Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le salon des précieuses

L'Antre des Louves, tome 1 ; Elodie Harper

« Soit on décide de continuer à vivre, soit on abandonne. Et si c'est la première option que l'on choisit, il faut tout faire pour y parvenir. »

L'Antre des Louves, tome 1 (The Wolf Den, 2021) • Éditions Le Livre de Poche • 2023 • 544 pages

Résumé :

Pompéi, an 74 de notre ère. Amara, jeune Grecque de bonne famille, a été réduite en esclavage après la mort de son père et vendue à bas prix à un lupanar sordide, l'Antre des Louves, dirigé par Félix, un homme violent et imprévisible. L'impétueuse Amara comprend vite que la cité offre beaucoup d'opportunités à celles qui savent les saisir. Avec les autres prostituées, devenues sa famille de coeur, elle gravit les échelons d'une société où les hommes détiennent le pouvoir, forçant les femmes à constamment s'adapter pour survivre. Des ruelles animées de Pompéi aux recoins les plus sombres de l'Antre des Louves, nul n'imagine une seconde que certaines connaissent les règles du jeu mieux que quiconque. Amara va apprendre à utiliser et à contourner les codes de ce monde impitoyable afin de regagner sa liberté. 

Ma Note : ★★★★★★★★★

Mon Avis :

Bienvenue à Pompéi en l’an 74 de notre ère…ou plutôt, non : bienvenue en Enfer. Car là où Elodie Harper nous emmène, il y a peu de place pour l’espoir. 
Amara est une jeune esclave grecque arrachée à son pays et à sa vie d’avant. Devenue prostituée, elle est la propriété de Félix, le tenancier d’un célèbre lupanar de Pompéi, L’Antre des Louves. Pour ces jeunes femmes à qui ont a tout pris, jusqu’à la liberté, il ne leur reste plus que leur corps, leur corps que les hommes consomment comme une simple denrée. A L’Antre des Louves, il y a donc Amara, mais aussi Didon la punique, Béronice l’Egyptienne, Victoria, née à Pompéi et aux origines obscures, Cressa, qui cache en elle une terrible blessure…toutes ces femmes sont étroitement surveillées par Félix et ses hommes de main, garants de la bonne tenue de l’établissement. Pour eux, les filles sont de simples objets, des outils qui leur permettent de s’enrichir. Les jeunes femmes, elles, n’ont plus aucune perspective, sauf celle d’être un jour rachetées à leur souteneur, par un homme qui se serait attaché à elles ou bien de racheter elles-mêmes leur liberté, ce qui semble un mirage…mais Amara est bien déterminée malgré tout à ne pas rester le restant de ses jours à L’Antre des Louves. Pour cela, il lui faut composer avec Félix, jouer au plus fin avec lui et tenter de ferrer un riche protecteur. Mais quand on n’a plus rien à perdre, on peut se montrer capable de toutes les audaces. 
L’Antre des Louves, premier tome d’une trilogie centrée sur le personnage d’Amara, nous emmène dans une ville qui n’existe plus : Pompéi. Aujourd’hui, nous connaissons cette cité de l’empire romain en ruines, protégées depuis l’an 79 de notre ère sous une épaisse couche de pierres ponces et de cendres volcaniques. Lorsque l’on pense à Pompéi, on songe automatiquement à l’éruption du Vésuve, à l’automne 79, qui raya de la carte Pompéi et ses voisines Herculanum et Oplontis. Pourtant, avant cela, c’est une ville florissante et dynamique de la baie de Naples (même si, en 74, Pompéi est aussi un grand chantier, portant encore les stigmates d’un terrible tremblement de terre qui avait eu lieu une dizaine d’années plus tôt) Pompéi est un port commercial où de nombreux échanges ont lieu et une ville assez développée. Elle est aussi célèbre pour ses fameuses « Louves » (lupa) ces femmes qui travaillaient dans ses bordels. D’ailleurs, le mot latin pour « louve » est « lupa » qui a donné le mot lupanar. C’est ce que sont Amara et ses compagnes. D’ailleurs, l’une des maisons les plus visitées de Pompéi aujourd’hui est le lupanar (Lupanare Grande) dans lequel on peut encore voir des fresques érotiques et l’emplacement des cellules des « louves ». On peut supposer qu’Elodie Harper s’est inspirée de cette maison authentique pour imaginer l’établissement de Félix. 
Dans les pas d’Amara, nous découvrons comment ces femmes s’accommodent d’une vie qui n’en est pas vraiment une. Sous le joug inflexible de leur maître, elles n’ont qu’une seule mission : racoler le plus de clients et enrichir Félix. En échange, celui-ci leur offre le gîte (plutôt modeste) et la nourriture (tout aussi fruste et peu abondante) et un peu de protection. Toutes ces femmes mènent une vie paradoxale, totalement intégrée à la société pompéienne mais en même temps en marge. Elles doivent composer avec leur passé, la dignité qui leur reste, l’espoir aussi, qui ne disparaît jamais vraiment…à L’Antre des Louves, malgré les rivalités (savamment entretenues par Félix), les filles se serrent les coudes car elles partagent le même enfer. Les pensionnaires tissent un véritable lien de sororité, indispensable pour survivre dans un milieu aussi violent. Pourtant, en même temps, chacune est obligée de manœuvrer pour elle-même si elle veut s’en sortir. Amara qui, malgré tout, n’a pas perdu espoir, n’a donc qu’une idée en tête : retrouver sa liberté et s’émanciper de la tutelle délétère de Félix. 

Une cellule dans les ruines d'un lupanar de Pompéi : fermée d'un rideau ou d'une porte en bois, la pièce est exiguë et ne contient qu'un lit et un traversin maçonnés 


J’ai vraiment aimé ce roman qui ne ressemble à aucun autre. Je l’ai lu presque en apnée et j’avais une furieuse envie, en le terminant, de me plonger dans la suite (que je ne possède pas encore, dommage). L’Antre des Louves n’est assurément pas une romance historique : Elodie Harper nous plonge sans précaution dans la fange poisseuse d’une ville ultra peuplée, où la lutte est perpétuelle, le danger omniprésent. J’ai aimé suivre Amara, un personnage plutôt ambigu, qui apparaît d’abord comme faible, terrorisée, ce que l’on peut comprendre…lorsque le roman commence, on comprend que la jeune femme n’est semble-t-il pas arrivée à Pompéi depuis très longtemps. Elle est encore secouée par son arrivée dans la ville et à L’Antre des Louves. A travers ses yeux, on découvre un monde interlope, où affranchis, esclaves, souteneurs, prostituées, évoluent dans des quartiers sombres, où l’on pratique les amours tarifées, où l’on vient obtenir un prêt, pratiquer l’usure…mais Amara n’est pas une simple victime : elle qui a connu une vie confortable en Grèce, elle sait qu’elle ne la retrouvera jamais, du moins elle sait qu’elle ne retrouvera jamais son passé, ni peut-être même son pays. Mais elle est bien décidée à ne pas rester une esclave toute sa vie. Et on voit peu à peu son évolution, sa manière de réagir, quand une de ses compagnes se résigne, quand l’autre entretient des sentiments flous pour son souteneur, quand une autre encore s’amourache de l’un des hommes de main de Félix…Amara, elle, va se mesurer à Félix lui-même, même si cela représente pour elle un danger et qu’elle doit la jouer fine. 
En même temps, elle vit dans une peur permanente et que l’on ressent presque. Amara n’a pas le droit à l’erreur, ni même à un faux pas. Son maître a droit de vie et de mort sur elle et la jeune femme sait qu’elle ne doit jamais le doubler, même si elle peut parfois lui tenir tête, voire le conseiller. Tout au long de cette lecture, on marche sur des œufs en quelque sorte, on ne sait jamais trop où on va mais c’est passionnant…et en même temps terrifiant car à travers son roman, Elodie Harper redonne vie et consistance à des femmes aujourd’hui oubliées et qui, pourtant, ont existé : les Louves de Pompéi, dont le quotidien n’était sûrement pas bien éloigné de celui qu’elle décrit ici. 

Le lupanar de Pompéi

Le mot de la fin :

Un roman sur un sujet compliqué mais que j'ai dévoré, lu comme en apnée. Cette plongée dans les bas-fonds de Pompéi nous entraîne dans les espaces les plus noirs de l'âme humaine. J'ai beaucoup aimé Amara et ses compagnes d'infortune, obligées de vendre leur corps et vivant dans la peur et le désespoir de retrouver un jour leur liberté.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Je suis vraiment contente de voir à quel point tu as apprécié ce roman que j'avais adoré, qui m'avait fortement marqué ! Je re pousse sans cesse la lecture du tome 2 mais j'aimerais le lire sous peu !
Répondre
A
Oui, j'ai vraiment beaucoup aimé. Je ne sais pas si je m'attendais à ça à la lecture du résumé mais...c'était encore mieux ! ;) J'ai hâte de lire les tomes 2 et 3 maintenant et de voir ce qu'il va arriver à Amara.
L
Je n'avais jamais entendu parler des Louves de Pompéi mais ta critique me convainc de me lancer dans la lecture de cette série !
Répondre
A
Franchement fonce, c'est un super roman ! Le sujet traité n'est pas évident, c'est certain, mais j'ai beaucoup aimé la façon dont Elodie Harper traitait son sujet. C'était un roman historique passionnant.