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Le salon des précieuses

Café Engel, tome 1, Une nouvelle ère ; Anne Jacobs

« On peut bien sûr s'en remettre entièrement à la volonté divine. Mais on peut aussi lui donner un petit coup de pouce. L'orienter dans la bonne direction. »

Café Engel, tome 1, Une nouvelle ère (Eine Neue Zeit, 2019) • Editions Harper Collins (collection Poche) • 2024 • 512 pages 

Résumé :

Wiesbaden, 1945. Hilde a du mal à croire à sa chance : la guerre est finie, et le Café Engel a été miraculeusement sauvé. Elle va pouvoir redonner au lieu le prestige qu'il avait autrefois, quand il réunissait artistes et personnalités influentes. 
Peu après le succès de la réouverture, une autre surprise attend la jeune Allemande. Son père est libéré et rentre chez lui. Mais, à peine retrouvée, la joie est de courte durée. Maintenant que son père est de retour, Hilde est reléguée à un rôle de serveuse. Et au café, une mystérieuse femme se présente comme sa cousine, Luisa. La nouvelle venue séduit le cœur de tous les habitants. Y compris celui de l'amour de jeunesse de Hilde...

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Wiesbaden, 1945 : la ville est bombardée par les troupes alliées et presque entièrement détruite. Else Koch et sa fille Hilde n’en reviennent pas de leur chance : le café familial, le café Engel, situé en face du théâtre, a été miraculeusement épargné par les bombardements. Pour les deux femmes vient l’heure désormais de se retrousser les manches pour remettre le café en état de fonctionnement. Mais rien n’est comme avant : les clients ne sont plus au rendez-vous (certains ont fui l’Allemagne parce que Juifs, d’autres ont été envoyés au front, comme Heinz Koch, le père de famille et ses deux fils, August et Willi), l’argent manque et le ravitaillement également. Mais Else et sa fille ne baissent pas les bras. Elles vont remettre le café Engel sur pieds, malgré les difficultés. Pourtant, même si l’espoir renaît, d’autres embûches se profilent : avec le retour du père après sa démobilisation par exemple, Hilde retrouve une place de serveuse qui ne la satisfait pas. Désormais, il est temps pour les femmes de montrer de quoi elles sont capables et que, bien souvent, ce sont elles qui ont soutenu les familles à bout de bras pendant que les hommes se battaient au loin. Pour Hilde comme pour sa cousine Luisa, arrivée avec les réfugiés de l’Est de l’Allemagne, le temps de l’émancipation a sonné. 
Une nouvelle ère est le premier tome d’une grande saga familiale que l’on doit à Anne Jacobs, l’autrice de La Villa aux étoffes, qui a rencontré un beau succès. Pour ma part, j’avais lu le premier tome en 2022 mais n’avais pas été convaincue. Alors que je m’attendais à une version allemande de Downton Abbey, j’avais finalement eu le sentiment de lire une succession d’événements, de faits qui malheureusement n’avaient que peu de liens entre eux et ce qui apparaissait à la lecture du résumé comme le point fort du récit (la quête de ses origines par l’héroïne, Marie) finissait noyé dans la masse et par ne devenir qu’un événement parmi d’autres, ce que j’avais trouvé vraiment dommage. Même si je n’avais pas détesté ma lecture, je n’avais pas pour autant ressenti l’envie de continuer cette saga et de retrouver Marie Hofgartner. 
Pourquoi ai-je eu envie de lire Café Engel, du coup, je ne saurais le dire, mais j’ai été attirée par le résumé de ce premier tome, qui se passe donc entre les derniers mois de la Seconde guerre mondiale et les débuts de la reconstruction, ce qui ne fait pas sans mal. L’Allemagne a perdu la guerre et ses habitants paient le prix fort : le pays est massivement bombardé, ensevelissant de nombreux habitants sous les ruines, tandis que les autres sont jetés sur les routes de l’exode ou bien se retrouvent entièrement démunis. La guerre est un drame dans tous les camps et même si nous avons une vision polarisée du conflit, je crois qu’il convient aussi de nuancer ce point de vue et d’y apporter parfois un peu d’humanité. Tous les Allemands ne furent pas des nazis, comme tous les Français ne furent pas des collabos et il convient aussi de relativiser aussi nos certitudes. Ce que nous raconte ici Anne Jacobs est en réalité un drame humain comme il y en eut partout pendant la guerre, de l’Angleterre en passant par la France, l’Asie, l’Italie ou bien encore, l’Allemagne. Dans ce roman choral, où l’autrice donne la parole successivement à tous ses personnages (Hilde, la fille des patrons du Café Engel, Heinz, son père, mobilisé et prisonnier de guerre en France, Luisa, sa cousine, réfugiée de guerre et qui va devoir affronter des drames terribles durant sa fuite, Jean-Jacques, un jeune Français envoyé en Allemagne et qui s’est épris de Hilde), nous découvrons donc des trajectoires de vie toutes différentes et la manière de chacun de se remettre et d’affronter les tourments de l’existence. 
Cette lecture ne sera pas la lecture du siècle, sans aucun doute. Pourtant, elle a su me convaincre dès le début, même si certains chapitres m’ont moins plu que d’autres. Déjà, pour commencer, j’ai bien aimé les personnages (même si, parfois, l’attitude de Hilde, qui est celle que l’on suit le plus, m’a un peu dérangée) et l’ambiance du roman. Ce Café Engel a quelque chose de chaleureux et d’amical, on s’y sent bien et j’avais envie de savoir ce qui allait se passer, arriver à nos personnages, donc c’est un bon signe. 
Le roman ne se déroule que sur quelques mois mais aborde finalement de nombreux sujets. Si certains lecteurs ont trouvé que le contexte historique était un peu trop légèrement abordé, pour ma part, je n’ai pas trouvé que c’était le cas : bombardements, reconstruction, exode des populations, présence américaine en Allemagne après la défaite du IIIe Reich mais aussi début de l’émancipation féminine, qui va souvent de pair avec la guerre, quand les femmes ont dû faire leurs preuves pour tenir le pays et les familles pendant l’absence des hommes…j’ai trouvé que l’autrice abordait assez habilement un contexte peu évident, en mettant en avant des destins tous différents, de ceux qui ont adhéré sincèrement à la doctrine nazie à ceux qui ne l’ont fait que contraints et forcés, en passant par ceux qui n’ont pas hésité à aider leurs prochains, comme les habitants du Café Engel qui ont caché une juive pendant toute la durée de la guerre et lui ont ainsi permis de garder la vie sauve…
Au-delà de ça, certains personnages sont plus intéressants que d’autres à suivre, mais globalement, j’ai trouvé le roman plaisant à lire et plutôt fluide. Je pense que je lirai avec curiosité la suite : j’ai envie de savoir ce qui va arriver au Café Engel et à la famille Koch. 

Le mot de la fin :

Contre toute attente, j'ai bien aimé ce premier tome, moi qui n'avais pas été convaincue par La villa aux étoffes. Alors certes, ce n'est pas la lecture du siècle non plus mais j'en ai aimé l'ambiance et le contexte (voir la fin de la Seconde Guerre Mondiale depuis le point de vue allemand est intéressant). Je pense que je lirai la suite avec intérêt et curiosité.

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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