2 Janvier 2026
« Elle était femme, remplie d'amour et, par conséquent, riche d'une signification nouvelle, légitime face à elle-même. La vie n'était plus vide et futile, et la mort ne pourrait rien lui voler. L'amour avait chassé sa dernière crainte. »
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Publié en 2021
Editions RBA (collection Romans Éternels)
Date de parution originale : 1926
Titre original : The Blue Castle
290 pages
Résumé :
Valancy Jane Stirling, vieille fille de vingt-neuf ans, de santé délicate et pas très jolie, n'a jamais connu un seul instant de bonheur. Elle habite avec un mère très sévère et une vieille cousine agaçante. Elle joue les faire-valoir de sa séduisante cousine Olive et sert de bouc émissaire au clan familial. Heureusement, elle peut de temps à autre rêver éveillée en évoquant son "Château bleu" dont elle est la gracieuse châtelaine, épouse bien aimée et respectée d'un romantique chevalier.
Sa vie s'écoule, lente, triste et monotone, jusqu'au jour où elle consulte en secret le docteur Trent qui lui révèle une grave maladie de coeur. Il lui reste peu de temps à vivre. Paradoxalement, cette nouvelle la libère d'une peur de vivre qui la paralysait. Elle vivra désormais le temps qui lui reste selon son bon plaisir, malgré le scandale qu'elle cause dans les rangs du clan familial. Et c'est alors qu'elle fait la connaissance de Barney Smith, le mécréant, le fraudeur, le marginal...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Valancy Jane Stirling a vingt-neuf ans et elle n’est pas mariée. Pas très jolie, de santé fragile, étouffée par la tyrannie de sa mère, qui la considère comme un poids mais ne la laisse pas pour autant vivre comme elle l’entend, Valancy mène une vie sans joie et sans but. Très seule au milieu d’une famille qui ne la comprend pas (au mieux on l’ignore, au pire on la critique et ou la traite avec condescendance), au fil du temps, Valancy s’est endurcie.
Un jour, alors qu’elle éprouve des palpitations cardiaques, elle décide de consulter en secret un médecin. L’annonce du diagnostic est un choc pour Valancy : celle-ci souffre d’une maladie incurable et il ne lui reste plus que quelques mois, peut-être une année, à vivre. Passée la première stupeur, Valancy se rend compte qu’elle n’a jamais vécu pour elle-même et qu’elle ne gâchera pas les derniers mois qui lui restent à vivre. Jusqu’ici guidée par la peur, elle s’en affranchit pour être enfin elle-même. Bien décidée à vivre enfin, malgré l’échéance de la mort, la jeune femme va se révéler, se libérer de la tutelle des siens et découvrir enfin ce qui veut dire être libre et être aimée. Elle quitte d’abord la maison de sa mère pour aller s’installer chez une ancienne amie perdue de vue et qui est malade. Valancy lui offre tout le soutien et l’aide possibles et découvre combien il est gratifiant d’être serviable et altruiste de manière désintéressée. Puis, lorsque la jeune femme dont elle s’occupait disparaît, Valancy décide qu’elle ne retournera pas à Deerwood, chez sa mère. Elle décide qu’elle va se marier et pas avec n'importe qui : avec un homme que tout le monde à Deerwood considère comme un délinquant notoire et infréquentable, sans savoir exactement qui se cache derrière cette image de dur à cuire. Auprès de cet homme, Valancy connaît une année magique, dans un cadre extraordinaire (ils vivent presque comme des trappeurs, au milieu d’une île du lac Mistawis)…mais bientôt, un événement vient rebattre les cartes et instiller le doute : et si Valancy n’était pas condamnée, comme le lui avait affirmé le médecin ? Comment, dans ces circonstances, parvenir à regarder dans les yeux les membres de sa famille auxquels elle n’a pas hésité à dire leurs quatre vérités, comment annoncer la nouvelle à son époux qui, peut-être, sera effrayé de se voir lié pour toujours à cette femme qu’il croyait condamnée à plus ou moins brève échéance ? Et, bien pire, comment le convaincre qu’elle ne l’a pas dupé et qu’elle se croyait elle-même mourante, suffisamment en tout cas pour décider de vivre pleinement une seule et unique fois ?
Si, comme moi, vous avez découvert Lucy Maud Montgomery via la série Anne de Green Gables, vous serez sans nul doute dépaysé avec ce roman, qui est destiné aux adultes. On n’y retrouve pas, par exemple, le côté édifiant que l’on peut avoir dans Anne de Green Gables et qui fait sentir que cette série, si elle peut aussi se lire avec plaisir à l’âge adulte, est destinée avant tout aux plus jeunes et a une portée didactique.
Ici, rien de tout cela. Valancy est une femme presque mûre, encore jeune mais déjà engoncée dans une vie terne, comme vieillie avant l’heure. On lui fait porter la honte de son célibat, à une époque où cela ne va pas de soi, où une femme s’accomplit nécessairement dans le mariage et la maternité. Même si Lucy Maud Montgomery force le trait, il est probable que nombre de femmes, au XIXe siècle comme au début du XXe siècle, ont pu ressembler à Valancy. On les voit comme des anomalies et les « vieilles filles » pour autant que le terme soit péjoratif, n’ont pas vraiment d’existence sociale. Souvent restées sous la tutelle de la famille, elles sont des mineures perpétuelles.
A la faveur d’un événement extraordinaire – un diagnostic médical en l’occurrence –, Valancy va s’émanciper de cette tutelle insupportable. Elle le fait de manière radicale mais aussi jubilatoire pour le lecteur, notamment lorsqu’elle décide de dire enfin à sa famille tout ce qu’elle a sur le cœur.
D’un coup, après ce début terne et laborieux, Valancy se révèle, comme un papillon se libérant enfin de sa chrysalide. Elle passe presque sans transition du monde gris, guindé et étouffant des Stirling (et hypocrite aussi, il faut bien le dire) à un monde beaucoup moins conventionnel, plus haut en couleur, celui notamment de Barney Snaith, dans une nature préservée et grandiose.
Comme le récit, qui amorce un véritable virage, l’attention du lecteur est soudainement captée. Tandis que les premiers chapitres nous font vraiment ressentir la tristesse, la laideur d’une existence sans surprise, d’un coup le récit éclate comme un feu d’artifice et notre attention augmente d’autant. Je dois avouer que j’ai trouvé le premier accès assez fastidieux. J’avais tellement aimé Anne de Green Gables et j’y étais entrée si facilement, que j’ai été un peu déroutée par Le château de mes rêves.
Mais, paradoxalement, je l’ai lu en deux jours à peine, je l’ai trouvé extrêmement fluide et j’ai vraiment aimé voir Valancy se métamorphoser, évoluer. Alors qu’au début je ne me suis pas attachée à elle, peu à peu, j’ai appris à l’apprécier. Peu à peu, Valancy s’affirme, gagne en confiance et en relief, en apprenant à se définir d’abord par ses propres désirs et en s’affranchissant de l’image qui lui colle à la peau depuis toujours, celui de « femme non mariée », comme si sa valeur était intrinsèquement liée à un homme, à un statut.
Beaucoup plus incisif, Le château de mes rêves parodie et moque les héroïnes romantiques à la mode dans les années 1920. Le style de l’autrice est très différent de celui que l’on a pu lire dans Anne de Green Gables, écrit plus de dix ans plus tôt. Ici, Lucy Maud Montgomery se fait ironique, mordante, parfois provocatrice et on sent sa jubilation à dénoncer l’hypocrisie tant religieuse que sociale de la société dans laquelle elle vit.
L’autrice a rédigé ce roman (The Blue Castle, en version originale : ce titre fait référence au château onirique que Valancy voit en rêve, pour s’affranchir de la fadeur de sa vie quotidienne) à une période de sa vie où elle-même n’était pas très heureuse et cela se ressent. Pour autant, Le château de mes rêves est porteur d’espoir. A travers Valancy, l’autrice nous dit que rien n’est impossible et que la vie recèle toujours des surprises. Elle nous explique également que si la peur peut souvent nous empêcher de vivre ou d’agir, il suffit souvent de s’en affranchir enfin pour vivre pleinement et surtout, vivre pour soi. Il est vrai qu’ici l’électrochoc est plutôt radical mais il n’en est aussi que plus éclairant : il faut, pour Valancy, un diagnostic médical assez terrible pour qu’elle prenne enfin conscience d’elle-même et de sa valeur. Et, même si Lucy Maud Montgomery réserve en fait un destin beaucoup plus positif et lumineux à son héroïne, on ne peut s’empêcher de se dire que, effectivement, Valancy est la bonne illustration d’une fameuse maxime : « On n’a qu’une vie. » Et si finalement, on n’attendait pas pour la vivre, cette vie et si, surtout, on arrivait à s’affranchir du jugement et du regard des autres, ne serions-nous pas plus heureux ?
A une époque où nous parlons enfin plus ouvertement de santé mentale, de bien-être psychologique, de burn-out, je trouve que ce roman résonne de façon presque avant-gardiste. Paradoxalement, si le roman aborde des thèmes assez compliqués, il a aussi un côté très réconfortant. L’autrice y insuffle beaucoup d’espoir et la conviction que, si rien n’est impossible rien non plus, n’est jamais perdu. On ressort de la lecture du Château de mes rêves avec un sentiment très doux et le sourire aux lèvres.
En Bref :
Les + : Le château de mes rêves est un roman qui se mérite. Passés les premiers chapitres, la magie opère et j'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire. Du Lucy Maud Montgomery différent mais du Lucy Maud Montgomery quand même.
Les - : le début laborieux et peu captivant, qui m'a fait craindre pour la suite.
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