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Le salon des précieuses

L'impératrice de Pierre, tome 1 ; Kristina Sabaliauskaitė

« J'ai alors su, des tessons coupants plein les mains, que je n'étais pas un récipient . Ni plein, ni vide, ni avec ni sans enfants, et que personne ne me casserait jamais. »

L'Impératrice de Pierre, tome 1, (Petro Imperatoré , 2019) • Editions Folio • 2024 • 432 pages 

Résumé :

1727. Allongée sur son lit de mort, la première impératrice de Russie se remémore la jeune fille qu'elle était et que rien ne prédestinait à prendre la tête d'un empire. 
Orpheline issue d'une famille lituanienne appauvrie, recueillie par une tante qui la vend comme servante, elle est mariée de force et faite prisonnière par l'armée russe lors de la grande guerre du Nord. Devenue l'amante secrète du meilleur ami du tsar, Alexandre Menchikov, elle accède à la cour de Pierre le Grand, qui fait d'elle sa maîtresse puis son épouse. S'installe alors le triangle amoureux plein de tensions et de doutes qui la mènera au trône.
Saga historique en deux parties, L'impératrice de Pierre retrace la vie hors du commun et méconnue de Catherine Ire, qualifiée par Voltaire de Cendrillon du XVIIIe siècle, et, à travers elle, le destin tumultueux de la Russie et de son tsar légendaire Pierre le Grand, entre sauvagerie et modernité. 

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Sur le tableau le plus célèbre qui la représente, peint par Jean-Marc Nattier on voit une femme superbement vêtue à l’occidentale. Elle regarde le peintre en face, un petit sourire sur les lèvres, les joues rosées et rebondies, pleines de santé. Elle a des cheveux très bruns, aussi bruns que ses sourcils marqués et que ses yeux. Pas forcément d’une grande beauté, elle a pourtant beaucoup de charme. Cette femme, c’est Catherine Ire, l’épouse de Pierre le Grand, celle que Voltaire surnommait la « Cendrillon du XVIIIe siècle ». Et, quand on lit le roman de Kristina Sabaliauskaitė, on ne peut que lui donner raison. 
Le roman s’ouvre en 1727. Nous sommes à Saint-Pétersbourg, dans le palais d’Hiver. Alitée, la tsarine agonise, terrassée par une maladie pulmonaire. Elle sait que son temps est compté et entreprend donc de raconter son destin. 
Celle qui va s’éteindre le 17 mai 1727, à l’âge de quarante-trois ans, est née en Livonie en 1684. On ne sait pas grand-chose de sa jeunesse : a priori, son nom de baptême est Marta Helena Skowrońska (ou Skawrońska). Issue d’une très petite noblesse d’origine lituanienne, Marta est orpheline alors qu’elle n’a même pas dix ans : ses parents auraient succombé à une épidémie de peste qui aurait sévi dans la ville de Jakobstadt, où la famille vivait. Marta et ses frères et sœurs sont recueillis par une tante, qui place rapidement les plus âgés. Marta devient servante dans une famille allemande de Marienbourg, les Glück. Johann Ernst Glück est un pasteur luthérien très instruit, notamment traducteur de la Bible en letton. Mais l’éducation de Marta, simple blanchisseuse, est négligée et la future tsarine restera analphabète toute sa vie
Son destin bascule quand la ville de Marienbourg est prise par les troupes russes commandées par Boris Cheremetiev, en 1702. Marta est une jeune fille de dix-sept ans, fraîchement mariée à un modeste dragon suédois, Johan Cruse, qui disparaît durant la bataille. Faite prisonnière, Marta devient la servante de Cheremetiev, avant de passer au service du prince Alexandre Menchikov, un proche du tsar Pierre le Grand. A-t-elle était l’esclave sexuelle de Cheremetiev et la maîtresse de Menchikov comme le suppose Kristina Sabaliauskaitė dans son roman ? Rien n’est sûr, mais ce n’est pas impossible
Emmenée en Russie par Menchikov, Marta découvre une nouvelle vie, très étrange pour elle. La Russie du début du XVIIIe siècle n’est pas encore entièrement débarrassé de son obscurantisme séculaire mais commence à s’ouvrir aux traditions de l’Europe occidentale, qui exerce sur les élites russes un véritable attrait. Dans la maison de Menchikov, Marta se lie d’amitié avec la sœur de ce dernier et sa promise, la jeune Daria. Il semble que la future Catherine Ire fasse la connaissance du tsar Pierre Romanov en 1703 et qu’elle devient sa maîtresse peu de temps plus tard. Ils auront plusieurs enfants ensemble, notamment Anna Petrovna qui, en épousant le prince de Holstein-Gottorp, deviendra la mère de Pierre III et Élisabeth Petrovna, qui exercera le pouvoir en Russie pendant vingt ans, de 1741 à 1761. 

Catherine Ire (tableau de Jean-Marc Nattier, 1717) et Pierre le Grand (portrait posthume par Paul Delaroche, 1838)


De 1712 à 1725, Marta, devenue Catherine et convertie à la religion orthodoxe, est la tsarine consort de Pierre le Grand. A la mort de ce dernier et jusqu’à la sienne en 1727, elle sera impératrice de plein droit. Qu’est-ce qui prédisposait cette jeune femme, issue d’un milieu modeste puis prisonnière de guerre, à devenir tsarine de Russie ? Rien. Et pourtant…elle va se hausser jusqu’à des hauteurs inattendues de manière spectaculaire. Mais pour cela, il faudra endurer bien des épreuves et supporter bien des couleuvres avalées…Cela dit, l’ancienne blanchisseuse a des ressources, beaucoup de ressources, qui vont lui permettre de s’attacher le tsar comme aucune autre femme (ni Eudoxie Lopoukhine, l’épouse légitime ni Anna Mons, la maîtresse allemande) n’y parviendra jamais. 
Le roman prend la forme d’un long souvenir, raconté à la première personne du singulier par une femme à l’article de la mort. Catherine Ire n’est plus que l’ombre d’elle-même et elle sait que la mort est proche. Son corps souffrant et alité n’est plus que douleurs : l’autrice ne nous épargne rien de la laideur, de la souffrance, qui marquent les derniers jours de la tsarine, de la déchéance aussi. Mais, comme en miroir, Catherine nous raconte son incroyable ascension et les épreuves traversées : l’horreur de la guerre, le déracinement, la découverte surprenante d’un pays qui lui semble vulgaire et violent, mais aussi l’amour puis la maternité. 
Le style de l’autrice est incisif et elle ne nous ménage pas. Les scènes qui se passent en 1727 sont marquées par la souffrance, la maladie, l’indignité aussi qu’elles impliquent, quand on est complètement dépendant des autres pour ses besoins les plus primaires. Le reste du roman oscille entre événements dramatiques et moments plus légers et heureux, comme la vie finalement. 
Le roman est aussi l’occasion de décrire le règne de Pierre le Grand, un règne marquant pour la Russie, car le tsar, pétri de culture occidentale, va amorcer la modernisation du pays, notamment en faisant construire ex nihilo une ville qui deviendra le centre de l’Empire, Saint-Pétersbourg. 
Après la lecture de ce premier tome, je n’ai vraiment qu’une envie, c’est me jeter sur le tome 2 ! J’ai vraiment tout aimé dans ce roman, qui m’a en plus permis de découvrir non seulement l’univers riche d’une autrice mais aussi la littérature lituanienne.  

Le mot de la fin :

Un roman historique comme je les aime ! D'un style précis et incisif, sans nous ménager l'autrice nous plonge dans un contexte riche et passionnant, celui de l'Europe de l'est et de la modernisation de la Russie, au tournant du XVIIIe siècle, le tout vu à travers le regard de celle que Voltaire surnommait le Cendrillon du XVIIIe siècle. Captivant.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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L
Je ne connais pas grand-chose de cette période historique russe alors je suis assez intriguée je dois dire... Je note ce titre, d'autant plus que je ne connais pas l'autrice ! Cela promet une découverte intéressante :-)
Répondre
A
C'était vraiment une super lecture et je ne peux que te la recommander chaleureusement. Personnellement, je suis une grande passionnée de l'Histoire russe et notamment des Romanov. L'histoire tragique de Nicolas II et sa famille m'a toujours fascinée et m'a amenée progressivement à m'intéresser à toute la dynastie Romanov, arrivée sur le trône russe au XVIIe siècle. Pierre le Grand est une figure assez fascinante, écrasante...c'est le tsar de la modernité et en même temps, il reste très russe, dans sa façon d'être, sa façon de penser. Mais c'est lui qui ouvre son pays au XVIIIe siècle à l'Occident et il y a quelque chose de vraiment intéressant, que l'autrice saisit bien d'ailleurs : cette Russie qui se trouve alors à la croisée des chemins. Et le fait qu'elle consacre son roman à Catherine, l'épouse de Pierre, est un parti-pris que je valide entièrement. :) Vraiment, je pense que tu ne serais pas du tout déçue par ce roman.