2 Février 2026
« Ceci tue, dis-je en laissant mon épée retomber dans son fourreau gainé de peau de mouton. Mais la colère et la haine, elles, donnent la force d'occire. Aller à la bataille sans colère ni haine, c'est se vouer à une mort certaine. Il faut les lames, la colère et la haine, pour survivre. »
/image%2F0653560%2F20260131%2Fob_10ad54_couv37421738.jpg)
Les chroniques saxonnes, tome 2, Le quatrième cavalier (The Pale Horseman, 2005) • Editions Bragelonne • 2019 • 359 pages
Résumé :
878. L'Angleterre est assiégée : les Vikings occupent désormais la quasi-totalité de ses royaumes. Seul résiste un dernier bastion, une forteresse perdue dans les marais où le roi Alfred le Grand s'est retranché avec ce qui reste de l'armée. Parmi eux, le comte Uthred, soldat anglais de noble origine, pris en otage puis élevé par les Vikings durant sa jeunesse avant de rallier sa terre natale. Uthred a longtemps été un Viking de coeur, mais lorsqu'il croise la route de la puissante sorcière Iseult, tout change. En ces temps troublés, le jeune guerrier va devoir mener bataille contre l'envahisseur comme contre ses anciennes loyautés...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Nous sommes en 878, dans le Wessex. Alors que les incursions des Danois se font de plus en plus rapprochées et que leurs intentions se précisent – il s’agit ni plus ni moins que de coloniser l’entièreté des terres anglo-saxonnes, après que la Mercie, la Northumbrie et l’Estanglie sont tombées dans leur escarcelle –, le roi de Wessex, Alfred, refuse cet état de fait. Très pieux, guidé par une foi sincère et sans faille, le roi va prendre les armes pour défendre les terres héritées de ses ancêtres. Même s’il n’est pas celui qui réunifiera les terres d’Angleterre sous une même bannière, il en est malgré tout l’artisan et cela lui vaudra le surnom d’Alfred le Grand, sous lequel on le présente aujourd’hui encore.
Dans l’entourage du roi se trouve un jeune guerrier plein de courage, Uthred de Bebbanburg. Uthred a une vingtaine d’années : il est le fils d’un seigneur de Northumbrie, qui a trouvé la mort dans une bataille contre les Danois, plusieurs années plus tôt. Enlevé, le jeune garçon a été élevé par un chef de guerre danois, Ragnar Ravson, qui lui a servi de père de substitution. Auprès des Danes, Uthred est devenu un homme. Il a embrassé leurs croyances et leur mode de vie, mais un seul rêve le motive : celui de récupérer un jour sa terre de Bebbanburg, injustement spoliée par son oncle. Pour cela, Uthred n’a pas le choix : c’est en revenant auprès des siens, les Saxons, qu’il aura une chance de récupérer ses terres. Même s’il ne l’aime pas, il s’allie à Alfred, le roi de Wessex, et lui prête hommage. Il sera aux premières loges de la grande bataille d’Ethandun, en 878 (ou Edington, qui donne une victoire décisive aux troupes du Wessex contre le chef danois Guthrum) qui marquera un véritable tournant dans le conflit entre Normands et Anglo-saxons dans les îles britanniques.
Après le premier tome où l’auteur développait son univers et présentait le personnage d’Uthred (j’ai d’ailleurs souvent eu l’impression de lire un roman d’apprentissage), Bernard Cornwell continue sur sa lancée. Si vous avez regardé la série Vikings, par exemple, vous ne serez pas dépaysé, même si le contexte historique n’est pas exactement le même (et sa restitution est beaucoup plus rigoureuse chez Cornwell, il faut bien le dire, qui respecte à la lettre les noms et toponymes d’époque, ce qui est tout à son honneur, même si cela peut être parfois fastidieux pour un lecteur francophone).
Même si le héros du roman est Uthred, sorte de chevalier errant motivé uniquement par le désir de retrouver un jour sa terre natale (c’est lui d’ailleurs qui est le narrateur du récit alors qu’il est âgé), c’est bien le règne d’Alfred le Grand que l’auteur se propose de nous raconter ici. Loin d’être un guerrier charismatique, Alfred est un homme plutôt malingre, en mauvaise santé (il est probable qu’il souffrait de la maladie de Crohn) mais aussi profondément dévot, ce qui ne cesse d’exaspérer Uthred qui a embrassé les croyances païennes des Danes. Finalement, c’est plus son intelligence et son esprit pondéré, qui contrastent avec celui plus impulsif d’Uthred, qui permettent au roi de déjouer les plans des Vikings. Alfred présente une véritable intelligence politique, ce qui est pour lui un véritable atout, tout comme sa foi qui est un moteur, car il n’est pas véritablement ce que l’on pourrait appeler un bon guerrier.
Dans ce deuxième tome, la relation entre le roi et Uthred se développe et se densifie. Dans les mois qui précèdent la bataille d’Ethandun, Uthred se retrouve en proximité très étroite avec Alfred et les siens. Malgré des relations parfois conflictuelles (le jeune homme n’est pas toujours respectueux avec le roi, qu’il n’hésite pas à bousculer lorsqu’il sent que cela est nécessaire, au risque de s’attirer le mécontentement royal), les deux hommes commencent à établir une relation basée sur une confiance mutuelle, dénuée d’amitié mais qui n’en est pas moins solide.
Pour autant, Uthred est toujours un personnage flou, un peu perdu entre ses deux cultures : la culture saxonne, avec laquelle il est né et la culture dane dans laquelle il a été élevé. J’ai aimé cette ambivalence, cette ambiguïté. Uthred est un homme-lige d’un roi fervent dévot quand lui-même adore Thor et Odin…j’ai trouvé que cela résumait bien la complexité de cette époque et le mélange des cultures, qui n’a manqué de s’opérer probablement, jusqu’à créer une identité anglaise mâtinée de culture anglo-saxonne mais aussi de culture nordique. L’auteur ne tombe pas non plus dans un manichéisme trop facile, qui consisterait à renvoyer dos à dos les païens et les chrétiens. On se rend compte en effet, comme dans le premier tome, qu’une certaine porosité existe entre les deux mondes.
Je parlais un peu plus haut de la série Vikings et d’ailleurs, pour faire un parallèle avec la série, je trouve que Uthred pourrait un peu ressembler au personnage d’Athelstan, le jeune moine de Lindisfarne que l’on voit dans les premières saisons de la série et qui est enlevé lors d’un raid par les hommes de Ragnar Lothbrok. Il y a chez l’un comme chez l’autre ce flou, cette ambivalence, qui en font des personnages assez complexes et avec du relief.
Malgré des longueurs en milieu de volume, j’ai apprécié ce livre, que j’ai lu en quelques jours à peine. Après un début un peu poussif, le roman se termine dans l’apothéose d’une grande bataille, qui détermine le destin du Wessex (le fameux « dernier royaume » qui a donné son nom à la saga en version originale). Si le contexte historique n’est pas toujours évident à suivre, c’est vraiment captivant et je suis déjà très curieuse de découvrir la suite de cette saga et la destinée d’Uthred.
Le mot de la fin :
Des longueurs, mais un deuxième tome qui se termine de manière épique, dans un grand souffle guerrier ! Cela m'a donné envie de lire la suite, bien entendu !
/image%2F0653560%2F20260131%2Fob_a38429_ligne-blog.jpg)
/image%2F0653560%2F20260131%2Fob_981b2b_img-3658.jpg)
LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle
Retrouvez ici mon avis sur le premier tome :