1 Février 2026
« Tu es. Et parce que tu es, tu peux t'engager où bon te semblera; dans la paix, l'oubli ou les lacs de feu, mais tu en feras toujours le choix. »
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Trilogie d'une Nuit d'Hiver, tome 1, (The Bear and the Nightingale , 2017) • Editions Folio (collection Fantasy) • 2024 • 435 pages
Résumé :
Au plus froid de l'hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa soeur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l'hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l'appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n'est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Par une froide nuit du mois de novembre, alors que les ombres hivernales envahissent déjà le monde, une petite fille vient au monde : elle s’appelle Vassia. Avant de la mettre au monde, sa mère l’a prédit : cette enfant sera comme sa propre mère, une mystérieuse et charismatique femme qui, un jour, séduisit le grand-prince de Moscovie. Autrement dit, Vassia sera une sorte de magicienne, possédant un don particulier...
La petite Vassia grandit au cœur du domaine de son père, un petit seigneur du nord de la Moscovie, en compagnie de ses frères et de sa sœur. Mystérieuse et espiègle, Vassia n’est pas comme les autres enfants et porte en elle un véritable pouvoir, qui se développe à mesure qu’elle grandit : celui de voir les esprits de la maison (le domovoï, esprit protecteur de la maison ou le vazila, qui hante les écuries et protège les chevaux) ou de la nature (ainsi, Vassia peut parler à la dangereuse Roussalka, un esprit des eaux et des rivières qui entraîne sous les flots les baigneurs imprudents).
Contrairement aux autres, Vassia est intimement liée à la terre et aux traditions ancestrales, dans un pays chrétien où le pouvoir chrétien est tout-puissant. Mais Vassia est aussi l’incarnation d’une liberté que l’on refuse alors aux femmes, qui n’ont aucune alternative entre le mariage et la maternité ou le couvent. Très vite, son comportement inexplicable (puisque sa famille comme les habitants du village ne peuvent pas voir ce qu’elle voit) suscite la méfiance et Vassia est traitée de sorcière ou de magicienne.
Mais déjà, des forces qui dépassent les humains sont à pied d’œuvre : alors qu’un jeune prêtre exalté vient d’arriver au village de Lesnaïa Zemlia, et que la religion chrétienne orthodoxe gagne du terrain, les anciennes croyances quant à elles, s’affaiblissent…et les esprits d’alerter Vassia : s’ils disparaissent, c’est tout l’équilibre du monde qui va s’en trouver bouleversé.
Trilogie d’une Nuit d’Hiver est une saga mi-historique mi-fantasy qui a rencontré beaucoup de succès sur les réseaux sociaux et j’avais envie de la lire depuis longtemps, mais j’hésitais. Le côté historique des romans me tentait évidemment et le fait que cela se passe en Russie médiévale encore plus…mais je ne suis pas fan des romans de fantasy, alors j’avais peur que cela ne me convainque pas complètement. Et je dois dire que, même si j’ai trouvé ce roman incroyable (vraiment, je crois n’avoir jamais rien lu de tel), il a mis à rude épreuve mon esprit de lectrice cartésienne ! J’ai mis du temps à entrer dans cette lecture parce que mon cerveau rationnel luttait avec la suspension d’incrédulité nécessaire pour entrer dans une telle intrigue. Je crois que je n’arrivais pas à me positionner entre le contexte historique réel (celui de la Moscovie du XIVe siècle) et le récit plus fantastique, où les esprits et les démons existent.
Et puis, peu à peu, je me suis dit : et si tu lisais ce roman comme une métaphore ? En effet, ce que raconte Katherine Arden dans L’ours et le rossignol n’est ni plus ni moins que le conflit entre croyances ancestrales et païennes, plus organiques, (symbolisées par Vassia et les esprits) et la religion chrétienne, ici orthodoxe, personnifiée par le zèle et le fanatisme du père Konstantin, un jeune prêtre exalté qui effraie les paroissiens pendant ses prêches, jusqu’à les détourner d’anciennes croyances qui continuaient de maintenir l’équilibre du monde. Quand les offrandes aux esprits cessent, cet équilibre vacille, au risque de libérer des énergies néfastes.
Très honnêtement, je ne pense pas avoir aimé autant que certains lecteurs, qui ont vraiment été transportés par cette lecture. Mais, malgré tout, je me suis progressivement laissé happer et je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé. Peut-être m’attendais-je à un style un peu plus riche (l’écriture de Katherine Arden est cependant assez sensorielle et parvient assez facilement à faire passer des émotions ou à décrire des atmosphères, qu’elles soient mystérieuses ou inquiétantes) mais globalement, c’est une lecture que j’ai trouvée surprenante et intéressante. L’autrice, qui a étudié la littérature française mais aussi la littérature russe, maîtrise bien son sujet.
L’ours et le rossignol est vraiment à la croisée du conte de fées traditionnel et du roman historique plus rigoureux, puisque l’autrice nous apporte des clés pour comprendre l’histoire de la Russie (ou plutôt de la Rus’, comme on l’appelle alors) en cette fin de Moyen Âge : le père de Vassia est un petit seigneur de Moscovie, vassal du grand-prince de Moscou mais aussi du khan de la Horde d’Or, une dynastie mongole qui régnait sur les terres d’Europe orientale entre le Moyen Âge central et le Bas Moyen Âge. On découvre un pays morcelé, qui n’a encore rien à voir avec la Russie plus moderne, mais l’esquisse déjà : le folklore, la langue, la religion orthodoxe sont en effet aux racines de l’immense pays que nous connaissons aujourd’hui.
Même si le cycles des saisons se déroule plusieurs fois au cours du roman, c’est l’hiver qui reste la saison la plus importante : c’est pourquoi j’ai trouvé intéressant de lire ce roman en plein cœur de l’hiver. Certes, l’hiver français n’a rien à voir avec l’hiver russe, à plus forte raison l’hiver russe du XIVe siècle, mais je crois que je me suis bien plus projetée que si j’avais lu ce roman en plein mois de juillet, sous un grand soleil. L’ambiance du roman est assez sombre, froide et humide, mais cela fonctionne très bien. Nous nous projetons très bien dans l’atmosphère particulière des maisons russes conçues pour l’hiver, où le poêle, qui dispense la chaleur et permet de cuisiner, est probablement la pièce centrale.
L’ours et le rossignol est un roman extrêmement surprenant, d’autant plus si l’on n’est pas accoutumé à lire de la fantasy, comme moi. Mais même pour un lecteur habitué à lire de la fantasy se déroulant dans des mondes imaginaires, je pense que le dépaysement peut être présent, car l’autrice s’attache (presque paradoxalement finalement) à décrire finement le contexte de la Rus’ de Moscovie au temps du grand-prince Ivan II. Par curiosité, je lirai probablement la suite
Le mot de la fin :
Un roman qui se mérite. Les premiers chapitres ne m'ont pas plus captivée que cela et j'ai eu du mal à entrer dans l'intrigue...puis je me suis dit que ce roman pouvait être aussi une métaphore des conflits religieux (entre chrétienté et paganisme ici) qui ont émaillé l'Histoire...et la magie a commencé à opérer. Une lecture qui m'a clairement fait sortir de ma zone de confort.
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