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Le salon des précieuses

La saga des Cazalet, tome 4, Nouveau départ ; Elizabeth Jane Howard

 « Le problème, lorsqu’on se trouvait extérieur à une situation, c’est qu’à force de voir la forêt on oubliait de considérer chaque arbre. »

La saga des Cazalet, tome 4, Nouveau départ (Casting off, 1995) • Editions Folio • 2023 • 736 pages 

 

Résumé :

Juillet 1945. Deux mois après la fin de la guerre, la famille Cazalet décide de quitter Home Place pour retourner vivre à Londres. Pourtant, si la paix est enfin signée, rien ne sera jamais plus comme avant...L'Angleterre reste encore sous le coup des privations et des bouleversements politiques. Les plus âgés des enfants Cazalet, désormais adultes, doivent apprendre à composer avec leurs parents dont ils découvrent que les préoccupations ne sont pas si éloignées des leurs. Clary, Polly et Louise s'efforcent de tracer leur voie, entre mésaventures et déconvenues amoureuses, tandis que Rupert, Hugh et Edward doivent faire des choix dont les conséquences affectent non seulement leur vie personnelle mais aussi celle de la famille entière...

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

La guerre est terminée et pour les Cazalet, il est temps de fermer Home Place, qui redevient une maison de vacances, pour revenir vivre à Londres. La vie reprend peu à peu ses droits même si les traumatismes de la guerre sont encore bien présents. Rupert, après une aventure en France dont il ne semble pas vouloir parler à ses proches, doit se réhabituer à sa vie de famille et découvre sa fille Juju, une pétillante petite fille de cinq ans. Il doit aussi se résigner à venir travailler dans l'entreprise familiale, même s'il le fait sans enthousiasme. Quant à Edward, il est sur le point de prendre une décision radicale et de vivre enfin sa vie avec Diana. Rachel, elle, reste le pilier de la famille Cazalet et le soutien sans faille de ses parents qui vieillissent, quitte à s'oublier elle-même et à faire passer ses propres envies et ses propres désirs au second plan. 
Les enfants quant à eux ont grandi et ne sont, justement, plus des enfants. Clary et Polly ont emménagé ensemble dans un petit appartement de Londres et trouvé du travail. Toutes deux se trouvent au seuil de l'âge adulte et vont faire des choix différents pour passer cette étape cruciale, qui ne se fera pas sans mal, surtout pour Clary, torturée par la dépendance affective et le manque de confiance en elle-même. Louise, toujours malheureuse dans son rôle d'épouse et de mère, se cherche et s'apprête, comme son propre père, à prendre une décision irrévocable. 
Les garçons ne sont pas en reste : Teddy revient des Etats-Unis avec une épouse grandiloquente et un peu vulgaire qui, finalement, ne le rend pas heureux, Christopher s'est coupé du monde et vit sommairement en compagnie de son chien bien-aimé Oliver, cherchant une voie qu'il semble incapable de trouver. Neville, quant à lui, est un adolescent intéressant et un peu bizarre, mais attachant. 
En parallèle, on retrouve aussi le Brig et la Duche, les parents, qui vieillissent et deviennent dépendants ou encore, Sid, l'amie de Rachel et Archie, meilleur ami de Rupert, devenu le confident de toute le famille. 
Ce tome se déroule sur un peu plus de deux ans, entre 1945 et 1947. C'est une période charnière et un peu suspendue pour l'Angleterre. La guerre vient de se terminer, l'empire colonial est sur le point de disparaître et Churchill, le leader qui a galvanisé le pays pendant le conflit, est battu aux élections par le part travailliste, au profit de Clement Attlee. La vie reprend peu à peu son cours mais pas tout à fait comme avant. C'est pour cela que le titre Nouveau départ est finalement bien choisi : rien ne sera jamais plus comme avant pour les Cazalet et toute la population britannique, qui se relèvent petit à petit et se réparent. La guerre continue en plus de planer, avec le rationnement qui perdure, les traumatismes physiques ou psychologiques difficiles à faire disparaître...ce tome est un peu en demi-teinte car, après l'inquiétude permanente pendant le conflit, puis la ferveur et le soulagement de la libération, est venu un temps un peu suspendu de reconstruction, où une certaine torpeur semble s'emparer du monde. 
Après des années de confinement à Home Place, dans un cocon sécurisant malgré l’incertitude, les personnages doivent réapprendre à vivre les uns avec les autres et surtout apprendre à composer avec un monde qui, à partir de là, ne va cesser de changer et se moderniser rapidement. 
J'ai trouvé que le départ de Home Place marquait un tournant. Désormais, l'action se situe essentiellement à Londres, dans une ville qui panse ses plaies et redevient dynamique. Pour les Cazalet, c'est aussi le temps des deuils et des renoncements. 
Comme à son habitude, l'autrice met en scène tous ses personnages, mais de manière différente. Certains seront plus présents que d'autres. Ici, j'ai eu l'impression que l'autrice faisait la part belle aux trois cousines : Polly, Clary et Louise - dont le rapport au mariage et à la maternité avait déjà été exploré de manière magistrale dans le tome précédent. Un peu plus âgée que ses deux cousines, Louise est déjà bien intégrée dans une vie de famille tandis que Polly et Clary se cherchent encore un peu, parfois avec une impulsivité adolescente. 
Edward aussi est au centre du récit : son mariage est en train de vaciller et, après de nombreux faux-semblants, il se trouve à la croisée des chemins et contraint de faire un choix. La rupture semble inévitable, ainsi que l'éclatement de sa famille... 
La saga des Cazalet fait vraiment partie de ses séries qui se bonifient avec le temps. Au bout de quatre tomes, on pourrait s'attendre à ce que l'intrigue s'essouffle un peu, mais ce n'est absolument pas le cas, bien au contraire. Toujours lente et contemplative, La saga des Cazalet continue son bonhomme de chemin. Les personnages viennent tous de vivre, de manière différente, une période éprouvante et cela se ressent. Je crois que c'est le tome le plus psychologique, celui où l'autrice s'attarde le plus sur leurs sentiments les plus profonds. 
J'ai vraiment apprécié de les retrouver tous et d'en voir certains, comme Clary, se révéler, laissant entrevoir une fin de série en apothéose. Bien plus que d'autres séries vendues comme des dérivés de Downton Abbey (c'est à la mode et vendeur, manifestement), la comparaison ici n'est pas du tout galvaudée et je retrouve en effet pas mal de points communs entre les Crawley et les Cazalet. Les bouleversements dus à un conflit, les relations familiales, la fin d'un monde et d'une manière de vivre (ici, les personnages qui ont connu la rigidité des époques victorienne et édouardienne par exemple, disparaissent), la pesanteur d'un domaine autrefois témoignage d'un rang et d'une aisance financière devenu un fardeau et un gouffre...
Pour tous ces aspects, j'aime beaucoup cette série que je trouve sans fioritures mais justement, elle n'en est que plus captivante et passionnante. L'écriture précise d'Elizabeth Jane Howard, presque chirurgicale et sa manière inimitable de disséquer les sentiments les plus profonds de ses protagonistes, même les plus vils et les moins honorables, sont évidemment deux atouts de cette série qui, décidément, est destinée à devenir un classique du genre. 
A dévorer sans modération si vous aimez les sagas familiales sur fond de contexte historique finement restitué

Le mot de la fin :

Qui a dit qu'une saga avait tendance à s'essouffler sur la durée ? Ce n'est absolument pas le cas de La saga des Cazalet. Ce quatrième tome était passionnant, je me suis régalée de la première à la dernière page.

 

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

Retrouvez ici mes avis sur les premiers tomes de la série : 

 

 

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