8 Septembre 2026
« George Sand n'est que passions multiples et contradictoires : passion du travail et passion du plaisir qu'elle nomme pudiquement " un embrasement céleste ". Passion pour son fils, Maurice, et passion pour ses amants qu'elle considère comme autant d'enfants. Passion pour la liberté et passion pour l'esclavage. Passion des voyages qui l'entrainent en Italie ou en Espagne, et passion pour son refuge de Nohant. »
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Chère George Sand • Editions Le Livre de Poche • 1992 • 435 pages
Résumé :
Passion du travail et passion du plaisir, passion de la littérature et passion de l'amour, passion des voyages vers l'Espagne ou l'Italie et passion pour sa retraite de Nohant : la vie de George Sand traverse comme un trait de feu l'époque romantique dont elle est une des figures les plus attachantes.
Tendre et rebelle, indomptable et généreuse, féministe avant la lettre et grand-mère à confitures : l'auteur de La Mare au Diable et d'Un hiver à Majorque, l'amante de Musset, de Chopin, de l'avocat populaire Michel de Bourges, traverse les joies et les épreuves, la jeunesse et la vieillesse avec le même goût du bonheur qu'elle définit comme « l'acceptation de la vie quelle qu'elle soit ».
Pour nous raconter cette vie hors normes, Jean Chalon harmonise à merveille la rigueur du plus méticuleux biographe et l'affection passionnée, complice, qu'il porte à son héroïne.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Née en 1804, morte en 1876, George Sand a traversé un siècle plein de bouleversements sociaux et politiques dont elle fut un témoin de premier plan. Celle qui naît Aurore Amandine (ou Amantine) Dupin de Francueil le 1er juillet 1804, à Paris, eut une vie bien remplie de femme, épouse, mère et même amante mais surtout d’écrivaine, à travers le personnage de George Sand, qu’elle forgea au fil des années et par le biais duquel elle connut le succès de son vivant et même au-delà.
L’ascendance de la future George Sand est, en soi, déjà tout un roman. Du côté paternel, elle descend du maréchal Maurice de Saxe (qui s’illustra notamment lors des guerres de succession d’Autriche et de Pologne), lui-même fils naturel du roi de Pologne Auguste le Fort et de sa maîtresse Marie-Aurore de Koenigsmark (voilà pourquoi le prénom d’Aurore sera donné de nombreuses fois dans la famille). Même si ce n’est que par alliance, elle est aussi apparentée à la fameuse Louise Dupin, philosophe du XVIIIe siècle et féministe avant la lettre.
Le père de George Sand, Maurice Dupin de Francueil est né à Paris en 1778. C’est un militaire, officier notamment de l’armée impériale, qui combattit en Espagne à la fin des années 1800. Il meurt à Nohant d’un accident de cheval en 1808, alors que sa fille Aurore n’a que quatre ans. Celle-ci se retrouve alors sous la garde sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, qui avait acquis le domaine de Nohant dans le Berry en 1793 et qui était la fille (naturelle, elle aussi) de Maurice de Saxe et d’une certaine Marie Geneviève Rinteau de Verrières, une comédienne.
L’ascendance maternelle d’Aurore Amandine est plus modeste, plus populaire, puisque sa mère, Sophie-Victoire, était la fille d’un oiseleur parisien. La jeune femme, avant d’épouser Maurice Dupin de Francueil, avait eu une vie plutôt légère et accouché d’une fille, Caroline, en 1799. Le mariage de Sophie-Victoire et de Maurice ne satisfaisait pas la mère de ce dernier, Marie-Aurore de Saxe, mais cette dernière dut s’incliner devant les sentiments évidents de son fils. Après la mort tragique de son fils, elle prendra soin de la petite Aurore, quitte à s’opposer aux visées de sa belle-fille. La future George Sand connaîtra dans son enfance sa première déception « amoureuse » : fermement attachée à sa mère, l’enfant dut pourtant s’en séparer lorsque sa mère quitta Nohant sans désir d’y revenir. Elles ne se reverront ensuite plus que de loin en loin, leurs relations tendues préfigurant celles de George Sand avec sa propre fille, Solange.
Marie-Aurore de Saxe, que l’on connaît plus souvent sous son nom de « Madame Dupin », fut donc une mère de substitution mais aussi une enseignante pour sa petite-fille, qu’elle aima beaucoup et qui apprit de son côté à s’attacher à cette grand-mère qui remplaçait la mère trop aimée mais absente.
Madame Dupin meurt à Nohant en 1821, à la veille du mariage d’Aurore avec Casimir Dudevant. L’union, pas très heureuse et qui se soldera finalement par une séparation de corps et de biens, portera tout de même ses fruits puisque Aurore met au monde deux enfants : Maurice, qu’elle adorera toute sa vie et Solange, avec laquelle les relations seront plus conflictuelles.
Mais le temps passe et c’est surtout George Sand l’écrivaine qui est sur le point de naître. De 1830 jusqu’à sa mort en 1876, George Sand n’arrêta jamais d’écrire, sauf dans les moments compliqués de sa vie (les deuils, la maladie). Son œuvre littéraire est en réalité foisonnante et on ne doit pas la réduire aux simples romans champêtres pour lesquels elle est très connue aujourd’hui. Au-delà des soixante-dix romans qu’elle signe de sa main, George Sand est aussi l’autrice de nombreuses nouvelles, contes (tels que les Contes d’une grand-mère, rédigés à l’intention de ses petites-filles), pièces de théâtre mais aussi articles de presse ou textes politiques.
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La grand-mère de George Sand, Marie-Aurore de Saxe et ses parents, Maurice Dupin de Francueil et Sophie-Victoire Delaborde
George Sand fut le témoin privilégié d’événements marquants pour la France du XIXe siècle, de la chute de l’Empire à la Restauration en passant par les Trois-Glorieuses, la Monarchie de Juillet mais aussi l’instauration de la République en 1848, qui se solde par un coup d’État et le retour de l’Empire, avec Napoléon III. Les derniers grands événements politiques que connut George Sand furent la guerre contre la Prusse de 1870, la chute de l’Empire et la commune de Paris. Toujours, elle eut sur les événements de son temps un œil juste et aiguisé, clairvoyant et analytique.
George Sand fut avant tout une femme et quelle femme…une femme connue certes pour ses relations extra-conjugales (on retiendra notamment ses relations passionnées ou tumultueuses avec Alfred de Musset ou Frédéric Chopin, mais aussi avec Alexandre Manceau) mais aussi et surtout pour son œuvre. Scandaleuse en son temps, George Sand est aujourd’hui perçue comme une avant-gardiste, un véritable précurseur des mouvements féministes du siècle suivant.
Dans Chère George Sand, ce sont toutes les facettes du personnage que l’auteur Jean Chalon se propose de balayer, proposant une biographie plutôt facile à lire, très fluide, avec des chapitres assez courts. L’auteur décrit ainsi l’enfance d’Aurore, puis sa jeunesse déjà un peu anticonformiste, les relations amoureuses, le mariage chaotique, le génie littéraire car si George Sand fut une travailleuse acharnée, elle avait aussi un certain génie qui s’exprima très tôt, notamment par le biais de la rédaction de lettres, comme cela se faisait beaucoup à l’époque.
Même si les amants de George – qu’ils aient ou non durablement marqué sa vie – sont assez présents dans le livre, à commencer par le plus célèbre peut-être, Alfred de Musset, la biographie ne s’attarde pas que là-dessus et tant mieux d’ailleurs, parce que j’avais un peu peur de ça. Après avoir échangé avec d’autres lecteurs, je craignais aussi que Chère George Sand ne soit pas très exhaustive mais en réalité, ce n’est pas le cas. J’ai vraiment eu l’impression, tout au long de ma lecture, d’être proche de George Sand, de m’inscrire dans ses pas et j’ai apprécié aussi de la découvrir avant qu’elle ne soit George Sand, justement, quand elle n’était encore qu’une enfant, puis une jeune fille (qui en fit voir de toutes les couleurs aux religieuses anglaises chez qui elle fut élevée) et enfin, une jeune mariée et une jeune mère.
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L'un des portraits les plus connus de George Sand, par Auguste Charpentier, en 1838 : le modèle a alors 34 ans et commence à connaître la célébrité
Paradoxalement, avant d’être intéressée par l’œuvre de George Sand (que j’ai découvert, comme beaucoup d’entre nous, à l’adolescence, sans en être marquée outre-mesure), c’est vraiment la femme qui m’intéresse. Depuis quelques années, je la relis : j’ai ainsi vraiment apprécié La mare au diable ainsi que les Contes d’une grand-mère ou encore, Valentine (une belle réflexion sur le mariage, quoiqu’assez sévère) et je trouve donc normal de lire aussi sur elle, d’en apprendre un peu plus sur l’autrice qui se cache derrière ces textes. Mais je crois que j’aurais aussi pu lire des biographies de George sans jamais avoir lu aucun de ses livres ! Je la mets au même rang que certaines figures féminines de l’Histoire pour lesquelles je peux me passionner, comme Aliénor d’Aquitaine, Marie-Antoinette (qui fut d’ailleurs, par alliance, la lointaine parente de George Sand) ou encore, l’impératrice Sissi… George Sand fut certes une écrivaine, mais aussi une femme de son temps, qui est aussi digne d’intérêt pour cela, car elle fut un témoin de premier plan. Je crois aussi qu’avoir visité le domaine de Nohant en 2023 (et ce fut une visite extraordinaire, dont je garde un excellent souvenir malgré les trombes d’eau) m’a donné encore plus envie de connaître son ancienne propriétaire, dont la présence est encore palpable partout, de la salle à manger où elle reçut Delacroix, Chopin ou encore Flaubert ou encore en passant par la cuisine, où elle se plaisait à préparer des confitures.
J’ai donc vraiment apprécié cette lecture, qui m’a rappelé ma lecture de la biographie de George par Martine Reid, que j’ai lue il y a cinq ans maintenant. Et force est de constater que je ne me rappelais pas tout, ce fut donc un bon moyen de me rafraîchir la mémoire et de rendre hommage à George Sand, dont nous célébrons cette année les 150 ans de la disparition (l’écrivaine mourut en son domaine de Nohant, entourée des siens, le 8 juin 1876, à l’âge de soixante-douze ans). J’ai aimé aussi cette expérience de lecture à cheval sur deux saisons, entre un été finissant et le début d’un nouvel automne, dans cette ambiance un peu mélancolique de fin et de commencement qui me rappelle assez bien l’univers de George Sand.
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Le domaine de Nohant (non loin de La Châtre, dans l'Indre) est pour moi indissociable de l’œuvre de Sand et de son personnage
Le mot de la fin :
Contre toute attente, j'ai été agréablement surprise par cette biographie de la Bonne dame de Nohant, exhaustive et très agréable et fluide à lire. L'auteur balaie avec affection le destin étonnant et, il faut bien le dire, assez hors du commun d'Aurore Dupin, devenue pour la postérité George Sand.
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