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Le salon des précieuses

Le barman du Ritz ; Philippe Collin

« Plutôt les remords que les regrets, tranche-t-il. Et si sa décision ne lui apporte ni fierté, ni consolation, reste au moins à espérer qu'elle le laissera dormir un peu cette nuit.Le remords, ce sera d’avoir agi. Le regret, d’avoir failli. »

Le barman du Ritz • Éditions Albin Michel • 2024 • 416 pages 

Résumé :

Juin 1940. Les Allemands entrent dans Paris. Partout, le couvre-feu est de rigueur, sauf au grand hôtel Ritz. Avides de découvrir l'art de vivre à la française, les occupants y côtoient l'élite parisienne, tandis que derrière le bar oeuvre Frank Meier, le plus grand barman du monde. 
S'adapter est une question de survie. Frank Meier se révèle habile diplomate, gagne la sympathie des officiers allemands, achète sa tranquillité, mais aussi celle de Luciano, son apprenti, et de l'énigmatique et troublante Blanche Auzello. Pendant quatre ans, les hommes de la Gestapo vont trinquer avec Coco Chanel, la terrible veuve Ritz, ou encore Sacha Guitry. Ces hommes et ces femmes, collabos ou résistants, héros ou profiteurs de guerre, vont s'aimer, se trahir, lutter aussi pour une certaine idée de la civilisation. 
La plupart d'entre eux ignorent que Meier, émigré autrichien, ancien combattant de 1914, chef d'orchestre de cet étrange ballet, cache un lourd secret. Le barman du Ritz est juif. 

Ma Note : ★★★★★★★★★

Mon Avis :

Juin 1940. Après la défaite, Paris est déclarée ville ouverte et les habitants, sonnés, voient les rues de la capitale envahies de soldats allemands. Au Ritz, symbole du luxe à la française, les officiers de la Wehrmacht remplacent les intellectuels, écrivains, acteurs de cinéma et les bourgeois aisés qui fréquentaient l’hôtel jusque-là. Derrière le bar, toujours fidèle au poste, se trouve Frank Meier, l’un des barmans les plus réputés de l’époque, qui a fait ses classes à New York avant d’arriver à Paris dans les années 1920. Lui qui a côtoyé de près Fitzgerald, Hemingway ou encore Chanel, va désormais préparer ses fameux cocktails pour tous les grands pontes du régime nazi. Un seul mot d’ordre : les rouages du Ritz ne doivent jamais se gripper. Depuis son bureau, la veuve Ritz, qui en tient les rênes, y veille jalousement, quitte à imposer à ses employés une collaboration qui ne dit pas son nom. Mais pour Frank, l’époque est périlleuse : il a beau être extrêmement renommé, le barman du Ritz s’emploie depuis longtemps à cacher le secret de sa naissance, dans le Tyrol autrichien, près de soixante ans plus tôt. Frank Meier est né juif et, en cette période plus que bouleversée, si l’on venait à le savoir, ce serait la fin pour lui. Le barman s’engage alors dans une voie périlleuse : d’un côté, il fréquente les officiers du IIIe Reich, de l’autre, avec l’aide notamment d’un diplomate suédois, il obtient des faux papiers pour aider des familles juives à quitter la zone occupée puis la France entière, lorsque la zone libre est occupée en 1942…C’est ce personnage ambivalent, qui cherche en même temps à sauver sa peau mais n’en oublie pas les autres pour autant, que nous allons suivre de juin 1940, au lendemain de l’armistice, jusqu’au 25 août 1944, date de la libération de Paris.
Roman immersif, Le barman du Ritz nous offre donc une plongée dans le Paris de l’Occupation. De la sidération de la défaite, jusqu’à la liesse de la libération, nous suivons donc Frank, barman du Ritz, mais aussi nombre d’autres personnages : son adjoint Georges Scheuer (qui oscille dangereusement entre appât du gain et hostilité envers l'occupant), l’impitoyable et calculatrice veuve Ritz (prête à tout pour sauver son Ritz, même à dérouler le tapis rouge aux pontes nazis), le jeune apprenti Luciano (qui lui aussi cache le secret sur ses origines juives), les officiers allemands, les parvenus collabos, mais aussi tout le gratin parisien qui continue de fréquenter les lieux, comme Chanel ou encore Sacha Guitry.

La façade du Ritz, place Vendôme à Paris


Si je possède ce roman depuis le mois de juin 2025, paradoxalement, ce n’est par son biais que j’ai découvert en réalité Philippe Collin mais en écoutant, au cours de l’été, une série de son podcast diffusé sur France Inter, Face à l’histoire. Cette série documentaire, consacrée à Madame du Barry, m’a donné envie de m’intéresser à la ligné éditoriale du podcast et quelques semaines plus tard, j’ai écouté avec beaucoup d’intérêt la série consacrée à la fin de la collaboration française et à l’épisode de Sigmaringen. C’est alors que j’ai fait le lien avec Le barman du Ritz et je me suis dit que j’allais le lire au cours de l’hiver. C’est chose faite.
Comme avec L’annonce faite à Georing, le roman de Jean-Pierre Cabanes que j’ai lu cet automne, je me suis aperçue à la lecture du Barman du Ritz, que j’appréciais finalement beaucoup plus ces romans qui mettent en avant des personnages qui ne sont pas des héros. Comme Werner, le jeune personnage principal de L’annonce faite à Georing, tiraillé entre sa conscience et le devoir militaire, Frank Meier est un personnage ambivalent, plein de nuances. Il est très facile aujourd’hui avec le recul de dire que nous aurions été Résistants…personne ne le sait et je pense que dans de telles circonstances, beaucoup de gens ont fait comme ils ont pu. Certes, il y a eu de vrais collabos, comme il y a eu de vrais résistants mais je crois que, dans beaucoup de romans historiques, les auteurs cèdent à la tentation de renvoyer dos à dos, de manière assez manichéenne, Résistance et Collaboration, ce qui enlève de la nuance. Ici, Frank n’est ni l’un ni l’autre. Comme beaucoup de Parisiens, il s’accroche à son emploi, synonyme pour lui de filet de sécurité : dans une ville occupée et rationnée, où bientôt tout manque, où le froid et la faim se font sentir, un emploi stable et le gage de pouvoir au moins garder un toit sur la tête et manger. Pendant quatre ans, Frank fera comme il peut, aux prises avec sa conscience et composant avec l’angoisse de la possible découverte de ses origines, ce qui pourrait avoir une issue des plus dramatiques.
Le style de l’auteur est assez austère, dépouillé de toutes fioritures. Philippe Collin va droit au but, dans une langue simple et directe, mâtinée d’argot. L’intrigue gagne en tension à mesure que le temps passe, les personnages se dévoilent peu à peu, jusqu’au point d’orgue de l’été 1944, du débarquement en Normandie de juin 1944 en passant par l’opération Walkyrie puis la libération de Paris, le 25 août 1944.
Le barman du Ritz est un roman plutôt fluide et agréable à lire, une véritable plongée dans le Paris occupé et le monde du luxe bouleversé par ce nouvel ordre des choses.

Frank Meier, barman du Ritz pendant la Seconde guerre mondiale

Le mot de la fin :

Roman immersif, Le barman du Ritz nous raconte les bouleversements du monde du luxe parisien pendant l'Occupation allemande. Un peu comme dans son podcast où la narration se met au service du documentaire, Philippe Collin nous raconte ici un pan de l'histoire parisienne et française, utilisant la fiction quand cela est nécessaire mais tout en respectant le contexte historique. Intéressant.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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