontre de préceptes qu’elle juge hypocrites.
Valentine est un drame, où la fatalité et l’amour impossible auront une grande place dans le récit. On le sent arriver dès le départ, ce drame, il est en germe quasiment dès les premières pages : on pressent qu’il ne se terminera pas par le mariage harmonieux de deux cœurs qui s’aiment. On se doute que cette histoire ne finira pas très bien et que l’amour, s’il triomphe, ne le fera que de manière transitoire, avant que la destinée ne reprenne le dessus. Les histoires d'amour finissent mal, en général. Celle de Valentine et de Bénédict ne dérogera pas à la règle.
Comme dans Elle et Lui, je pense que j'ai plus apprécié ce roman pour son style, les réflexions de l'autrice que pour l'intrigue à proprement parler mais je ne regrette pas d'avoir lu ce classique.
En Bref :
Les + : comme Jane Austen, George Sand se livre ici à une analyse fine des relations humaines et de l'amour, avec beaucoup de poésie et d'à-propos. En revanche, c'est beaucoup plus tragique et champêtre que chez la fameuse autrice anglaise de l'époque géorgienne.
Les - : la fin du roman est un peu poussive.
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