7 Décembre 2025
« Tout passe : notre siècle, notre terre et nous-même, et fort heureusement, l'avenir reste clos et celé à nos yeux, lequel, s'il nous était connu, fanerait nos joies dans l'instant de leur conception. »
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Publié en 1995
Éditions Le Livre de Poche
712 pages
Cinquième tome de la saga Fortune de France
Résumé :
Ce cinquième volume de la saga des Siorac couvre les avant-derniers soubresauts des guerres de religion. L'affrontement fait rage entre ceux qui, comme le très catholique Henri III, désirent faire coexister les deux Eglises, et la Ligue, entretenue par l'or espagnol, qui ne rêve que de massacres et de bûchers.
Henri III assassiné en 1589, la France voit grandir l'étoile du huguenot Henri de Navarre, le futur Henri IV, Pierre de Siorac combat dans son armée avant de redevenir agent secret pour de périlleuses missions dans Paris aux mains de la Ligue...
Au même rythme prodigieusement vivant et entraînant que dans les précédents volumes, Robert Merle fait revivre seigneurs et capitaines, grandes dames et prédicateur, multiples figures du peuple de Paris et de la province, et nous mène tambour battant jusqu'à l'entrée du bon roi Henri dans sa capitale...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Dans ce cinquième tome, l’auteur poursuit le récit de la destinée de sa famille de gentilshommes périgordins, les Siorac, à travers un siècle mouvementé : le XVIe siècle.
Ce cinquième tome se déroule entre 1589 et 1594. C’est une époque charnière et de grands bouleversements pour le royaume de France puisqu’après l’assassinat du duc de Guise au mois de décembre 1588, le roi Henri III a choisi de tendre la main à celui qui est son héritier : le roi de Navarre, qui est aussi huguenot, ce qui ulcère une grande partie du royaume, à commencer par les ultra-catholiques soutenus par les Espagnols et représentés par la Sainte Ligue. A tel point que, moins de neuf mois après la mort du duc de Guise, le roi Henri III est à son tour assassiné, par un moine jacobin fanatisé, Jacques Clément. Le règne d’Henri IV commence alors, marqué par une profonde lutte politique et religieuse et le siège de Paris…le « bon roi Henri » ne sera officiellement sacré que presque cinq ans plus tard, au printemps 1594, après avoir lutté pied à pied pour entrer en possession de son héritage.
Si le XVIe siècle français est passionnant à étudier historiquement, ici, en nous mettant dans les pas d’un contemporain (Fortune de France est rédigée en forme de chroniques ou de mémoires), l’auteur nous permet de prendre la mesure d’un siècle d’une infinie violence et marqué par de profonds bouleversements, annonciateurs de l’absolutisme et de la politique royale des rois Bourbons. Nous sommes d’ailleurs à l’aube du règne du premier d’entre eux, Henri IV, qui monte sur le trône en 1589 et s’y maintiendra jusqu’en 1610, jusqu’à ce qu’il tombe à son tour sous le couteau d’un meurtrier. Henri III, dernier fils de Catherine de Médicis et Henri II encore vivant n’avait pas eu d’enfants de son mariage avec la reine Louise de Lorraine-Vaudémont. En 1584, il avait perdu son frère le duc d’Alençon, son héritier naturel. La couronne devait donc échoir, après lui, à son plus proche parent masculin, son cousin et beau-frère le roi de Navarre, Henri.
C’est cette époque charnière que l’auteur nous raconte donc ici. Un changement de règne est toujours périlleux, à plus forte raison quand le roi précédent est mort assassiné et que le nouveau roi n’a pas la même religion que le reste de son peuple.
Pierre de Siorac, qui approche des quarante ans (donc de la maturité pour un homme de cette époque), est désormais bien installé dans la vie, propriétaire d’une seigneurie prospère non loin de Paris, père de nombreux enfants et marié à la femme qu’il aime, Angélina. Très proche du roi Henri III, qu’il estime sincère, Pierre est bouleversé par son décès brutal, le 2 août 1589. Alors qu’il avait dû se convertir du bout des lèvres à un catholicisme de façade pour exercer ses fonctions de médecin mais aussi d’agent spécial auprès du roi, l’arrivée sur le trône de France du roi de Navarre, protestant convaincu, n’est pas pour lui déplaire. Loyal à la couronne, Pierre apporte son adhésion à Henri IV et reprend auprès de lui les missions qui étaient les siennes auprès d’Henri III.
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Henri IV assiégeant Paris (peintre anonyme, château de Pau)
Ce cinquième tome est rythmé et mené tambour battant. Son sujet central est sans nul doute le siège de Paris de 1590 par les troupes royales, tandis que la sainte Ligue et les troupes espagnoles sont retranchées dans la capitale privée d’approvisionnements. Ce siège verra mourir nombre de Parisiens qui ne pourront pas se nourrir ou seront victimes de maladie. Auprès de Pierre de Siorac et de ses compagnons (à commencer par le fidèle Miroul, que nous retrouvons, toujours fidèle), nous découvrons de l’intérieur l’angoisse et les misères des Parisiens confinés dans leur ville qui n’est plus approvisionnée et victimes ou coupables de la sauvagerie humaine qui en découle (on dit que certains habitants de Paris, après s’être nourris des animaux, se livrèrent à des actes de cannibalisme - des milliers de Parisiens vont disparaître pendant les quelques semaines qui verront les troupes royales et les troupes ligueuses s'affronter de part et d'autre des murailles de la ville).
Même si ce cinquième tome est plus sombre que les précédents car marqués par des événements assez compliqués (assassinat, famine, guerre), peut-être aussi plus mélancolique pour Pierre de Siorac, confronté à la mort du roi qu'il aimait, l’auteur a toujours le don d’apporter humour et romanesque à son intrigue très historique, qui pourrait lasser à la longue – mais ce n’est justement pas le cas.
J’ai pris un grand plaisir à retrouver Pierre de Siorac et l’ambiance unique de cette saga historique, dans laquelle l’auteur a poussé le réalisme jusqu’à utiliser un langage d’époque. Cela peut rendre Fortune de France peut-être un peu compliquée de prime abord mais dès lors qu’on s’est habitué, c’est un véritable plaisir et l’on ressent dès lors toute la profondeur de cette série bien documentée et passionnante, qui nous entraîne complètement, notamment car l’auteur fait en sorte de nous placer sans cesse dans les pas de son héros.
Dans ce cinquième volume, nous découvrons le contraste entre Henri III, un roi raffiné, pur produit de la Renaissance française, mâtiné de culture italienne et son successeur, un homme plus rustre, plus dynamique mais qui n’en est pas moins intelligent ou fin politique, au contraire. On rencontre un roi proche des siens, ce qui induit forcément, de la part de ses compagnons, une loyauté forte et une véritable fidélité. La violente amour (qui tire son titre d’une citation authentique d’Henri IV, « La violente amour que je porte à mes sujets m'a fait tout trouver aisé et agréable. ») nous montre aussi toute la détermination et l’habileté politique du roi de Navarre, qui a pu apparaître auparavant comme un roi faible, contraint par les Valois ou par les circonstances à abjurer à plusieurs reprises, passant successivement du catholicisme ou protestantisme entre 1572 et son accession au trône, dix-neuf ans plus tard.
Alors que j’avais prévu début 2025 de lire un tome par mois de Fortune de France, j’ai finalement abandonné ce petit défi en mai, laissant donc passer sept mois entre la lecture du tome 4 (Le prince que voilà) et la lecture de ce cinquième tome et je dois dire que je ne regrette pas car je me suis replongée dans cet univers avec beaucoup de plaisir et sans peut-être la lassitude que des lectures trop rapprochées auraient peut-être pu induire.
Après un deuxième tome que j’avais trouvé un peu en-dessous du premier, un peu trop romanesque peut-être pour être totalement crédible, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans le premier volume dans les tomes suivants. Pour moi qui suis une grande fan des romans historiques très bien documentés et immersifs, je dois dire que je suis dans mon élément avec Fortune de France et que je prends toujours un grand plaisir à découvrir les aventures de Pierre de Siorac.
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Le moine Jacques Clément assassine le roi Henri III à Saint-Cloud au mois d'août 1589
En Bref :
Les + : après une petite pause dans la saga, j'y suis revenue avec plaisir. Nous sommes maintenant à la fin du XVIe siècle, le règne d'Henri IV commence et c'est toujours un plaisir de lire cette langue surannée et savoureuse.
Les - : quelques petites longueurs peut-être, mais rien de bien grave.
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