18 Juin 2026
« Faites attention à qui vous acceptez d'épouser, Élisabeth, car une fois la bague passée à votre doigt, vous perdez tout. »
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Le Jeu de la reine (Queen's Gambit, 2014) • Éditions Hauteville • 2024 • 552 pages
Résumé :
Elle a atteint les limites de son endurance et songe : « Oh, ça suffit, arrêtez-moi ! Arrêtez-moi et faites de moi ce que vous voulez ! » Jamais elle n'aurait imaginé vivre un tel moment, et pourtant... C'est le jeu le plus cruel qu'Henri ait inventé, que de lui laisser croire qu'elle n'avait rien à craindre pour finalement...
Veuve pour la deuxième fois à l'âge de trente et un ans, Catherine Parr est contrainte de retourner à la cour du vieux roi Henri VIII. Captivé par son honnêteté et son intelligence, Henri Tudor décide de l'épouser. Tandis que Thomas Seymour, le fougueux amant de Catherine, est envoyé au loin, celle-ci devient reine d'Angleterre. Passionnée par la réforme religieuse, et gardant à l'esprit le destin funeste des précédentes femmes de son mari, elle doit faire appel à toute son intelligence si elle veut gagner à ce jeu cruel qu'est la cour. Mais, entre les complots, les exécutions perpétuelles et les jalousies des courtisans, elle a très peu d'espoir de survivre...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
1543. Catherine Parr est veuve pour la deuxième fois, à trente et un ans. Malgré son deuil, elle est rappelée à la cour par la fille du roi, lady Marie, qui aimerait l’avoir auprès d’elle. Les deux jeunes femmes se connaissent bien et que Catherine n’a que quelques années de plus que Marie – autant dire qu’elle pourrait être sa sœur aînée. Cela n’arrête pas le vieux roi Henri VIII, qui remarque celle qui est encore lady Latymer. Il est vrai que Catherine est encore belle et séduit aussi par son esprit acéré et érudit. Le roi se montre empressé et ne tarde pas à faire comprendre à tous qu’il se verrait bien épouser lady Latymer…en sixièmes noces…car en ce milieu des années 1540, le vieux roi d’Angleterre est déjà veuf trois fois et a fait annuler deux de ses unions. On se souvient encore avec effroi de la pauvre Katherine Howard, la cinquième et malheureuse épouse, jeune femme naïve qui a eu le malheur d’en aimer un autre que le roi et de se faire démasquer : elle a péri sur l’échafaud, comme sa cousine Anne Boleyn, en février de l’année précédente. Autant dire que pour Catherine, le mariage avec le roi est loin d’être un cadeau. Henri VIII possède déjà une réputation d’ogre, sa cour vit dans une terreur presque permanente à cause du caractère irascible et imprévisible du roi. Mais quand le roi veut…Catherine n’a d’autre choix que de s’incliner et tant pis si son cœur bat pour le beau Thomas Seymour : il lui faudra renoncer.
A la cour, devenue reine, Catherine s’emploie à rapprocher Henri de ses enfants, notamment de ses deux filles, Marie, née de son mariage avec Catherine d’Aragon et déclarée bâtarde après le divorce de ses parents et Elisabeth, la fille d’Anne Boleyn, reniée après la mort de sa mère, alors qu’elle n’avait que deux ans et demi. Catherine s’emploie aussi à devenir une mère de substitution pour le petit Edouard, l’héritier tant désiré, que la reine Jane Seymour a finalement donné à Henri en 1537, avant de mourir, quelques jours plus tard, de la fièvre des accouchées…pour Catherine qui n’a pas eu d’enfants, ce semblant de famille est un véritable don du ciel. Mais elle doit aussi constamment composer avec les humeurs d’un roi vieillissant, paranoïaque et souffrant, qui un jour peut l’encenser et le lendemain la chasser avec des mots très durs.
Bien que prudente, Catherine ne l’est pas assez : très intéressée par la Réforme, elle constate avec déception que le roi, qui n’a pas hésité, plusieurs années auparavant, à rompre avec Rome pour accélérer son divorce d’avec sa première épouse, revient de plus en plus avec l’âge vers l’ancienne foi. Ainsi Henri, qui a fait démanteler les couvents et abbayes, a accordé à son peuple de pouvoir lire la Bible en anglais, revient sur ses anciennes décisions. Or, pour Catherine, cela est impensable : mais, dans une cour qui opère un retour vers le conservatisme, afficher ses opinions réformées est dangereux. Catherine Parr sentira de très près le vent du boulet et passera à deux doigts d’une disgrâce qui aurait pu lui être fatale. Elle sera finalement sauvée par la mort d’Henri VIII, épuisé par la maladie, en janvier 1547.
La dernière reine d’Henri VIII est souvent présentée uniquement comme une survivante, mais je pense que c’est très réducteur de ne pas parler de Catherine Parr que par ce biais. Non, Catherine n’est pas qu’une survivante, ce roman le montre bien. Elle fut une reine à part entière, une femme de son temps, soumise à la volonté des hommes mais qui ne s’en laisse pas conter pour autant et qui a reçu une véritable éducation, suffisamment fine et poussée pour pouvoir réfléchir à des questions de théologie, notamment, ce qui lui vaudra bien des ennemis (à commencer par l’évêque Gardiner, par exemple, qui ne rêve que d’une chose : la voir tomber).
Quand le roman démarre, Catherine est sur le point de perdre son deuxième mari, lord Latymer. Encore jeune, elle tombe amoureuse d’un ami de son frère, le beau Thomas Seymour, qui est aussi l’oncle du petit prince Edouard. Catherine, par bien des aspects de sa personnalité, est une femme libre. Pourtant, cela ne l’empêchera pas de devoir se plier aux exigences du roi lorsque celui-ci décide de la prendre pour épouse. Pendant deux ans et demi, elle devra supporter la vie aux côtés d’un homme dont la santé ne cesse de décliner, dont le caractère est instable, dont la fin de règne est crépusculaire, marquée par la maladie et l’impotence. Pourtant, Henri ne cesse de caresser le même rêve, depuis les années 1520 : si la naissance d’Edouard l’a soulagé, il sait qu’un seul fils n’est pas suffisant et met tout en œuvre pour en avoir de Catherine, dont le ventre reste pourtant désespérément vide. Or, la reine est suffisamment intelligente pour savoir que son salut ne peut venir que d’une grossesse et qu’alors, elle sera intouchable : Catherine d’Aragon n’a-t-elle pas été évincée car ses fils n’ont pas survécu ? Anne Boleyn ne connut-elle pas la disgrâce puis une chute vertigineuse car elle fut dans l’incapacité de donner des héritiers au roi ? Catherine garde en tête le souvenir de toutes ces reines, qui l’accompagnent tels des fantômes.
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Alicia Vikander et Jude Law ont prêté leurs traits à Catherine Parr et Henri VIII dans l'adaptation du roman par Karim Aïnouz en 2024
Tout au long du récit, on ressent la tension s’installer peu à peu : la lune de miel passée, Henri révèle de nouveau son vrai visage et, manipulé par les ennemis de la reine, il manque la faire arrêter elle aussi. Quel aurait été le destin de Catherine en ce cas ? Probablement aurait-elle fini à la Tour et, peut-être elle aussi, sur l’échafaud ?
Pourtant, Catherine Parr ne triomphe pas…elle survit à Henri VIII certes et, relativement jeune encore, elle aurait pu vivre de nombreuses belles années mais le destin en décidera autrement. Voilà pourquoi il est intéressant de ne pas se focaliser uniquement sur ce statut de « survivante » car, malheureusement, elle n’aura pas beaucoup de temps pour en profiter…
Le Jeu de la Reine est un roman absolument passionnant, qui nous parle de religion, de fidélité à sa foi et à ses idées, de fin de règne, de stratégie…il y a énormément de choses dans ce roman sauf, peut-être, l’ambition. Catherine Parr n’est pas ambitieuse et ne cherche finalement que son bonheur, après avoir connu des épreuves. Son mariage avec le roi n’est qu’un moyen pour elle de voir triompher des idées qu’elle chérit et non pas un moyen d’enrichissement personnel ou familial. On s’attache très vite à cette figure de femme, pleine de sincérité. J’ai aimé aussi que l’autrice fasse la part belle à d’autres personnages, comme Huicke, le médecin et ami de la reine (ami et allié, pourrait-on dire, d’autant plus enclin à protéger les secrets de Catherine que lui-même en a un également, celui de son homosexualité) ou Dot, sa femme de chambre dévouée et pragmatique, qui révèlent aussi la pluralité de cette société où grande richesse et grande pauvreté voisinent de manière étroite.
Je ne connaissais pas du tout Elizabeth Fremantle, mais j’ai trouvé son univers passionnant. Le roman est bien écrit (l’écriture de l’autrice est très visuelle), très riche, bien documenté et immersif ; on a vraiment l’impression d’y être, d’arpenter en même temps que Catherine les couloirs de Westminster, Whitehall, Hampton Court ou Greenwich. L’autrice parvient à instaurer une tension progressive mais vraiment palpable et rend le roi Henri VIII inquiétant à souhait car tout à fait imprévisible. Le titre du roman, d’ailleurs, fait référence aux échecs et peut évoquer l’idée que vivre à la cour des Tudors est un jeu qui peut s’avérer mortel si on n’anticipe pas les coups et que l’on ne met pas son adversaire échec et mat avant que celui-ci ne le fasse. Je lirai les deux autres romans que l’autrice a consacrés à l’époque Tudor sans aucun doute car j’ai vraiment passé à un excellent moment. Ce roman ne m’a en rien déçue, bien au contraire !
Le mot de la fin :
Quel roman passionnant ! J'ai découvert avec grand intérêt l'univers d'Elizabeth Fremantle et j'ai passé un excellent moment de lecture. Je lirai la suite sans aucune hésitation !
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