5 Août 2026
« La paix est parfois l'autre nom de la fuite, Louise. »
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L'Escadron Volant • Editions Albin Michel • 2024 • 352 pages
Résumé :
Catherine de Médicis est la seule à croire Nostradamus qui a prédit la mort de son époux, Henri II. Lorsque la prophétie se réalise, celle qui était une femme délaissée et une reine effacée est propulsée au premier rang. Déterminée à traquer le meurtrier du roi, elle crée l’Escadron volant.
Qui se cache derrière cette mystérieuse escouade d’espionnes ? Quatre demoiselles d’honneur aussi sensuelles qu’intelligentes. Prêtes à tout pour réussir leur première mission, elles mettent leur corps au service de l’Etat et les hommes à leurs pieds.
Dans l’ombre de ces espionnes intrépides, Muriel Romana nous entraîne au cœur de la Renaissance au fil d’une saga pleine de rebondissements à la frénésie contagieuse.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Nous sommes en 1559 et le roi de France Henri II vient de signer la paix du Cateau-Cambréris avec l’Espagne, qui met notamment fin aux Guerres d’Italie. Ce traité de paix doit être scellé par un double-mariage (celui de la sœur du roi, Marguerite, avec le duc de Savoie et celui de sa propre fille, Élisabeth de France, avec Philippe II d’Espagne, veuf depuis moins d’un an de Marie Ière d’Angleterre) et de nombreuses festivités qui seront données à Paris à la fin du mois de juin.
Mais, dans l’ombre, une femme s’inquiète : c’est Catherine de Médicis. Évincée au profit de la favorite, Diane de Poitiers, la reine n’a alors aucun pouvoir mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’agit pas ou ne réfléchit pas… et la souveraine prend très au sérieux un quatrain du mage provençal Nostradamus, qui prédirait la mort prochaine du roi… et si cette mort survenait pendant les fêtes données en l’honneur de la paix ? Catherine de Médicis et sa jeune dame de compagnie, l’intrépide Louise de la Béraudière, doivent agir.
En parallèle, alors que les fêtes parisiennes se préparent, nous découvrons trois autres jeunes filles, Isabeau, Claudine et Madeleine. Née en Périgord, Isabeau se morfond dans le château paternel de Lanquais, rêvant de connaître la Cour et ses plaisirs…les mariages royaux pourraient lui en donner l’occasion ; Claudine, quant à elle, est la jeune baronne de Retz et vient d’épouser un vieux barbon qu’elle n’aime pas et qui souhaiterait la cloîtrer dans son château en province : mais le destin pourrait bien en destiner autrement pour elle ; quant à Madeleine de l’Estoile, c’est une jeune noble parisienne et protestante, qui doit trouver un moyen de protéger les siens, à commencer par son jeune frère Pierre, après la mort brutale de leur père… sa rencontre avec François Clouet, le peintre officiel de la Cour, pourrait bien changer sa vie.
Louise de la Béraudière, elle, est au service de la reine Catherine mais son statut est trouble (la jeune femme a été placée au départ auprès de la reine par sa rivale, Diane de Poitiers) et elle se sent mal à l’aise avec certaines des missions qui lui sont confiées par la reine, à tel point que Louise, au début du roman, souhaite se retirer de la Cour pour prononcer ses vœux. La jeune femme entretient une relation complexe avec Gabriel de Montgomery, capitaine des gardes du roi, qu’elle connaît depuis qu’ils sont enfants et auquel elle se refuse, malgré une certaine attirance mutuelle.
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Louise de la Béraudière, Isabeau de Limeuil et Claudine de Clermont, baronne de Retz, apparaissent dans le roman : toutes dévouées à la reine Catherine de Médicis, elles vont devenir ses espionnes
Mais, bientôt, les héroïnes du roman tout comme le reste du pays se retrouvent plongés dans un véritable chaos : la reine, qui n’a cessé de mettre en garde son mari, a finalement vu juste. Le 30 juin 1559, alors qu’un grand tournoi est donné rue Saint-Antoine à Paris, Henri II décide, alors qu’il est vainqueur, de jouter une dernière fois contre son capitaine des gardes, Montgomery. L’enchaînement de circonstances malheureuses (le roi a mal sanglé son heaume, la lance de Montgomery, fragilisée par un premier assaut, n’a pas été remplacée) entraîne une catastrophe : grièvement blessé à l’œil par les éclats de la lance brisée de son adversaire, Henri II n’en réchappera pas, malgré les soins du chirurgien Ambroise Paré, qui se montre impuissant non seulement à sauver mais aussi à soulager le roi, en proie à une agonie infernale qui durera une dizaine de jours. Pendant ce temps, dans l’ombre, on veille : les Guise, d’un côté, qui comptent bien s’emparer du pouvoir à la place du jeune François II, un adolescent à peine formé à la politique et incapable de gouverner seul. Surtout, le jeune Dauphin est sous la coupe de sa jeune épouse, Marie Stuart, qui n’est autre que la nièce des Guise. A travers le jeune couple royal, le duc et son frère le cardinal de Lorraine entendent bien agir sur les destinées de la France. Mais ce qu’ils n’ont pas envisagé, c’est que la reine-mère, jusque là reléguée dans l’ombre par sa flamboyante rivale, la favorite, attend le bon moment pour révéler son vrai visage. Catherine de Médicis n’entend pas laisser son fils passer sous la coupe des ambitieux Guise et prépare peu à peu le terrain, tandis que le roi se meurt à l’hôtel des Tournelles. Quand Henri II succombe enfin, le 10 juillet 1559, il est temps pour Catherine de montrer ce dont elle est capable. Celle qui s’empare du pouvoir cette année-là ne le lâchera plus, jusqu’à sa mort trente ans plus tard, veillant toujours dans l’ombre de ses fils et s’ingéniant à sauver le royaume de France qui sombre peu à peu dans des conflits religieux de plus en plus violents.
La reine va aussi s’entourer d’un groupe de jeunes femmes dévouées, l’Escadron volant : dames de compagnie et filles d’honneur, ces jeunes femmes ont aussi pour mission d’aller espionner (peut-être en les séduisant) les adversaires de la Couronne. L’escadron volant de la reine Catherine de Médicis n’est pas un mythe, mais il n’est pas exclu que l’imagination de romanciers par la suite aient donné à ce réseau d’espionnes une dimension séductrice et triviale qui n’est peut-être pas l’exact reflet de la réalité…
Toujours est-il que ce premier tome m’a beaucoup plu. Certes, il pose les bases du récit et nous apprenons surtout à faire la connaissance de Louise, Claudine, Isabeau et Madeleine, quatre jeunes femmes très différentes les unes des autres, tant par leurs origines que par leur caractère. Mais toutes quatre vont devenir des serviteurs fidèles de la Couronne de France, par le biais de Catherine de Médicis. Dans ce premier volume, nous découvrons aussi en germe la grande reine que Catherine s’apprête à devenir, après des années à devoir vivre dans l’ombre d’une femme plus belle et plus aimée qu’elle. La mort du roi, qu’elle aima pourtant sincèrement, marque pour la reine le début d’une nouvelle vie, celle d’une femme qui ne sera désormais plus passive mais prendra sa revanche, à travers ses fils, qu’elle manœuvrera habilement. Si Catherine de Médicis souffre d’une légende noire tenace (elle aurait été une empoisonneuse, l’instigatrice de la Saint-Barthélemy, entre autres), aujourd’hui les historiens tendent aussi à lui redonner ses lettres de noblesse, montrant une femme politique douée, attachée à la conservation du royaume quand grandes familles et partis se déchirent, dans des conflits religieux fratricides.
Muriel Romana, en mêlant habilement vérités historiques et légendes, nous fait voir de près une Cour de France gangrénée par les ambitions personnelles et les rivalités, où ceux qui patientent dans l’ombre n’attendent qu’une chose, remplacer ceux qui marchent alors dans la lumière. En cette fin des années 1550, les conflits religieux n’ont pas encore éclaté en France mais cela ne saurait plus tarder et la mort d’Henri II enclenche un processus qui ne s’arrêtera qu’avec l’Edit de Nantes en 1598. Cette Cour semble vénéneuse, entourée de vapeurs toxiques et les personnages qui y évoluent ne le sont pas moins, à commencer par Diane de Poitiers, mais aussi Gabriel de Montgomery, qui n’hésite pas à se comporter comme un soudard avec les femmes. Le traitement réservé à ces dernières dans le roman peut parfois nous choquer, mais il ne faut pas oublier qu’au XVIe siècle, la notion de consentement n’existe tout bonnement pas, tout comme le féminisme, même si certaines femmes choisissent de se battre pour leur dignité, comme Louise de la Béraudière.
Le roman se lit très bien et assez vite : la fin ouverte est peut-être un peu abrupte mais on comprend qu’elle appelle tout bonnement une suite, que je lirai avec grand plaisir.
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Catherine de Médicis, qui devient reine-mère après la mort d'Henri II, prend véritablement le pouvoir à ce moment-là et deviendra la conseillère privilégiée de ses fils, qui régneront successivement. Elle est l'autre héroïne du roman...
Le mot de la fin :
Un très bon premier tome ! On sent que l'autrice pose les bases de sa série, alors il ne se passe pas mille événements à la minute mais ce n'est pas grave, on se laisse prendre au jeu ! J'ai hâte de lire la suite.
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- La Caravane de Venise (tome 1)