29 Août 2026
« Même lorsque nous sommes punis pour de faux motifs, il y a toujours une cause véritable à notre punition. Tout acte injuste, même commis pour une juste cause, porte en soi sa malédiction. »
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Les Rois Maudits (intégrale), tome 1 • Editions Plon • 2005 • 654 pages
Cette intégrale comprend les trois premiers tomes :
Le Roi de Fer (tome 1)
La reine étranglée (tome 2)
Les poisons de la couronne (tome 3)
Résumé :
Au début du XIVe siècle s'ouvre, contre les Templiers, le plus vaste procès dont l'Histoire ait gardé le souvenir. Jacques de Molay, le grand maître de l'Ordre, meurt sur le bûcher en lançant sa terrible malédiction contre le roi de France, le pape et les grands du royaume : Maudits, tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !
Dès lors, le malheur s'abat sur la France. Les quatre derniers Capétiens directs meurent en moins de quinze années : adultères, meurtres, procès, trahisons ébranlent la dynastie, et mènent à la guerre de Cent Ans.
Cette extraordinaire saga a conquis des générations de lecteurs à travers le monde et a donné naissance à de formidables créations audiovisuelles.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Au début du XIVe siècle, la France est gouvernée depuis plus de trois siècles par la même famille : depuis Hugues Capet, élu en 987, onze rois de la même lignée se sont succédé sur le trône des lys. Seulement onze rois et, parmi eux, seulement deux ont régné moins de quinze ans. A cela s’ajoute une succession de père à fils qui ne s’est jamais arrêtée. Depuis 987, tous les rois des Francs puis les rois de France ont eu un successeur mâle pour monter sur le trône à leur mort.
Dans les années 1310, quand s’ouvre le premier tome des Rois Maudits, Philippe le Bel a quarante-six ans et règne sur la France depuis vingt-neuf ans. Petit-fils de saint Louis (qui sera d’ailleurs canonisé sous son règne, en 1297), il est réputé pour sa grande beauté physique mais aussi sa froideur et son regard fixe, qui effraient ceux qui le rencontrent pour la première fois. Philippe le Bel est un « roi de fer », un homme inflexible et il ne manquera pas de le montrer à plusieurs reprises au cours de son règne, tant dans les guerres qu’il mènera que les réformes (réformes monétaires, luttes contre les Juifs et les Lombards etc). Mais le règne de Philippe IV reste certainement associé à l’une des plus grandes arrestations de l’Histoire, celle des Templiers, en 1307, qui conduira au démantèlement complet de l’Ordre quelques années plus tard.
En 1314, Jacques de Molay et quelques autres grands dignitaires de l’Ordre, promis à une réclusion à perpétuité se rétractent et se condamnés à être brûlés vifs sur le bûcher. Quelques semaines plus tard, éclate le scandale de la Tour de Nesle, qui met en lumière l’adultère de deux des brus du roi, Marguerite et Blanche de Bourgogne, respectivement épouse du prince Louis de Navarre, héritier du trône et de Charles de La Marche, le troisième fils du roi. Humiliées publiquement, les princesses sont enfermées dans l’austère et humide forteresse de Château-Gaillard en Normandie, quand leur autre belle-sœur, Jeanne de Bourgogne, qui les a couvertes, est incarcérée à Dourdan, non loin de Paris. La fin du règne de Philippe le Bel est donc marquée par la fin de l’Ordre du Temple, la mort du pape Clément V qui fut son complice dans cette entreprise, un scandale familial puis la propre mort du roi, qui survient à la fin du mois de novembre de cette même année 1314. Avec la mort du « Roi de Fer » s’achève ce que les historiens appelleront plus tard « le Miracle Capétien ».
A ce roi froid, austère et inflexible, succède un jeune homme peu sûr de lui et en proie à de réguliers accès de colère (le surnom de Louis X, Hutin, signifie « coléreux »). Quand Louis X succède à son père, il est encore empêtré dans le scandale de l’adultère de son épouse Marguerite. Le couple n’a pas eu de fils, Louis X n’a qu’une héritière de quatre ans, la petite Jeanne, sur laquelle pèse désormais des soupçons de bâtardise, à commencer par ceux de sa propre famille. Le règne de Louis X, brouillon et désordonné, sera surtout celui de son oncle, Charles de Valois, à l’ambition démesurée et qui se pique de gouverner la France à travers son neveu. Il sera marqué par la mort (suspecte ?) de Marguerite à Château-Gaillard, par son remariage avec la jeune princesse Clémence de Hongrie et par le procès et la condamnation à mort de l’un des plus importants ministres de Philippe le Bel, Enguerrand de Marigny, en avril 1315.
Le propre règne de Louis X prend fin brutalement au début du mois de juin 1316, alors que la reine est enceinte, rebattant une nouvelle fois les cartes. Pour le royaume de France, une période des plus troublées s’ouvre et n’est pas près de se terminer, mais personne encore ne le sait…et si le royaume des lys avait été maudit ?
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L'affaire de la Tour de Nesle, impliquant les trois belles-filles de Philippe le Bel et deux écuyers, les frères d'Aunay, sera le plus grands scandales de la fin de règne du Roi de Fer
Historiquement, le XIVe siècle est marqué en effet par une instabilité politique, religieuse, par la fin de l’optimum climatique (le climat se refroidit et commence ce que l’on appelle « le Petit Âge Glaciaire » caractérisé par des hivers plus longs et rigoureux et des étés souvent pluvieux, entraînant des disettes) et par des événements dramatiques comme l’apparition de la Grande Peste à la fin des années 1340. C’est aussi le début, en 1337, d’une guerre de succession avec l’Angleterre qui ne prendra fin que cent-seize ans plus tard et celui d’un Grand Schisme religieux. Le XIVe siècle a probablement été vu, par ses contemporains, comme une période de grande incertitude et de violence… est-ce de là que l’idée d’une malédiction proférée par le Grand Maître des Templiers sur son bûcher en 1314 est venue à Druon ? Peut-être…car soyons bien clairs, la Malédiction des Templiers, qui reste aujourd’hui encore ancrée dans nos imaginaires, n’a aucun fondement historique.
Mais ce qui fait la force de cette grande fresque historique, véritablement magistrale à mon sens, c’est que tout paraît vrai. Bien que prenant des libertés, Druon nous offre une vision cohérente et plausible de l’histoire des derniers Capétiens directs. La Malédiction des Templiers, pourquoi pas ? L’assassinat de Marguerite de Bourgogne à Château-Gaillard ? Après tout, elle est morte très opportunément et dans des circonstances que nous ne connaissons toujours pas et que nous n’éluciderons certainement jamais…et puis l’usage des assassinats politiques et des poisons ne sont pas toujours des images d’Epinal quand on songe au Moyen Âge…
Si je n’adhère pas vraiment aux libertés prises dans les romans historiques, surtout quand elles ne servent à rien, j’avoue qu’ici, je trouve que ça marche très bien et on se laisse prendre au jeu. Druon se plaît à faire du faux avec du vrai ou du vrai avec du faux, peu importe et c’est absolument génial à lire, d’autant plus que l’écriture est parfaitement bien maîtrisée, ce qui ne gâche rien.
J’ai aussi eu l’impression, en relisant ce premier volume (qui contient en réalité les trois premiers tomes de la série) que l’auteur jetait les bases des futures sagas historiques telles qu’on les conçoit aujourd’hui, avec une myriade de personnages et un point de vue qui alterne entre les grands personnages historiques (rois, reines, ministres etc) et des personnages plus secondaires, comme Guccio Baglioni ou Marie de Cressay, mais qui ont aussi leur intérêt dans l’intrigue. J’aime lorsqu’on retrouve cette diversité dans les romans historiques car, si elle est bien maîtrisée, elle apporte un véritable plus à l’intrigue, un relief supplémentaire. Ainsi, à travers le personnage de Tolomei par exemple, Druon nous fait entrer dans le monde de la finance et de l’usure, dévolues au Moyen Âge aux Juifs et aux « Lombards » (autrement dit les Italiens) qui prêtent même aux plus grands et acquièrent ainsi une certaine influence tout en se mettant aussi parfois en danger (n’est-on pas tenté de faire disparaître son créancier lorsqu’on est en difficulté ou du moins, de le faire taire ?)…
Que vous dire à part qu’il faut vous lancer dans cette saga ! Elle a inspiré Le Trône de Fer de G.R.R Martin et ce n’est pas rien (ainsi, les personnages féminins de Mahaut d’Artois ou d’Isabelle de France ont pu être des inspirations pour les héroïnes de Martin). Je crois même que cela veut tout dire. Et pourtant, Druon parvient à capter son public sans aucun dragon et sans aucun des artifices de la fantasy, bien au contraire. Il a passionné des foules entières et continue de le faire, avec la simple Histoire d’un pays alors en construction, la France. Pour moi, c’est la preuve que l’œuvre originale dépassera toujours celles qu’elle a inspirées mais cela signifie aussi que si vous avez aimé l’univers du Trône de Fer, vous aimerez aussi certainement Les Rois Maudits. Et même sans avoir lu les romans de G.R.R Martin, vous aimerez sûrement Les Rois Maudits, devenu un véritable classique des romans historiques, grâce à sa plume alerte, son style riche et son Moyen Âge hyper réaliste. A lire sans modération.
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José-Maria Flotats et Hélène Duc incarnent Philippe de Poitiers (futur Philippe V) et Mahaut d'Artois dans l'adaptation de 1972
Le mot de la fin :
Je n'en doutais pas, mais cette relecture m'a régalée de bout en bout ! Je n'ai plus qu'une hâte : enchaîner avec la suite, bien sûr !
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