1 Mars 2026
« Toute ma vie, j'ai suivi le chemin de l'épée. Si l'on me donnait le choix - et on le fit souvent -, je préférerais tirer ma lame que régler une querelle par les mots, car c'est ainsi qu'agit le guerrier, mais la plupart des hommes ne sont pas des combattants. Ils désirent la paix plus que tout. Ils veulent surtout voir leurs enfants grandir, planter leurs graines et attendre la récolte, adorer leur dieu, aimer leur famille et vivre en paix. Pourtant, mon destin a été de naître à une époque où la violence régnait. »
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Les chroniques saxonnes, tome 3, Les Guerriers du Nord (The Lords of the North, 2005) • Éditions Bragelonne • 2021 • 358 pages
Résumé :
IXe siècle. Uhtred, le fils dépossédé d'un seigneur anglais, a vaillamment repoussé aux côtés des siens l'impitoyable invasion viking. Désormais libéré de son allégeance au roi Alfred le Grand, mais sans terres ni titre, le jeune homme revient sur ses terres natales pour réclamer son dû. Or il ne peut compter que sur sa légendaire épée, car seuls un esclave et une nonne l'accompagnent. Et dans le Nord, le chaos, l'horreur et la trahison les accueillent, forçant Uhtred à se tourner de nouveau vers son ancien souverain...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Quand s’ouvre ce troisième tome des Chroniques saxonnes, nous sommes en 878 et le roi de Wessex Alfred le Grand vient de remporter une victoire décisive à Ethandun, accordant ainsi à son pays une paix certes temporaire mais méritée. Uhtred, qui s’est battu auprès du roi, se trouve soudain inoccupé et décide que le moment est venu de revenir vers le Nord, vers la Northumbrie, sa région d’origine, où se trouve la forteresse de Bebbanburg, injustement spoliée par son oncle. Alors qu’il chemine vers les terres de son enfance, Uhtred rencontre un personnage étonnant, Guthred, d’origine danoise et réduit en esclavage mais qui se retrouve soudainement propulsé roi de Northumbrie, avec l’appui des clercs et des abbés. Voilà donc notre héros soudainement plongé dans de nouvelles intrigues politiques particulièrement complexes car en Northumbrie, les alliances fluctuent sans cesse et Saxons et Danois se disputent ses terres.
Si ce troisième tome est bien rythmé et mené tambour battant, je l’ai trouvé aussi parfois assez complexe à suivre car il y a énormément de nouveaux personnages et les alliances sont parfois compliquées à comprendre pour nous, lecteurs du XXIe siècle. En Northumbrie, la frontière est très poreuse entre les Danois et les Saxons, ce qui finalement correspond bien à la personnalité d’Uhtred, lui aussi tiraillé entre sa naissance saxonne, son allégeance à Alfred le Grand, un roi presque mystique et animé d’une foi fiévreuse mais aussi son enfance passée auprès des Danes, dont il a adopté les croyances, la culture et le mode de vie. Les Saxons peuvent se déchirer entre eux et s’allier avec les Danes quand cela sert leurs intérêts et inversement. Ici, nous faisons la connaissance du roi Guthred (parfois aussi appelé Gothfrith d'York), que nous découvrons d’abord esclave et démuni. L’homme contraste avec Uhtred, qui symbolise la force et la puissance guerrières quand Guthred semble plus faible et peut-être aussi plus fantasque. Mais il est sympathique et, comme Uhtred qui s’attache à lui, j’ai trouvé que c’était un personnage assez intéressant. D’origine danoise, Guthred va pourtant être un roi chrétien, cherchant l’appui des prêtres pour consolider son pouvoir, ce qui en fait quelque part l’exact opposé d’Uhtred, né saxon et chrétien mais devenu dane et païen par la force des choses, finalement.
Je craignais un peu que ce troisième tome se situe encore une fois dans la droite ligne des deux précédents sans s’en émanciper outre mesure – j’avais trouvé que le deuxième tome était intéressant à lire mais peut-être un peu trop lisse – mais en réalité, ce n’est pas le cas, j'ai eu le sentiment que ce troisième tome opérait un virage. Déjà, nous quittons le Wessex pour revenir en Northumbrie, ce changement géographique est bienvenu et nous faisons connaissance avec une toute nouvelle myriade de personnages – d’ailleurs, il faut parfois s’accrocher pour ne pas tous les confondre ! Et pour Uhtred d’ailleurs, le changement risque d’être plutôt bien présent dans ce tome, car il va vivre une trahison qui va l’emmener à quitter (contre son gré, cela va sans dire) l’Angleterre pendant de longs mois. Cette expérience amère va d’ailleurs tremper encore plus son caractère, le rendant peut-être encore plus cynique et désillusionné sur le caractère des hommes. Mais, dans ce troisième tome, Uhtred, qui n’est pas des plus chanceux avec les femmes, va aussi rencontrer la troublante Gisela et, peut-être, commencer à envisager un avenir.
Le contexte que Bernard Cornwell raconte ici est un contexte brutal, sans aucune concession. L’unification de l’Angleterre sera longue, menée de longue haleine par Alfred le Grand puis ses descendants et, en cette fin du IXe siècle, la politique et les alliances entretiennent un climat de guerre larvée. La vie est dure et marquée par une violence omniprésente. Le journal The Observer remarque que Les Chroniques saxonnes c’est « Game of Thrones dans le monde réel. » et ce n’est pas faux du tout. On retrouve un petit peu les mêmes intrigues politiques, les personnages forts en caractère ou ceux plus faux et plus louvoyants voire des personnages vraiment malfaisants comme ici le personnage de Kjartan le Cruel, qui tient la forteresse de Dunholm (Durham) et qu’Uhtred se promet depuis des années d’affronter un jour en combat singulier, ce qui pourrait bien arriver dans ce tome.
J’ai trouvé aussi que, dans Les Guerriers du Nord, la religion chrétienne est beaucoup plus présente, avec des personnages de prêtres ou de moines que l’on voit beaucoup plus et qui sont moins anodins que le père Willibald ou le père Beocca, déjà croisés dans les tomes précédents et pour lesquels Uhtred nourrit une certaine affection, d’ailleurs voire une certaine estime, ce qui n’est pas le cas ici. A travers les yeux d’Uhtred, qui respecte les rites païens et prie plus volontiers Odin et Thor, nous découvrons une Église déjà puissante et jalouse de ce pouvoir, parfois prête à tout pour continuer à exercer son influence, comme le prêtre Eadred sur le roi Guthred, qu’il conseille et manipule à l’envi.
Finalement, ce troisième tome apporte à mon sens un souffle bienvenu. Même si j’ai trouvé le début un peu compliqué, peut-être un peu confus, j’ai aimé cette plongée dans cette Angleterre du Haut Moyen Âge, froide, boueuse et brutale. J’ai hâte de voir ce que l’auteur nous réserve maintenant dans la suite de la série.
Le mot de la fin :
Un troisième tome dynamique et mené tambour battant. Les différentes alliances, la myriade de personnages rend le tout peut-être un peu confus mais ça reste malgré tout plein de souffle épique.
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Retrouvez ici mon avis sur les deux premiers tomes :