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Le salon des précieuses

Clodia ou le scandale de la Bonne Déesse ; Sophie Malick-Prunier

« Il y a deux manières de nuire à une famille : en la quittant sans motif et en y restant alors qu’on mériterait d’en être banni. »

Clodia ou le scandale de la Bonne Déesse • Editions Pocket (collection Les Révélations) • 2024 • 320 pages 

Résumé :

Rome, 62 avant J-C.
Peu de familles ont la puissance du clan Claudii, et peu de femmes la beauté sulfureuse de Clodia Metelli. Son regard brûlant lui vaut autant l'admiration du poète Catulle que la concupiscence de Cicéron. Quand le scandale politico-religieux de la Bonne Déesse éclate, les Claudii sont en première ligne. On accuse le frère de convoiter la femme de César, la sœur de soutenir le vice...Alors que la République vit ses dernières heures, un procès public s'annonce inévitable. 
Clodia doit faire feu de tout bois pour sauver ce qui peut l'être. 

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

En 62 avant notre ère, Rome vit encore à l’époque de la République. A l’époque, Jules César, dont le pouvoir fulgurant jettera les bases de l’Empire, n’est que grand pontife et les lois se font et se défont au Sénat, où de grands orateurs comme Cicéron ou Caton prennent régulièrement la parole et galvanisent les foules. 
Dans cette Rome relativement démocratique, il existe pourtant de grandes familles, comme la gens Claudia, dont est issue notre héroïne : selon la légende, les Claudii ont une origine sabine et descendraient d’Attus Clausus, qui était en faveur d’une paix avec Rome. Accueilli avec ses clients vers 504 avant notre ère, Attus Clausus est fait citoyen romain. Admis parmi les familles patriciennes, il se voit octroyer des terres et devient sénateur sous le nom d’Appius Claudius Sabinus. Si l’histoire des origines de la famille diffère selon les auteurs, nous savons aujourd’hui que la gens des Claudii comptera de nombreux consuls, mais aussi des hauts magistrats et même des empereurs romains (ainsi l’empereur Tibère descendait-il des Claudii). D’après l’auteur Suétone, la branche patricienne des Claudii, sous la République « compte successivement vingt-huit consulats, cinq dictatures, sept censures, sept triomphes et deux ovations ». On doit aussi la construction de la via Appia (voie Appienne) à l’un des membres de la famille, Appius Claudius Caecus, au IVe siècle de notre ère. 
Quand le récit de Clodia ou le scandale de la Bonne Déesse s’ouvre, l’héroïne, Clodia, a trente-deux ans. Mariée depuis de nombreuses années à Metellus Celer, elle fait partie de cette aristocratie riche et influente de Rome. Elle aussi a existé et son nom, immortalisé par Cicéron ou Suétone, a traversé les époques jusqu’à nous. Née vers 95 ou 94 avant notre ère, Claudia (ou Clodia) est la fille du patricien Appius Claudius Pulcher. Un mystère demeure quant à l’identité de sa mère…elle avait pour demi-frères Publius Clodius Pulcher et Appius Claudius Pulcher, qui sera consul en -54. Femme influente, elle aurait été la muse du poète Catulle et, peut-être, son amante. L’infidélité de Clodia semble notoire et son mariage avec Metellus Celer pas heureux. Malgré la naissance d’une fille, il semblerait que le couple ne se soit pas du tout entendu. Mais Clodia est aussi une femme qui n’hésite pas à intriguer et s’intéresse à la politique : comme son frère Clodius Pulcher, qui s’est rapproché du parti des « populares », elle prend parti pour la plèbe. 
Pour autant, c’est surtout autour d’un scandale religieux que tourne le roman. Un scandale religieux qui prendra certes des accents politiques. Concentré sur quelques mois, le roman de Sophie Malick-Prunier s’intéresse au scandale dit de « la Bonne Déesse », qui éclata en décembre 62 avant notre ère et éclaboussa la famille des Claudii, notamment Clodia et son frère Clodius Pulcher, qu’elle s’ingéniera à protéger. 
Vous connaissez sûrement la phrase de César, que l’on reprend parfois comme un adage populaire : « La femme de César ne doit pas être soupçonnée. » ? Eh bien c’est à l’occasion de cette affaire politico-religieuse que celui qui est encore grand pontife, la prononce. 


Le scandale de la Bonne Déesse est authentique : élu en -63 à la fonction prestigieuse de grand pontife, César réside à la Regia avec son épouse, Pompeia. Celle-ci accueille donc le culte de la Bona Dea, auquel aucun homme n’avait le droit d’assister. Mais Clodius Pulcher outrepasse ce droit et, se déguisant en femme, s’introduit dans la résidence du grand pontife pour assister au rituel. Mais, démasqué, il est ensuite poursuivi pour profanation. Très vite, la rumeur circule à Rome : si Clodius Pulcher s’est introduit chez le grand pontife, bravant les interdits, c’est parce qu’il est l’amant de Pompeia, l’épouse de César. Soumis à un procès, Clodius sera pourtant acquitté, faute de preuves. César ne parviendra pas à prouver l’adultère de son épouse, mais n’en divorcera pas moins d’elle, prononçant alors cette fameuse phrase, « Ma femme n'a même pas le droit d'être soupçonnée. », transformée par la suite en « La femme de César ne doit pas être soupçonnée ». 
C’est donc ce que Sophie Malick-Prunier se propose de nous raconter ici : la plongée dans la tourmente d’une femme mais aussi d’une famille tout entière. Elle nous donne à voir les liens importants qui existent alors (les liens de clientélisme) et régissent bien souvent la politique romaine, mais aussi les intrigues et les jeux de pouvoir et d’influence. 
On découvre aussi un culte mystérieux et exclusivement féminin, celui de la Bonne Déesse (Bona Dea) : si son nom est secret, elle est souvent assimilée à Fauna, la sœur de Faunus (ou sa femme ou sa fille, selon les variantes). Son culte est exclusivement célébré par les femmes au début du mois de décembre, lors d’une fête nocturne. Le culte réunit les matrones mais aussi des desservantes de plus humble condition. 
Tout était réuni dans ce roman pour qu’il me plaise : une héroïne, manifestement charismatique et influente, un culte secret et féminin, des intrigues politiques…et pourtant, il m’a manqué un petit quelque chose (je ne saurais dire quoi) pour être absolument passionnée. Cette lecture n’était pas désagréable, bien au contraire et j’ai passé un bon moment : je l’ai ainsi trouvée bien documentée et bien écrite mais, en même temps, je ne me suis pas sentie réellement investie. J’avoue que j’aurais aimé l’être un petit plus. En réalité, je crois que mon principal reproche, c’est que le roman est superficiel. Il aurait mérité d’être peut-être plus détaillé, car soyons clairs, cette intrigue a énormément de potentiel. J’aurais aimé en savoir plus sur Clodia, en apprendre un peu plus sur son passé, découvrir comment elle est devenue la femme influente et éprise de politique que nous découvrons au début du roman, comme cela avait pu être le cas avec Julia Domina, l’héroïne de Santiago Posteguillo dans sa duologie Moi, Julia, qui développe son destin sur plusieurs années voire décennies. Ici, je suis restée assez indifférente à Clodia, alors qu’au départ, elle m’intéressait beaucoup. J’ai trouvé aussi que certains développements n’étaient peut-être pas poussés assez loin : pourquoi introduire Pompée, par exemple, le temps d’un chapitre, pour le faire disparaître ensuite ? Je crois que j’aurais apprécié que le roman ne se concentre pas uniquement sur Clodia et son frère Clodius et sur le scandale de la Bonne Déesse. Cela aurait pu être un très bon point de départ, mais si l’intrigue avait été un peu plus développée, je pense que j’aurais pu être encore plus intéressée.
C’est dommage, vraiment, car ce roman a énormément de potentiel, comme je le disais plus haut. Je suis juste un peu passée à côté car je m’attendais à autre chose, je pense, mais ce n’est pas grave. Je ne doute pas qu’il trouvera son public, sans aucun doute. 

Le mot de la fin : 

Même si j'ai passé un bon moment avec cette lecture, bien documentée et bien écrite (mention spéciale aux dialogues, qui donnent beaucoup de piquant), j'avoue que je me suis souvent sentie un peu indifférente : je ne me suis pas attachée aux personnages et j'ai eu l'impression que l'autrice nous proposait de nombreuses pistes finalement pas toutes exploitées...dommage.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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L
Ah c'est dommage pour les points négatifs mais comme je lis très peu de romans sur cette période, j'ai quand même envie de le noter :-)
Répondre
A
Je pense que le roman aurait pu être très bon s'il avait été plus développé, en fait. Vraiment, j'ai trouvé qu'il avait du potentiel mais j'ai eu l'impression que tout allait trop vite et que ce n'était pas exploité à fond alors qu'il y avait matière. Par exemple, l'autrice ne nous laisse pas le temps de nous attacher à Clodia, de la connaître et c'est dommage. Je pense qu'un personnage comme ça (qui a existé en plus) aurait mérité un peu plus de relief...mais le roman n'est pas mauvais, au contraire. :)