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Le salon des précieuses

Retour à Cold Moutain ; Charles Frazier

« On aura beau pleurer à s'en briser le cœur, on n'en sera pas plus avancé pour autant. Le chagrin ne change rien à rien. Ce qu'on a perdu ne reviendra pas. Il reste perdu à jamais. Seules vos cicatrices empliront le vide. L'unique choix qu'on ait, c'est de continuer ou non. Mais si l'on continue, c'est en sachant que l'on emporte ses cicatrices avec soi.  »

Retour à Cold Mountain (Cold Mountain, 1997) • Éditions Gallmeister (collection Totem) • 2025 • 448 pages

Résumé :

Inman, un soldat confédéré blessé, a déserté l'hôpital militaire pour rentrer chez lui, à Cold Mountain, où l'attend sa promise, Ada. Confrontée au délitement d'un monde, Ada s'était juré de tenir le coup et de maintenir la ferme à flot. Pourchassé par la milice, Inman traverse un territoire immense, exposé aux éléments et à la cruauté des hommes. Alors que les liens se disloquent et que la violence se déverse en dehors des champs de bataille, Inman et Ada n'aspirent qu'à une chose : se retrouver. 

Ma Note : ★★★★★★★★★★

 

Mon Avis :

En 1864 Inman, un soldat confédéré, est convalescent dans un hôpital de campagne, où il se remet d’une lourde blessure au cou. Sa seule perspective est de se rétablir suffisamment pour retourner au front et redevenir de la chair à canon. Mais Inman refuse cette fatalité : son seul vœu est de rentrer chez lui, en Caroline du Nord, dans la région de Cold Mountain, où l’attend sa promise Ada. 
En parallèle, nous découvrons et suivons Ada, dans sa ferme de Black Cove. Fille d’un pasteur un peu excentrique de Charleston, elle l’a suivi jusqu’à Black Cove, un petit hameau perdu dans les montagnes de Caroline du Nord, où il a acheté une ferme, sans pour autant se soucier de la faire fructifier. Mais maintenant, son père est mort et Ada doit se débrouiller toute seule. Avec l’aide d’une voisine, elle fait la connaissance de Ruby, une jeune femme débrouillarde, qui n’a pas la langue dans sa poche et qui va l’aider à remettre la ferme à flots et à en tirer les ressources nécessaires pour vivre. 
Inman s’évade de l’hôpital de campagne, espérant laisser derrière lui les horreurs d’une guerre qu’il ne comprend pas. Il entame un long voyage loin des voies fréquentées, dans des paysages grandioses ou hostiles, pour retrouver son foyer. Le voyage sera long, compliqué et semé d’embûches : Inman doit composer avec la peur quasi permanente d’être repris par les milices qui sillonnent le pays et arrêtent les déserteurs pour les renvoyer au front, il doit avancer au mépris de ses souffrances physiques, affronter des températures extrêmes ou des conditions climatiques compliquées. Mais au cours de son voyage, il va aussi faire des rencontres, des gens vont lui tendre la main et l’aider à faire le pas supplémentaire qui le rapproche de Cold Mountain, Black Cove et Ada. 
Dans Retour à Cold Mountain, réécriture moderne de L’Odyssée, aucun des personnages n’est un héros, à commencer par Inman lui-même. Chacun se débat avec ses propres réalités et l’auteur (conférant ainsi des accents de nature writing à son roman) s’attache notamment à décrire les conséquences de la guerre sur les civils et l’arrière, du manque de nourriture à l’incertitude, en passant par le chaos social et économique qui bouleverse alors les États-Unis, le pays se déchirant de l’intérieur entre les Fédéraux (qui représentent les états du nord) et les Confédérés (qui sont eux les soldats des états du Sud, souvent présenté comme plus conservateur et esclavagiste). En réalité, comme dans n’importe quelle guerre, on découvre surtout des hommes ordinaires broyés par des idées qui les dépassent et qui deviennent des jouets ou de la chair à canon entre les mains des puissants. Certains, comme Inman, refuseront cet état de fait, mais à quel prix ? 
J’ai commencé ce roman, souvent considéré comme un véritable classique contemporain, un peu intimidée, presque sur la pointe des pieds. Moi qui ne suis pas familière de la littérature américaine, je ne savais pas exactement où j’allais. Le début d’ailleurs ne m’a pas emballée plus que ça sur le moment, mais je ne regrette pas d’avoir persévéré, au contraire. Qu’est-ce que j’ai bien fait ! Je me suis véritablement régalée de cette lecture, tout en elle m’a plu, des personnages au style en passant par les descriptions de paysages spectaculaires (ceux traversés par Inman pendant son périple de retour ou bien ceux de Cold Mountain, sur lesquels nous voyons les changements opérés par le changement des saisons). 

En 2003, Jude Law et Nicole Kidman interprètent les personnages principaux de Retour à Cold Mountain (Inman et Ada) dans le film du même nom

C’était une lecture incroyable, dense, riche et profonde et qui nous fait réfléchir non seulement sur notre condition humaine mais aussi sur le lien quasi consubstantiel entre l’humanité et la guerre. Les humains se font la guerre presque depuis la nuit des temps et clamer l’inutilité de la guerre est finalement tout aussi inutile, on le voit bien à l’épreuve de l’Histoire. La guerre de Sécession ne sera pas la dernière guerre du monde, il y en aura bien d’autres, il y a encore, tout aussi violentes ou bien larvées. Inman est un personnage presque métaphorique, qui peut représenter le soldat confédéré qui se bat pour une cause qu’il ne comprend pas (beaucoup de soldats sudistes se révoltent contre une guerre qui n'est pas mené à leur profit mais pour celui des grands propriétaires soucieux de conserver leurs esclaves) mais aussi le soldat dans les tranchées de Quatorze, le prisonnier de guerre en Allemagne en 1940, le migrant d’aujourd’hui ou des années 1970, fuyant le chaos dans son pays ou le prisonnier politique fuyant la rigueur du goulag. Il y a une dimension très vaste et finalement très universelle dans Retour à Cold Mountain
Je ne pense pas exagérer en disant que cette lecture m’a éblouie ou surprise tour à tour. Jusqu’à la fin d’ailleurs, jusqu’aux ultimes chapitres, l’auteur aura su me surprendre. J’aurais peut-être apprécié une autre fin, toutefois la conclusion du roman ne tombe pas non plus dans la facilité, ce qui est un gros point fort et nous tient finalement en haleine jusqu’au bout, jusqu’aux dernières lignes. Un roman véritablement magistral et fantastiquement bien mené. Le roman a obtenu le prestigieux prix National Book Award en 1997 et ce n'est absolument pas usurpé. 

Le mot de la fin :

Quelle lecture incroyable, prenante et au style parfait. Je n'ai pas vu passer ses 500 et quelques pages, j'étais à Cold Mountain avec Ada, sur les routes avec Inman. Je ne m'attendais pas à aimer autant, la surprise est donc d'autant plus savoureuse.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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