8 Juillet 2026
« Les trois Nornes sont assises au pied d'Yggdrasil où elles filent notre destinée, et parfois, elles prennent leurs ciseaux et coupent notre fil. Nous voulons tous savoir où ce fil finit. Nous voulons connaître l'avenir. »
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Les chroniques saxonnes, tome 6, La mort des rois (Death of Kings, 2011) • Éditions Bragelonne • 2023 • 432 pages
Résumé :
Alors que s'achève le IXe siècle, Alfred le Grand agonise, son rêve d'unifier l'Anglie menacé et son royaume au bord du chaos. Bien que son fils Edward ait été désigné comme son successeur, d'autres Saxons prétendent au trône, tout comme d'ambitieux Vikings païens dans le nord. Déchiré entre son serment à Alfred et son désir de reprendre les terres ancestrales du nord qu'il a perdues dans son enfance, Uhtred, né Saxon et élevé en Viking, demeure le guerrier du roi, mais il n'a pas prêté allégeance au prince héritier. Il doit désormais faire un choix capital qui changera pour toujours sa vie et le cours de l'Histoire : prendre les armes - et le manteau d'Alfred - ou poser son épée et laisser le rêve d’unification du royaume mourir avec son suzerain.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Alors que la fin du siècle approche, le roi Alfred du Wessex, qui avait poursuivi toute sa vie le rêve de voir les territoires saxons unis sous sa bannière, agonise et une succession chaotique s’annonce en Wessex : alors que le roi a investi son héritier, le jeune prince Édouard, celui-ci s’est marié contre l’avis de ses parents et, surtout, dans l’ombre, un héritier spolié, le propre neveu d’Alfred, complote et projette de s’allier aux Norses et aux Danes, ennemis héréditaires du roi, pour essayer de récupérer son héritage.
Quant à Uhtred, c’est le moment pour lui de choisir : va-t-il, avec la mort d’Alfred, se libérer du serment que le roi de Wessex lui avait arraché, de nombreuses années plus tôt ? Ou bien va-t-il prêter à nouveau allégeance au Wessex en la personne d’Édouard, devenu le nouveau roi et s’éloigner des Danes et de la culture dans laquelle il a été élevé ? Un païen déclaré, priant Odin et Thor, peut-il devenir l’épée vengeresse d’un royaume chrétien souhaitant réunir tous les peuples des îles britanniques, sous une seule bannière, celle des rois de Wessex et de la chrétienté ?
Dans ce sixième tome, Uhtred n’est plus un jeune homme : âgé de quarante-cinq ans, c’est un homme fait et expérimenté mais qui n’a pas encore réussir à atteindre son but ultime, reprendre le fief de Bebbanburg, en Northumbrie, dont il a été privé par son oncle. Pourtant, ce n’est manifestement pas pour tout de suite. Il est en effet aux premières loges d’une période charnière pour la future Angleterre, qui n’existe pas encore mais est sur le point d’émerger, grâce à la volonté d’un seul homme.
Ce sixième tome est le dernier pour nous, lecteurs francophones, car il ne semble pas prévu que la suite soit traduite. C’est un peu dommage et frustrant car, après un cinquième volume un peu long et redondant (beaucoup de scènes de bataille, comme si l’auteur avait cherché à meubler), j’ai trouvé que l’intrigue prenait un nouveau virage : il se passe en effet beaucoup de choses dans La mort des rois. Déjà, le fait le plus notable : la mort d’Alfred, un roi vraiment important pour l’histoire britannique, comme peuvent l’être en France des personnages comme Clovis, Charlemagne ou Hugues Capet. C’est un roi fondateur et dont la détermination politique et la ferveur religieuse contrastent avec son peu de charisme, car Alfred est présenté comme un homme affligé toute sa vie par sa maladie (il souffrait probablement de la maladie de Crohn, une maladie intestinale chronique et particulièrement invalidante, surtout à cette époque-là où les soins pour soulager une telle maladie n’existaient pas). A ces lointaines époques, une succession royale est toujours un moment périlleux, surtout lorsque l’héritier est jeune, ce qui est le cas d’Edouard, hésitant et influencé par les prêtres et sa mère. Surtout aussi lorsqu’un autre héritier prétend au trône et que des ennemis extérieurs (ici, les Scandinaves) sont aux portes du royaume, bien déterminés à tirer leur parti de cette situation complexe et qui ne demande qu’à basculer. En parallèle, face à un jeune roi encore hésitant et peut-être aussi empêtré dans l’héritage trop grand d’un père qui a marqué son temps (le début du règne d’Edouard sera pourtant marqué par une grande bataille décisive, celle du Holme, en 902, qui assoit son pouvoir face aux Scandinaves), la figure de sa sœur Æthelflæd, surnommée la « Dame des Merciens » s’affirme comme une politicienne habile, courageuse et déterminée.
Uhtred, toujours aussi critique envers les chrétiens et fermement païen, va pourtant apporter son aide à Edouard et au Wessex, comme il l’a fait avec Alfred. Il reste donc éternellement tiraillé entre sa naissance (en tant que Northumbrien, Uhtred est un saxon), son éducation (enlevé très jeune par un chef Dane, il a été éduqué au sein d’une communauté scandinave païenne) et son allégeance, qui l’a ramené dans le giron de son peuple d’origine et des chrétiens, malgré son hostilité envers eux. L’ambivalence est donc présente plus que jamais dans son existence et Uhtred doit s’en accommoder. Mais finalement, cette éternelle ambivalence est le cœur même du roman et de la série en général et nous montre bien que tout, dans le monde, n’est ni tout noir ni tout blanc mais souvent est plutôt gris : ainsi, Uhtred est habité par un conflit constant entre son désir personnel et ses croyances et son devoir moral entre un roi qu’il a souvent maudit, qu’il croyait détester mais qu’au final, il respectait malgré lui. Je crois que c’est vraiment un des aspects que j’ai préféré dans la série, comme la porosité entre les mondes, finalement, ce qu’on voit peu dans une série comme Vikings, par exemple, où on a l’impression d’une rupture nette entre la culture des Scandinaves et celle des Francs ou des Anglo-saxons…pourtant, le Wotan des Saxons n’est-il pas un équivalent de l’Odin des Danes et des Norses ? Et si la religion chrétienne, au tournant des IXe et Xe siècles, a gagné du terrain, notamment grâce à l’influence de rois comme Alfred, certains Saxons continuent de croire en leurs anciens dieux. Nous naviguons en réalité dans un contexte trouble et j’ai trouvé que Bernard Cornwell le restituait assez bien, même s’il force parfois peut-être un peu le trait sur les Scandinaves, faisant ainsi la part belle aux idées reçues sur eux…mais, après tout, nous sommes dans un roman, donc ce n’est pas vraiment gênant non plus.
Bref, j’ai passé un bon moment avec ce roman et je regrette vraiment de ne pas pouvoir lire la suite car je pense que ça aurait pu être sympa et je crois que j’aurais été curieuse de découvrir la vieillesse d’Uhtred. Et, enfin, une question restera irrésolue : parviendra-t-il à recouvrer son héritage ? Je pense que oui, mais je n’en aurais jamais la certitude, dommage.
Le mot de la fin :
Après un cinquième tome un peu long, avec beaucoup de scènes de batailles qui n'apportaient pas grand chose, ce sixième tome était bien plus riche en événements ! Dommage que ce soit le dernier traduit en français, j'aurais été curieuse de découvrir la suite.
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Retrouvez ici mes billets sur les tomes précédents :
- Le quatrième cavalier (tome 2)