19 Mars 2026
« Tu es à un carrefour où toute vie se trouve amenée tôt ou tard. Quel chemin choisis-tu ? C'est le plus rude qui mène au ciel, le plus doux ne peut conduire qu'à ta perte. »
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Le Dame de beauté • Éditions Le Livre de Poche • 1987 • 235 pages
Résumé :
Agnès Sorel fut la première maîtresse royale reconnue officiellement, affichée, comblée de titres et de biens. Elle s'identifia si parfaitement au siècle charnière qui a été le sien - le XVe - qu'elle en reflète le double aspect. Médiévale par la gaieté et la foi, déjà moderne par le goût du confort et les besoins matériels. Agnès a vingt et un ans lorsque à Toulouse elle rencontre Charles VII, qui, lui, en a quarante. La beauté d'Agnès fait de lui un amant subjugué, et le transfigure : de terne, inquiet, défiant, malchanceux, il devient joyeux, hardi, habile, plein d'allant. Avec le talent qu'on lui connaît, Jeanne Bourin, l'autrice de La Chambre des Dames, fait revivre ces amours rayonnantes. Des amours qui sont aussi de l'Histoire.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Si vous visitez la collégiale Saint-Ours de Loches, vous ne le verrez pas tout de suite (à moins d’être venu pour cela)…c’est au détour d’une nef latérale qu’il se dévoile lentement, dans la pénombre de l’église. Un magnifique tombeau en marbre noir, sur lequel repose un gisant d’albâtre d’une grande pureté. La femme est encore jeune, elle a des mains fines jointes au niveau de la poitrine, des traits lisses, un front haut. A ses pieds, deux agneaux qui semblent veiller sur elle. On ne peut s’empêcher de s’arrêter un instant, contempler la beauté de la sculpture et le charme de la jeune femme, figé pour l’éternité. Cette femme, c’est Agnès Sorel et rien ne la prédestinait à être encore connue de nos jours, presque cinq-cent-quatre-vingts ans après sa mort.
Née vers 1422 en Picardie, Agnès Sorel est issue de la petite noblesse. Son père, Jean Sorel (ou Soreau) est seigneur de Coudun. Tout au plus sa fille pouvait-elle espérer devenir fille d’honneur d’une dame d’un rang supérieur, avant de se marier et de fonder sa propre famille. Dans ce cas, Agnès Sorel aurait été engloutie dans les limbes de l’Histoire, comme beaucoup de ses contemporaines. Mais, en 1443, elle fit une rencontre cruciale…
Cette année-là, la cour de France passe l’hiver à Toulouse. La guerre de Cent Ans n’est pas encore complètement terminée (elle le sera définitivement par les armes dix ans plus tard et par les actes en 1475, avec la signature du traité de Picquigny) mais on a de nouveau envie de s’amuser et d’envisager l’avenir avec optimisme. Beau-frère du roi, le duc d’Anjou René est venu rejoindre la cour de Charles VII avec son épouse, Isabelle de Lorraine. Dans la maison de cette dernière se trouve une jeune femme de vingt ans, d’une grande beauté. Agnès Sorel est blonde, avec de grands yeux bleus, un teint clair et un corps décrit comme parfait. Son charme séduit de nombreux hommes à la Cour mais surtout, elle coupe le souffle de Charles VII. Ce dernier, à quarante ans, a déjà connu son comptant de déconvenues et désillusions : il a dû se battre pour reconquérir patiemment l’héritage paternel, dont il avait été spolié par le traité de Troyes en 1420. Surnommé « le petit roi de Bourges », Charles VII a connu défaite sur défaite avant que Jeanne d’Arc ne vienne galvaniser ses troupes et renverser la tendance. Mais cette année-là, le roi semble prêt à aimer. Alors que la reine, vieillissante mais toujours enceinte, ne le séduit plus vraiment et qu’une simple tendresse conjugale les unit, alors que son fils, le perfide Dauphin Louis ne cesse de comploter dans l’ombre, Charles s’éprend violemment de la fille d’honneur d’Isabelle de Lorraine. Faisant de la duchesse sa complice, il va s’employer à séduire la jeune inconnue. Mais Agnès ne sera pas qu’une simple maîtresse, une simple passade. Pour la première fois, dans l’Histoire de France, le statut de maîtresse royale est officialisé. Couverte de cadeaux et de largesse, Agnès acquiert une influence sur le roi qui ne sera évidemment pas sans susciter haines et jalousies. Devenue dame d’Issoudun et de Rocquecezière, c’est sûrement son titre de Dame de Beauté (car le roi lui octroya la jouissance de la seigneurie de Beauté-sur-Marne, non loin de Paris) qui retient aujourd’hui notre attention, tant il semble s’accorder à la joliesse tellement chantée d’Agnès.
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Probablement l'un des tableaux les plus connus : La Vierge allaitante, à laquelle Agnès Sorel prête ses traits (XVe siècle, Jean Fouquet) et qui fait partie du diptyque de Melun, commandé dans les années 1440-1450 par Étienne Chevalier
Pour autant, la chute sera aussi brutale que l’ascension avait été fulgurante : après avoir donné trois filles au roi (qui seront reconnues), Agnès meurt brutalement à l’âge de vingt-sept ans, le 11 février 1450, à Jumièges, où elle était venue retrouver le roi. La jeune femme aurait succombé à un flux de ventre, consécutif à un accouchement difficile (sa quatrième fille, née le 3 février 1450, meurt quelques heures plus tard). Sa mort laissera le roi dans une affliction terrible et c’est lui qui commandera le magnifique gisant que l’on peut encore voir aujourd’hui à Loches et permet au souvenir d’Agnès de rester vivace.
Jeanne Bourin, autrice de La Chambre des Dames ou encore des Pérégrines ou de Très Sage Héloïse, avait aussi consacré l’un de ses romans les plus connus à Agnès et je voulais le lire depuis longtemps sans, malheureusement, jamais le trouver. Quelle ne fut pas ma surprise de le découvrir à la boutique du château de Chinon il y a un an et demi, lors de ma visite. Je n’ai pas du tout hésité et je suis vraiment ravie d’avoir lu ce roman. Je me souvenais d’avoir aimé les romans précédents de l’autrice, sans avoir pour autant été totalement séduite par sa plume (par exemple dans La Chambre des Dames, j’avais trouvé que le style était peut-être un peu lourd). Avec La Dame de Beauté, je me suis replongée avec plaisir dans cette France du XVe siècle, vraiment passionnante : nous sommes encore au Moyen Âge, mais déjà, l’Europe regarde vers une nouvelle époque, une nouvelle naissance et on peut considérer qu’Agnès Sorel est vraiment représentative de cette époque. J’ai beaucoup d’affection pour ce personnage, sans savoir exactement expliquer pourquoi et j’ai pris grand plaisir à lire ce roman, même si j’y ai passé finalement beaucoup plus de temps que je ne pensais (presque une semaine pour 235 pages, j’ai fait fort). Le style était peut-être un peu monocorde parfois car écrit au présent, mais j’ai beaucoup aimé m’approcher au plus près d’Agnès, présentée comme une jeune femme d’une grande bonté, certes couvertes de prodigalités mais qui n’est pas forcément ambitieuse et semble véritablement éprise du roi (cela, était-ce vrai ? L’Histoire a emporté ce secret et Agnès aussi, dans la tombe). Jeanne Bourin la décrit comme finalement assez simple, bien qu’aimant se parer et prendre soin d’elle. Ce milieu du XVe siècle, pas encore complètement débarrassé de ses oripeaux médiévaux, commence déjà furieusement à regarder vers les fastes de la Renaissance et la douceur de la vie en Val de Loire n’y est pas pour rien, suscitant en nous des images qui évoquent les grandes demeures royales que l’on prend encore plaisir à visiter aujourd’hui en rêvant des fastes d’antan.
Si vous prévoyez d’ailleurs de visiter cette région, n’oubliez pas de faire une visite à Agnès, à Loches. Vous serez certainement happé vous aussi par le charme magnétique de la jeune femme, que le talentueux artiste missionné par Charles VII a su fixer pour l’éternité dans la pierre. Il s’agit aussi d’un bel hommage d’un homme amoureux et éploré, dont l’affection et la tristesse transparaissent aussi dans la beauté presque fragile du monument.
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Le mot de la fin :
Un roman que je voulais lire depuis longtemps et je ne regrette pas. Certes, le récit au présent peut apparaître parfois comme un peu monocorde, mais par ailleurs, c'est très bien écrit. L'autrice a su cerner, en peu de pages, la figure ambivalente d'Agnès Sorel, première favorite royale, dans une époque charnière pour le royaume de France.
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