14 Juin 2026
« Oh ! Claudine, Claudine, comme tu redeviens enfant en te sentant devenir femme ! »
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Claudine à Paris • Éditions Le Livre de Poche • 2011 • 255 pages
Résumé :
Son père ayant décidé d'emménager à Paris, voilà Claudine transplantée loin de ses « chers bois ». Le choc est rude ; elle tombe malade, mais la vitalité reprend le dessus.
Chez sa tante Cœur, elle fait la connaissance de Marcel, joli et charmant. Il lui présente ses amis, tout aussi raffinés que lui. Elle devient leur confidente. Marcel a un père, Renaud, jeune encore. Claudine n'est pas longue à en tomber amoureuse. Renaud lui fait découvrir les charmes secrets de la ville et sa faune. Mais Claudine, malgré sa curiosité et son exubérance, est farouche. Suivre Renaud, ce serait renoncer à la solitude qui la vivifie, à son village qu'elle regrette, à un passé dont elle n'arrive pas à se détacher. Il va lui falloir choisir...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », écrivait Rimbaud et ce n’est pas Claudine, l’espiègle petite héroïne de Colette, qui dira le contraire. Écrits au début du XXe siècle, les romans Les Claudine, racontent l’histoire d’une petite provinciale qui n’a la langue ni les yeux dans sa poche. Claudine est née dans un petit village, appelé Montigny, où elle passe toute son enfance et son adolescence. Dans Claudine à l’école, c’est le quotidien de la petite école de filles de Montigny qui est racontée à travers les personnages de Claudine, de la douce Luce, des institutrices, de Marie Belhomme et ses « mains de sage-femme ». Bien moins anodin qu’il n’y parait au premier abord, Claudine à l’école aborde en réalité l’éveil de jeunes filles à l’amour et notamment aux amours entre femmes.
Dans Claudine à Paris, la jeune fille doit suivre son père, un scientifique un peu excentrique, qui a décidé de déménager à la capitale pour continuer à mener ses recherches. D’abord enthousiaste, Claudine ne tarde pas à ressentir le mal du pays, loin de Montigny et de la nature. La vie à Paris est étroite et étouffante et la jeune fille tombe malade, mais parvient malgré tout à se remettre et commence à profiter des charmes de cette nouvelle vie. A Paris, vit sa tante paternelle, surnommée Cœur. Celle-ci est une femme digne et élégante, qui ressemble à l’impératrice Eugénie. La tante Cœur, dont Claudine commence à fréquenter régulièrement le salon, a un petit-fils, Marcel, de l’âge de Claudine. Les deux jeunes gens nouent une amitié, sans aucune arrière-pensée car, comme Claudine le comprend assez vite, Marcel n’est pas attirée par les femmes. Par le biais de son nouveau confident, la jeune fille rencontre Renaud, le père de Marcel. Ce dernier est encore jeune – il a environ quarante ans – et porte beau. Il est loin de laisser Claudine indifférente mais celle-ci s’interroge : aimer un homme qui pourrait être son père, est-ce bien moral ? Et qu’en est-il de l’exemple de Luce, sa bonne amie de Montigny, que Claudine se plaisait à martyriser et qu’elle retrouve à Paris, entretenue comme une véritable cocotte par un vieil oncle ?
Lorsque Colette rédige le manuscrit des Claudine, elle est une jeune épouse, transplantée elle aussi à Paris très jeune, comme Claudine. Il lui faudra de nombreuses années pour s’habituer à cette nouvelle vie trépidante, bien loin de sa Bourgogne natale. Il est donc fort probable que, dans ses premiers romans, elle ait mis pas mal d’elle-même et de sa propre expérience. Pourtant, Les Claudine, qui deviendront un véritable succès commercial (on peut penser au col Claudine, aux glaces Claudine, aux cigarettes Claudine mais aussi à l’adaptation au théâtre des romans, avec l’actrice Polaire dans le rôle-titre), n’étaient pas destinés à être publiés ! Au départ, le premier mari de Colette, Henry Gauthier-Villars, surnommé Willy, dédaigne la production de sa jeune épouse. Puis, un jour, retombant sur les carnets rangés dans un tiroir, il les parcourt et, comme le racontera Colette à la fin de sa vie, se serait exclamé : « Nom de Dieu ! Je ne suis qu’un con ! » et se serait empressé d’emmener les manuscrits à un éditeur…au passage, il s’arroge le succès des œuvres de sa femme, en les faisant publier sous son propre nom. Il faudra que Colette divorce pour pouvoir enfin voir Les Claudine pleinement attribués à son propre talent. Pour autant, son époux ayant cédé pleinement les droits des Claudine à ses éditeurs, l’autrice se verra dépossédée de son œuvre et des revenus importants générés par elle…cette trahison de Willy sera à l’origine de leur divorce en 1906.
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Willy pose avec Polaire et Colette, toutes deux grimées en Claudine
Claudine à Paris peut être lu comme un véritable roman d’apprentissage : on imagine aisément le choc, le contraste entre une vie provinciale dans la nature et la vie citadine, pleine de bruits, de véhicules mais aussi d’attractions… Claudine, de petite sauvageonne qui monte aux arbres, devient une véritable jeune fille, fréquentant le salon de sa tante, faisant de nouvelles rencontres, bien différentes de celles qu’elle peut faire dans son village natal. Cette expérience fait directement écho au mal-être ressenti par Colette qui, toute jeune encore et fraîchement mariée, arrive à Paris dans les années 1890.
Comme Claudine à l’école, ce roman a un côté subversif qui ne dit pas son nom, un peu sulfureux aussi, caché derrière un propos anodin : femmes entretenues, amours homosexuelles, attirance d’une jeune fille pour un homme plus âgé…Colette ne craint pas d’aborder des sujets clivants et qui choquent, en ce début de XXe siècle encore collet-monté. Quand on sait comment elle mènera sa vie par la suite, sans se soucier du qu’en dira-t-on, on peut penser que les Claudine ne font que refléter une véritable liberté de penser et de mœurs, qui est en germe chez Colette et qui s’exprimera pleinement après son divorce d’avec Willy. Inspirée par sa vie (si Claudine est peut-être le pendant romanesque de l’autrice, on peut aussi comparer Renaud à Willy, à la fois mentor et mauvais génie) mais aussi par le mode de vie parisien de la Belle Époque, un peu excentrique et sulfureux, Colette met beaucoup d’elle-même dans ces romans.
Comme beaucoup, j’avais lu les Claudine au lycée et il est certain que certains éléments ne m’avaient pas interpellée de la même façon qu’ils ne l’ont fait lors de cette relecture… l’œuvre de Colette est foisonnante, il y a donc toujours quelque chose à découvrir, avec elle. Mais la relire, c’est bien aussi, c’est une expérience à part entière et que j’apprécie véritablement. Il est clair qu’il y aussi chez moi une certaine nostalgie : me replonger dans certaines œuvres de Colette, comme Le Blé en Herbe ou Les Claudine, c’est repenser à une certaine période de ma vie, c’est me rappeler le frisson de la découverte et de la rencontre, car Colette a sans nul doute été pour moi une véritable rencontre. La preuve, elle ne m’a plus jamais quittée depuis.
Le mot de la fin :
Une relecture sympa, presque 20 ans après avoir découvert Colette, Le Blé en Herbe et Les Claudine...et ces petits romans qui peuvent apparaître comme assez légers voire destinés à la jeunesse ne sont finalement pas si anodins que cela, loin de là ! A lire, pour le plaisir communicatif de l'autrice, qui nous raconte une histoire subversive sans en avoir l'air et pour son style déjà inimitable !
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Retrouvez ici mes avis sur Claudine à l'école.