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Le salon des précieuses

Les Pardaillan, tome 1 ; Michel Zévaco

« Il appartenait à une époque toute de violence. de fièvre, de sang, où d'effroyables passions soulevaient les masses populaires comme enivrées par un subtil poison, où la vie humaine comptait pour peu de chose, où la morale, dans le sens que nous accordons à ce mot, était inconnue, où chacun attaquait et se défendait comme il pouvait. »

Les Pardaillan, tome 1 • Éditions J'ai Lu  • 2025 • 960 pages

Résumé :

En ce mois d'avril 1553, le seigneur de Piennes subit un terrible affront : il est dépossédé de ses biens par la maison de Montmorency. Plus douloureux encore, sa fille, la ravissante Jeanne, lui cache un lourd secret : c'est de l'un des fils du connétable, François, dont elle est amoureuse. Quand celui-ci doit partir en guerre contre Charles Quint, il confie la sécurité de son grand amour à son frère, Henri. Mais le garçon n'est pas un coeur pur, et Jeanne est menacée... C'est sans compter sans un illustre chevalier : Pardaillan...

Dans la droite ligne d'Alexandre Dumas et de Victor Hugo, Michel Zévaco nous offre avec Les Pardaillan, oeuvre en dix volumes, un cycle romanesque populaire ; romans de cape et d'épée virevoltants où s'illustre un héros généreux et gouailleur, qui n'a rien à envier à un certain d'Artagnan...

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Prenez un soupçon de Druon (Les Rois Maudits), un zeste de Dumas (Les Trois Mousquetaires, La Reine Margot) et une pincée de Merle (Fortune de France) et vous obtenez…Les Pardaillan, de Michel Zévaco ! L’auteur du Capitan (dont le personnage sera immortalisé au cinéma au début des années 1960 avec Jean Marais dans le rôle-titre) nous offre ici un cycle romanesque en dix volumes, un vrai feuilleton historique qui nous ramène à la Renaissance, au moment des Guerres de Religion.
Lorsque le récit s’ouvre, nous sommes en 1553 et le seigneur de Piennes s’apprête à vivre ce qu’il redoutait le plus : le voilà spolié de ses terres par la terrible et puissant connétable de Montmorency, son ennemi depuis de nombreuses années. Mais le sort s’acharne car, au même moment, sa fille Jeanne, une douce jeune fille de seize ans, lui annonce qu’elle est amoureuse du fils aîné du connétable, François et qu’elle souhaite l’épouser, au grand dam de son père, qui s’incline pourtant devant la volonté et la passion de sa fille. Mais François, quelques heures à peine après la célébration de son mariage secret avec Jeanne, est appelé par son père qui lui confie une troupe et une ville à défendre. Le jeune homme doit partir mais, avant cela, il confie sa jeune épouse à son frère Henri. Or, ce dernier est amoureux secrètement de Jeanne de Piennes et il s’est fait une promesse : s’il ne peut pas l’avoir, François ne l’aura pas non plus. Les machinations d’Henri de Montmorency, mues par sa haine et sa jalousie envers son frère, auront des conséquences pour lui, mais aussi pour la jeune femme, pour François et pour l’enfant qui est née de cette union, la délicate et douce Loïse, que Jeanne aime tendrement car elle lui rappelle sans cesse son amour perdu…
Seize ans plus tard, nous sommes à Paris, sous la régence de Catherine de Médicis. Celle-ci règne plus ou moins officieusement sur le royaume de France depuis la mort d’Henri II, son époux, en 1559. Dans l’ombre, l’Italienne tire les ficelles et gère les affaires pour son fils Charles IX, adulte et en âge de gouverner, mais faible physiquement comme mentalement. Le jeune homme, imprévisible et pétri d’angoisses, préfère largement la chasse et compter fleurette à la jolie Marie Touchet que régner sur un royaume divisé, où protestants et catholiques se livrent des guerres larvées quand elles ne sont pas ouvertes. Dans ce Paris des Valois, Jeanne de Piennes subsiste avec sa fille Loïse, devenue adolescente. Mais elle n’a jamais oublié François de Montmorency et son espoir de le retrouver un jour, tandis que Loïse quant à elle, s’éveille à son tour à un doux sentiment amoureux, en la personne du jeune Jean de Pardaillan, qui vit en face de chez elles et qui ne semble pas non plus indifférent aux charmes et à la beauté gracile de la fille naturelle de Montmorency.
Pardaillan, chevalier mais sans fortune, paladin errant d’auberge en auberge, mais ayant un sens aigu de l’honneur – comme les chevaliers de l’ancien temps –, ne sait pas cependant que son histoire et celle de Loïse sont en fait bien plus liées qu’il n’y paraît et que son chemin jusqu’à la jeune femme sera certainement semé d’embûches et d’ennemis.
En lisant Les Pardaillan, ne vous attendez pas à un roman historique très fiable et documenté : certes, on est peut-être un cran au-dessus de Dumas, qui aimait beaucoup inventer, quitte à distordre la réalité historique. On sent que l’auteur a tout de même effectué de nombreuses recherches mais on retrouve beaucoup d’idées reçues un peu éculées aujourd’hui, notamment concernant Catherine de Médicis et ses fils, les derniers Valois : ici, on sent que Zévaco a forcé le trait sur la légende noire, décrivant Catherine de Médicis comme une araignée machiavélique tapie dans une toile qui recouvre Paris et le royaume et prenant un plaisir presque sadique à tirer les ficelles et à manipuler quiconque se trouve à sa merci ; son fils Charles IX est un jeune homme fragile et déséquilibré, presque dangereux tandis que son cadet Anjou, le futur Henri III, est représenté comme efféminé et entouré de mignons tout aussi maniérés que lui. Si aujourd’hui ces poncifs n’ont plus vraiment cours et n’ont plus la cote auprès des historiens, on pardonne évidemment volontiers à un romancier ces légères incartades, d’autant plus que cela donne beaucoup de vie au récit.

La cour des Valois, bien que brillante, est un véritable panier de crabes où les courtisans macèrent dans le ressentiment et les intrigues

Ce premier tome des Pardaillan est un véritable roman de cape et d’épée dans la lignée des romans de Dumas (j’ai beaucoup pensé à la lecture des Pardaillan à son cycle sur la Renaissance et, bien sûr, aux Trois Mousquetaires) ou de Paul Féval. On retrouve beaucoup d’aventures, de rebondissements, des clichés aussi mais ce n’est pas grave ! A mon avis, dans une telle lecture, il faut jouer le jeu et se laisser porter, sans chercher à tout prix la véracité historique, que l’on ne trouvera pas de toute façon.
Les personnages sont pléthoriques mais tous assez contrastés même si assez archétypaux malgré tout. Déjà, il y a le duo formé par les Pardaillan père et fils, qui ont donné leur nom au roman : le chevalier est un héros bondissant, aussi doué avec l’épée qu’avec les mots. Il semble insolent et ne douter de rien et, en même temps, son cœur pétri d’amour pour Loïse ne cesse de manquer de confiance quand il comprend de quelle illustre lignée est issue sa bien-aimée. La fille de François de Montmorency pourra-t-elle aimer un homme comme lui, sans argent et sans toit, qui a connu l’aventure et les chemins depuis sa plus tendre enfance ? En même temps, chez Pardaillan, on retrouve un peu du chevalier médiéval, du chevalier de l’amour courtois, qui, contrairement aux muguets de la Cour, ne cessent d’intriguer et de vouloir s’enrichir, ne se bat pas pour l’argent, l’influence et le pouvoir, mais seulement pour la justice et l’honneur. Jean de Pardaillan éprouve beaucoup d’admiration pour son père, un vieil aventurier qui l’a élevé seul, qui peut sembler bourru de prime abord mais a lui aussi une noblesse de cœur sans faille. Plus sage que son fils car plus expérimenté, il sait souvent vers quels ennuis ou quelles déconvenues son fils se dirige, sans avoir toujours le pouvoir de l’arrêter. C’est un personnage qui gagne en teneur à mesure que le roman se déroule et si on le découvre d’abord à la faveur d’un événement qui ne met pas sa noblesse morale à l’honneur, le reste du récit lui rend un véritable hommage.
J’aime aussi quand les romans mettent en scène des héroïnes qui ne sont pas juste de bonnes poires assez passives, dépendantes des hommes et de leurs sentiments. Ici, on retrouve des femmes fortes, certes parfois à l’âme noire, comme Catherine de Médicis, présentée comme une digne héritière des Borgia, mais globalement, Zévaco accorde une véritable place aux femmes dans son récit. J’ai par exemple vraiment apprécié le personnage d’Alice de Lux, tiraillé entre l’amour, sa conscience et les circonstances qui la forcent à aller contre ses valeursLà où Jeanne de Piennes symbolise la femme amoureuse, la passion dévorante et constante, Alice est beaucoup plus sombre, plus complexe. On oscille sans cesse, la détestant par moments, l’appréciant à d’autres. Issue d’une lignée obscure, arrivée on ne sait trop comment au service de Catherine de Médicis, qui en a fait une de ses espionnes, on comprend qu’Alice s’est satisfaite de cette vie qui pourtant détruit son honneur (les espionnes de l’escadron volant de Catherine de Médicis sont connues pour avoir bien souvent recueilli les confidences de leurs amants sur l’oreiller) jusqu’à ce qu’elle tombe follement, passionnément amoureuse d’un homme qu’elle cherchera à sauver à tout prix. Belle mais torturée, Alice est l’antithèse de la jolie et innocente Loïse, une jeune fille encore dans la fleur de l’âge et préservée des turpitudes du monde.
Comme dans n’importe quel roman de ce genre, on retrouve aussi les antagonistes, marqués par un appétit de pouvoir féroce, manipulateurs, corrompus : on l’a dit, c’est le cas de Catherine de Médicis mais aussi des grands de la Cour, comme les Guise, dont l’ambition ne connaît déjà pas de bornes.
Zévaco, auteur anarchiste de la fin du XIXe siècle, nous présente ici une noblesse qui n’en a que le nom, mais assurément pas les valeurs et les derniers Valois n’ont sûrement jamais mieux mérité leur surnom d’Atrides qu’ici.
Belle brique de presque mille pages, ce premier tome n’est assurément pas dénué de quelques longueurs mais, globalement, il se laisse lire avec facilité et plaisir. Je regrette énormément en revanche que, dans la seconde partie du roman, les coquilles d’impression se soient multipliées. Quelques-unes en passant, cela va encore…quand elles deviennent récurrentes et commencent à gêner la lecture, ça devient un peu problématique et je regrette qu’il y en ait eu autant, d’autant plus que ce roman est une réédition. Mais à part cela, j’ai passé un très bon moment de lecture et c’est avec un véritable plaisir que je lirai la suite de ce cycle romanesque prometteur.

Catherine de Médicis, Henri de Guise et Jeanne d'Albret sont quelques-uns des personnages historiques qui apparaissent dans Les Pardaillan

Le mot de la fin :

Un vrai roman de cape et d'épée, enlevé, rythmé et plein d'aventures ! C'est romanesque à souhait et on prend plaisir à suivre tous ces personnages, dans une époque passionnante et très vivante sous la plume de Michel Zévaco ! Dommage que la deuxième partie du roman soit pleine de coquilles d'impression, cela m'a un peu gênée mais globalement j'ai passé un bon moment ! Je lirai la suite c'est sûr.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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L
Je ne sais pas trop quoi en penser car le récit se passe dans une époque qui n'est pas ma préférée et le nombre de pages me rebutent assez... Je note ce titre mais je ne suis pas encore sûre que je m'y plongerais... Et c'est bien dommage pour les coquilles dans une réédition qui plus est :-/
Répondre
A
Oui, je comprends, c'est vrai que c'est une belle brique et si en plus la période historique ne te passionne pas, peut-être ne vaut-il pas mieux tenter le diable. :) Concernant les coquilles, j'avoue que ça m'a gênée un peu, d'autant plus qu'elles arrivent d'un coup, comme si le début du livre avait été corrigé, mais pas la suite...je n'ai pas compris. J'ai trouvé ça un peu dommage ! Ça n'enlève rien au récit, mais dans la mesure où c'est une réédition, je pense que ça aurait pu être évité. :/