5 Juin 2026
« Les hommes meurent, les femmes meurent, le bétail meurt, mais la réputation est éternelle comme l'écho d'un chant. »
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Les chroniques saxonnes, tome 5, La terre en feu (The Burning Land, 2009) • Éditions Bragelonne • 2023 • 456 pages
Résumé :
Pour le roi Alfred, il est le « seigneur des batailles ». Il a acquis des richesses, s'est entouré d'hommes fidèles et d'une épouse bien-aimée. Jusqu'à ce qu'Uhtred soit accablé par la trahison et la tragédie. Alfred, malade, le presse de jurer fidélité à son fils et héritier Édouard, empêchant ainsi le seigneur de guerre de se venger de ceux qui lui ont volé sa demeure de Bebbanburg. A présent, Uhtred doit de nouveau défendre le royaume chrétien - dans une bataille qui pourrait anéantir la puissance grandissante des redoutables Danes. C'est ainsi qu'il rencontre une femme plus dangereuse que n'importe quel guerrier. Une tueuse, une intrigante qui détient un obscur pouvoir sur le cœur des hommes : Skade...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Le règne du roi Alfred de Wessex touche à sa fin. Pourtant, malade et affaibli, le roi tient bon et poursuit son rêve de rassembler tous les royaumes saxons sous la bannière du Wessex et d’offrir une terre unie et pacifiée à son fils, le jeune prince Edouard. Malgré sa méfiance et leurs divergences (Alfred est un roi à la ferveur religieuse chevillée au corps, tandis que Uhtred a fait le choix d’embrasser le culte des anciens dieux), le roi a forcé son plus valeureux guerrier à prêter serment à Édouard, comme il lui avait aussi forcé la main pour obtenir sa loyauté des années plus tôt, déchirant Uhtred entre la parole donnée et ses sentiments les plus profonds : en effet, bien que défendant un royaume chrétien, Uhtred, élevé par les Danes et chérissant encore le souvenir de son père nourricier, le jarl Ragnar l’Intrépide, reste bien plus proche de cette culture et de ce peuple. Et pourtant, quand le Wessex est menacé, il n’hésite pas à combattre ceux qu’il considère en son for intérieur comme des frères, dont il a adopté les croyances et le mode de vie…
Dans La Terre en Feu, le royaume de Wessex continue son expansion. Si Alfred commence à comprendre qu’il ne mènera pas à bien son grand rêve d’unification, il veut tout faire pour en jeter les bases, en commençant notamment par instaurer une monarchie héréditaire. Les batailles et les affrontements se succèdent, notamment avec les hommes du Nord, Norvégiens ou Danois, qui déferlent sur l’île et, parfois s’y installent durablement, comme le jarl Guthrum, devenu le roi Athelstan d’East-Anglie, où Guthred, roi de York et de Northumbrie.
Uhtred continue de mener la vie qu’il a toujours vécue, même s’il vieillit et que les Nornes n’hésitent pas à lui donner quelques coups – dont il aura du mal à se relever. Mais celui qui s’est vu spolié de sa seigneurie de Bebbanburg par son oncle, qui a été fait prisonnier et esclave, qui a connu la terreur des murs de bouclier, en a vu d’autres. Il continue son existence écartelée entre deux cultures, deux religions, deux serments, celui de la raison et celui du cœur.
Ce cinquième tome est, pour nous lecteurs français, l’avant-dernier, puisque la suite de la série n’a pas été traduite en France et il est possible qu’elle ne le soit jamais. Le sixième tome sera donc une fin en soi pour nous et, même si je suis un peu frustrée de ne pas connaître le vrai dénouement des Chroniques saxonnes, je me dis que je ne sais pas si j’aurais eu le courage de lire encore cinq ou six tomes après ceux-ci : en effet, j’ai trouvé que ce cinquième tome s’essoufflait vite et qu’il tournait un peu en rond. Rien de bien neuf, sauf peut-être la présence de plus en plus prégnante de la jeune Æthelflæd de Mercie, un personnage historique authentique et important mais qui est tombé dans l’oubli, comme souvent quand il s’agit des femmes. Celle-ci, que nous avons découverte enfant auprès de ses parents, est désormais une jeune femme mariée et une jeune mère, mais elle est malheureuse auprès de l’homme que son père, Alfred, lui a choisi. Connue sous le nom de « Dame des Merciens », Æthelflæd a régné sur ce territoire après la mort de son mari, l'ealdorman Æthelred de Mercie (présenté dans le roman comme un cousin d’Uhtred – et les deux hommes se détestent cordialement, d’ailleurs). On redécouvre progressivement cette figure oubliée de l’Histoire britannique et on lui redonne ses lettres de noblesse. Dans La Terre en Feu, Æthelflæd s’affirme et montre du courage et de la détermination, sans être trop ambitieuse non plus. Sa relation amicale et fraternelle avec Uhtred change et prend de l’importance : qu’en sera-t-il par la suite ? En parallèle, l’auteur prend un malin plaisir à modeler une figure féminine diabolique et froide, celle de Skade, aussi magnétique que dangereuse : épouse d’un pirate de Frise, enlevée par un jarl sans terre qui tente de s’emparer de territoires en Anglie et qui donnerait tout pour elle, Skade attire Uhtred autant qu’elle le repousse. Car, si elle est dotée d’une beauté extraordinaire, en dessous se cache un esprit vénéneux et mauvais. Skade est le parfait miroir inversé, la parfaite antithèse d’Æthelflæd, même si toutes deux ont au moins un point commun : elles doivent évoluer dans un monde extrêmement violent et qui ne fait aucun cadeau aux femmes. Chacune doit alors trouver la parade pour se protéger et ne pas devenir la proie des hommes.
Malgré tout, j’ai trouvé ce tome un peu plus lent, avec des scènes de bataille qui se succèdent, comme si l’auteur avait voulu un peu meubler son récit. Ce n’est pas désagréable à lire, mais l’intrigue n’avance pas plus que ça. Je lirai malgré tout le sixième tome, par curiosité et pour retrouver une dernière fois cet univers riche, qui s’intéresse à un pan méconnu de l’Histoire de l’Angleterre et des îles britanniques en général. Si, aujourd’hui, la fantasy historique est la mode, l’histoire d’Uhtred de Bebbanburg, bien que mâtinée ici de fiction, est bien la preuve que, souvent, l’histoire réelle dépasse la fiction et de loin. Pas besoin de dragons pour vivre une aventure épique, loin de là !
Le mot de la fin :
Bien qu'agréable à lire, j'ai trouvé que ce tome finissait par tourner un peu en rond... je lirai quand même le prochain tome (qui est le dernier pour nous, lecteurs français) pour voir quelle orientation prend la destinée d'Uhtred.
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Retrouvez ici mes billets sur les quatre premiers tomes :
- Le quatrième cavalier (tome 2)